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Dans cette nouvelle traduction du livre de Tenpeki Tamaï, nous abordons une particularité qui a disparu du Shiatsu actuel. Il s’agit d’une technique de pression forte qu’il sépare clairement de celle habituellement utilisée en Shiatsu. C’est intéressant à plus d’un titre. 5ème partie traduite du livre « Shiatsu Ho » et découverte d’une technique, toujours accompagnée par les excellents commentaires de l’auteur.


Par Stephen Brown

Cet article poursuit la traduction et les commentaires du texte de Tamaï – Shiatsu Ho (Pour les parties de 1 à 4, voir le NAJOM numéros 79-82, Juillet et Novembre 2020, Mars et Juillet 2021). Je pars ici de la page de 113 qui débute avec une nouvelle section intitulée « méthode de pression forte ». Dans cette méthode, ce qui est nouveau pour moi, des pressions intenses sont appliqués tout du long de la colonne. Voyons ce que le texte dit à ce propos.

Introduction

« La différence entre la méthode de pressions fortes et la méthode Shiatsu est celle-ci : dans la méthode Shiatsu la pression varie de 3 à 5 secondes, mais dans la méthode de pression forte la durée est de 5 à 10 secondes, ou dans certains cas, de 30 secondes à 5 minutes. En termes d’intensité, dans la méthode Shiatsu on appuie jusqu’à la limite où le patient commence à ressentir la douleur, mais dans la méthode de pression forte on va au maximum de douleur que le receveur peut tolérer. La méthode de la pression forte est réalisée dans le but de réguler les fonctions contrastées des nerfs vague et sympathiques. En d’autres termes, le nerf vague est renforcé pour supprimer le pouls, ou bien les nerfs sympathiques sont renforcés pour augmenter un rythme cardiaque qui faiblit. Par exemple, la méthode de pression forte est appliquée de part et d’autre de la 7e vertèbre cervicale pour renforcer le nerf vague, ce qui permet de soulager une crise d’asthme d’origine bronchique. Sinon, une forte pression peut être appliquée de part et d’autre de la 3e et de la 4e vertèbre thoracique pour soulager l’asthme cardiaque ».

Tamaï a utilisé la technique de la forte pression, qui consiste à exercer une pression aussi forte que le récepteur peut le supporter, pour soulager des symptômes spécifiques tels que l’asthme. On peut se demander s’il existe des contre-indications à une stimulation aussi forte, et si le résultat justifie l’inconfort que le patient a dû endurer.

La justification de l’application de cette technique repose sur la neurologie et la stimulation du système nerveux autonome. Une fois de plus, il est évident que le Shiatsu de Tamaï était basé sur l’anatomie et la physiologie occidentales et se distinguait de l’Anma qui est originaire de Chine et qui consiste en des techniques traditionnelles pour déplacer le Qi et le Sang. Le système nerveux autonome commençait tout juste à être compris à l’époque de Tamaï.

Utiliser des techniques de pression pour obtenir certains effets sur la respiration et le rythme cardiaque est une approche symptomatique très occidentale. Je n’ai jamais vu cette technique en dehors du texte de Tamaï, et elle n’est pas enseignée ou pratiquée dans le Japon moderne.

Chapitre un : emplacement, méthode

« Section 1 – emplacement : Les deux côtés de la colonne vertébrale

Section 2 – méthode : Appliquez une forte pression avec les deux poings, ou les pouces, ou autrement avec un outil pour presser. Dans l’application d’une forte pression, il y a la courte durée et la longue durée. La courte durée est de 5 à 30 secondes, tandis que la longue durée va de 30 secondes à 5 minutes. La quantité de pression se situe jusqu’au maximum de la douleur que le patient peut tolérer. (Si vous utilisez un outil pour presseur, appliquez la pression sur 2 ou 3 couches de tissu) ».

Je n’ai jamais entendu parler d’un Shiatsu qui applique une pression pendant plus d’une minute. Bien que différents styles de Shiatsu appliquent différentes intensités de pression, le style que j’ai appris dans une école d’acupuncture japonaise ainsi que plus tard dans la clinique de Masunaga était modéré à ferme mais jamais au-delà du point de douleur. Masunaga a particulièrement insisté sur la « pression naturelle  » qui résultait du fait de se pencher sur le récepteur, et qui ne demande pas un grand effort. Cette approche plus douce à la fois pour le donneur et le receveur est devenue plus courante dans le Shiatsu d’aujourd’hui probablement parce que les gens de nos jours ne tolèrent pas beaucoup la douleur même pour le bien du traitement. Au Japon en particulier, la tendance en acupuncture et en travail corporel est d’assurer le confort du patient. De nos jours au Japon, les traitements douloureux, y compris moxibustion directe, sont généralement évités. La technique de pression forte de Tamaï était un produit du Japon d’avant-guerre qui a probablement disparu avec le changement dans société nipponne d’après-guerre.

« Exemple : Forte pression sur les deux côtés de la 7e vertèbre cervicale

Le receveur étant assis, par l’arrière, placez les deux pouces ou poings ou utilisez un dispositif de pression sur les deux côtés de la 7e vertèbre cervicale. Exercez une pression assez forte, légèrement vers l’avant et en diagonale (vers le bas), pendant 5 à 10 secondes. Relâchez lorsque la pression pénètre (vers le bas). Faites une pause de 2 à 3 secondes et répétez 5 ou 10 fois ».

Figure 127
Figure 128

La position assise pour le Shiatsu de Tamaï est seiza, la position assise officielle au Japon. Peu de Japonais de nos jours sont capables de tenir longtemps cette position, et il est peu probable que les gens en Occident puissent rester dans cette position ou recevoir cette technique. Quoiqu’il en soit, la position seiza est meilleure que la position assise jambes croisées pour donner le Shiatsu car le patient est plus stable et plus haut. Avec l’avènement des tables de massage de l’ère moderne, le traitement en position assise ne semble plus aussi courant, mais il est intéressant de noter que le traitement en seiza était probablement une pratique courante à l’époque de Tamaï.

« Exemple : Forte pression sur les deux côtés de la 2e et 3e vertèbres lombaires

Le receveur étant en décubitus ventral, en partant du haut, placez les deux pouces ou poings ou outil de pression sur les deux côtés de la 2e et 3e vertèbre lombaire. Appuyez assez fortement pendant 5 à 10 secondes et relâchez lorsque la pression pénètre. Faites une pause sur 2 à 3 secondes et répétez 5 ou 10 fois.

Figure 130

Exemple : Forte pression sur les deux côtés de la 2ème et 3e vertèbres sacrées

Le receveur étant en décubitus ventral, en partant du haut, placez les deux pouces ou poings ou outil de pression sur les deux côtés de la 2e et de la 3e vertèbre sacrée. Appuyez assez fortement pendant 5 à 10 secondes et relâchez lorsque la pression pénètre. Faites une pause sur 2 à 3 secondes et répétez 5 ou 10 fois ».

Addendum : Percussion sur l’apophyse épineuse de la 7e vertèbre cervicale

Saisissez l’auriculaire et l’annulaire et pliez également le majeur et l’index de façon à ce que les bouts des doigts soient alignés. Frappez avec le majeur entre la première et la deuxième articulation 50 fois en 30 secondes. Faites une pause de 2 à 3 secondes et répétez 5 ou 10 fois.

Percussion des deux côtés de l’apophyse épineuse de la 7ème vertèbre cervicale

Tenez les bouts des doigts de l’index et du majeur et appliquez une percussion sur les deux côtés de la vertèbre cervicale vertèbre cervicale de la même manière que ci-dessus ».

La percussion ne fait pas partie de la plupart des Shiatsu au Japon aujourd’hui. Tamaï a probablement inclus cette technique de percussion ici parce que c’était une autre de ses techniques pour soulager l’asthme. Dans tous les cas, la percussion n’est pas une partie importante du répertoire de Shiatsu de Tamaï.

« Exemple : Forte pression sur les deux côtés de la 3ème et 4ème vertèbres thoraciques

Avec le receveur en position assise, placez les deux mains (sur le dos) à environ un pied des genoux. Appuyez assez fortement depuis le dos, perpendiculairement vers le corps qui lui est en diagonale (penché vers l’avant). La durée est de 30 secondes à 5 minutes, mais cesser lorsque l’effet est atteint. Par exemple, lorsqu’on est au milieu d’une crise d’asthme, c’est à ce moment que la condition se résout. De même, lorsqu’il y a quelque chose logé dans l’œsophage, cessez quand il est dégagé.

Sinon, raccourcissez ou prolongez de manière appropriée la durée entre 30 secondes et 5 minutes. Faites la même chose pour les deux côtés de la 5e vertèbre thoracique, et à nouveau avec le patient en position couchée pour la 11e vertèbre thoracique ».

Figure 131
Figure 132

L’instruction d’arrêter de presser une fois l’effet atteint montre que cette technique de forte pression technique n’était utilisée que lorsqu’il y avait un symptôme aigu qui devait être traité. Les vertèbres cervicales et les vertèbres lombaires ainsi que le sacrum et le coccyx sont reliés aux nerfs sympathiques et au système nerveux autonome qui connecte les diverses parties du corps. Ces différentes relations sont notées dans la partie 18, et la différence dans la méthode de forte méthode de pression forte est basée sur ces propriétés.

Le texte dit « Partie 17 », mais cette explication se trouve en fait dans la partie 18 intitulée « Relation des nerfs avec les organes internes », où la fonction du système nerveux autonome est décrite en détail. Des termes archaïques tels que « la fonction des nerfs végétatifs en relation avec les nerfs animaux » sont utilisés dans l’explication de Tamaï, mais il positionne clairement le Shiatsu dans le contexte de la neurophysiologie occidentale. Donc, il est clair que le Shiatsu a commencé comme une tentative de d’établir le travail corporel sur une base médicale moderne.


L’auteur

Stephen Brown

Traducteur

Ivan Bel