Le courage en Shiatsu

Le courage en Shiatsu

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La définition du courage est très variable selon les époques, les sociétés et les cultures mais dans cet article nous nous intéressons au courage dans notre art du Shiatsu. Faut-il du courage pour pratiquer le Shiatsu ? Existe-t-il un courage du praticien et un courage particulier pour le receveur ? Le traitement nécessite-t-il de faire preuve de courage ? En illustrant son propos par des récits de traitement, l’auteur aborde ces questions cruciales pour comprendre l’engagement que demande le Shiatsu pour les deux protagonistes : le praticien et le patient.

Article publié dans le magazine Pointers de la Shiatsu Therapy Australian Association, juin 2022


C’était un jour de printemps gris et pluvieux comme il y en a beaucoup à Bruxelles, capitale de l’Europe, où j’ai exercé le Shiatsu pendant quatorze ans. Une patiente parmi tant d’autres me raconta son problème : elle n’arrivait pas à tomber enceinte une seconde fois et s’était engagée dans un processus de fécondation in vitro pour la 8e fois, sans succès. En entendant cela, j’admirais sa volonté farouche d’avoir un enfant, mais dans le même temps je ne pouvais me dire que si la nature ne lui avait pas accordé cette possibilité, c’est qu’il devait y avoir une bonne raison. « Voulez-vous bien m’aider pour ma 9e FIV ? Je pense commencer dans deux semaines ». J’étais connu à ce moment-là pour être relativement compétent pour aider les femmes à concevoir. Sur une centaine de cas, 98 d’entre elles avaient finalement pu mettre un enfant au monde et j’avais reçu les faire-part de naissance de chacune des mères reconnaissantes, ce qui me fait un tiroir rempli de toutes ces cartes. Je fus même trois années de suite le sujet de mémoire de sages-femmes de l’hôpital universitaire de Saint-Luc, le plus important centre hospitalier de la capitale. Je demandais alors à la personne de repousser le début de la FIV deux mois plus tard et de venir toutes les semaines afin de l’aider au mieux. Finalement, elle réussit à tomber enceinte et ce fut un grand moment de joie pour elle, mais quelque temps plus tard, on s’aperçut que l’embryon se développait sur la cicatrice de l’accouchement précédent. Les médecins décidèrent de l’avorter chimiquement, et ce fut une grande souffrance pour elle. Après un mois à pleurer, elle reprit ses esprits et revint me demander de l’aider pour préparer sa dixième FIV. Après un silence, je lui répondis que non. Si la nature ne voulait pas, il ne fallait pas insister et que le plus grand courage aujourd’hui consistait à accepter cela. Je me fis insulter pendant 5 minutes et elle partit dans une colère noire après m’avoir jeté l’argent de la séance au visage et avoir craché sur le tatami. J’en fus très affecté.
Un mois plus tard, son mari m’appelait au secours, car elle avait soudainement déclenché un double cancer des seins qui se répandait de manière fulgurante. Est-ce que je pouvais l’aider à guérir ? Ma réponse fut à nouveau non, mais je pouvais l’aider à atténuer les effets secondaires de la chimiothérapie qui n’allait pas manquer de suivre. Elle subit une ablation des deux seins et je venais chaque semaine à son chevet pour l’aider à combattre les douleurs du traitement de chimiothérapie. Puis finalement elle guérit grâce aux soins hospitaliers et à sa volonté de combattre.

Une année plus tard, elle revint à mon cabinet demandant à parler. Elle s’excusait de son comportement et souhaitait me raconter son histoire.

« Je viens de la campagne profonde d’un pays nordique. Dans ma famille, une sorte de malédiction voulait que dans tous les couples, un enfant sur deux décède. N’ayant qu’une fille, je me suis dit qu’elle risquait de mourir et alors je n’aurai plus d’enfant du tout. Il me fallait un second enfant absolument. Ma meilleure amie à Bruxelles était ma voisine. À ce moment-là, cela faisait déjà des années que j’essayai d’avoir un enfant. Un jour, tout heureuse, mon amie vint m’annoncer qu’elle était enceinte. Mon monde s’écroula. Je lui fermais la porte au nez et ne voulut plus jamais la revoir. De rage, de désespoir je me mis à hurler seule dans la maison puis je commençais à me taper la tête contre l’évier de la cuisine jusqu’à le casser et m’évanouir en sang. Je voulais mourir de n’avoir pas su protéger ma fille d’une mort certaine. C’est là que mon mari m’a trouvé. À partir de là, j’ai enchaîné les FIV. Je ne pouvais pas accepter votre refus. Maintenant, j’ai besoin de votre aide pour accepter et lâcher-prise, car cette histoire me fait souffrir depuis plus de 10 ans ».

Le courage des patients

Si je témoigne de cette histoire, c’est pour vous parler du courage en Shiatsu. Après plus de vingt ans de pratique, j’ai croisé les histoires humaines les plus désarmantes, les plus tristes et les plus joyeuses. Mais j’ai surtout été témoin du courage des patients, le vrai courage. René Ouvrard (un auteur français du 17° siècle) dit dans un de ses ouvrages :

« Le courage existe seulement où il y a du bon sens et non l’emportement irraisonné d’un moment. Dans un coup de tête, on ne peut accomplir une action d’éclat, mais le vrai courage exige de la patience et du renoncement ».

C’est exactement ce qui se passe pour nos patients. Le premier courage est de venir consulter un thérapeute dont on ne sait rien et qui n’est pas un médecin. Le second courage consiste à parler de ses douleurs physiques puis de ses souffrances psychiques, de livrer son histoire intime, familiale ou professionnelle, celle qui fait mal. Le troisième courage est d’accepter de travailler sur ses peurs, ses blocages, ses blessures. Le quatrième courage consiste à persévérer au plus fort de la thérapie, quand le doute et la souffrance font rage. Le cinquième courage est celui de la renaissance et d’entreprendre une nouvelle vie avec une nouvelle perception de soi. Que de courage faut-il pour abandonner ses vieilles peaux, ses vieilles peurs, ses vieilles habitudes. Comme le dit Forest Gump dans le film éponyme : « La vie est comme une boîte de chocolat. On ne sait jamais ce qu’on va recevoir » ! On sait ce qu’on a, pas ce qu’on va avoir. Ou ce que l’on va devenir.

Mais ce courage est le seul moyen d’arriver à la résilience, c’est-à-dire d’avoir la force de surmonter un traumatisme. Tous les êtres humains présents sur cette planète sont appelés à souffrir, c’est notre lot commun avec la maladie, la vieillesse et la mort. Mais tous les êtres humains n’ont pas forcément la force de dépasser cette souffrance. Et c’est là que le Shiatsu est un outil de premier plan pour soulager les gens. Pourquoi ? Parce qu’il est non invasif, parce qu’il n’a pas d’effets secondaires ou alors brièvement, parce qu’il respecte toutes les couches de l’être humain et surtout parce qu’il ne force rien, n’oblige à rien. Il donne simplement un appui, comme une canne qu’on utilise le temps de guérir, pour franchir un chemin particulièrement compliqué. Et toujours à ses côtés, le temps de cette traversée, la présence empathique d’un praticien qui ne juge pas, qui accompagne et qui libère.

La suite de l’histoire que j’ai contée est que la femme s’est débarrassée de son obsession d’avoir un second enfant pour honorer d’une certaine manière la malédiction familiale. Sa fille unique est aujourd’hui une belle jeune femme qui fait des études et sa mère a enfin porté toute son attention sur elle. Elle a pu reprendre le travail après une longue convalescence et une reconstruction mammaire. Depuis, comme c’est souvent le cas après un tel choc, elle s’intéresse aux thérapies complémentaires et se forme à l’hypnose ainsi qu’au toucher thérapeutique. Car lorsqu’on est transformée en profondeur on s’aperçoit que les épreuves ont finalement été des chances offertes pour nous pousser à nous améliorer. Enfin, elle alla voir son ancienne voisine pour tenter de renouer l’amitié qu’elles avaient eue et accepta de voir son enfant.

Le courage, c’est faire un pas dans le vide.

Le courage des praticiens

Le grand professeur américain Stephen Brown m’a dit un jour qu’il avait arrêté le Shiatsu pour n’utiliser plus que l’acupuncture, car il trouvait que le Shiatsu c’était « comme partir à la guerre en étant tout nu ». Et c’est bien vrai ! Nous autres praticiens de Shiatsu sommes complètement nus face à la douleur, à la maladie ou aux troubles psychiques. Nous ne pouvons pas nous cacher derrière des outils, pas même une simple aiguille d’acupuncture. Nous n’avons que nos mains. Et nos mains ne transmettent que ce que nous sommes. Il en faut du courage pour se dire un jour « tiens, je vais m’occuper des autres sans aucun outil, sans rien d’autre que ce que je suis ». Ce n’est pas un métier, c’est un acte de foi. Heureusement pour nous, on s’aperçoit très vite, même lorsque l’on est simple étudiant, que la technique Shiatsu est suffisamment puissante pour obtenir rapidement des résultats. Mais puisque nos mains ne transmettent que ce que nous sommes, cela nous oblige continuellement à travailler sur notre corps, notre esprit, nos connaissances autant que nos compétences. Et pour faire cela tout au long de la vie, il faut un engagement qui nécessite sur le long terme un courage à toute épreuve.

Mais le plus grand courage du praticien est celui qui lui permet d’accompagner les souffrances des autres sans souffrir lui-même ni être insensible à celle des autres. Délicat équilibre à trouver qui nécessite un grand travail sur soi. Parfois, les patients nous obligent à creuser en nous pour trouver des ressources. Il m’est arrivé une fois de traiter une femme qui avait été violée pendant des années lorsqu’elle était adolescente. La psychanalyse lui avait permis de comprendre toute l’ampleur de son traumatisme, mais son corps ne la laissait pas tranquille. Toutes sortes de symptômes continuaient à la faire souffrir quelque 25 ans après les faits. Lors du 1er rendez-vous, je lui demandais quelle était la raison de sa venue. Elle entra immédiatement dans une colère terrible en me disant « Alors c’est comme ça ! Vous voulez savoir, vous voulez déjà tout savoir ? Tous des agresseurs, les hommes sont tous pareils. » Et elle me raconta d’une traite son abominable histoire. Elle trouva la séance merveilleuse.

En revanche pour moi, ce fut le début d’un cauchemar. Je commençai à ruminer cette histoire, à être marqué, à ne plus trouver le sommeil et à perdre l’appétit. J’avais dès lors plus que deux solutions : arrêter le traitement et renvoyer la patiente vers un praticien plus expérimenté que moi ou chercher en moi pourquoi j’étais si affecté. À l’aide d’un ami psychothérapeute et d’un autre praticien de Shiatsu, je fis l’expérience de ce qu’on appelle « une effraction psychologique ». En d’autres termes, j’avais été déplacé de mon rôle de praticien voulant aider une personne à celui d’homme associé aux hommes agresseurs. Ce décalage violent dans mon rôle de praticien n’était pas voulu par la patiente, mais le mal était fait. S’il y avait une souffrance en moi vis-à-vis de l’histoire de ma patiente, c’est qu’il y avait une faille. La combinaison de la psychothérapie et du Shiatsu m’a permis de débloquer rapidement la situation et de continuer les traitements en restant serein. Mais il a fallu, tout comme pour tous nos patients, le courage d’aller chercher dans mes souvenirs et mes blessures pour me remettre dans mon rôle neutre et empathique de shiatsushi. Grâce à ce travail personnel, les traitements se sont poursuivis et la personne est même devenue l’une de mes étudiantes. Elle décrocha un diplôme quatre ans plus tard. Il n’y eut pas de miracle, les souvenirs étaient toujours présents en elle. Mais elle put vivre de manière plus calme vis-à-vis des hommes, avoir des projets et même créer un couple.

S’il existe une conclusion à toutes ces histoires, ce serait la suivante : le Shiatsu est avant tout une relation entre deux personnes. Mais les relations humaines sont à la fois complexes, passionnantes, enrichissantes et pleines de défis. On peut se sentir découragé devant l’immense champ des souffrances humaines et ce que cela demande aux praticiens. Mais si l’on trouve le courage de soutenir son prochain et de se confronter à soi-même, alors le Shiatsu devient un chemin magnifique qui mène les deux personnes vers plus de lumière et d’humanité.

Belle pratique !

7th European Shiatsu Congress : 14-17 sept. 2023

7th European Shiatsu Congress : 14-17 sept. 2023

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Ivan Bel sera présent en tant qu’enseignant au 7ème Congrès Européen de Shiatsu, du 14 au 17 septembre 2023. Le plus gros événement de notre communauté de Shiatsu propose tous les 3 ou 4 ans à tous les praticiens et enseignants de se réunir en un seul lieu. A chaque fois, des centaines de personnes viennent suivre des ateliers, des conférences, essentiellement en anglais, dans une ambiance riche et électrisante. Non seulement tous les pays européens sont représentés mais on y croise parfois des canadiens, des américains et bien d’autres pays.

Ce congrès sera particulièrement intéressant à plus d’un titre :

1- Il aura pour thème : comment aider les praticiens à se développer, s’améliorer et se renforcer. Ce thème est vraiment intéressant car pour la 1ère fois il ne concerne pas les pathologies et les patients, mais bien les praticiens.

2- Il y aura de très nombreux enseignants comme d’habitude, mais cette fois-ci on est incité à travailler très librement, à collaborer, partager, créer des moments ou exercices ensemble

3- Parmi les invités de marque japonais on verrra Aruhiko Masunaga pour le Iokaï Shiatsu et Kyoko Kishi pour le Sei-ki soho. Sinon côté européen on y verra de grands noms comme Kim Lovelace (UK), Nicola Ley (UK), Patrizia Stefanini (IT), Teresa Hadland (UK), Wilfiried Rapennecker (NL/Swiss) et bien d’autres.

4- La nature des alpes à Kiental (en Suisse allemande) est un protagoniste supplémentaire qui va permettre de travailler notamment en extérieur.

Pour plus d’informations et pour s’inscrire, allez sur le site officiel de l’ESC : https://www.europeanshiatsucongress.eu/

Stage intensif au centre Zen la Gendronnière : 8-13 mai 2023

Stage intensif au centre Zen la Gendronnière : 8-13 mai 2023

Reading Time: 5 minutes

Cette année, une seconde semaine intensive avec Ivan Bel ouvre ses portes en France. Son but est de reprendre les classes déjà effectuées l’été au domaine de Lembrun pour tous ceux et toutes celles qui n’ont pas pu y participer par manque de places. Nous recommençons le cycle mais dans un nouveau lieu prestigieux du Bouddhisme : le siège du Zen en France fondé par Taisen Deshimaru.


Thème du stage : Terre-Homme-Ciel

Quelles sont les influences de la Terre et du Ciel sur notre santé ? Comment percevoir ces grandes forces dans notre corps ? Pourquoi dit-on que l’Esprit habite le Cœur ? Quels sont les points liés à la Terre, à l’Homme et au Ciel ? Cette trinité permet-elle d’analyser le corps ? Quelles sont les formes énergétiques liées à ces trois pôles ? Et les organes ? Et les méridiens ? Comment l’appliquer dans un traitement Shiatsu ? C’est pour répondre à toutes ces questions et bien d’autres que ce stage vous invite à découvrir et expérimenter Terre-Homme-Ciel dans votre pratique.

C’est aussi le stage d’entrée pour appréhender le Ryoho Shiatsu qui n’est pas basé sur le Yin/Yang ou le 5 éléments. Le côté intensif du stage dans un lieu dédié au Zen permet une immersion complète dans ces dimensions en trois temps autour desquels s’organisent les plus grands aspects de notre pratique.

Le centre Zen de la Gendronnière

Le moine Zen Taisen Deshimaru est l’un des grands noms qui résonnent encore dans de nombreux milieux. Moine de la secte Zen Sôtô, il arrive en France en 1967 à l’invitation d’un groupe de macrobiotique et commence à donner des cours de zazen dans une arrière boutique d’un magasin d’alimentation. Très vite son influence va grandissante. Il aura un contact direct avec la plupart des maîtres japonais d’arts martiaux (en particulier dans le milieu de l’Aïkido) et de Shiatsu basés en Europe, il correspondra également avec Shizuto Masunaga.

Il fonde le siège de l’AZI (Association Zen Internationale) qui couvre de nombreux pays à partir du château de la Gendronnière. Il y fait construire un immense dojo à la japonaise, (400m²) tout en bois, où trône un grand Bouddha. C’est là que se déroulera le stage. Pour l’anecdote, lorsqu’il tombera malade il se fera régulièrement soigner par Yahiro Yuji sensei, avant de rentrer au Japon pour son dernier voyage. Le site de la Gendronnière est actuellement un temple, un centre d’activité et un lieu de retraite pour les moines et adeptes du Zen. Il y a deux dojos, dont l’un (le petit) est réservé au zazen des personnes vivant sur place. Le château est entourée d’un parc et d’un bois de plusieurs hectares en pleine campagne. Calme et sérénité garanties !

Programme

  • Arrivée le 8 mai 2023 avant midi, puis déjeuner. Début des cours à 14h
  • Tous les jours : zazen à 6h30, puis 1h de do-in, qigong ou autres exercices. 8h petit déjeuner. Début des cours à 9h30. Déjeuner 12h30. Dîner 19h. 20h30 méditation.
  • Méditation : nous aurons l’immense plaisir d’être guidé pendant les moments de zazen par les moines du temple qui se relaieront.
Le grand dojo

Inscriptions

  • Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 8 avril.
  • Le remboursement est possible en cas d’annulation jusqu’à 1 mois avant le début du stage.
  • L’inscription est ouverte, paiement global en ligne (stage + repas + logement)
  • Grande nouveauté, le paiement se fait en ligne via Hello Asso. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore le fonctionnement d’Hello Asso, c’est une plateforme gratuite, mais, ne vous étonnez pas, une participation au fonctionnement d’Hello Asso est mentionnée au moment du paiement. Vous pouvez tout à fait la refuser.

Si vous souhaitez payer en deux temps pour plus de facilité, contactez-nous à [email protected] et on vous fera un billet personnalisé.

Détails pratiques

Grand dojo (vue intérieure)
  • Lieu : château de la Gendronnière, à 411120 Valaire, à 10 minutes de Blois. Voir Google Map.
  • Enseignant : Ivan Bel
  • Dates : arrivée le 8 mai au matin avant midi, départ le 13 mai après midi
  • Tarif du stage : 250€
  • Tarifs logement (au choix) et tous les repas inclus : chambre individuelle : 95€/j. chambre pour 2 : 75€/j par personne, camping 50€/j par personne. Pour le camping, cette option est risquée car le mois de Mai peut être très pluvieux dans les pays de la Loire. Nous vous recommandons de prendre une chambre.
  • Repas : sont pris ensemble dans une salle commune. Végétarien exclusivement. A la fin de chaque repas, six personnes. devront aider à essuyer la vaisselle. Le prix des repas est inclus dans le tarif journalier.
  • Nombre max de participants : 60
  • Habits : tenue de Shiatsu ample et souple, de préférence en coton
  • Matériel : cahier, crayon, mais pas d’eau dans le dojo.
  • Comportement : étant donné la nature des lieux, le respect et le calme sont les maîtres mots de ce stage.
  • A savoir : toute l’équipe sur place est entièrement bénévole. Elle est là pour nous aider à ce que le stage se passe au mieux, mais aussi à faire leurs sessions de méditation, 2x1h30 par jour.

Stage de Chi Nei Tsang à Kehl – 28/29 janvier 2023

Stage de Chi Nei Tsang à Kehl – 28/29 janvier 2023

Reading Time: 3 minutes

Le Chi Nei Tsang une technique de massage de l’abdomen, mise au point par les Taoïstes. Il consiste à débloquer les organes et le transit intestinal, favoriser la circulation de la nourriture, des liquides et du sang, améliorer le système entérique nerveux et hormonal. De nombreuses tensions et dysfonctionnements se logent dans le ventre : émotions, mauvaise alimentation, stress, traumatismes, mémoires anciennes, notre second cerveau est bien souvent mis à dure épreuve. Grâce à une technique douce mais puissante, il agit aussi bien au niveau physiologique que psycho-émotionnel.

Le niveau 1 de cet apprentissage se fait à l’huile sur la peau de l’abdomen et procure à la fois un grand bien-être et la solution à de nombreux maux. Le Chi Nei Tsang est parfaitement complémentaire à la plupart des thérapies manuelles dont notamment le Shiatsu qu’il vient compléter efficacement. On étudiera un enchaînement complet sur deux jours. Cet enchainement permet de réaliser une heure de massage. Tous les étudiants et praticiens qui connaissent cette technique l’aiment pour sa simplicité comme pour son efficacité.

L’enseignant apportera de plus des informations anatomiques précises pour expliquer les enjeux et les effets de ce massage et comment l’intégrer dans le déroulement d’un traitement.

L’enseignant

Ivan Bel est enseignant de Shiatsu thérapeutique et de Chineitsang depuis de nombreuses années. Il dirige également le style Ryoho Shiatsu et l’ONG « Missions Shiatsu Humanitaire ». Il donne des cours à travers l’Europe et l’Afrique.

Détails pratiques

  • Quand ? Les 28 et 29 janvier 2023
  • Où ? Tout proche de Strasbourg, à Kehl (côté allemand). Salle paroissiale St. Johannes Nepomuk, Gustav-Weis-Strasse 2, 77694 Kehl – Allemagne.
  • Langue du stage ? français
  • Pour quel public ? : pour tous ceux qui souhaitent s’initier à un massage doux et puissant du ventre.
  •  Prérequis ? aucun.
  • Tarif ? 200€ le week-end
  • Contre-indications ? maladies abdominales, opération récente du ventre, fièvre, stérilet en cuivre qui cause déjà des problèmes.
  • Qu’utilise-t-on ? De l’huile de noisette bio et des huiles essentielles pour stimuler différentes fonctions. Les huiles sont fournies, ainsi qu’un support de cours que vous recevrez avant le début du stage.
  • Comment s’habiller ? : tenue souple et ample, T-shirt et pantalon large en coton. Pensez qu’il faudra dénuder le ventre des côtes jusqu’au pubis. Il faut s’habiller pratique.
  • Quel matériel prendre ? : deux petites serviettes pour protéger les habits, un coussin pour la tête, éventuellement un autre pour mettre sous les genoux, ainsi qu’une couverture légère pour ne pas avoir froid. Ne pas oublier un crayon et de quoi noter ainsi qu’une bouteille d’eau.

S’inscrire

Pour vous inscrire à ce stage, ne tardez pas, il n’y a pas beaucoup de places.

Allez sur le site de Kinkou Dammer et en bas de page, téléchargez le PDF d’inscription.

Merci beaucoup et au plaisir de vous y rencontrer.

Les points de l’Esprit Shen

Les points de l’Esprit Shen

Reading Time: 11 minutes

Avec les familles de points anciens, on se trouve constamment en relation avec le côté psychique de l’individu. Cela n’est pas étonnant lorsqu’on sait que la médecine chinoise plonge ses racines dans le chamanisme. Après les points démons (Gui) et chamans (Ling), voici une troisième famille qui vient compléter les deux autres, car dans l’esprit oriental le principe ternaire est l’un des plus importants pour décrire les interactions entre Ciel et Terre.


Nous avons vu que selon la conception orientale ancienne (mais cela est vrai aux quatre coins de ce monde pour les protomédecines [I]) les maladies étaient déclenchées par l’intrusion d’esprits malins venant semer le désordre et l’agitation dans le corps. Ainsi, les Gui étaient responsables de tous les maux et il fallait chasser ces démons plus ou moins puissants grâce à des récitations, cérémonies, prières et autres sacrifices. Pour cela, des hommes et des femmes devenaient les intercesseurs entre le monde des humains et celui des esprits afin de rétablir l’harmonie entre les deux. Ce sont les chamans représentaient par les points Ling. Les démons sont considérés comme de mauvais esprits venant du monde sous-terrain, tandis que les chamans sont eux des êtres humains œuvrant à la surface de notre monde. Si nous avons donc des représentants de la Terre et des Hommes, il fallait impérativement faire appels aux esprits bénéfiques pour aider les guérisseurs dans leurs traitements (médecine qui s’appelle Zhù yóu 祝由). C’est le rôle des points Shen qui représentent ici le Ciel.

Des hommes, des esprits et des chamans

Un peu d’étymologie

L’étymologie du caractère Shen est très intéressante. Comme à chaque article, nous pouvons nous référer au livre de Philippe Laurent « L’esprit des points » pour comprendre le sens profond du caractère.

Evolution du caractère Shen en chinois.

La première partie du caractère est la clé des affaires religieuses, soit une sorte de tripode pour faire monter la fumée sacrée vers le Ciel. Au néolithique il s’agissait en fait d’une vaisselle en terre cuite, mais à l’âge de bronze c’est devenu des chaudrons couverts de symboles dans le but de servir de plats de luxe (rarement et uniquement pour les puissants) et d’objets rituels (plus couramment). On les appelle 鼎 dǐng [II] et ils ont marqués profondément la société chinoise. La seconde partie du caractère a évolué plusieurs fois, mais le sens est resté plus ou moins le même. Dans la partie B il s’agit d’un éclair et d’une nuée d’orage, soit une manifestation du monde supérieur. On peut aussi le voir comme des volutes issues du chaudron sacrificiel, comme un esprit qui ne fait que passer. Dans la forme AF, ce sont deux mains qui tiennent une corde. Au début face à face, on les voit se déplacer dans la forme SW pour être dessus dessous. C’est le jeu des forces du Ciel et de la Terre qui tire sur la corde qui les relie, soit l’être humain. La forme C stylise la seconde partie et la forme actuelle stylise la clé de lecture. Cette évolution est on ne peut plus claire. L’Esprit Shen est ce qui nous tend entre Ciel et Terre, mais c’est avant tout une manifestation céleste (foudre) qui préside. Ainsi, nous comprenons que nous avons affaire au monde des esprits célestes auxquels font appels les chamans pour intercéder auprès des hommes qui souffrent.

Les 8 points Shen

Rappelons ici à toute suite utile, que les points chamans ne sont qu’au nombre de 5, tandis que les points Gui définis par le médecin Sun Si Miao (voir les articles précédents) sont 13. La lutte semble donc inégale. Mais selon le Taoïsme, tout doit toujours être en équilibre. Il faut donc tenter de rétablir la balance à l’aide des points Shen. Et puisque 13 Gui moins 5 Chamans laissent 8 places libres, nous avons donc logiquement 8 points Shen. Dans la liste qui suit, il faut comprendre l’utilisation des noms « divin » et « esprit » indifféremment, car tous issus du même caractère 神.

  1. 11VG 神道 Shéndào : La Voie du Shen, ou en japonais la Voie des kamis (esprits célestes), ce qui est le sens exact du mot Shintō.
  2. 24VG 神庭 Shéntíng : la Cour de l’Esprit
  3. 44V 神堂 Shéntáng : Le Palais de la Providence.
  4. 23R 神封 Shénfēng : Consécration divine ou Sceau divin
  5. 25R 神藏 Shéncáng : Abri de la divinité ou Entrepôt de l’Esprit
  6. 13VB 本神 Běnshén : la Racine de l’Esprit
  7. 7C 神門 Shénmén : Porte de l’Esprit
  8. VC8 神闕 Shénquè : Porte de la vitalité ou Palais de l’Esprit

Point Bonus : VC15 鳩尾 se dit Jiūwěi, soit « la queue de pigeon », ce qui a priori n’a rien à voir avec le sujet de cet article. C’est le point le plus puissant que l’on puisse trouver pour traiter le Cœur sur le Vaisseau Conception, plus encore que 14VC le point Mu du Cœur. Mais ce point possède un autre nom qui est 神 府 Shén fǔ soit la « Demeure de l’Esprit ». Il est le lieu où les Souffles, les différents Qi, créent l’Esprit Shen. Il est si précieux que son nom a été caché sous celui d’un volatile (animal qui appartient au Ciel) afin de ne pas attirer l’attention des mauvais esprits. Il ne faut pas que ce point soit attaqué sinon il devient en quelque sorte la dernière demeure de l’Esprit. Amusez-vous à mettre les caractères dans Google Translate et vous obtenez le mot « tombeau », ce qui confirme le besoin de garder ce point caché.

Effets des points Shen

Passons un peu de temps à regarder les effets thérapeutiques de ces points Shen. Que font-ils exactement ?

  1. 11VG : Élimine la chaleur du Poumon et du Cœur, calme le Shen et le Vent. Traite la tristesse et l’anxiété, la mauvaise mémoire, les palpitations liées à la frayeur, la désorientation, la timidité, les céphalées et l’épuisement.
  2. 24VG : il s’agit d’un point où se croise le VG, la Vessie et l’Estomac, il calme le Shen et agit sur le cerveau, élimine notamment le Vent et chasse la douleur. C’est un grand point antalgique. Dans les cas qui nous intéressent, on trouve des céphalées, troubles maniaco-dépressifs, palpitations et insomnies.
  3. 44V : Libère la poitrine et régule le Qi, soulage la douleur et calme le Shen. Travaille sur l’insomnie, l’anxiété, la dépression mentale, la désorganisation de la pensée, perte de mémoire, constriction de la poitrine et de l’œsophage.
  4. 23R : Il libère la poitrine, fait descendre le Qi rebelle du Poumon et de l’Estomac et améliore les seins. On l’utilise pour toutes les obstructions de poitrine, des côtés avec difficultés à respirer. Du coup il aide contre l’asthme, la toux, les abcès des seins, mais aussi les vomissements et l’absence de plaisir à manger.
  5. 25R : Mêmes fonctions que le 23R.
  6. 13VB : Ce point ouvre les trois Yang de la tête suivants : GI, IG et TR. Il purifie la Chaleur et chasse le Vent, réveille le Shen et calme les convulsions. À nouveau des céphalées, étourdissements, épilepsies et convulsions, comportement maniaque et frayeur, sans parler d’actions sur les paralysies et hémiplégies.
  7. 7C : Ce point est un classique, bien connu pour tonifier le Cœur et le Sang ce qui a pour effet de calmer le Shen en l’ancrant dans le Sang du Cœur. Si on le disperse, il ouvre les orifices et donc les sens. Outre les traitements cardiaques, il est très utilisé pour le psychisme pour lutter contre les insomnies, l’angoisse, la surexcitation, les rêves surabondants, le fait de parler dans son sommeil, mais aussi l’émotivité, l’épilepsie, les troubles maniaco-dépressifs, la démence, le désir anormal de rire ou le rire dément, les insultes incessantes, la tristesse, la peur et la frayeur.
  8. VC8 : au centre de l’ombilic, on ne pique pas et on ne presse pas directement ce point. Mais il est possible d’agir dessus par pression inclinée ou à l’aide de moxa. Il réchauffe le Yuan Qi, fait revenir le Yang des Reins et des organes génitaux et régule les intestins et l’Estomac. C’est un grand point des troubles digestifs et de lutte contre les diarrhées qui épuisent, mais ici son but est de remettre un Yang solide dans les méridiens pour que la personne retrouve sa clarté.

La lecture de cette liste nous permet de comprendre les grands axes des points Shen.

  • calment le Shen et ramènent la clarté d’esprit
  • chassent les angoisses et les maladies qui lui sont liées
  • ouvrent la poitrine/respiration pour ramener le calme
  • chassent le Vent et la Chaleur et incidemment aide pour les maux de tête

Combinaison avec les points Ling

Ce qui est passionnant dans cette étude de ces trois familles de points (Gui, Ling et Shen) c’est que l’on comprend que les Ling doivent faire alliance avec les Shen pour se compléter dans les effets bénéfiques pour la santé mentale du patient [III], mais aussi pour obtenir le bon nombre de points pour lutter contre les démons Gui. Dis comme ça, on se dit que oui, le hasard fait bien les choses. Mais si vous lisez régulièrement ce blog, vous savez que le hasard n’a rien à voir dans cette histoire, car l’esprit des anciens Chinois ne laisse aucun doute sur leurs intentions. Regardons les points Shen et Ling, soit 13 points, selon leur organisation géographique sur le corps.

Sur la tête :

Du sommet vers les côtés, de la ligne centrale vers les autres méridiens, donc du haut vers le bas on obtient :

  • Shén tíng : un point Shen, donc un esprit céleste
  • Chéng líng : un point Ling, donc un chaman
  • Běn shén : un point Shen

En d’autres termes, le chaman est entouré d’esprits célestes qui vont l’aider à combattre la maladie/mauvais esprit.

Dans le dos :

De haut vers le bas d’abord, puis vers l’extérieur de la ligne centrale

  • Shén dào : Point Shen
  • Líng tái : un point Ling
  • Shén táng : un point Shen

Même logique que précédemment. On comprend à présent que le chaman se situe entre un esprit tutélaire qui veille en haut et un second qui descend en dessous de lui pour combattre les démons qui sont sous terre, c’est-à-dire la maladie qui est dans le corps. On retrouve ici la vision ternaire Ciel-Homme-Terre si chère aux Taoïstes.

Sur le torse :

De haut en bas

  • Shén cáng : un point Shen
  • Líng xū : un point Ling
  • Shén fēng : un point Shen

A ce stade, il devient difficile de parler de coïncidence. Mieux, cette disposition nous parle beaucoup de la vision qu’ont les chamans de disposer les maisons des esprits. D’ailleurs, dans le chamanisme actuel on parle encore des esprits du bas (souvent les animaux totems) et des esprits du haut (plutôt des entités spirituelles plus ou moins puissantes). On notera ici que tous les points appartiennent au même méridien.

Sur le bras :

De la main (qui pointe vers le ciel) vers le torse, donc du haut vers le bas.

  • Shén mén : un point Shen
  • Líng dào : un point Ling
  • Qīng líng : un point Ling

La règle change brutalement avec le bras où tous les points sont situés sur le méridien du Cœur. Ici on a d’abord un esprit céleste suivi de deux chamans. Il y a plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, il faut rappeler que nous sommes sur le méridien de l’Empereur. L’empereur de Chine avait toujours dans sa cour plusieurs chamans, devins, astrologues, tous Taoïstes dans la plupart des époques de l’empire du Milieu. Et le point le plus haut est celui qui lui permet de communiquer avec le Ciel, c’est-à-dire la Porte de l’Esprit.

La seconde raison de ce changement dans l’organisation tient à l’axe C-R. On a noté que seuls les 6 derniers points sont situés 3 sur le Cœur et trois sur le Rein, soit la couche Shao Yin. Cet axe est l’une des 6 couches, la plus basse en termes de potentiel énergétique, mais aussi la plus précieuse. Que l’un de ces deux organes cesse de fonctionner et c’est la mort immédiate. C’est pourquoi ces deux méridiens possèdent les 6 derniers points. Mais là encore, et toujours dans un souci d’harmonie et d’équilibre, il fallait équilibrer le nombre de points Shen avec les points Ling, soit 3 Ling et 3 Shen. Voilà l’explication de ce changement.

L’équilibre des esprits

Conclusions temporaires

On ne peut qu’être émerveillé par la sagesse et le soin du détail des anciens Chinois qui ne laissèrent rien au hasard. Dans leur vision de la maladie, il existe bel et bien un combat entre les forces du Ciel et de la Terre, combat dont le but n’est pas tant de combattre que de rétablir le rôle de chacun et de ramener à l’équilibre. Ici, pas de lutte à mort. Il ne faut pas extirper la maladie. Il faut rétablir chacun des acteurs dans son rôle, sans déborder, évitant ainsi le piège dualiste du bien et du mal.

Aujourd’hui, grâce au travail de Sun Si Miao, nous pouvons donc remonter aux sources chamaniques de la médecine chinoise. Mieux encore, nous pouvons voir la préoccupation des anciens face aux maladies inexplicables (comme une crise d’épilepsie) que seules la science médicale et la psychologie/psychiatrie ont pu déterminer, les autres pathologies plus simples comme les rhumes ou les maux de tête étant généralement traitées par les plantes. Tous ces points forment une bonne base pour les traitements psychos, contredisant ainsi la croyance du monde occidental que la médecine chinoise ne s’intéresse pas aux troubles psychiques.

Les points du Sang

Les points du Sang

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Les troubles liés au Sang selon la médecine orientale sont légion : migraines, anémie, troubles menstruels, dépression, épistaxis, selles sanglantes et bien d’autres sont tous liés à un déséquilibre du Sang. C’est pourquoi les points qui lui sont liés sont de la plus grande importance. Mais si tous les étudiants et praticiens de Shiatsu connaissent le point Rate 10 « mer du Sang », cela ne suffit généralement pas pour aider le Sang à se remettre à flot. Nous vous présentons ici la famille des points du Sang afin de vous aider dans votre pratique.


En médecine orientale on apprend très tôt le Yin et le Yang, mais il existe une troisième forme énergétique qui n’est pas toujours très développée en école de Shiatsu : l’énergie du Sang. Si les déséquilibres du Qi sont bien abordés, ceux du Sang manquent hélas à l’appel. Or dans le système à trois niveaux « Terre-Homme-Ciel », le Sang représente la couche intermédiaire, celle de l’Homme fait de chair et de sang. De plus, il est dit dans les classiques chinois que le Qi et le Sang sont les deux aspects d’une même chose. Le Qi dirige le Sang et le Sang nourrit le Qi.

Le Sang est principalement formé à partir du couple Rate/Estomac « lorsque les liquides et céréales » y ont pénétré et sont transformés. Ceci explique le grand nombre de points que vous trouverez plus bas dans l’article qui sont liés à la Rate. Le Sang circule dans les « Mai » en une boucle circulaire perpétuelle grâce à l’action du muscle cardiaque, d’où la phrase « le Cœur gouverne le Sang ». On sait également que le Rein filtre l’aspect aqueux du sang, le Foie lui « stocke le Sang ». Enfin, les Poumons vivifient le sang en l’oxygénant et le débarrassant de son CO2. Poumons, Foie, Rate, Rein et Cœur, les 5 grands organes Yin, vont donc tous avoir un rôle à jouer à un moment où un autre dans la bonne vitalité du Sang.

Fonctions du Sang

Le Sang à plusieurs fonctions que l’on peut résumer brièvement comme suit :

1.  Le Sang nourrit. Il contrôle la bonne circulation du Yin/Yang. Lorsque tout va bien il donne de la vigueur aux muscles, assouplit les articulations, nourrit les organes et les viscères (Zangfu 脏腑).

2.  Le Sang transporte. Il véhicule les souffles, les humeurs, le Jing et pénètre tous les endroits de l’organisme qui en ont besoin.

3.  Le Sang ancre les esprits. En psychologie chinoise on parle des esprits viscéraux pour définir les différents aspects de la psyché. Pour être apaisés, les 5 esprits (Po, Hun, Shen, Zhi et Yi) doivent être ancrés dans le Sang de leur logis (soit les 5 organes Yin). Ainsi, la psyché est équilibrée.

4.  En gynécologie le Sang est évidemment de la plus haute importance pour le bon fonctionnement des menstruations et pour la fabrication du bébé durant les neuf mois de grossesse.

On comprend un peu mieux que les trois déséquilibres majeurs ont tous un impact important sur le Sang, soit le Vide de Sang, la Plénitude de Sang et la Stase de Sang. Ceux-ci auront des effets différents en fonction de l’organe ou des organes touchés. Il est donc capital de se pencher sur ce sujet pour ne pas rater les déséquilibres du corps humain.

Rôle clé dans la défense du corps

Dans la dialectique de la médecine orientale, il est dit que le corps se défend grâce à quatre couches successives qui sont comme autant de barrières contre les agressions extérieures. En connaissant leur ordre et leurs fonctions, il est possible de déterminer à quel niveau se trouve une pathologie.

  1. Wei est la couche défensive la plus externe. Elle circule dans l’espace CouLi, soit entre la peau et les muscles.
  2. Qi est la couche des Souffles, qui circulent partout et surtout dans les Jingluo (canaux ou méridiens)
  3. Ying est la couche nourricière, qui s’occupe de nourrir l’organisme
  4. Xue est celle du Sang, la couche la plus profonde.

On a donc par ce biais une information sur la profondeur du foyer touché, la gravité de la maladie et le niveau atteint par l’agression. Évidemment, plus la couche est profonde plus les symptômes sont importants. Ainsi, une agression du Sang aura toujours un impact profond sur le corps comme sur l’esprit de la personne. Il est donc capital de savoir agir sur le Sang pour rester fort et en bonne santé.

Sommaire des points

TIANFU (Entrepôt céleste) P3

Indications pertinentes : Saignement de nez, cracher du sang, le sang de la toux, une respiration sifflante, dyspnée, toux, asthme.

Combinaisons classiques :

  • Saignement de nez : Tianfu P3 et Hegu GI4 .

CHIZE (Marais à la coudée) P5

Indications pertinentes Cracher du sang, le sang de la toux, saignements de nez, vomissements de sang, douleur de cœur, agitation du cœur.

Combinaisons classiques :

  • Cracher du sang, à des moments avoir chaud et parfois froid : tonifier Chize P5 et disperser Yuji P10

TAIYUAN (Abîme suprême) P9

Indications pertinentes crachant le sang, le sang de la toux, des vomissements de sang, le cœur agité avec une douleur cardiaque et le pouls saccadé, l’oppression de la poitrine, délire maniaque, syndrome sans pouls.

Combinaisons classiques :

  • Douleurs pulmonaires et cardiaques : Taiyuan P9 et Yuji P10.
  • Discours divaguant : Taiyuan P9, Yangxi GI5 et Kunlun V60.

YUJI (Ventre du poisson) P10

Indications pertinentes : toux avec du sang, vomissements de sang, sang dans l’urine, démangeaisons génitales humides, impuissance avec distension abdominale.

Combinaisons classiques :

  • Vomissements de sang Yuji P10, Quze MC 3 et Shenmen C7.

GUILAI (Fait revenir les menstrues) E29

Indications pertinentes : Aménorrhée, menstruations irrégulières, stase de sang dû au froid dans l’utérus.

YINBAI (Blanc dissimulé) RP1

Indications pertinentes : Saignements utérins, ménorragies, vomissements de sang, saignement de nez, maladie de la chaleur avec des saignements de nez, sang dans les urines, sang dans les selles.

Combinaisons classiques : selles sanglantes : Yinbai RP1 et Zu Sanli E36.

  • Dysenterie sanglante : Yinbai RP1, Tianshu E25, Neiting E 44, Qihai VC 6, Zhaohai R6 et Neiguan MC6.
  • Vomissements et saignements de nez : Yinbai RP1, Pishu V20, Ganshu V18 et Shangwan VC13
  • Grave et incessant saignement de nez : Yinbai RP1 et Weizhong V40
  • Tête chaude et saignement de nez : Yinbai RP1, Feiyang V58, Jinggu V64, Kunlun V60 et Chengshan V57.

SANYINJIAO (Réunion des 3 yins) RP6

Indications pertinentes : Menstruations irrégulières, saignements utérins, saignement utérin avec des étourdissements, ménorragie, aménorrhée, dysménorrhée, le travail difficile pdt accouchement, l’échec des lochies (débris muqueuses) à descendre, post-partum avec étourdissements, des palpitations, une vision floue, insomnie, eczéma, urticaire.

Combinaisons classiques : Les saignements utérins : Sanyinjiao RP6, Yinjiao VC7 et Yangchi TR4

  • Saignements utérins incessants : Sanyinjiao RP6, Jiaoxin R8, Yingu R10 et Taichong F3.
  • Ménorragie : Sanyinjiao RP6, Tongli C5 et Xingjian F2.
  • Menstruations désordonnées : Sanyinjiao RP6, Zulinqi VB 41 et Zhongji VC3.

DIJI (Mécanisme terrestre) RP8

Indications pertinentes : Menstruations irrégulières, dysménorrhée, masse abdominale chez les femmes en raison de qi et stase de sang. Arrête aussi les saignements de nez et utérin.

Combinaisons classiques :

  • Menstruations irrégulières : Diji RP8 et Xuehai RP10

XUEHAI (Mer du Sang) RP10

Indications pertinentes : Menstruations irrégulières, dysménorrhée, aménorrhée, saignements utérins, saignements utérins coagulé, saignements utérins soudain, post-partum, carence de Qi et de Sang, de l’urticaire, l’eczéma, l’érysipèle, le zona, l’herpès chaud et douloureux, l’ulcération et démangeaisons du scrotum, syndrome de Lin ( urines rougeâtres ou avec des caillots violacé sombre, grave sensation de brûlure, difficultés dans l’exercice de l’urine, distension avec douleur dans l’urètre, dans les cas graves qui implique l’ombilic, pointe de la langue rouge, mince enduit lingual jaune, impulsion énergique rapide).

Combinaisons classiques :

  • Menstruations irrégulières ; Xuehai RP10 et le point VB 26 du Daimai (Vaisseau Ceinture).

DABAO (Grande enveloppe) RP21

Indications pertinentes : la douleur de l’ensemble du corps, une faiblesse des quatre membres, la flaccidité des membres.

YINXI (Point interstice du yin) C6

Indications pertinentes : Douleur au cœur insupportable et lancinante, la plénitude de la poitrine, palpitations, effroi et palpitations, crise soudaine de douleur cardiaque, saignement de nez, vomissement de sang.

Xinshu (Point d’assentiment du Cœur) V15

Indications pertinentes : douleur du cœur, oppression de la poitrine avec agitation, douleurs à la poitrine tirant vers l’arrière, palpitations, pouls irrégulier, mauvaise mémoire, anxiété, pleurant de douleur, insomnie, rêves excessifs, distraction comme en état de transe, retard de langage, toux et sang, vomissement de sang, saignement de nez, transpiration nocturne.

Combinaisons classiques :

  • pleurant de douleur : Xinshu V15, Shenmen C7, Jiexi E 41 et Daling MC7.
  • mélancolie et transe distraction : Xinshu V15, Tianjing TR10 et Shendao VG11.
  • transe et confusion mentale : Xinshu V15, Tianjing TR10 et Juque VC14.
  • bêtise mentale et lenteur d’esprit : Xinshu V15, Shenmen C7, Shaoshang P11 et Yongquan R1.
  • cœur agité : Xinshu V15 et Juque VC14.
  • toux avec crachat de sang : Xinshu V15, Gansu V18, Quepen E12, Juque VC 14 et Jiuwei VC15.

GESHU (Point d’assentiment du diaphragme) V17

Indications pertinentes

  • toutes les maladies du Sang, douleurs épigastriques, plénitude de l’abdomen et le flanc, la douleur de tout le corps, la douleur de la peau, chair et os , douleur lancinante du cœur, la douleur de cœur après alimentation, la fièvre des marais, sueurs nocturnes, transpiration spontanée, le syndrome de l’os vapeur. De la fièvre sans transpiration, l’aversion du froid, troubles manie-dépression, la toux
  • avec du sang, des vomissements avec du sang, sang dans les selles, de l’urticaire, bi de tout le corps.

WEIZHONG (Centre de l’anfractuosité) V40

Indications pertinentes : Douleur et raideur de la colonne lombaire, lourdeur de la région lombaire et des fesses, saignement de nez, plaie ou ulcère douloureux , érysipèle.

Combinaisons classiques.

  • Saignement de nez grave et incessant : Weizhong V40 et Yinbai RP1.
  • Anthrax, furoncle sur le dos : Weizhong V40 et Jianjing VB 21 et faire beaucoup de Moxa.

GAOHUANGSHU (Point Shu du diaphragme) V43

Indications pertinentes : Refroidit la chaleur du sang, arrête les saignements, élimine la stase du sang, nourrit et harmonise le sang (et le Yin). Régularise le diaphragme, fait descendre le Qi à contre-courant. Déplace le Qi localement et le long du trajet des canaux.
Combinaisons classiques :

  • Avec UB17, favorise et renforce l’hématopoïèse.

SHUIQUAN (Fontaine d’eau) R5

Indications pertinentes : Aménorrhée, menstruations irrégulières, dysménorrhée, retard de menstruation avec des douleurs épigastriques, prolapsus de l’utérus.

Combinaisons classiques.

  • Aménorrhée avec beaucoup d’oppression et de la douleur dans la région de l’épigastre supérieur : Shuiquan R5 et Zhaohai R6.
  • Menstrues irrégulières : Shiquan R5 et Tianshu E25.

JIAOXIN (Régulateur des menstrues) R8

Indications pertinentes : les saignements utérins, des menstruations irrégulières, la dysménorrhée, l’aménorrhée, le prolapsus utérin.

Combinaisons classiques.

  • Saignements utérin incessant : Jiaoxin R8, Yingu R10, Taichon F3 et Sanyinjiao RP6.
  • Diminution des saignements utérins : Jiaoxin R8 et Heyang V55.

SIMAN (Quadruple engorgement) R14

Indications pertinentes : Distension abdominale, œdème de l’abdomen, la diarrhée, la constipation, les masses en dessous de l’ombilic, des masses douloureuses, des douleurs sous l’ombilic, des menstruations irrégulières, des saignements utérins, la stase du sang dans l’utérus, de la douleur aiguë due à la stase du sang.

XIMEN (Entrée de l’interstice) MC 4

Indications pertinentes :

La douleur thoracique, douleur cardiaque, douleur du cœur avec des vomissements, des vomissements de sang, la toux avec du sang, saignement du nez, furoncle et anthrax, cœur agité, l’insomnie, la mélancolie et la peur, la peur des gens qu’on ne connaît pas, la faiblesse du shen.

Combinaisons classiques.

  • Douleur du cœur : Ximen MC4 , Quze MC3 et Daling MC7.
  • Douleur du cœur avec agitation et plénitude : Ximen MC 4 et Jiquan C1.
  • Crachats de sang : Ximen MC4 et Daling MC7.
  • Peur des gens, insuffisance de shen : Ximen MC4 et Dazhong R4.

DADUN (Grand régulateur) F1

Indications pertinentes : Menstruations irrégulières, saignements utérins incessants, ménorragies, métrorragies, urine sanglante, saignement du nez.

QUQUAN (Fontaine sinueuse) F8

Indications pertinentes.

Masses abdominales chez les femmes en raison de la stase de sang, l’infertilité due à la stase de sang, l’aménorrhée, le gonflement abdominal inférieur, la douleur de l’abdomen et du flanc, la douleur ombilicale.

DAZHUI (Grande vertèbre) VG14

Indications pertinentes : saignement du nez.

Combinaisons classiques.

  • Saignement du nez : Moxa Dazhui VG 14 et Yamen VG 15.

YINJIAO (Intersection des Yin) VC7

Indications pertinentes.

Les saignements utérins, des menstruations irrégulières, aménorrhée, leucorrhées, infertilité, le flux incessant des lochies après l’accouchement.


Auteurs : Ivan Bel, Nathalie Volters


Sources :

  • Some acupuncture points which treat disorders of Blood; Peter Deadman et Mazin Al-Khafaji, Journal of Chinese Medicine,
  • Pratique de la médecine chinoise ; Giovanni Maciocia ; éditions Satas, 1994
  • Master Hua’s Classic of the Central Viscera: Excerpts from a Translation of Hua Tuo’s Zhong Zang Jing; Yang Shou-Zhong, Blue Poppy Press, 1993
  • Les maladies du Sang ; numéro spécial de la revue Tradition médicale chinoise par les Drs Colin, Guillaume, Kiener, éditions de l’Amicale des Jeunes Médecins Acupuncteurs.
  • Atlas des troubles du Qi et du sang en médecine chinoise ; Jingyi Zhao, Xuemei Li, éditions Satas, 2012

Vocabulaire :

  • Aménorrhée : absence des règles ou menstruations.
  • Dysménorrhée : difficulté de l’écoulement des règles.
  • Lochies : pertes de sang et de débris de muqueuse après l’accouchement.
  • Leucorrhée : écoulement non sanglant provenant de l’appareil génital féminin.
  • Ménorragie : règles de durée anormalement longues.
  • Anthrax : maladie du charbon due au bacille du charbon, une bactérie. Trois formes : cutanée, respiratoire ou gastro-intestinale.
  • Prolapsus utérin : descente de l’utérus.
  • Érysipèle : infection de la peau d’origine bactérienne (souvent des plaies mal soignées ).
  • Epistaxis : saignement du nez
Interview : Yahiro Yuji senseï, fondateur du Meiso Shiatsu

Interview : Yahiro Yuji senseï, fondateur du Meiso Shiatsu

Reading Time: 42 minutes

Parmi les pionniers japonais qui ont introduit le Shiatsu en Europe, Yuji Yahiro senseï est l’un des grands noms qui ont influencé toute la péninsule italienne. Son parcours révèle une personnalité atypique attirée dès son plus jeune âge par une forte spiritualité. C’est grâce à cette soif de spiritualité qu’il a tissé des liens avec des géants tels que Taisen Deshimaru, Masanobu Fukuoka, Shizuto Masunaga ou Masahiro Oki. Il a accepté de se confier à nous dans cette magnifique interview où il nous parle de sa vie, de son Shiatsu et de sa quête sans fin pour devenir « un véritable être humain ».


Ivan Bel : Bonjour Maître et merci de bien vouloir prendre de votre temps pour répondre à cette interview. Avant de commencer, je voudrais savoir comment vous allez et si votre famille est en bonne santé.

Yuji Yahiro : A me voir, qu’en pensez-vous ?… Tant que vous êtes en vie, c’est que ça va bien.

Généralement je débute mon interview par des questions sur la vie des personnes, mais je ne peux pas m’empêcher de vous demander tout de suite quelque chose qui m’intrigue. Comment cela se fait-il que dans votre école de Shiatsu vous ayez aussi une école de Taïko ? C’est magnifique !

Actuellement notre groupe est enregistré sous le nom de « université livre Okido Mikkyo Yoga ».

Dans notre lieu d’étude nous avons 4 sections : le Yoga Okido, le Meiso Shiatsu, la naturopathie et l’art du Munedaiko (le son universel du tambour japonais).

Le groupe Munedaiko dont les membres fondateurs sont mes trois fils, a fondé de manière indépendante son association. Il est reconnu par l’ambassade du Japon comme représentant d’un art de la culture traditionnelle. Avant de s’unir et de collaborer, chacun de mes enfants a tracé son propre chemin de recherche.

Yahiro senseï heureux au sein de sa grande famille. (c) Yuji Yahiro

Venons-en à vous. Où êtes-vous né ? Dans quelle sorte de famille avez-vous grandi ? Je sais que votre héritage familial est assez important. Pouvez-vous nous en parler ?

Abe Dozan, le grand-père maternelle de Yahiro senseï était lui un moine (c) Yuji Yahiro

Mon nom de famille est Yahiro. On retrouve ce patronyme dans les écrits japonais les plus anciens, à partir du VIIIe siècle. A l’époque, à Tokyo, il y a 12 siècles, le palais où se réunissait le gouvernement s’appelait Palais Yahiro. Donc, probablement, nos ancêtres faisaient partie de l’appareil gouvernemental. La famille est ensuite transférée à Osaka, à quelque 600 km de Tokyo, probablement envoyée là-bas, avec le poste de ministre des Affaires étrangères. A l’époque où je suis né, Nara était encore la capitale des relations extérieures et Tokyo était la capitale du Japon.

Après cela, ils deviennent des samouraïs. En 1868 s’achève l’ère des Samouraïs, mais à la campagne la réglementation est restée longtemps. Aujourd’hui le règlement a disparu, il n’y est presque plus! Mon père était mi-samouraï, mi-agriculteur. Autour du château il y avait des terres cultivées et il gérait les paysans/ouvriers et quand c’était nécessaire il se rendait au château. Il était professeur d’arts martiaux et mon père était aussi professeur d’arts martiaux. Il était policier et pendant la guerre il a enseigné le Ju Jitsu et la baïonnette (Ndr : jūkendō (銃剣道). A la fin de la guerre, mon père ayant été officier, cela a été très difficile pour lui de trouver un travail. Il est mort à 48 ans. Son rêve était de parcourir le monde. En fait, j’ai réalisé le rêve de mon père.

Maître, pouvez-vous nous parler de votre mère ?

Le père de ma grand-mère était producteur de saké, du nord du Japon. Elle aurait dû hériter de l’usine car elle était la première fille et n’avait pas de frère. En allant au temple, qui faisait à l’époque le service scolaire, elle tomba amoureuse d’un moine orphelin. Ma mère est née de cette union. Ma grand-mère a quitté la maison de son père. Ils ne se sont pas mariés. Ma grand-mère est elle-même devenue nonne et a vécu seule dans un temple abandonné pendant de nombreuses années, mais elle mourut dans la maison de mon père. Mon grand-père maternel est également devenu un moine célèbre au Japon.

Quelle est votre date de naissance Maestro ?

Je suis un peu fatigué par cette question !

Il y a l’âge physique, l’âge inscrit à la mairie (âge mondain) et l’âge spirituel. Nous avons différents types d’âge. Si vous voulez connaître mon âge mondain, je suis né en 1951, le 4 juillet.

Votre âge spirituel ?

Je ne sais pas, c’est ça le problème !! J’ai toujours dit 21, dès que j’ai grandi spirituellement. Quand ma première fille a atteint 21 ans, j’ai ajouté 1 an, 22 au moins un an de plus qu’elle. À 40 ans, j’ai interrompu les anniversaires, à 50 ans, j’ai rouvert les anniversaires et remercié le don de la vie. Pensant avoir soixante ans, je suis allé dans la jungle en Inde pour faire un jeûne de 33 jours. À mon retour, je me suis rendu compte que je m’étais trompé dans mon âge, je pensais avoir soixante ans mais en fait j’en avais encore 58. En tout cas, à mon retour, mes enfants m’ont dit que j’étais rajeuni.

Ce matin j’ai mesuré mon poids en fonction de l’âge : j’avais 60 ans !

Donc mon âge mondain 70 ans, mon âge physique mesuré par le poids 60 ans, spirituellement je ne sais pas.

Sérieusement, mon grand intérêt est de devenir un adulte spirituel avant de mourir, de devenir un être humain.

Quelle sorte d’enfant ou d’adolescent étiez-vous ? On dit de vous que vous étiez un peu rebelle, est-ce bien vrai ?

Yuji Yahiro collégien (second en partant de la droite), un enfant un peu turbulent (c) Yuji Yahiro

Dans le jardin d’enfants d’après-guerre, il y avait plein d’enfants, donc mon père a eu du mal à me trouver une place. Au début de la maternelle, je me battais déjà avec tout le monde et après quelques jours, je n’y suis plus allé. De même dans les premiers jours de l’école primaire, je me heurtais souvent à d’autres enfants.

Mais au fond, ceux qui se souviennent de moi disent que j’étais gentil.

Vers l’âge de 9 ans, j’ai beaucoup saigné à cause d’un accident et cela a considérablement changé mon caractère et je suis devenu plus calme.

À l’âge de 13 ans, vous  pratiquiez déjà le Shiatsu et la pranathérapie, et vous saviez qu’il était possible d’aider les gens là où la médecine occidentale n’arrivait pas à la refaire. Pouvez-vous mieux m’expliquer cela ?

À l’âge de dix ans, mon père est mort sous mes yeux. Cela a certainement été décisif pour déclencher quelque chose de plus en moi. À l’âge de douze ans, à la fin de l’école primaire, j’ai été nommé représentant de 1800 élèves. Déjà à cette époque, je sentais que les études scolaires ne servaient pas à grand-chose, que cela ne me suffisait pas, alors j’ai cherché d’autres textes dans des bibliothèques ou des librairies et enfin aussi une communication avec un moine dans un temple. Un jour, ma sœur a eu un mal de tête qui ne passait pas même avec les médicaments. Ma mère l’a emmenée chez le moine dans le temple, donc après que le moine l’ait soignée, la douleur est passée. Après un certain temps, elle a développé des douleurs abdominales. Je me suis souvenu que le moine avait placé ses doigts sur son front, alors j’ai pensé que je ferais la même chose en mettant mes mains sur son abdomen. Ma sœur m’a dit qu’elle sentait une sorte de courant électrique. Après cela, les maux d’estomac étaient passés. C’était ma première expérience de manipulation. Ma mère était fière de mon don naturel, elle-même pratiquait la médecine naturelle de manière amateur, alors elle m’a emmenée dans les maisons voisines, à l’hôpital, pour offrir mes services aux personnes qui avaient des maux. Mes maîtres étaient les gens qui avaient des problèmes.

La recherche de spiritualité est si forte qu’à 15 ans vous êtes  parti à pied pour traverser le Japon, quelle était la motivation ?

J’ai fait ce voyage parce que je voulais la paix dans le monde.

Mais pour avoir la paix dans le monde, est-ce que seulement marcher suffit ?

Tout le monde doit être en paix. Vous devez commencer par vous-même. J’ai assisté à de nombreux congrès pour la paix, mais je n’ai pas vu la paix dans le cœur des personnes qui y ont assisté.

Le jeune Yahiro avec sa grand-mère (c) Yuji Yahiro

Comme vous viviez dans le sud, je suppose que vous êtes allé au nord ? Combien de temps vous a-t-il fallu? En tant que jeune adolescent, n’était-ce pas trop difficile de le faire seul ? Qu’est-il arrivé ?

À cette époque, beaucoup commençaient déjà à fréquenter l’université, alors le directeur de mon école nous a appelé, ma mère et moi, pour parler. Il m’a conseillé de finir l’école et de faire le voyage plus tard. J’ai répondu : « Demain, ma vie n’est pas garantie, ce que je veux faire maintenant est mieux si je le fais maintenant ». Ma mère m’a soutenu dans mon choix en me disant : « Mon fils est maintenant majeur, je respecte son choix ».

Le jour du départ, ma grand-mère et ma mère se sont inclinées pour me saluer. Mon voyage au Japon a duré environ un an. J’ai voyagé dans tout le Japon.

Vous avez traversé beaucoup de nature, de forêts, comment faisiez vous pour dormir, manger ?

Quand il n’y avait pas de nourriture, je ne mangeais pas, cela signifiait qu’il y avait plus de temps pour marcher, si vous pouvez boire de l’eau, la vie ne meurt pas facilement. Parfois, quelqu’un m’offrait aussi de la nourriture, un déjeuner, pas très souvent bien sûr. Très souvent, je dormais dans la rue, parfois on m’invitait dans la maison, parfois je dormais dans des auberges de jeunesse.

Une fois je marchais et il faisait très noir, je me suis endormi et le lendemain matin j’ai vu que j’étais dans un cimetière. Si j’avais su, je ne me serais jamais endormi.

Que s’est-il passé après cette marche ?

Ce fut une bonne expérience, vécue au milieu de tant d’aventures, avec le soutien de tant d’inconnus et avec tant de critiques et de reproches d’adultes. Mon parcours a également suscité l’intérêt de nombreux étudiants universitaires qui auraient aimé vivre la même expérience et qui m’ont invité à raconter comment je vivais ce parcours. C’était fatigant mais ça m’a beaucoup aidé. Je suis devenu plus confiant.

Yahiro senseï (à droite) en compagnie du maître d’arts martiaux Minoru Mochizuki [1] à gauche (c) Yuji Yahiro

Vous avez fréquenté un monastère shinto où vous avez été initié à divers arts. Lesquels ?

Quand j’étais enfant, ma famille fréquentait un temple fondé par Kukai [2], un célèbre moine japonais, dans les années 1700. J’ai suivi un moine. Fondamentalement, la vie de ce moine était un grand exemple pour moi. Depuis la mort de mon père, un grand intérêt pour le sens de la vie s’était manifesté en moi.

Ils ne m’ont pas initié ni appris les techniques, on peut dire que je les ai volées. Le monde Mikkyo est non-enseignement. Ceux qui veulent vraiment apprendre le font sans enseignement. C’est beaucoup plus difficile mais on dit que « si vous ressentez une chose vous en comprenez 100 de plus ». Je n’ai pas reçu d’enseignement mais j’ai appris et à la fin le moine m’a donné un diplôme qui certifie mes compétences en moxibustion et médecine alternative, j’avais 17 ans.

Donc pour le Shiatsu vous n’avez pas fait d’études classiques en allant à Tokyo à l’école Namikoshi ou Masunaga, c’est bien ça ?

Je n’ai fréquenté aucune école. Je n’ai jamais participé en tant qu’étudiant, j’ai eu des relations avec ces personnes mais pas en tant qu’étudiant.

Apparemment cela ne vous a pas suffi puisque vous quittez le Japon et parcourez le monde, en commençant par l’Australie, puis l’Asie du Sud-Est. Pouvez-vous me parler de cette époque de votre vie ? Vous êtes parti juste après votre marche ?

Pas tout de suite mais peu de temps après, car les transports japonais ne pouvaient pas se déplacer librement dans le monde. En Australie, il y avait aussi l’apartheid et il n’était pas facile d’y entrer.

Quand j’ai quitté le Japon avec mon passeport, je pouvais aller à Hong Kong, en Malaisie, en Thaïlande et à Singapour. [3]

Pourquoi avez-vous voulu aller en Australie ?

Après la mort de mon père, j’ai étudié diverses stimulations et j’ai pensé que s’il devait y avoir une troisième guerre mondiale, l’Australie serait sauvée.

Pouvez-vous nous dire ce que vous avez fait là-bas, où avez-vous vécu ?

Quand j’ai quitté le Japon, je n’avais que 87 dollars en poche. Quand je suis allé changer de l’argent à la banque, le caissier m’a demandé : « Est-ce que ces quelques pièces sont un ajout à un dépôt précédent ? » J’ai répondu : « Non, c’est tout ce que j’ai. » Il m’a encore demandé : « Quelle est la durée prévue de votre voyage ? » Ma réponse : « Minimum un an, si c’est possible pour toujours. » Je n’étais pas si inquiet du manque de nourriture, car grâce à mon expérience précédente, je savais que les humains ne meurent pas si facilement. Le caissier m’a regardé avec des yeux brillants et s’est levé pour me serrer la main et pour me complimenter. Je ne peux pas raconter ici tout ce qui s’est passé, mais un jour je le raconterai. 

J’ai voyagé dans toute l’Australie. Je suis allé d’abord à Melbourne puis à Sydney. À Melbourne, j’ai travaillé pour une succursale de Honda qui vendait des pièces détachées. Puis je suis allé travailler dans un restaurant japonais, j’ai fait la vaisselle, puis j’ai aussi fait le serveur et enfin le cuisinier, et le ménage… J’ai travaillé 20 heures par jour, puis j’ai travaillé dans un célèbre hôtel très luxueux.

En Australie, vous avez commencé à faire du Shiatsu, ça a bien marché ?

Oui, j’ai pratiqué dans une clinique derrière l’hôtel où je travaillais. Nous avions mis une annonce dans le journal mais comme personne ne connaissait le nom de Shiatsu, nous l’avons appelé Nervous Points Massage. 15 heures de Shiatsu par jour !!

Cela me fait penser à d’autres maîtres qui sont arrivés comme Kawada en Belgique, Ohashi en Amérique, pays où personne ne connaissait le Shiastu et donc il fallait le diffuser.

Oui, en effet c’était ainsi.

Je me souviens avoir rencontré Sasaki San, en Inde en 1971 ou 1972. Il était en Inde pour une mission liée à l’agriculture. Je l’ai soigné puis il est retourné au Japon, il est allé à l’école Namikoshi puis à l’école Masunaga et puis il est venu en Europe.

Rencontre avec mère Teresa à Calcutta, dont la personnalité a fortement impressionné le jeune Yahiro (c) Yuji Yahiro

Avez-vous commencé à former des gens lorsque vous étiez en Australie ?

Non, j’ai juste travaillé, je n’ai pas fait de formation.

J’ai eu de nombreuses expériences et au final j’ai ouvert une société d’import-export. Pendant une courte période, j’ai mené une vie confortable, mais j’ai ensuite décidé de tout laisser à mes collègues. Cependant, ces collègues ont continué à me verser les bénéfices pendant 15 ans dans l’espoir que je revienne. Quand je suis entré en Australie c’était la période de l’apartheid et seuls 500 japonais pouvaient le visiter chaque année [4]. Lorsque j’ai ouvert cette entreprise, j’avais un peu plus de 20 ans et beaucoup étaient étonnés de mon jeune âge. Après un court laps de temps, cependant, j’ai quitté la vie confortable et je suis parti.

Je voulais aller en Amérique du Sud, j’ai payé le billet mais je me suis fait arnaquer en Australie, le billet n’est jamais arrivé. J’ai donc changé d’avis et je suis allé en Thaïlande. J’y ai ouvert une société d’import/export de choses diverses, soie, maroquinerie. Je suis resté en Thaïlande pendant presque 3 ans.

Profitez-vous de votre séjour en Thaïlande pour vous rapprocher de la médecine thaïlandaise ?

En fait, avant d’aller en Australie, j’étais déjà passé par la Thaïlande et j’avais enseigné à 50 massothérapeutes thaïlandais intéressés par le Shiatsu. J’ai aussi rencontré un vieux japonais qui enseignait aussi le massage Anma japonais aux thaïlandais. À l’époque, le massage thaï classique et sérieux qui se fait aujourd’hui dans les temples n’était pas développé. Le massage était surtout érotique pour les touristes. C’est à cette époque que les Thaïlandais se sont intéressés au massage sérieux.

Comment êtes-vous arrivé en Italie ?

Je suis d’abord allé à Singapour puis via Londres, j’entrais en Europe. Et puis en Italie. Comme je voyageais, je n’avais pas l’intention de m’y installer

Yahiro senseï en 1974, l’année de son arrivée en Italie. (c) Yuji Yahiro

Quel était le but de ces voyages ?

Le voyage, découvrir, sans but particulier autre que d’explorer.

Finalement, vous arrivez en 1973 en Italie. Comment et pourquoi avez-vous choisi de vous installer dans ce pays européen plutôt qu’un autre ?

J’avais trouvé un emploi de thérapeute dans une clinique privée en Suisse mais je devais attendre 3 mois avant de commencer. En attendant, j’ai décidé de partir en voyage en Inde avec mon frère qui voulait retourner au Japon. Ici, il y a eu un accident avec notre voiture qui a ensuite retardé notre retour en Suisse. J’aurais dû attendre encore plus longtemps pour travailler dans cette clinique alors en attendant j’ai décidé de descendre en Italie. Et par hasard à Milan j’ai rencontré Maître Deshimaru.

Taisen Deshimaru était déjà un grand maître de zen, de renommée mondiale. Comment l’avez-vous rencontré en Italie ?

Deshimaru n’était à Milan que pour 7 jours et je l’ai rencontré le septième jour. On peut dire que c’était un cadeau de la nature. Il tenait une semaine de seshin zen au Judo Busen Center du Maestro Barioli. De nombreux grands maîtres italiens du Judo sont nés ici. A cette occasion j’ai donné un traitement, en guise d’examen, à Maître Deshimaru. Après l’avoir reçu, il a confirmé mes capacités et m’a présenté au Maître Barioli [5]. Grâce à Maître Deshimaru j’ai commencé à pratiquer le Shiatsu au Busen de Milan.

En février 1974, vous commencez à accepter des patients et en 1975 vous commencez à enseigner sur demande, au centre Bu Sen de Milan.

Bu Sen Center signifie « école de spécialisation en arts martiaux ». Avant d’être accepté, j’ai passé un examen portant sur tous les maîtres d’arts martiaux qui fréquentaient le centre. Quand tout le monde a confirmé qu’ils étaient d’accord pour m’accepter, un judoka a eu un accident lors d’une séance d’entraînement. Son articulation du coude était sortie assez sévèrement. Maestro Barioli a déclaré : « normalement, je suis capable de réparer divers incidents, mais cela me semble trop grave. Pouvez-vous y remédier avec le Shiatsu ? » J’ai réussi à le réparer et c’est ainsi que le Shiatsu a commencé en Italie.

Yahiro senseï faisant un Shiatsu (c) Yuji Yahiro.

Quels souvenirs gardez-vous de Taisen Deshimaru Roshi ?

Plusieurs choses! il y avait un grand respect mutuel, beaucoup de souvenirs … je ne sais pas lequel raconter ..

Êtes vous allé au temple de La Gendronnière, créé par Deshimaru ?

Oui bien sûr, il m’a invité. Avec lui je m’étais formé à la pratique du Zen et lui-même avait également participé à mes cours de Shiatsu. J’ai aussi reçu de Maître Deshimaru le nom de moine zen : Reizen Taijin.

Maître Deshimaru s’intéressait-il au Shiatsu et aux thérapies manuelles ?

Au dernier moment de sa vie, j’étais en Espagne, travaillant comme professeur de Shiatsu et d’acupuncture à l’Académie du Tao à Barcelone et à Madrid. A ce moment, j’ai reçu un télégramme du moine Guareschi, considéré comme le représentant du Zen en Italie, j’ai pris l’avion pour Paris et je me suis consacré entièrement à lui pendant une semaine. Je lui ai donné des soins dans son centre à Paris, j’ai fait du Moxa, de l’acupuncture et du Shiatsu et j’ai préparé tous ses repas. En guise de remerciement, Deshimaru m’a offert un livre avec cette dédicace . « J’ai été soigné par le meilleur acupuncteur de France, mais toi, Yahiro, tu es le seul à avoir pu m’enlever mes symptômes. Merci beaucoup pour la merveilleuse technique de la médecine orientale.” Quand j’étais en France, au milieu de ce livre j’ai également trouvé une lettre écrite par Maître Masunaga à Maître Deshimaru à l’occasion de la première rencontre internationale de Shiatsu tenue en France un an plus tôt. Dans cette lettre, il était écrit : « Dans cette rencontre internationale, il n’y a pas là présence de Yahiro qui est en Italie. Il est jeune mais intelligent, s’il vous plaît soutenez ce garçon. » Curieusement, j’avais déjà rencontré M° Deshimaru et c’est grâce à lui que j’ai pu rester en Italie. Dans la dernière semaine de sa vie, Maître Deshimaru me proposa de me faire connaître dans le monde entier et d’utiliser son château de la Gendronnière pour écrire un livre.

Vous avez donc pratiqué la moxibustion, l’acupuncture et même la nutrition. En ce qui concerne la nutrition, Avez-vous été influencée par la macrobiotique de Georges Oshawa [6] et sa réflexion sur le principe unique ? 

Je n’ai pas été initié à la macrobiotique. Je m’intéressais déjà à la nutrition. Grâce au succès des traitements de Shiatsu, de nombreuses personnes sont venues se faire soigner. À un moment donné, beaucoup d’entre elles présentaient des symptômes similaires. Je leur ai demandé ce qu’ils faisaient pour guérir. Ils ont répondu qu’ils suivaient la macrobiotique. À cette époque, je ne connaissais pas la macrobiotique, alors quand j’ai appris que le fondateur était japonais, j’ai essayé de comprendre pourquoi, malgré cette philosophie, tant de gens étaient malades. C’est donc grâce à cette situation que j’ai commencé à étudier cette philosophie en la mettant en pratique pour en comprendre les effets sur moi-même. J’ai donc compris que beaucoup de ceux qui l’ont suivi n’en ont pris que la partie la plus confortable, c’est-à-dire qu’ils ne l’ont pas compris de manière profonde.

Vous dites que les gens s’engagent souvent en surface dans la macrobiotique en ne prenant que la partie la plus confortable, quelle est la profondeur de la macrobiotique ?

Tout le reste, tant d’aspects manquent. La plupart des gens n’étudient que le côté facile et confortable de la macrobiotique. J’ai remarqué une étude partielle, Les personnes ne veulent pas se fatiguer. Il faut  étudier plus amplement, sans fixations.

Une autre personnalité avec qui vous avez eu une relation profonde était Shizuto Masunaga senseï. Comment l’avez-vous rencontré? La plupart des enseignants de Shiatsu aiment à rappeler qu’ils furent son élève, mais vous, vous  étiez déjà formé au Shiatsu. Du coup, quelles furent vos relations ? Celle de maître à élève ou bien plutôt de deux chercheurs qui échangent entre eux des idées et des informations ? Comment la relation écrite avec Masunaga a-t-elle commencé ?

J’ai fait beaucoup de traitements à Milan et les cas lourds augmentaient constamment, alors je cherchais les meilleurs professeurs dans divers domaines pour demander des conseils. J’ai donc trouvé Maître Masunaga. Nous avons eu des centaines de communications par lettre. On parlait plus de philosophie que de technique, Masunaga avait un diplôme en psychologie, plus qu’un thérapeute c’était un philosophe, à mon avis. Masunaga m’a répondu par de longues lettres touchant tous les sujets de manière profonde. De lui j’ai appris l’attitude du sérieux, de l’honnêteté et de la sincérité. Ce n’était pas une correspondance privée, c’était des arguments d’étude et il affichait mes lettres sur le tableau d’affichage de son école pour que tout le monde puisse les lire.

Il serait intéressant de publier ces lettres !

Malheureusement, j’avais gardé les lettres dans une petite maison qui a subi une inondation. Je n’ai pas vérifié l’état exact de conservation. Maintenant je les ai mis au grenier, si vous voulez les publier elles sont disponibles.

Le succès augmentant vous avez de plus en plus d’étudiants. Pourtant, vous décidez de quitter Milan pour la campagne italienne. Là, vous avez créé le Reishi Kai. Quel est le sens de ce terme ? 

Pendant mon séjour à Milan, j’ai eu une pensée. J’étais plein de patients et d’une part je pensais que si j’avais continué comme ça j’aurais pu atteindre une renommée mondiale, d’autre part j’avais des doutes quant à continuer ma vie de cette façon. La vie est si précieuse, pensai-je, n’y aurait-il pas un autre moyen de lui donner plus de valeur ? Mon intérêt est de rechercher la vérité et de devenir un véritable être humain. Au cours de la dernière période, j’ai même été invité par un chirurgien en chef d’un des plus grands hôpitaux de Milan, le Professeur et Dr. Bisiani et le Dr. Mocchi pour travailler au sein de leur hôpital. En vérité, je me préparais à tout fermer et à aller dans le désert ou la jungle et y rester pour toujours. Cependant, Dieu est bon, juste au dernier moment, j’ai rencontré ma femme actuelle, nous nous sommes mariés et nous sommes allés vivre dans sa maison de campagne. J’ai fondé l’Association REISHIKAI qui signifie « Soutien de l’âme universelle ». Ce faisant, je me suis convaincu que j’avais trouvé un environnement où je pouvais me concentrer sur la recherche sans aller dans la jungle. Ainsi, en mangeant des herbes sauvages, en pratiquant la méditation et zazen, Je voulais laisser tomber la thérapie, mais les gens qui avaient des problèmes venaient continuellement et j’acceptais ceux qui venaient même sans paiement, mais cela m’a par la suite posé un gros problème ; en réalité de cette façon je ne pouvais pas m’isoler.

De gauche à droite les Maîtres Maurizio Fabbri, Yahiro Yuji, Onoda Shigeru, Sasaki Kazunori, lors des rencontres internationales de Shiatsu à Castelbrando, au nord de Trévise (c) Yuji Yahiro

Il y a aussi un lieu de culte dans votre centre. De quoi s’agit-il?

Ce n’est pas  vraiment un lieu. Dans le monde, il existe deux types d’éducation : l’une est la porte de l’enseignement, l’autre est la porte du non-enseignement. Dans l’éducation de l’enseignement, les questions et les réponses sont déjà préparées. Dans l’éducation du non-enseignement, il y a la question mais chacun doit trouver la réponse avec sa sueur, comme dans le Yoga et le Zen authentique.

La tâche dans l’éducation du non-enseignement est le salut. Le salut est atteint à travers Dieu, l’instrument est la prière et l’inspiration. Pour cela, il faut un cœur pur. La prière ne signifie pas demander à Dieu de faire quelque chose pour soi-même, mais demander ce que moi même, je peux faire. Le meilleur exemple est celui de Jésus sur la croix qui a prié : « Seigneur pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ».

Aujourd’hui, la place de Dieu dans l’éducation a été prise par la science avec l’intelligence artificielle.

Le karma, base de l’entité personnelle, est constitué de mémoires (ADN), d’hérédité, d’habitudes. Actuellement, le domaine de la chimie et de la physique moderne est considérablement avancé. Ainsi, nous voyons que l’intelligence artificielle commence à manipuler notre mémoire et que la science chimique commence en même temps à manipuler l’ADN. Croire en Dieu est remplacé par croire en l’intelligence artificielle. Mais ce n’est pas entièrement négatif, peut-être que pour ceux qui pensent peu ou ressentent peu cela peut être un soutien. En tout cas la croissance du point de vue de l’évolution humaine n’est absolument pas garantie.

Yahiro senseï priant (c) Yuji Yahiro

En 1981, vous rencontrez une autre personnalité qui sera importante pour vous: Masahiro Oki senseï, un grand professeur de yoga. Comme je ne connais pas du tout cette personne, sauf qu’il a fondé sa propre école de yoga Okido et a écrit un livre sur la thérapie Zen dans le Yoga, pourriez-vous s’il vous plaît me dire qui c’était?

En 1981, il y eut une conférence de paix en Suisse. Du Japon, ils avaient invité M° Oki et M° Fukuoka, un maître mondialement connu dans le domaine de l’agriculture naturelle. Ils m’ont donc invité à la Conférence en Suisse en tant que traducteur de M° Fukuoka et grâce à cela j’ai rencontré M° Oki. C’était la première fois de ma vie que je rencontrais ces deux grands personnages et j’ai résonné intérieurement. Celui qui m’a le plus impressionné fut M° Oki. C’était la première fois de ma vie que je voyais un véritable exemple d’être humain. J’ai donc décidé de suivre son « non-enseignement ». En ce moment, avant de l’oublier, j’écris tous les événements de ma rencontre avec lui. Si vous êtes intéressé, je peux vous envoyer le manuscrit. Ici maintenant, je ne rapporte que quelques épisodes. Il a sucé le pus des lépreux pour montrer son amour et puis lui aussi a été infecté. Il a également rencontré l’Empereur et le Premier ministre en tant que conseiller, mais il a interdit la publicité de ces événements afin de ne pas les utiliser de manière mondaine. Il ne voulait pas être considéré comme un saint professionnel, mais il voulait être un homme pur. Il a été nominé pour le prix Nobel, mais l’a refusé.

A gauche, Yahiro senseï, puis Maître Barioli et au centre Maître Oki (c) Yuji Yahiro

Okido Yoga est fondamentalement Mikkyo. Dans le vrai Mikkyo, il n’y a pas d’héritage. Il se termine par une seule génération. De même, mon engagement prendra fin avec moi.

M°Oki a vécu ici son dernier moment de vie, et j’ai toujours été proche de lui. Il me laissa quelques derniers mots avant de disparaître :

❖ « Je veux te laisser tout mon savoir, mais je ne peux pas. »

❖ « En vérité, je n’ai pas vraiment compris. C’est ce que j’ai vraiment compris. » 

❖ « Construire, même petit, un groupe pur. »

❖ « Personne ne me comprendra. »

Après la disparition de M° Oki, il y a eu une réunion ici au Dojo où les membres du siège au Japon m’ont demandé d’accepter la proposition que ce lieu devienne le siège de l’Europe. En même temps, même ceux qui ont collaboré en Italie sans forme d’organisation me proposent de faire de ce lieu aussi le siège de l’Italie. J’ai rejeté les deux propositions. La raison de mon refus était que je ne voulais pas entrer dans la voie mondaine de l’organisation, mais j’ai donné des conseils. Pour l’Italie, créer une Fédération basée à Milan sans ma participation, créer une école basée à Venise et une Maison d’Édition basée à Rome. Tout cela pour ne pas créer de factions, mais malgré mon intention les factions ont quand même été créées. Sentant la pression du poids de ma responsabilité, j’ai décidé à ce moment-là de partir pour le désert, pour jeûner et méditer. Après deux semaines de jeûne avec seulement de l’eau, je suis entré dans une semaine de jeûne sans eau. Je me suis effondré au milieu du désert et j’ai risqué ma vie. J’ai été sauvé par un Bédouin qui passait par là. Ma pensée était que si je revenais vivant ce serait la déclaration que pour le reste de ma vie j’aurais une mission à remplir.

Maître Oki et Yahiro senseï (c) Yuji Yahiro

En 2000, j’ai lancé un projet pour corriger la mondanité dans le groupe Okido lui-même. Je n’ai pas réussi. Me disant que j’étais un utopiste, beaucoup sont partis, ceux qui sont restés ont recommencé.

​​En 1982, vous publiez votre premier livre intitulé « Keiraku Shiatsu ». Pourquoi ce titre ? Pourquoi ne pas l’avoir appelé Meiso Shiatsu d’après le nom de votre style ?

Keiraku Shiatsu n’était pas vraiment un livre. A chaque réunion je faisais les photocopies du matériel écrit comme base pour les débutants, alors un éditeur, pour m’épargner le coût des photocopies, m’a proposé d’en faire une impression. En réalité, je faisais encore des recherches et le désir d’imprimer un vrai texte d’étude n’avait pas mûri en moi. Or ce que j’écris sous le nom de Meiso Shiatsu fait partie du fruit plus profond de mes recherches. Je l’ai écrit pour exprimer mes remerciements pour la stimulation reçue du Shiatsu pour ma recherche de la vérité. J’écris cela depuis 10 ans. Ce sera un livre très complet et très approfondi. Bref un traité. Le brouillon est prêt mais nous le faisons avec le responsable de l’académie Meiso Shiatsu qui n’est pas un professionnel de l’édition, mais qui comprend parfaitement le contenu. Il sera bientôt imprimé.

Excellente nouvelle, mais pouvez-vous nous parler un peu du Meiso Shiatsu, du point de vue de la technique, comment l’avez-vous développé, qu’y avez-vous mis ?

Lorsque ceux qui avaient appris le Shiatsu avec moi ont commencé à le diffuser, l’une de ces organisations a reçu de moi l’idée du nom : Shiatsu Do. Plus tard, leur activité s’est trop tournée vers l’organisation, alors j’ai trouvé le nom de mon groupe : Meiso Shiatsu.

Fondamentalement, Meiso Shiatsu est un enseignement invisible, Mikkyo, c’est-à-dire que la clé consiste à ressentir et ensuite il faut de la rationalité. Il s’agit de mettre un principe en action : prise de conscience, respiration, action. Il ne s’agit pas d’une méthode, mais d’un principe qui peut être utilisé dans tous les domaines.

Dans le Zen on dit qu’il y a 3 principes/secrets : le corps, la bouche, la conscience.

Dans toute étude il y a trois processus approfondis : Jutsu, Ho, Do

  • Le premier est JUTSU, la technique. Celui qui approfondit l’étude de la technique, en japonais s’appelle « tatsujin »
  • La seconde est HO, la loi de la nature. Celui qui approfondi s’appelle « meijin »
  • La troisième voie est Do, la recherche de la vérité dans la vie quotidienne (« seijin »).

La méditation est nécessaire pour atteindre ce niveau.

En ce qui concerne n’importe quel sujet d’étude, si l’on est intéressé à découvrir la vérité, on doit pratiquer Meiso.

En compagnie de Maître Oki, de son épouse et ses trois fils. Yahiro senseï est à droite (c) Yuji Yahiro

Dans le Meiso Shiatsu faites vous le diagnostic oriental ? Y a-t-il un Kata ?

Bien sûr, et effectivement ceux qui savent faire un diagnostic sont très bons et avancés !

Le Kata existe et le Kenkyo [7] est la base de l’enseignement, il est utile. C’est Jutsu. Vous pouvez approfondir la mécanique mais vous ne pouvez pas élargir votre compréhension et votre conscience si vous ne développez pas la connaissance de Ho, des lois de la nature.

Le kata fait partie de la partie technique de l’entraînement physique, mais sans écouter les lois de la nature, il devient uniquement mécanique. Vous pouvez approfondir la technique, mais sans comprendre les lois de la nature, vous ne pouvez pas atteindre la vérité.

Par exemple le yoga est très développé dans le monde mais c’est l’aspect Kenkyo qui est connu et non pas le yoga original qui est Mikkyo.

L’argument de Kenkyo est le salut. L’homme souffre physiquement et mentalement et cherche le salut par la prière, maintenant par la science.

La tâche de Mikkyo est le satori, c’est-à-dire comprendre la vérité. Je recherche. Par le Shiatsu, je cherche le salut de la maladie, des maux. Mais je dois traverser la maladie, pour découvrir la vérité et pas seulement chasser les maux. Souvent, quand je guéris, je suis heureux mais je n’ai rien appris. Je dois apprendre de la maladie ce qu’est la vie. Tant de gens quand ils tombent malades, paient pour guérir pour se débarrasser de leurs symptômes mais ils ne changent rien à leur vie, ils continuent égoïstement. J’ai soigné une dame atteinte d’un cancer de l’intestin qui séjournait au Dojo avec son mari et leurs quatre filles. Je les ai donc acceptés jusqu’à récupération sans aucun paiement. Après que la guérison ait également été médicalement confirmée, ils auraient aimé rester à nouveau, mais sans aucun intérêt pour l’étude. Ils me considéraient fanatiquement comme un saint, alors je ne pouvais plus les accepter et je les ai renvoyés. Puis, au lieu de me remercier, ils m’ont calomnié.

J’ai quitté le monde de la thérapie. Les gens valorisent trop peu la vie, il y a trop de matérialisme. Je voulais que le Shiatsu soit plus respecté et qu’il soit un moyen d’honorer davantage la vie.

En Suisse lors des Rencontres internationales de la paix, avec au centre Maître Fukuoka, en 1981 (c) Yuji Yahiro

Ne serait-ce pas le rôle du thérapeute de faire prendre conscience aux gens ?

Souvent le thérapeute lui-même n’est pas très conscient !!

Alors, comment pensez-vous que le thérapeute peut développer sa conscience ?

Avec la patience ! Par l’éducation à la conscience de soi.

J’ai rencontré des milliers de personnes mais personne n’est sensibilisé au Shiatsu. Beaucoup de personnes s’ intéressent à la technique mais très peu ont faim de recherche de la vie intérieure.

Le monde de Mikkyo étudie pour apprendre. Le monde Kenkyo étudie pour enseigner. Je n’enseigne pas, j’étudie. Étudier pour apprendre et ensuite offrir n’est pas mal. Mais c’est très difficile. L’enseignement demande beaucoup d’énergie et après il n’y a pas le temps d’approfondir.

Quoi qu’il en soit, nous faisons des vidéos de nos katas qui fonctionnent bien. Même fait par des amateurs ça marche !!

Je n’ai trouvé aucune information sur vous après 1988. Nous sommes en 2022, alors qu’avez-vous bien pu faire pendant ces 34 années ?

Pendant toutes ces années, j’ai fait des expériences de service dans divers pays tels que le Maroc, le Kosovo, le Pakistan et l’Afghanistan, le Myanmar, le Cambodge, l’Inde. À quelques reprises, j’ai été invité par l’Université d’astronautique de Kiev en Ukraine.

En Inde, j’ai rencontré à plusieurs reprises les chefs spirituels du jaïnisme et le doyen de l’université jaïn. J’ai été invité à plusieurs reprises par le président de l’une des maisons d’édition les plus populaires en Inde, Rajastan Patrika, pour une conférence sur la paix. J’ai rencontré trois fois l’ancien premier ministre de l’Inde. Certaines « Histoires de vie » que je vous ai envoyées ont été publiées dans ce journal dans toute l’Inde. Ce Président des éditions aurait aimé me faire connaître dans toute l’Inde mais j’ai aussi refusé cette proposition. Il y a deux ans il a voulu publier ma photo après 49 jours de jeûne, j’ai aussi refusé.

Yahiro senseï en Inde avec le guru Acharya Tulsi [8], l’un des chefs du Jaïnisme, en 1995 (c) Yuji Yahiro

Puisque vous êtes un spécialiste de la religion shintoïste, je voudrais profiter de cette occasion pour vous poser une question philosophique. Dans la religion Shinto on dit « Ichi Rei Shi Kon », traduit « un esprit, quatre âmes ». Pouvez-vous expliquer le sens de cette phrase citée notamment par O Senseï Ueshiba, le fondateur de l’Aïkido ?

Vous ne trouverez pas la traduction exacte en italien de la phrase : « Ichi Rei Shi Kon». Une âme, quatre personnages. Le premier est le bonheur, le second est le courage, le troisième est la perspicacité, le quatrième est la paix. Le Maître Onisaburo Deguchi [9] était le maître spirituel de maître Ueshiba. J’ai rencontré le petit-fils du Maître Deguchi, l’un des moines les plus célèbres du Japon. Lorsqu’il a appris que ma femme et moi nous étions mariés sans cérémonie religieuse, il a proposé que nous célébrions notre mariage 10 ans plus tard selon le rituel shinto. A cette occasion, il m’a fait porter exceptionnellement la robe de son grand-père, Maître Deguchi.

Yahiro senseï lors de la cérémonie de mariage selon la tradition Shintoïste avec son épouse Lorena, en 1991
(c) Yuji Yahiro

Merci beaucoup pour ces explications. Maître Yahiro avez-vous un message pour les pratiquants de Shiatsu ?
(Yahiro senseï a alors pris un long moment de réflexion dans lequel on pouvait sentir qu’il cherchait les mots justes pour transmettre au mieux ce qu’il voulait dire).

Je voudrais parler de la rencontre et du dialogue avec la vie et de la jubilation universelle.

Quand j’avais 10 ans, j’ai fait un rêve plein de couleurs. Dans ce rêve, j’ai appris la mort de mon père. Je suis parti autour du monde à la recherche de l’herbe médicinale de l’immortalité. Enfin, j’arrive devant une chaîne de montagnes majestueuse, comme l’Himalaya. Cette imposante montagne était de couleur noire, dépourvue de neige. Au sommet de cette montagne divine, il y avait une fleur blanche, pure et brillante, mais je n’ai pu l’attraper que de justesse. Je regarde le monde en dessous de moi : seulement un profond précipice. Je suis donc certain de la mort de mon père et je descends de la montagne en pleurant. Après cette expérience dans le rêve, j’ai décidé de consacrer ma vie à la recherche de cette fleur blanche et je suis arrivé jusqu’ici. L’une de ces fleurs est le monde du Shiatsu. Cette fleur blanche et brillante est le symbole de la vie.

Dialoguer avec cette vie, c’est la prière. S’unir à la vie (Dieu) est une méditation et une jubilation universelle. Maintenant, c’est de cette manière que je comprends. L’entité de vie qui se manifeste en tant que personne est construite à travers le corps, le cœur, l’âme, la vie sociale et l’environnement de la planète et de l’univers. L’environnement et la société de la planète ont toujours connu d’énormes changements, qu’il s’agisse de catastrophes naturelles ou d’événements non naturels tels que les guerres créées par la main de l’homme. L’éducation moderne est basée sur la recherche scientifique, en particulier la physique et la chimie sont devenues extrêmement développées et répandues. Nous assistons à un grand changement dans le concept et la connaissance de la manière de comprendre l’environnement et la vie, dominé par le contrôle de la numérisation.

Selon une théorie de la science physique moderne, lorsque les neutrinos sont émis dans l’atmosphère, ils se divisent en neutrinos électroniques (matière) et en neutrinos anti-électroniques (antimatière), qui entrent ensuite en collision et disparaissent. Mais en réalité, il en reste quelques-uns. Il s’agit, selon les scientifiques, d’une hypothèse de l’existence de la matière et de la non-matière. La taille de ces neutrinos, si l’on compare l’atome à la planète Terre, est celle d’un trou d’aiguille. Les particules de prana sont encore plus petites que le neutrino et sont présentes de manière invisible et en grande abondance dans tout l’univers.

La signification du karma est la mémoire, l’héritage et l’habitude. Lorsque la vie se manifeste à travers une personne, elle reflète son influence et, en même temps, entre en résonance avec l’environnement et la société et exprime ainsi le caractère personnel. La technologie de l’intelligence artificielle et celle de la modification génétique sont entrées dans le territoire humain du Karma, l’essence fondamentale de l’homme, la mémoire et l’héritage. Selon le Meiso Shiatsu, le monde de la conscience peut être divisé en 32 niveaux. Cela engendre la haine et les conflits, mais aussi le corps naturel, c’est-à-dire la santé, et le cœur naturel, c’est-à-dire le bonheur. Ainsi, le monde de la liberté et de la paix est également né à la fin. Mais cette condition n’est pas créée automatiquement, mais seulement par l’éducation. 

L’importance du travail du Ki (c) Yuji Yahiro

La clé réside dans les trois principes du Meiso Shiatsu. Le chemin vers la vraie santé, le vrai bonheur, la vraie liberté et la vraie paix.

Il existe deux types d’enseignement : 

  • l’éducation par l’enseignement qui a été créée pour l’espèce humaine menant une vie sociale
  • l’éducation non enseignante qui est l’éducation au satori créée pour découvrir la vérité.

La société commune ne fait pas connaître la vérité. La vérité doit être recherchée sur le plan scientifique, philosophique et religieux. Pour y parvenir, la recherche scientifique doit être globale et non partielle, la philosophie doit être pratique et non pas seulement une observation, et la religion ne doit pas être une idéologie mais être vécue à travers un mode de vie qui prône « une personne, une religion ». Les trois principes du Shiatsu sont les mêmes que ceux de l’éducation non-enseignante. J’ai beaucoup d’admiration et de respect pour le médecin qui a découvert ces trois principes.

Les trois principes du Shiatsu sont :

1-La pression perpendiculaire est la pression de la respiration.

Beaucoup ont compris à tort que le Shiatsu est une pression des doigts, mais si tel était le cas, non seulement les doigts seraient endommagés mais aussi le corps. Au lieu de cela, la pression correcte est celle de la respiration apportée par la main. La clé est que le shiatsushi a une respiration plus longue que le patient. Ceux qui ont pratiqué à un niveau supérieur grâce à l’apnée mûrissent le Ki et peuvent obtenir un plus grand effet. Lorsque vous êtes bien formé, vous pouvez également faire de la thérapie à distance. Lorsque la pression est perpendiculaire vous pouvez la diriger vers le centre de votre cible.

2- La pression constante est la pression tanden (force abdominale et lombaire)

Une pression constante résulte de la force de l’abdomen et du bas du dos. La pression de la main ou des doigts, si elle n’est pas inférieure à la force du tanden, ne pénètre vers l’objectif interne. Une des caractéristiques du Shiatsu est la stimulation du système nerveux para sympathique. Ceci est accompli grâce à la force du tanden.

3- La concentration (pression d’appui selon la méthode de Masunaga) est la pression de la prière (dialogue avec la vie) et de la méditation (union avec la vie).

Cette pression est la pression du cœur humain. Avec une conscience ayant un cœur capable de respecter les autres, capable de pardonner aux autres et rendre grâce. Un cœur capable de faire ressortir la valeur. Que faire pour le manifester ? C’est la pression de la prière. Enfin, avec ce dialogue, l’unification avec la vie s’appelle la méditation. C’est la pression de l’hymne à la vie, c’est-à-dire la pression de la jubilation universelle. Nous sommes tous des enfants de l’univers, c’est-à-dire des enfants de Dieu. Remerciez la vie, essayez d’imaginer comment il vaut mieux vivre pour que la vie puisse être contente. Demandez-vous : « La vie, à travers ce cœur pur, quel genre de manifestation à travers le corps veut-elle que je fasse ? »

 Il existe de nombreuses méthodes de santé, mais fondamentalement, il existe trois type de guérison :

  1. Guérison forcée
  2. Guérison naturelle
  3. Guérison sans intervention

La guérison forcée signifie que l’on n’a aucun intérêt à changer ses habitudes, à corriger son corps ou à changer sa façon de penser ou de vivre. On veut seulement changer ce qui ne va pas. La guérison naturelle signifie corriger l’équilibre physique, corriger l’équilibre de l’état d’esprit et ainsi retrouver la santé. Guérir sans intervention signifie trouver le but de la vie et essayer de vivre d’une manière qui rende la vie heureuse. À partir de là, si nécessaire, vous pouvez également intervenir. J’espère que vous pourrez mettre en pratique une manière correcte d’étudier le Shiatsu.

Au milieu de ce chaos du monde, faites une vie qui a de la valeur.

Retour en Inde. Faire une vie qui a de la valeur. (c) Yuji Yahiro

Un immense merci Maître pour ce merveilleux message et merci beaucoup d’avoir pris tout ce temps pour partager votre message avec nous.


Auteur : Ivan Bel

Traductrice : Nathalie Durand


Notes

  • [1] Minoru Mochizuki (望月 稔 ; 1907-2003) fut un des plus grands maîtres d’arts martiaux de son époque. Élève direct du fondateur du Judo (Jigoro Kano) et de celui de l’Aïkido (Morihei Ueshiba ). Il a été pendant sa carrière 10e dan d’aïkido, 9e dan de jujutsu, 8e dan de iaido, de judo et de kobudo et enfin 5e dan de kendo, de karaté et de jo-jutsu. Pour en savoir plus sur lui, lire « L’histoire des pionniers japonais des années 50″.
  • [2] Le moine Kūkai (空海 ; 774 – 835), plus connu sous le nom de Kōbō-Daishi (弘法大師), est le saint fondateur de l’école bouddhiste Shingon; il est aussi une figure marquante de l’histoire du Japon : son esprit universel a fortement influencé la culture et la civilisation japonaise. Il était non seulement un grand religieux, mais aussi un éminent homme de lettres, un philosophe, poète et calligraphe.
  • [3] Après guerre le Japon était sous occupation stricte de la part des Etats-Unis. Parmi les différentes mesures liées à l’occupation il y avait la restriction des voyages à l’étranger pour tous les japonais.
  • [4] En 1901, l’un des premiers actes de l’Australie en tant que nation a été d’introduire la politique dite de l’Australie blanche afin d’exclure les non-Européens du pays. Dans le cadre de cette politique, les esclaves mélanésiens et leurs familles ont été rapatriés de force, rompant ainsi des liens familiaux et commerciaux séculaires entre les Aborigènes australiens et l’Indonésie. Ce n’est qu’en 1965 que les australiens ont commencé à réagir contre cette politique qui s’étendait à tous les non-blancs.
  • [5] Cesare Barioli (1935 – 2012) était un maître italien de Judo, pionnier des années 50. Passionné par le Judo, il retrouva les écrits de Jigoro Kano puis les traduisit en italien.
  • [6] Pour en savoir plus sur Georges Oshawa, fondateur de la macrobiotique, lire l’article , lire « L’histoire des pionniers japonais des années 50″.
  • [7] Kenkyo (謙虚) signifie « humilité » ou « être humble ».
  • [8] Acharya Tulsi (1914 – 1997) a été reconnu Ganadhipati, c’est-à-dire le Supérieur de tous les moines-ascètes indiens dans notre ère, titre jamais conféré jusqu’à présent. Il a beaucoup œuvré pour que tout un chacun ait à cœur de connaître les écritures du jaïnisme et applique ses valeurs.
  • [9] Onisaburō Deguchi (出口 王仁三郎 ; 1871-1948) est un religieux japonais considéré comme le second chef spirituel du mouvement Ōmoto. Il fut un personnage spirituel de premier plan dans le Japon d’avant-guerre.

Les livres (en italien) de Yahiro Senseï

  • Keiraku Shiatsu: Red edizioni, 1982
  • Meiso Shiatsu. Terapia e educazione per la salute e l’evoluzione umana: Cometa, 1994
  • Okido – per apprezzare il valore della vita: Edizioni Mediterranee, 2012
Interview avec Mike Mandl : de la permaculture au Shiatsu

Interview avec Mike Mandl : de la permaculture au Shiatsu

Reading Time: 19 minutes

Mike Mandl est une de ces personnalités incontournables dans le monde européen du Shiatsu. Enseignant et praticien de Shiatsu depuis de longues années à Vienne, en Autriche, il est aussi le président du plus gros événement mondial de notre profession qu’est le European Shiatsu Congress. Dans cette interview, il nous raconte son parcours et surtout sa vision du Shiatsu. Et pour lui, il n’y a pas de séparation entre les différentes approches de notre discipline, entre le côté Yin et le côté Yang de la pratique. Une interview passionnante qui remet les choses à leur place.


Ivan BEL : Cher Mike Mandl, merci d’avoir accepté cet entretien. Commençons par le commencement. D’où venez-vous ? Quand êtes-vous né ?

Mike Mandl : Oh, c’est le tout début, ah ah ah !

Oui, je veux tout savoir sur votre parcours Shiatsu.

Je vis maintenant à Vienne, en Autriche. Je suis né en 1969. Vous voulez connaître mon parcours Shiatsu ? OK. Tout a commencé quand j’étais très jeune, avant mes 18 ans. J’ai été très inspiré par les écrits de Masanobu Fukuoka. Il était l’un des pères de la permaculture. Juste après avoir terminé mes études, je suis allé à la campagne dans une communauté agricole, et j’ai commencé la permaculture. Ça s’est plutôt bien passé. Mais si vous lisez les livres de Masanobu, il parle aussi de ce « one touch man », un Néerlandais qui a étudié avec lui et a créé une ferme en permaculture aux Pays-Bas. Il s’appelle Tomas Nelissen. Comme nous étions une petite communauté post-hippie, nous recevions beaucoup de visiteurs. Un jour, un visiteur faisait une sorte de massage étrange. Je lui ai demandé : « Que faites-vous ? » et il a répondu : « Oh, j’étudie le Shiatsu avec ce monsieur, Tomas Nelissen. » Une lumière s’est allumée aussitôt dans ma tête : Shiatsu, je dois apprendre ça !

Masanobu Fukuoka, l’un des pères fondateurs de la permaculture est l’auteur du célèbre « La révolution d’un seul brin de paille »

La décision a été prise très rapidement. J’ai quitté la ferme peu après cette rencontre, j’ai déménagé à Vienne et la première chose que j’ai faite là-bas a été d’aller à l’école de Tomas Nelissen et j’ai demandé : « Puis-je assister à votre cours ? ». Je suis allé directement de la gare à l’école de Tomas, avec rien de plus qu’un sac sur le dos. Je me souviens très bien de cette situation, car la deuxième chose que j’ai demandée était « Avez-vous un endroit où dormir » ? Et la troisième question était « Où puis-je travailler parce que j’ai besoin d’argent » ? Et c’est tout ! J’ai commencé comme ça il y a 30 ans. Ce n’était pas une décision mentale. Quand j’ai entendu l’invité parler du Shiatsu et de Tomasa Nelissen, une voix intérieure m’a dit « Tu dois faire ça ». Je n’avais jamais reçu de Shiatsu avant cela, c’était tout à fait soudain. C’était une sorte d’appel.

Quand avez-vous commencé à travailler avec le Shiatsu ?

Eh bien, pendant ma troisième année d’études, j’ai commencé à travailler avec Tomas en tant qu’assistant. Et quand j’ai terminé, j’ai commencé à enseigner dans la même école, même si j’étais assez jeune. Nous sommes restés ensemble pendant 25 ans, et j’ai adoré ça, parce que dans mon esprit, j’étais dans cette voie traditionnelle, apprendre avec un maître. Vous le suivez jusqu’à ce que vous maîtrisiez ses techniques et ce n’est qu’après que vous pouvez commencer à développer votre propre approche. Finalement, j’ai repris l’école de Tomas. L’école a ouvert en 1989, j’ai commencé en 1992 et j’y suis toujours.

Tomas Nelissen

Vous ne m’avez pas dit grand-chose sur vos origines. Etes-vous né à Vienne ?

Pas du tout, je viens de la Haute-Autriche, de Steyr, célèbre pour ses camions et ses armes. C’est l’une des dix plus grandes villes d’Autriche, mais en fait elle ne compte que 50 000 habitants. C’est près des montagnes. Mon grand-père avait une cabane dans les montagnes. Je suis un garçon de la campagne.

Mes grands-parents et mes parents étaient tous médecins, nous avions donc une forte tradition médicale dans la famille, et c’était à moi de maintenir cette tradition. Il y avait beaucoup de pression sur moi pour que je fasse des études de médecine. Mais à cause de cette pression, j’ai choisi de ne pas le faire, bien sûr. Mais c’est pour vous expliquer que j’ai grandi dans un environnement et une culture médicale. J’ai été très influencé, notamment par le père de mon père qui était l’un des chirurgiens les plus célèbres du pays. Vous savez, les chirurgiens sont comme des dieux en médecine, mais je me disais qu’en fait ils sont au bout de la chaîne dans le monde médical. Vous leur demandez d’opérer quand la situation est déjà très grave, quand tout le reste a échoué, sauf si vous avez une blessure ou un accident. Je pensais qu’il valait mieux ne pas tomber malade, rester en bonne santé et prévenir les maladies. C’est peut-être parce que je voyais mon grand-père au bout de cette chaîne médicale que j’ai voulu être au tout début. C’était ma façon de boucler une sorte de cercle et finalement j’ai choisi une technique orientale qui peut aider les gens à rester en bonne condition. Donc, pour moi, nous faisons la même chose, mais complètement à l’opposé. Il a clairement eu une grande influence sur moi.

Croyez-vous que cette culture médicale a influencé votre façon de pratiquer le Shiatsu ?

Elle a eu un impact sur ma volonté de développer une clinique, de communiquer avec le secteur de la Santé, d’entrer dans les hôpitaux de Vienne, donc oui, elle a eu une influence. Je pense que je voulais prouver que le Shiatsu peut clairement faire partie du système médical, mais après mes 40 ans, j’ai changé et je suis moins obsédé par cela, même si nous travaillons depuis de nombreuses années dans de nombreux hôpitaux maintenant.

Mike Mandl, traitement de la nuque

Que pensez-vous de la façon dont le Shiatsu est pratiqué aujourd’hui ? Certains insistent pour faire un diagnostic oriental sérieux alors que d’autres recommandent de laisser le sentiment guider les mains sans avoir besoin de diagnostiquer quoi que ce soit.

C’est un gros problème en Shiatsu. Pourquoi ? Pour moi, les personnes qui parlent ainsi ne comprennent pas le Yin et le Yang. Et si vous ne comprenez pas le Yin et le Yang, eh bien désolé, cela signifie que vous ne comprenez pas vraiment le Shiatsu. Parce qu’il y a une approche Yin et une approche Yang du Shiatsu. L’approche Yang est basée sur le diagnostic avec une grande connaissance des symptômes, une structure claire du traitement. Vous devez faire ceci et cela afin d’avoir un effet spécifique sur le corps/esprit de la personne. Et puis il y a l’aspect Yin du Shiatsu, qui a plus à voir avec l’intuition, le ressenti et le fait de ne rien faire du tout mais de laisser le Qi émerger et se déplacer de lui-même. Les deux aspects sont présents dans le Shiatsu. Je pense que les personnes qui disent que vous devez faire de telle ou telle manière séparent le Yin du Yang. Et dans les deux cas, l’autre partie vous échappe. Tous ceux qui disent qu’il faut faire un diagnostic et un traitement structuré ont tort, et tous ceux qui disent qu’il faut laisser le flux du Qi agir seul ont tort aussi, parce qu’ils ne font confiance qu’au Yin ou qu’au Yang.

Pour moi, vous devez choisir entre le Yin et le Yang en fonction du jour, du patient, des circonstances et même à l’intérieur de votre traitement, vous devez changer régulièrement votre approche. Je vous donne un exemple : si vous travaillez avec des enfants à l’hôpital, il est préférable d’avoir une approche Yin. Mais si vous travaillez sur un athlète qui a des problèmes d’épaule, il est préférable d’avoir une approche Yang. Donc, pour moi, ce débat est une incompréhension commune de ce qu’est le Shiatsu. Un bon praticien de Shiatsu devrait être capable de connaître les deux approches et de choisir à tout moment les outils à utiliser au bon moment. C’est pourquoi il faut beaucoup de temps pour étudier le Shiatsu correctement.

Voici une réponse très intéressante, merci.

Permettez-moi d’ajouter quelque chose. Je sais que vous êtes un pratiquant d’arts martiaux et que vous êtes aussi très curieux, que vous écrivez beaucoup sur le Shiatsu et je vous en remercie. Donc vous comprenez le temps qu’il faut avant d’être bon dans quelque chose. Vous faites du karaté, n’est-ce pas ? Alors, imaginez qu’un étudiant en karaté ouvre son propre dojo après trois ans de cours. Tout le monde se moquera de lui et quelqu’un finira par lui donner un sérieux coup de pied parce qu’il n’est qu’une ceinture jaune ou orange après tout. Et c’est pourquoi personne au Karaté n’ose le faire. Mais dans le monde du Shiatsu, non. Ce genre de situation arrive !

Toute l’équipe de l’école Hara Shiatsu, avec Mike Mandl au milieu et Tomas Nelissen habillé en sombre.

En ce qui me concerne, j’ai commencé par la permaculture et le sens de l’interconnexion entre la nature et la vie de l’homme. Ensuite, le Shiatsu, puis la MTC, et maintenant le Taoïsme, qui a une longue et profonde tradition. Vous êtes une personne entre le Ciel et la Terre et, comme vous le savez, il existe trois niveaux de médecine. La médecine pour la Terre signifie que vous traitez les symptômes. Il y a ensuite la médecine pour l’Homme, qui consiste à favoriser une constitution plus forte et une meilleure circulation du Qi. Et enfin, la médecine du Ciel, qui est un travail plus émotionnel et spirituel. Et un bon praticien doit savoir ce qu’il faut choisir pour chaque personne à chaque séance. Certains se concentrent trop sur l’un de ces trois aspects, comme la médecine du Ciel avec le développement personnel, l’équilibre émotionnel, mais comment faire cela avec un mal de dos terrible ? La première chose à faire est de s’occuper de la douleur, il faut donc savoir comment traiter les symptômes. Vous ne pouvez pas espérer aider à un niveau spirituel si la personne souffre beaucoup. Ensuite, vous travaillez sur la constitution, car si vous voulez vous développer, vous avez besoin de beaucoup d’énergie. Après cela, vous pouvez travailler sur le plan spirituel.

Je suis tout à fait d’accord avec vous. Mais dites-moi, à part Tomas Nelissen, avez-vous été influencé par d’autres enseignants ?

J’ai rencontré pratiquement tous les enseignants qui ont fait leur apparition sur la scène du Shiatsu au cours de ces 30 dernières années. J’appelle cela « le saut de maître », c’est-à-dire que vous allez voir un maître, puis un autre et ainsi de suite. C’était bien pour l’inspiration, mais je préférais approfondir le style que j’avais reçu. En fait, je ne voulais rien mélanger à ce que je connaissais, tant que je ne le maîtrisais pas. Mon point de vue personnel à ce sujet est que les gens créent leur propre style beaucoup trop tôt. Même pour quelqu’un comme Masunaga. J’ai assisté à de nombreux ateliers de Masunaga et rencontré de nombreux enseignants de Zen Shiatsu, mais de mon point de vue, les extensions des méridiens ne sont pas vraiment précises. Je suis presque sûr qu’il a ressenti quelque chose d’intéressant, mais il en a fait une théorie et ensuite il était trop tard. Je vais vous donner un exemple. Le prolongement du méridien de l’Estomac se trouve à l’extérieur du bras et va jusqu’à l’annulaire. On explique alors que l’Estomac donne l’ordre de nous nourrir, et que le bras est activé pour le faire. Mais il y a un problème ici. On voit partout que lorsqu’un méridien est activé, il active la chaîne musculaire qui va avec. Si cette extension de méridien était activée, alors le bras s’éloignerait de notre bouche, et non en direction de notre bouche. En bref, ce n’est pas convaincant. C’est pourquoi je pense qu’il a trouvé quelque chose, mais il a fait une théorie bien trop tôt. Vous savez quand vous expliquez un nouveau système, eh bien vous pouvez faire un business familial avec ça, non ? Ça peut paraître grossier comme ça, je suis désolé. Mais maintenant les gens sortent des théories de leur chapeau après seulement 10 ans de travail, ce n’est pas sérieux.

A Chengdu en Chine, avec les étudiants du professeur Hu.

Mais pour revenir à votre question, oui, j’ai eu un grand professeur de médecine chinoise. J’ai voyagé en Chine, et j’ai rencontré une vieille dame à Chengdu, le professeur Hu. Elle a maintenant 80 ans. Lorsque je l’ai rencontrée pour la première fois en 2017, elle avait environ 75 ans. Cela signifie qu’elle avait presque 60 ans d’expérience de la médecine chinoise dans un hôpital, en Chine. Cela signifie que vous voyez entre 50 et 70 patients par jour, tous les jours de votre vie. Et pendant les week-ends, elle se rendait dans une clinique gratuite à la campagne pour soigner les pauvres. Cela représente plus d’un million de consultations. C’est ce que j’appelle une personne expérimentée. Si nous comparons cela à nos objectifs en matière de Shiatsu, nous ne sommes nulle part. Elle est aussi un maître taoïste. Donc même à la clinique ou à l’hôpital, avec ses aiguilles, elle a une approche très spirituelle. Elle utilise toujours les points fantômes, les points psychiques, mais elle n’en fait pas tout un plat. Elle a fait tellement de diagnostics qu’avec un simple coup d’œil, elle connaît immédiatement quelqu’un des pieds à l’âme. Elle est l’un des meilleurs médecins de Chine, mais en fait, elle ne s’en soucie pas. Elle se contente de faire ses traitements jour après jour. Comme vous pouvez l’imaginer, elle m’inspire beaucoup et c’est pourquoi je suis entré beaucoup plus profondément dans le taoïsme maintenant, car je pense qu’il est très important d’avoir un arrière-plan solide pour votre développement intérieur.

Si l’on parle du Shiatsu, ses racines culturelles se trouvent plutôt dans le shintoïsme. C’est formidable de pouvoir faire des traitements, mais si vous voulez vraiment approfondir votre compréhension de ce que vous faites, vous devez à un moment donné vous impliquer dans ces pratiques spirituelles qui soutiennent la technique.

Que pensez-vous du Shiatsu européen aujourd’hui ?

Je suis surpris par les nombreux ateliers que l’on peut voir et qui mélangent quelque chose avec le Shiatsu. Yoga et Shiatsu. Nutrition et Shiatsu. Ostéopathie et Shiatsu. Langue et Shiatsu. Pourquoi toujours quelque chose et Shiatsu ? Si on étudie sérieusement le Shiatsu, on peut trouver tout cela déjà inclus, même l’ostéopathie ou le reboutage que l’on peut trouver à un haut niveau de pratique. Pour moi, cela signifie que les gens ne trouvent pas toutes les réponses dans le Shiatsu, alors ils vont chercher ailleurs. C’est dommage ! Faites du Shiatsu et étudiez-le pendant au moins 20 ans et vous y trouverez tout ce dont vous avez besoin. Ne faites pas du Shiatsu et autre chose, cette technique est suffisamment riche et complète.

Depuis le Congrès Européen de Shiatsu (ESC) de Vienne, en 2017, vous avez été promu président de cette organisation. D’année en année, cet événement a pris de l’ampleur. Pouvez-vous m’en dire plus ?

Eh bien au début, ce congrès se tenait en Suisse, dans les montagnes, à Kiental. À l’époque, c’était plutôt une retraite, vous savez. Nous avons donc décidé de le déplacer dans une grande ville, et c’était Vienne, où il y a une importante communauté Shiatsu. Et si vous vous faites connaître, vous pouvez avoir un impact sur le monde du Shiatsu, mais aussi sur les médias et le public. Si vous vous rendez dans une ville, vous pouvez la faire vivre grâce au Shiatsu. Et c’est ce que nous avons fait ! Nous avons eu environ 600 personnes, ce qui était assez intense à gérer, mais cela a eu un impact énorme pour nous. C’était vraiment bien.

Cet ESC est une sorte de projet open-source vous savez, donc la question était de savoir qui serait le prochain ? La prochaine édition s’est tenue à Amsterdam en 2020, et la 7e édition du CES en 2023 sera de retour à Kiental. Après cela, nous espérons que ce sera à Paris.

Je pense que le congrès est un outil très important pour la communauté du Shiatsu. Quand on fait du Shiatsu, on le fait le plus souvent seul. On devient alors une sorte d’intello. De temps en temps, il est très sain d’entrer en contact avec le monde du Shiatsu, d’apprécier le sentiment de « nous » au lieu de « moi ». Je pense que le congrès devrait aussi poser de grandes questions. Les grandes questions créent de grandes réponses. Le titre de notre congrès était « Shiatsu et thérapie ». Il est amusant que Masunaga lui-même ait appelé le Shiatsu le « roi de la médecine », en raison de son approche holistique. Mais nous nous éloignons de la médecine pour nous concentrer sur une méthode agréable de culture de soi, ce qui n’est pas mauvais mais du coup passe à côté d’un aspect important du Shiatsu. En tant qu’organisateur, vous avez beaucoup de travail à faire. Nous avions plus de 70 volontaires, nous avons dû louer des salles grandes et chères. Oui. Mais d’un autre côté, vous pouvez donner le ton du sujet et apporter vos idées. J’étais sur la scène pour la soirée principale avec 38,5° de fièvre ahahah. C’était épuisant, mais ça en valait la peine.

Lors de la conférence sur le Shiatsu en 2017 à Vienne, en compagnie de Wilfried Rappenecker

Vous êtes également impliquée dans un grand projet visant à apporter le Shiatsu aux soignants dans les hôpitaux. Comment cela a-t-il commencé ?

En fait, j’étais en contrat avec Diego Sanchez en Uruguay, car je savais qu’il travaillait beaucoup avec le personnel hospitalier. Il traitait les gens aux soins intensifs, et j’ai pensé que c’était une bonne idée. Pendant le lockdown en Autriche, les praticiens de Shiatsu n’étaient pas autorisés à pratiquer, et je me suis dit que c’était stupide, que nous devions travailler nous aussi. De cette crise est née une grande polarisation dans la société. Il y avait cette « science de la confiance » et si vous n’y croyez pas, vous étiez une sorte de théoricien conspirationniste ésotérique. Donc, c’était noir ou blanc. Et de nombreux aspects de la médecine alternative ont été perçus de manière négative. Le Shiatsu aussi, ce qui est très triste. Alors, j’ai dit : « Nous devons faire quelque chose et montrer aux gens que nous sommes capables de faire du bon travail ». Comme vous le savez, cette pandémie a un impact sur le corps mais aussi sur les émotions et la psychologie. Le Shiatsu est un très bon outil pour aider les gens, en particulier le personnel des soins intensifs qui se bat chaque jour avec les clients de Covid. Aux informations, on parle toujours du nombre de lits encore disponibles. Mais il ne s’agit pas seulement des lits que vous avez, mais aussi du personnel que vous avez. Beaucoup d’entre eux ont quitté leur travail parce que c’était trop. Nous avons donc commencé à traiter ces personnes, infirmières, médecins, personnel des urgences, et c’est une très bonne chose pour eux comme pour nous. C’est un point de rencontre entre la médecine occidentale et la médecine orientale. Le Shiatsu montre qu’il peut soutenir l’effort collectif pour lutter contre la pandémie et notamment soutenir les équipes hospitalières.

La bonne surprise, c’est que c’était très simple à faire. Le premier hôpital auquel nous avons fait appel a été très heureux que nous puissions commencer presque immédiatement. Ils nous ont demandé « de quoi avez-vous besoin ? » et juste après « s’il vous plaît, venez, venez » ! Et cela a pris comme un feu de brousse. La clinique suivante nous a demandé, puis une autre à Vienne, puis dans tout le pays. Et maintenant, j’ai plus de demandes que notre communauté de Shiatsu ne peut en satisfaire. À la campagne, nous n’avons pas assez de praticiens pour aider ces cliniques. Mais au moins, cela montre que nous pouvons travailler ensemble et les retours sont plus qu’excellents. Je vais vous donner l’exemple d’une infirmière qui travaillait trop et qui souffrait d’un lumbago. Elle voulait arrêter de travailler. Nous l’avons tellement bien aidée qu’elle n’a finalement jamais arrêté et qu’elle est maintenant capable de faire toutes les gardes demandées à l’hôpital afin d’aider les gens. C’est donc un grand succès.

Entraînement à l’acupuncture en Chine

Je suppose que vous avez entendu dire que cette expérience a été organisée dans d’autres pays, comme la Hongrie, où elle a également connu un grand succès. Espérons que d’autres organisations de Shiatsu feront de même dans d’autres pays. Pouvons-nous revenir à votre propre pratique du Shiatsu ? De votre point de vue, la spiritualité aide-t-elle votre pratique quotidienne ?

Qu’est-ce que la spiritualité ? Il y a beaucoup de définitions de la spiritualité. Pour moi, la spiritualité signifie que vous travaillez avec votre esprit. Et je veux vraiment dire travailler. J’aime l’approche traditionnelle. Les arts orientaux peuvent être un moyen, mais vous devez suivre ce chemin. Vous devez vous investir. Vous devez faire beaucoup si vous voulez atteindre l’état de non-faire. Nous avons tendance à absorber la partie romantique des arts orientaux, mais à éviter l’engagement et l’effort qu’ils nécessitent pour se déployer véritablement. Pour notre société moderne très occupée, cela semble juste agréable, que tout ce que vous avez à faire est de vous rendre, de lâcher-prise. Qu’il n’y a pas de chemin. Que vous n’avez rien à faire. En fait, ce sont des conneries. Désolé pour ça. Mais se conquérir soi-même est la mission la plus délicate et la plus difficile que vous puissiez choisir dans votre vie. Par conséquent, vous devez y aller à fond. Vous ne pouvez pas faire un peu de spiritualité.

En Shiatsu, vous devez être là pour les autres. Vous les servez. Vous les aidez. À long terme, cela n’est possible que si vous affinez votre esprit et voyez la souffrance des autres êtres, même si cette souffrance signifie qu’ils ne sont attachés qu’à leur ego et à leur sommeil.

Pour conclure cette interview, quel message aimeriez-vous transmettre aux praticiens ?

Ayez du courage. Essayez de maîtriser ce que vous faites.

Merci beaucoup Mike pour le temps que vous avez passé avec moi, et j’espère que nous nous retrouverons très bientôt lors du prochain congrès européen en 2023. Au plaisir de vous y voir.

Merci à vous et à bientôt.


Auteur : Ivan Bel

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10 erreurs du praticien débutant en Shiatsu

10 erreurs du praticien débutant en Shiatsu

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Une fois son diplôme de Shiatsu en poche, on est tout feu tout flamme. Et c’est parti pour l’aventure ! On souhaite donner autant de traitements que possible et avoir du succès. Toutefois, si on ne veut pas se casser le bout du nez au démarrage de son activité, mieux vaut prendre le temps de réfléchir un peu et d’éviter les pièges les plus courants. Voici une petite liste non exhaustive qu’il est toujours bon de connaître. Cet article est dédié aux praticiens qui se lancent professionnellement.


1. Ne pas prendre d’assurance RC pro

Lorsqu’on travaille comme praticien de Shiatsu, qu’on le veuille ou non, on est responsable de ce qui se passe dans son cabinet. De la porte d’entrée jusqu’au tatami, tout ce qui peut arriver à votre patient sera de votre faute. Idem pour les effets post-traitement indésirables. Pensez bien que, même si le Shiatsu est généralement une technique qui ne pose pas de problème, pour le patient toute douleur ou gêne qui surgira après une séance sera forcément de votre faute. Une erreur technique pendant le traitement peut aussi vous coûter cher, ou tout simplement un accident, comme une glissade dans un escalier. Il est donc capital de vous prémunir et d’opter pour une assurance RC pro, si possible en paramédical. La liste des assurances qui vous proposent cela est assez longue, nul besoin de publicité ici. Mais renseignez-vous bien sur les forums et surtout sur la couverture proposée par l’assurance.

Travailler sans assurance RC pro ou statut juridique, c’est comme faire la sieste dans une machine à laver. C’est à vos risques et périls.

2. Ne pas avoir de statut juridique

Tant qu’on est étudiant, on peut se permettre de faire des shiatsu à tout le monde, généralement pour le plus grand plaisir des amis et de la famille. Mais lorsque vous passez pro, tout change. Le fait de demander de l’argent implique que vous créez une structure qui vous donne un statut. Se précipiter dans ce domaine n’est pas une bonne idée. Comparez les différentes possibilités existantes : entreprise, association, indépendant (complémentaire), micro-entreprise ou portage salarial, tout est possible. Pour pouvoir choisir, il faut se poser quelques questions essentielles :

Il est souvent intéressant de commencer « petit », donc avant de créer votre multinationale du Shiatsu, il y a quelques étapes à franchir et des questions à se poser :

  • Vais-je exercer en complémentaire de mon activité principale ?
  • Si oui, puis-je avoir une activité indépendante annexe ? (Est-ce autorisé par mon employeur ? = vérifier son contrat de travail)
  • Vais-je avoir des investissements ? (oui = statut indépendant, voire via une association, non ou peu = auto-entreprise pour la France)
  • Dois-je faire un prévisionnel ? = ouiiiii, même si vous n’empruntez pas, si vous ne créez pas une société il est toujours conseillé de faire un prévisionnel dépenses/recettes pour voir où vous allez, si vous avez besoin d’un petit financement ou de puiser dans vos réserves
  • Dois je faire appel à un comptable ? Oui, ne serait-ce qu’un seul rendez-vous pour vous aider à « cadrer » votre activité

3. Ne pas investir dans son lieu de travail

Votre lieu de travail est le reflet de votre personnalité, mais aussi de la qualité que vous offrez à vos patients. Si vous pratiquez sur une table dans un coin de cuisine, avec un chien qui court autour, cela ne va pas fonctionner. L’ambiance du lieu, la décoration sobre mais de bon goût, le côté « cocoon », tout cela va contribuer à donner envie à vos patients de revenir. Vous devez également avoir une porte toute proche qui donne accès à un WC avec lavabo, ou mieux, une salle de bain. L’hygiène est importante, celle du lieu comme celle de vos mains. Ne lésinez pas sur le ménage. Dans les cabinets les plus pros, on a aussi une salle d’attente qui permet éventuellement à la personne de laisser ses affaires ou de lire en attendant que vous finissiez votre rendez-vous précédent. Tout cela représente un investissement de départ, mais la perception du lieu par vos patients contribuera grandement à votre succès.

Votre lieu de travail est le reflet de votre personnalité et de votre passion pour le Shiatsu.

4. Ne pas afficher ses tarifs

Que ce soit sur votre site web, au téléphone, par email ou dans votre salle d’attente, vous devez toujours communiquer clairement sur vos tarifs. Ne pas afficher ses tarifs est une faute aux yeux de la loi. L’inspection des impôts va se régaler si vous ne le faites pas. Si vous utilisez les réseaux sociaux ou un site web, c’est le meilleur endroit pour les indiquer. N’oubliez pas que le Shiatsu est un service à la personne, une transaction commerciale tout autant qu’un soin ou une détente. Au même titre qu’un commerçant ou un médecin, vous ne devez laisser aucune marge d’interprétation à ce sujet.

5. Ne pas tester différents supports de travail (futon, tatami, table)

En école on apprend le Shiatsu généralement au sol ou sur table. Mais cela ne signifie pas que c’est le support qui vous est le mieux adapté. Il existe de nombreux modèles de table. Pensez Shiatsu ! Vous devrez en trouver une solide avec une bonne largeur, car il faudra peut-être monter dessus avec le patient pour effectuer certaines techniques. Au sol vous avez le choix entre un futon en coton, un tatami pliable en paille ou un matelas polyester pliable lui aussi. Pour le futon ou le matelas, pensez à couvrir votre sol d’une autre couche. Les tatamis en paille fixe qui forment une couche au sol sont fabriqués en France et ne coûtent pas très cher. Un investissement dans ces tatamis vous donnera un magnifique rendu et dure des années.

Travail sur futon, tatami ou table… l’important c’est votre confort de travail.

6. Ne pas créer un carnet d’adresses de professionnels de santé

Personne n’a la science infuse et il est toujours bon d’avoir du soutien des autres professionnels de la santé et du monde paramédical. Il est donc recommandé de se créer un petit carnet d’adresses pour renvoyer les cas médicaux qui ne relèvent pas du Shiatsu, ou pour se faire aider d’un kiné, d’un ostéo ou d’un psy. Cela ne signifie pas de quitter son patient, mais bien souvent de l’orienter provisoirement vers une autre personne pour passer une étape, puis de continuer plus tard avec lui. Par exemple dans le cas d’un problème lombaire, rien de tel que de faire faire une séance ou deux chez un ostéopathe ou un chiropraticien pour débloquer les vertèbres. Une fois cela fait, retour à la case Shiatsu. Avoir un médecin de référence est aussi une excellente idée. Avec les psys, un travail de l’esprit en même temps qu’un travail du corps permet de réduire par deux le temps de traitement. Il est donc très recommandé de nouer de bonnes relations avec tout un ensemble de professionnels de la santé. L’image de sérieux et de responsabilité que vous renverrez va favorablement jouer en votre faveur.

7. Se surcharger de travail dès qu’il y a de la demande

Lorsqu’on a du succès, on tente de prendre toutes les personnes qui viennent au cabinet. Mais attention à la surcharge de travail. Le praticien à ses limites comme tous les êtres humains. Il faut donc savoir ne pas prendre trop de monde chaque jour, ne pas déborder sur les horaires de travail en soirée et conserver du temps pour soi, pour ses loisirs, sa famille et ses amis. Mais surtout il faut prendre le temps de se reposer pour se régénérer, prendre des vacances et des week-ends pour s’aérer. Dans le cas contraire, l’épuisement guette et on sera forcé d’arrêter de pratiquer sa passion, ce qui serait dommage et pour soi et pour les patients.

La surcharge de travail amène le stress, le stress amène à la fatigue, la fatigue amène à l’épuisement.

8. Ne pas travailler son corps et son esprit

Une fois sortie de l’école, on peut avoir tendance à se relâcher sur le travail corporel. Si les enseignants passent du temps à chaque cours pour vous échauffer, étirer, renforcer et travailler le corps c’est qu’il y a une bonne raison. Le corps du praticien en entier est son outil de travail. Il faut donc constamment l’entretenir, le soigner, le travailler pour le garder en bonne forme et tenir le coup lors des grosses semaines de travail. Le corps a fondamentalement besoin de trois types d’exercices : le renforcement, le relâchement/assouplissement et la dépense physique qui fait transpirer et chasse les toxines. À ce mélange d’exercices, il est recommandé de travailler l’esprit pour rester calme, bien ancré, équilibré émotionnellement. Pour cela la méditation est de loin le meilleur outil qui vient « laver l’esprit » et le détendre tout en le renforçant.

9. Ne plus communiquer avec la communauté et ses enseignants

On a quitté son école, son enseignant et ses copains de classe et on se retrouve seul face aux patients. Le métier de shiatsushi peut devenir rapidement un métier solitaire. À la longue ce n’est pas bon pour le moral. Nous sommes avant tout des animaux sociaux. Même si vous recevez beaucoup de patients tous les jours, ce n’est pas la même chose que de conserver un lien avec la communauté du Shiatsu. Pour cela il existe un grand nombre de groupes sur les réseaux sociaux, mais le mieux est encore de conserver les liens avec les personnes qui ont étudié en même temps que soi. Et le lien avec l’enseignant est un petit trésor à conserver, pour poser des questions, lever des doutes. Car si l’école vous fait monter sur la première marche de la voie du Shiatsu, il reste toutes les autres marches à gravir et elles sont nombreuses. Continuer à avoir un guide tout au long des années évite de se perdre, de douter ou de se lasser.

Continuer à se former pour enrichir ses mains est la clé de la réussite

10. Ne plus se former

C’est sans doute la pire erreur à faire. Lorsqu’on parcourt une Voie, l’étude ne s’arrête jamais. On peut certes lire plein de livres, mais rien ne remplace le contact, la découverte ou la révision lors d’un stage ou d’un séminaire. Au moins deux fois par an il faut revenir à l’état d’étudiant qui ne sait rien et redécouvrir la joie de se laisser guider. La formation continue est d’ailleurs une obligation dans la plupart des organisations de Shiatsu. Les enseignants les plus avancés n’hésitent pas à aller voir des collègues pour apprendre de nouvelles choses ou une autre manière d’aborder un sujet bien connu. Il y a toujours à apprendre. De plus, la formation continue permet de sortir des sentiers connus pour se confronter à d’autres manières de faire. Le Shiatsu est riche d’une multitude de styles qui ont tous quelque chose d’intéressant à enseigner. Cela permet de sortir de sa zone de confort et d’éviter de croire que l’on sait tout et finir par critiquer les autres. Au contraire, la formation continue enrichit et rend humble tout à la fois. Personne ne détient toute la vérité et le Shiatsu reste un univers immense et plein de possibilités.

Bons débuts dans la pratique !


Les auteurs

Ivan Bel
Stéphane Bourguignon
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    Harada Shinsei (1939-2006) : fondateur du Jigen Ryū Shiatsu

    Harada Shinsei (1939-2006) : fondateur du Jigen Ryū Shiatsu

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    Parmi les grands maîtres japonais qui ont diffusés le Shiatsu, il en est qui est moins connu des praticiens, car il fut surtout et avant tout un maître d’arts martiaux. Etudiant de nombreux styles de combat, il devient l’élève d’Okuyama Ryuho sensei (fondateur du Koho Shiatsu). Il s’agit de Harada Shinsei, fondateur à la fois de l’école martiale et de Shiatsu Jigen ryū.


    HARADA Shinsei est né le 28 décembre 1939 à Nagano (長野市) dans la préfecture du même nom, sur l’île de Honshū. A l’âge de huit ans, la famille déménage à Osaka, où il est accepté à 11 ans à l’école du Shi Tennō-ji (四天王寺), le plus ancien temple bouddhiste du Japon[1], et prend plus tard son nom de prêtre « Kojun ».

    De 1954 à 1961 environ, il a pratiqué le Judo Kodokan au gymnase Uenomiya sous la direction de WATANABE sensei, puis le Daïto Ryū Aikijujutsu et le Takuma Ryū sous la direction de TAKASHIRO sensei. Depuis 1963 environ jusqu’au début des années 1970, il a étudié le Hakko Ryū Jujutsu et le Koho Igaku Shiatsu, d’abord sous la direction de GOTO shihan, puis directement sous la direction du fondateur OKUYAMA Ryuho, et a reçu la plus haute licence de cette école. En plus de ses activités concernant les systèmes de combat rapproché, HARADA Sensei a également pratiqué le Muso Jikiden Eishin Ryu Iaijutsu (sabre) et plus tard le Heki Ryu Kyudo (arc) sous la direction de ENDO shihan.

    Harada Shinsei, démonstration de Kyudo lors du « Nihon no Matsuri », Japanese Festival de Gand. (c) Marianne Andries

    Il fonde et enseigne ensuite le Jigen Ryū, un système basé sur toutes ces expériences, qui fut d’abord appelé en Europe « Daiwa Ryū » (大和流), mais qui fut également renommé « Jigen Ryū » (慈眼流, litt. : Ecole de la Vision de la Compassion) officiellement en 1991. Attention, que les connaisseurs d’écoles japonaises ne se trompent pas. Le mot Jigen Ryū est homonyme de l’ancienne et vénérable école Jigen Ryū mais dont les caractères s’écrivent 示現流 (littéralement Ecole de la réalité révélée) et qui fut fondée par Tōgō Chūi à la fin du 16° siècle.

    Harada Kojun lors d’une classe de Shodo – calligraphie – dans le bureau de Frans Copers à Gand – Belgique. (c) Marianne Andries

    De 1981 à 1984, sur ordre du Shitennoji, sensei HARADA vécu et enseigna en Autriche, puis il a alterné entre la Belgique, l’Angleterre, le Japon et l’Autriche, avant de revenir au Japon en 1991. Il créa un dojo de Kyudo traditionnel près de Suffolk en Angleterre. Il enseignait dans un mélange de japonais, anglais et allemand, mais l’essentiel de son enseignement passait par le corps. Il est fréquemment revenu en Autriche pour enseigner à ses étudiants, et à d’autres moments ceux-ci sont venus au Japon pour continuer à apprendre là-bas. Parmi eux, Frans Copers, fondateur de la fédération Belge de Shiatsu et ancien président de la Fédération Européenne de Shiatsu, il est l’héritier de l’école Jigen-ryū pour la Belgique. Voici son témoignage à propos de HARADA sensei.

    « J’ai rencontré HARADA Kojun shinsei ( = révérend) à la fin des années 80, quelques années après mon premier voyage au Japon, où je suis resté 8 mois pour étudier le Shiatsu (Centre Iokai) ; m’entraîner à l’Aikido et en apprendre plus sur la Macrobiotique (Sei Shoku) et la médecine et les coutumes japonaises.

    En fait, un jour, en traversant la ville, j’ai vu un homme japonais entièrement vêtu de vêtements traditionnels, hakama, haori, tabi, tatami zori…. et je n’ai pas pu m’empêcher de m’adresser à lui dans mon pauvre japonais. Heureusement, il parlait aussi allemand et un peu anglais.

    Harada Shinsei s’est avéré être un prêtre bouddhiste du temple bouddhiste Shitenno-ji. Il était également expert en arts martiaux (Jiu Jitsu, Iai Jitsu, Tameshi giri et Kyudo), en médecine japonaise (Shiatsu, Acupuncture, moxa), en Shodo (calligraphie) et Chado (cérémonie du thé). En plus de cela, il était aussi un grand cuisinier !

    Chado – cérémonie du thé – à Londres avec Harada sensei et Sep Overlaet, maître de Kyudo (tir à l’arc) au temple Shitennoji. (c) Marianne Andries

    Il était le maître principal de la branche européenne du temple qui, en plus de la pratique spirituelle et de la méditation, gérait également un hôpital et une école, un peu comme les monastères catholiques le faisaient ici au Moyen Âge. Le temple possédait une grande propriété en Angleterre, près de Londres (Suffolk), où se trouvaient des salles de classe, des dortoirs, un temple bouddhiste pour le culte et un dojo Kyudo (tir à l’arc).

    Ils avaient aussi une grande maison, ou plutôt un petit château, près de Vienne (Autriche) et une autre près de Gand (Belgique), la ville où je vivais et où je vis encore, où ils emmenaient leurs élèves du secondaire pour qu’ils entrent en contact et étudient la culture et le mode de vie occidentaux.

    Harada sensei à gauche, Nakayama san au centre et Frans Copers à droite lors d’une préparation de repas japonais, dans la cuisine du Shitenoji de Gand – Belgique. (c) Marianne Andries

    Pendant trois ans, j’ai étudié intensivement avec lui, nous avons médité ensemble, pratiqué les arts martiaux et surtout étudié le shiatsu et la médecine orientale bien sûr. Je l’ai assisté dans ses ateliers et j’ai organisé quelques événements japonais avec le personnel du Shitenno-ji, comme Deguchi Shinsei, le président de la branche européenne. Ces événements ont eu beaucoup de succès à l’époque. (Nihon no Yube ou réveil japonais et Nihon no Matsuri ou festival japonais).

    Avant de rentrer au Japon, il m’a nommé professeur de l’école de shiatsu Jigen Ryu Kappo.

    Après son retour au Japon, je n’ai plus eu de nouvelles de lui, mais il fait toujours partie de moi et de ma vie et il vivra toujours dans mon cœur ! 

    Travail de remise en place des lombaires par Harada senseï. (c) Marianne Andries

    L’essentiel de la Méthode Shiatsu Jigen Ryu en quelques points.

    • On traite les méridiens, pas les points.
    • Diagnostique du pouls et détection du méridien le plus Kyo.
    • Traitement des méridiens « balance » Foie, Vésicule biliaire, Triple Réchauffeur et Maître du Cœur. Avec la technique que j’appelle Kangourou : on traite de façon rythmique le méridien entier avec un intervalle de quelques cuns entre chaque pression.
    • Traitement du méridien Kyo avec la technique Piqure. On touche le point, gentiment presser jusqu’au au bord de la tension/douleur, attendre un moment et donner une pression soudaine et forte avec relâchement soudain également.
    • La technique Kangourou est considéré plus léger que la technique Piqure.
    Démonstration de Shiatsu assis par Harada senseï. (c) Marianne Andries

    Il faut noter que les méridiens ont aussi une autre qualité comme par exemple le traitement par de la Vessie sert à tonifier tout le corps et le traitement du méridien de l’Estomac est considéré avoir un effet de relaxation.

    Il y a d’autres techniques pour traiter des problèmes locaux, on fait du moxa, acupuncture et on utilise les Zones Hirata. Ces zones pourraient être comparées aux dermatomes de la médicine Occidentale. »

    Démonstration de Iaïdo par Harada Shinsei. (c) Marianne Andries

    En 2003, on lui pronostiqua un cancer qui fut bien traité. Ce n’est qu’en octobre/novembre 2005 que sensei Harada tint son dernier séminaire de Jigen Ryū Jujutsu à Vienne, et a célébré les « 100 ans de Jiu Jitsu en Autriche ». De retour au Japon, suite à une grave maladie, Harada Sensei a terminé son existence terrestre comme on dit dans la tradition Bouddhiste, le 9 octobre 2006. Il laisse derrière lui un héritage que ses étudiants et assistants poursuivent.

    Auteur : Ivan BEL


    Notes :

    [*] Photo de couverture : « Démonstration de Shiatsu at the ‘Nihon no Matsuri’, Japanese Festival à Gand »

    [1] Le temple Shi Tennō-ji fut construit en 593 par le prince Shōtoku. Il le dédie aux quatre dieux rois gardiens des horizons, les shitennō.