Traitement de la migraine hormonale en Shiatsu

Traitement de la migraine hormonale en Shiatsu

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Alors que le traitement des céphalées et migraines (frontale, oculaire, latérale, occipitale et à l’apex) est un grand classique du Shiatsu thérapeutique, celui de la migraine hormonale chez les femmes reste un sujet peu débattu et difficile à traiter. C’est pourtant l’un des cas parmi les plus récurrents dans une carrière de praticien de Shiatsu vu que 80% de la patientèle est généralement féminin. Pour ne pas rester bloqué sur ce sujet, voici quelques conseils de traitements.


Au cours de la vie d’une femme, il n’est pas rare de souffrir de migraine menstruelle, dont le nom scientifique est « migraine cataméniale ». Et pour celles dont c’est le cas à chaque cycle féminin, on peut clairement parler de calvaire à vivre, car elles vivent dans la crainte anticipative de leurs propres règles. En tant que praticien de Shiatsu, je recommande à tout le monde de se former constamment sur tous les troubles féminins. Honnêtement, on ne peut pas simplement rester les bras croisés et espérer que ça passe, ce serait indigne de notre profession. Voyons donc ce qu’en dit la médecine occidentale.

Une histoire d’hormone

De façon générale, la maladie migraineuse est liée à des dysfonctionnements neurovasculaires, qui apparaissent sous l’influence de facteurs génétiques, environnementaux et parfois émotionnels. Chez la femme, il s’agit d’une chute drastique d’une hormone particulière : l’œstradiol endogène. Cette hormone sert à maintenir les caractères sexuels secondaires chez la femme. Comme la plupart des hormones, elle est dérivée par une action métabolique du cholestérol via la testostérone. Savoir cela est intéressant, car il dénote de l’importance du cholestérol et des rondeurs chez les femmes, ainsi qu’un peu de testostérone, pour vivre harmonieusement du point de vue hormonal. En effet, le cholestérol (ainsi que l’œstrogène) sont des briques de base pour la construction d’une très grande partie des hormones que l’on fabrique. Les femmes maigres seront donc un public cible pour la migraine menstruelle, mais elles ne sont pas les seules. En effet, on retrouve cette hormone en version synthétique dans les AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens) et dans certains produits d’élevage. La distribution massive de ces médicaments et de l’élevage intensif vont se retrouver dans l’urine, puis dans les eaux courantes. Au point que la directive-cadre sur l’eau en France oblige à surveiller le taux d’oestradiol dans l’eau potable. Par conséquent les femmes rondes et même les hommes peuvent également être touchés par cette hormone qui devient alors un perturbateur endocrinien.

Il existe deux formes de migraine cataméniale.

  • La forme pure, qui ne se déclenche que pendant les menstruations. Selon les statistiques, on trouve entre 5 à 25% de cas
  • La forme aggravée par un terrain déjà migraineux en dehors des règles, soit de 20 à 60% des femmes, là aussi les stats sont assez floues.

La vision de la médecine orientale

Si l’on s’en tient au livre de Maciocia « Gynécologie et obstétrique » on peut lire dans l’étiologie que les causes sont un excès d’activité physique qui lèse la Rate et produit un Vide de Qi et de Sang, et des tensions émotionnelles qui fait stagner le Qi du Foie et peut créer des montées de Yang ou de Feu du Foie vers la tête. Autre possibilité, un Vide de Sang du Foie. Le Sang s’accumule alors dans le Baozi (Utérus) et ne circule pas bien au moment des règles ce qui affecte également le Vaisseau Pénétrant (Chong Mai).

De mon expérience clinique, on a toujours intérêt à :

  1. À demander comment sont les règles et ce sont passés les accouchements s’il y en a eu. On trouve quasiment tout le temps un moment où la personne a perdu beaucoup de Sang, soit lors d’un accouchement, d’une opération lourde ou des règles très abondantes.
  2. Vérifier l’alimentation, notamment la qualité de l’eau et tout ce qui affecte le Foie (épices, alcool, etc.).
  3. On trouve effectivement bien souvent un tableau émotionnel qu’il est bon de traiter en parallèle.
  4. Tout comme dans la migraine latérale, la Vésicule Biliaire est bien souvent en jeu également.
  5. Pour les praticiens les plus avancés, pensez également au vieux Sang, O-ketsu et aux techniques d’Ampuku ou de Qineizang pour le chasser de l’Utérus. Attention, ces techniques ne sont pas anodines, il faut y être formé.

Traitements à envisager

Il ne faut pas être devin pour comprendre que la question tourne autour du Sang, ce qui est logique lorsqu’on parle des règles. On trouve quatre grands tableaux pathologiques pour la migraine :

  1. Le Vide de Sang (du Foie, du Cœur). Il faut donc nourrir le Sang de ces organes + la Rate.
  2. Le Feu du Foie (qui monte à la tête). On draine le Feu, nourrit le Yin et il est bon de penser à chasser le Vent qui vient souvent semer la zizanie dans le Foie, cela ne fait pas de mal.
  3. La montée de Yang du Foie (vers la tête toujours). On soumet le Yang du Foie, et on nourrit son Yin et son Sang
  4. La stagnation du Sang (du Foie donc). On combine le méridien Foie et le Vaisseau Pénétrant et on ouvre les points Luo.

Mais rappelez-vous que le Shiatsu n’est pas l’acupuncture. On ne peut donc pas juste appuyer sur des points et espérer que ça fonctionne. Comme le disait maître Kawada : « L’être humain n’est pas une machine. Il ne suffit pas d’appuyer sur des boutons ». Il est donc capital de passer par du massage des organes (ici surtout le Foie), les méridiens, les grands éléments et de savoir créer un traitement thérapeutique adapté au Shiatsu. Et cela, ça s’apprend, notamment auprès des écoles de l’UFPST qui enseignent les pathologies dans leur cursus, car cela n’est pas simple, surtout dans le cas présent.

Mon petit truc pour vous aider : je recommande souvent un drainage du Foie au printemps notamment, à l’aide de solution buvable à base d’artichaut, de radis noir et chardon marie, en parallèle du traitement. La détoxification du Foie une fois par an si on ne contrôle pas son alimentation est toujours une bonne idée. Mais drainage du Foie uniquement. Ne pas combiner avec un drainage du Rein en même temps comme le vendent certaines marques, car cela fatigue l’organisme inutilement. Lorsqu’on draine un organe, il est toujours bon d’avoir les autres en soutien.

Bonne pratique.


Auteur : Ivan Bel

Hua Tuo jia ji (suite) et les points Bei Shu

Hua Tuo jia ji (suite) et les points Bei Shu

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Nous avons vu dans l’article précédent l’origine des Hua Tuo jia ji, ces points de traitements qui servent grandement en Shiatsu. Nous allons approfondir leur compréhension, car ils n’ont pas le même mécanisme que la 1re chaîne de Vessie mais sont bien en relation. Voyons cela de plus près en suivant la piste anatomique.


Pour rappel, nous avons dit que cette famille de points se situe à 0,5 cun de l’apophyse dorsale des vertèbres, soit à un pouce de distance de la ligne Vessie 1. Cette distance devrait en soi déjà permettre de ne pas les confondre. Mais c’est l’anatomie qui va nous permettre de mieux comprendre leur positionnement.

Un peu d’anatomie ne fait jamais de mal

Tout le long de la colonne vertébrale, entre chaque vertèbre, on trouve une sortie nerveuse appelée le foramen intervertébral. Là sortent les nerfs spinaux, autrement dit ils sortent de l’épine dorsale. Ces nerfs sortent directement de la moelle épinière contenue et protégée par les vertèbres. Il y a 28 nerfs spinaux de chaque côté. Mais selon l’endroit où ils se situent, ils se construisent différemment.

En ce qui concerne les nerfs cervicaux et les nerfs sacrés, ainsi que le nerf coccygien, ils vont rapidement fusionner pour former un plexus nerveux. Un plexus nerveux est un lieu où les nerfs se rejoignent, communiquent et forment une anastomose avec des tissus ou un/des organe(s). L’anastomose est l’équivalent du mot « agrafé », c’est donc une réunion de plusieurs tissus, nerfs, mais ce phénomène est surtout très courant dans le système sanguin.

Avant d’aller plus loin, il faut également savoir qu’un nerf spinal se divise rapidement en plusieurs branches. La branche ventrale ou antérieure et la branche dorsale ou postérieure. Seule la branche ventrale plonge dans les tissus et fusionne dans un plexus.

Les plexus nerveux issus de la colonne

Nous avons de nombreux plexus dans le corps humain. Voyons uniquement ceux qui viennent des nerfs spinaux.

  • 1. Le plexus cervical : les nerfs C1 à C4 fusionnent pour former un centre de commande qui va actionner la plupart des muscles antérieurs du cou. Ils innervent également la peau de la moitié latérale et inférieure de la tête, l’avant du cou ainsi qu’une petite partie des épaules et de l’avant du thorax. Enfin il intervient dans la fonction de descente du diaphragme, et donc permet la respiration, ce qui n’est pas rien.
  • 2. Le plexus brachial : situé à l’arrière de la région axillaire et à la base du cou, ce plexus réunit les nerfs C5 à C8 (attention, il y a 7 cervicales, mais 8 nerfs cervicaux), ainsi que celui de la T1. Le plexus brachial est composé de trois tronc. Au 1er tronc c’est la fusion de C5 et C6, au second C7 est tout seul et au 3ème c’est la fusion de C8 à T1. Ils commandent l’omoplate, le muscle dentelé antérieur, les muscles scalènes essentiels à la mobilité du cou, le 1er nerf intercostal en T1, enfin la peau et les muscles des pectoraux et de la cage thoracique et des bras. Mais pour pouvoir commander aux mains, les trois troncs se divisent à nouveau et refusionnent en anastomose pour donner tous les nerfs (dits terminaux) de la main : musculocutané, médian, ulnaire, radial et axillaire qui permettent tous les mouvements et toutes les sensibilités du bras et de la main.
Illustration du plexus brachial
  • 3. Le plexus lombal : c’est là que les choses deviennent intéressantes. Nous sommes passés du haut du corps directement à la partie basse pour trouver le plexus nerveux suivant. Ce qui nous donne à penser sur les nerfs thoraciques que nous verrons ensuite… Encore une fois, ce sont les branches ventrales qui fusionnent, de L1 à L4 avec une branche de la T12 pour donner un petit coup de main. Ils servent à l’innervation de la paroi abdominale, des organes génitaux et des membres inférieurs. Évidemment en chemin vers les orteils ils se passent quelques transformations qui donnent lieu à des nerfs terminaux : nerf obturateur (pour tous les adducteurs et le muscle pectiné) et le nerf fémoral (pectiné aussi, iliaque, quadriceps) … on va s’arrêter là.
  • 4. Le plexus sacral : dernier plexus issu des nerfs spinaux, il réunit les nerfs de L5 à S4, avec une branche supplémentaire provenant de L4. Ceci nous permet de comprendre que tous les plexus communiquent aussi entre eux grâce à nerf de jonction. Ici c’est l’innervation des muscles fessiers, du carré fémoral et de l’obturateur interne. Les nerfs terminaux le nerf sciatique que l’on connaît bien, le fibulaire commun et le nerf tibial.
  • 5. Sachez qu’il existe d’autres plexus nerveux que nous ne verrons pas en détail : le plexus pudendal ou honteux (S2 à S4) pour les muscles anaux. Le plexus coccygien (S4 à Cx1) innerve le périnée.

Ce qui est intéressant d’observer ici c’est que les plexus du haut comme du bas permettent de mutualiser les nerfs spinaux ventraux pour servir de véritables postes de commande à des parties entières du corps.

On notera au passage que ce sont surtout des nerfs moteurs, donc reliés au système orthosympathique. En effet, sauf trouble particulier, votre bras ne bouge pas sans votre consentement, pas plus que vos jambes ou votre cou. Seul le diaphragme possède une double connexion qui permet de laisser la respiration en mode automatique ou bien de ralentir ou accélérer le rythme respiratoire. Le diaphragme est donc membre des deux clubs nerveux les plus en vue qui soient : l’ortho et le parasympathique.

Enfin on n’observera qu’aucun de ces nerfs ne font partie des points Hua Tuo jia ji historiques qui sont au nombre de 17. Ils ont été ajoutés par la suite par les médecins acupuncteurs modernes. Pourquoi ? Probablement parce que le fameux médecin Hua Tuo ne pouvait peut-être pas démêler la complexité des anastomoses et des embranchements terminaux avec les outils de son époque. Qui sait ? En revanche, cela lui fut nettement plus facile de suivre les nerfs thoraciques.

Quid des nerfs thoraciques ?

Les nerfs thoraciques ont décidé de fonctionner différemment. En effet, ils ne fusionnent pas en plexus. Il existe autant de nerfs intercostaux qu’il y a de côtes, soit 11 paires en tout. Toutefois, les 6 premiers ne quittent pas les espaces intercostaux et cheminent horizontalement. En revanche les 7 suivants font la même chose puis cheminent en oblique (en avant et vers le bas) vers la paroi abdominale et latérale. Comme point de repère anatomique, sachez que le nerf T11 fini sous l’ombilic.

Le point commun des nerfs thoraciques est d’irriguer les muscles intercostaux, les subcostaux et les élévateurs des côtes. Ceux de la première équipe (de T1 à T6) innervent aussi les muscles dentelés, les droits et les obliques, ce qui est toujours bon à savoir lorsqu’on cherche à débloquer les tensions musculaires du dos. Nul besoin de faire toute la chaîne de Hua Tuo, ceux-là suffisent. Ceux de la seconde équipe (de T7 à T11) font de même, mais innervent en plus l’abdomen.

Sans doute certains d’entre vous seront déçus de ne pas voir de relations entre les nerfs et les organes, ce qui pourrait mettre à mal la théorie des points Yu ou Bei Shu. Car oui, tous les nerfs sont reliés à des muscles, donc à l’appareil moteur volontaire dirigé par le système orthosympathique. Mais attendez ! Le meilleur est pour tout de suite.

Le tronc sympathique

Hua Tuo qui vivait un siècle après J.-C. ne s’était pas trompé. Les 17 points qu’il a identifié et nommé Jia ji appartiennent en réalité au tronc sympathique et non aux nerfs intercostaux. A la sortie de chaque nerf spinal, il se trouve sur l’apophyse transverse et très près de l’apophyse dorsale (à 0,5 cun donc) un ganglion nerveux. Il y’en a 22 de chaque côté (un peu plus que les points classiques, d’où la volonté d’extension des médecins modernes) et ils se divisent en :

Les ganglions du tronc sympathique situés sur la ligne blanche
  • 3 cervicaux
  • 11 thoraciques
  • 4 lombaires
  • 4 sacrées

Cela ressemble déjà plus à quelque chose que nous connaissons. Mieux encore, tous ces ganglions sont reliés entre eux par un chemin nerveux du système nerveux autonome (parasympathique). Par conséquent, tous les ganglions forment une chaîne le long du corps vertébral exactement là où l’on situe les Hua Tuo jia ji. Conclusion : chaque ganglion est en relation avec tout le système nerveux spinal.

Mais voici le plus beau : ces ganglions envoient des messages non seulement aux nerfs intercostaux (donc au système moteur), mais aussi (via le tronc spinal) aux nerfs splanchniques. Ces nerfs se rejoignent à l’avant du rachis et de l’aorte pour former de nouveaux plexus qui sont tous en relation avec les organes. Ces nerfs vont former des plexus supplémentaires qui sont tous innervés par les fibres issues du tronc sympathique ainsi que des fibres parasympathiques issues du nerf vague et du splanchnique pelvien. Voici la liste :

  • Le cœliaque (ou solaire)
  • Les mésentériques supérieur, intermédiaire et inférieur
  • L’hypogastrique supérieur et inférieur

Distinction des Hua Tuo jia ji et des points Bei Shu

Je sais c’est compliqué, et moi-même je dois avouer avoir longtemps réfléchi à cette question sans trouver de réponse satisfaisante en dehors de la différence d’emplacement bien évidemment. Alors, quand on ne sait pas, on demande à des personnes plus avancées que soi.

J’ai commencé par en parler avec Bernard Bouheret [i], professeur parisien bien connu de Shiatsu. Voici ce qu’il me dit :

« Les points Hua Tuo sont situés sur le corps vertébral à 0,5 cun de l’apophyse dorsale, ils sont nettement plus faciles à presser en Shiatsu, car leur structure est stable. En revanche, les points Bei Shu qui communiquent donc aux muscles via le système nerveux intercostal, sont situés sur la 1re chaîne du méridien de la Vessie à l’articulation de l’apophyse transverse et de la côte (à 1,5 cun donc). Et puisqu’il s’agit d’une articulation, ils sont moins stables à la pression. Un acupuncteur ne s’inquiétera pas de cette différence, mais un shiatsushi doit en tenir compte ».

Voilà qui est plus clair. Mais touche-t-on directement le nerf lorsqu’on appuie sur un Bei Shu. J’ai demandé des précisions à Alexandre Noël, enseignant d’anatomie à l’École de Shiatsu Thérapeutique de Paris [ii]. Il m’a répondu entre autres que :

« La racine postérieure (ou dorsale) sensitive du nerf est cachée derrière la lame vertébrale ». Donc aucune chance qu’on le touche directement en appuyant sur un Bei Shu, mais indirectement. Ainsi, on aura un effet via la pression Shiatsu et donc sur l’organe qui lui est relié. Rappelons que dans cet article nous parlons d’anatomie et non d’énergie.

Mais comme j’aime bien creuser, je me suis alors tourné vers Jean-Sylvain Prot [iii], professeur d’acupuncture très intéressant dans ses écrits comme dans ses cours, notamment pour sa défense d’une médecine chinoise véritablement classique et bien loin de ce que nous en connaissons via les livres de MTC. Dans un de ses articles intitulé « Points Shu dorsaux et points Mu antérieurs », il y a de la poudre à gratter le cerveau qui nous oblige à aller plus loin dans notre compréhension de ces points. Voici l’extrait de son article qui pose question :

« Ces points [les Bei Shu] sont tous sous-cutanés. Ils sont à la verticale des vertèbres sans rapports nerveux directs avec celles-ci, car l’innervation du derme ne correspond pas à celui de la vertèbre sous-jacente, sauf pour les premières dorsales.

La vertèbre sert simplement de repère à la projection au niveau du derme, d’une dysfonction viscérale.

La relation peut devenir néanmoins structurelle. En effet, la dysfonction de la région Bei Shu en surface, si elle persiste, va progressivement modifier le tissu conjonctif, devenir fibrose et affecter la vertèbre en profondeur.

Cette relation entre la surface et la profondeur donne ainsi toute la valeur aux techniques sur les fascias utilisées en ostéopathie, qui à partir de la zone sous-cutanée en regard des vertèbres, envisage une régulation des dysfonctions affectant les organes.

De la surface à la profondeur, on peut réaliser une harmonisation entre la structure vertébrale et la fonction viscérale ».

Les points Bei Shu seraient donc également des zones de projection des organes au niveau cutané. Intrigué, j’en discute directement avec l’auteur et il me confie :

« Les travaux du docteur Henri Jarricot [iv] ont permis de définir, au niveau thoraco-abdominal, des relations fiables entre les organes et des territoires cutanés.

Lorsqu’un organe est en dysfonction, il exprime au niveau cutané une dermalgie (épaississement du derme et douleur révélée à la palpation) sur un dermatome.

Cette objectivation d’épaississement de la peau et de douleur révélée sont un moyen simple et merveilleux de ressentir les dysfonctions projetées au niveau du derme par les viscères.

Le dermatome est défini comme le territoire cutané dépendant d’une racine nerveuse rachidienne postérieure, c’est un territoire uniquement sensitif.

L’innervation sympathique des viscères provient des racines nerveuses des vertèbres allant de T2 à L2.

Les dermatomes, en relation avec les vertèbres de T2 à L2, se distribuent sur le tronc d’arrière en avant, obliques en bas et en ceinture.

Au niveau des premières vertèbres thoraciques, il y a concordance entre les vertèbres et les dermatomes, mais plus on descend sur la colonne, plus on observe un décalage.

Le bas du dermatome T10 se définit horizontalement à la verticale des vertèbres L1/L2. Le dermatome T11 se termine, lui, horizontalement à la verticale des vertèbres L3/L4. Le dermatome T12 suit les crêtes iliaques et se termine horizontalement à la verticale de l’interligne articulaire de L5/S1.

Les points Bei Shu mettent en relation le tissu sous-cutané avec les organes. Ils expriment en surface, à l’aplomb d’une vertèbre, la qualité de l’organe situé en profondeur. Ces points sont sous-cutanés, en surface. Ils sont à la verticale des vertèbres sans rapports nerveux directs avec celles-ci, car l’innervation du derme ne correspond pas à celui de la vertèbre sous-jacente, sauf pour les premières dorsales.

Nous voyons avec les dermalgies thoraco-abdominales du docteur Henri Jarricot, le rapport juste qui existe entre les vertèbres et la projection des organes sur le derme. Pour les points Shu la vertèbre sert de repère à la projection au niveau du derme d’une dysfonction de l’organe ».

Conclusion : quand on cherche, on trouve ! Et parfois cela nous sort de notre zone de confort, et c’est précisément cela qui est passionnant dans cette étude sans fin du corps et de la médecine orientale ! Nous voilà avec une vision très intéressante et quelque peu nouvelle (en tout cas pour moi qui vous écris) des Bei Shu. Mais au moins, une chose est limpide : les Bei Shu et les Hua Tuo jia ji n’ont décidément rien à voir même si les deux possèdent un effet sur les organes.

Bonne pratique !


Auteur : Ivan Bel

Remerciements chaleureux à : Alexandre Noël, Bernard Bouheret et Jean-Sylvain Prot pour m’avoir aidé dans cette enquête aux frontières de l’anatomie et de la médecine chinoise.


Notes :

Interview de Nobuyuki Takeuchi : fondateur du Yin Shiatsu

Interview de Nobuyuki Takeuchi : fondateur du Yin Shiatsu

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Encore assez peu connu en Europe, le Yin Shiatsu commence à se faire un nom. Mais à l’origine de ce nom il y a un homme et pas des moindres : Nobuyuki Takeuchi senseï. On peut facilement penser à lui comme étant un samouraï des temps modernes, intransigeant sur le comportement, l’engagement et l’étude, valeurs qu’il applique en premier lieu à lui-même. Mais les propos qu’il tient dans cette interview sonneront juste à tous les praticiens qui se sont engagés dans le Voie du Shiatsu. Rencontre avec un maître, dans tous les sens du terme.


Ivan Bel : Bonjour senseï. Merci d’avoir accepté notre invitation pour cette interview. De quelle région du Japon et de quel milieu êtes-vous originaire ?

Nobuyuki Takeuchi : Je suis né dans la préfecture de Fukushima, au lieu-dit de Yoshimaruyama. J’ai grandi dans une famille paysanne et j’étais le cadet d’une fratrie de 3 fils.

À quel moment de votre vie vous êtes-vous intéressé aux arts thérapeutiques ?

C’est vers l’âge de 18 ans. À cette époque j’avais entrepris l’étude des arts taoïstes notamment au travers de la pensée du Lao-Tseu et du Tchouang-Tseu.

Vous avez été initié à la pharmacopée, à la médecine Kanpo et à l’acupuncture ? Quels souvenirs gardez-vous de ces années d’apprentissage ?

C’est à cette même période que j’ai commencé à étudier auprès de mon oncle. C’était quelqu’un d’admirable. Cependant, mon affinité avec la pensée taoïste m’amenait à remettre en cause le Shiatsu tel qu’il existait.

Dans l’objectif de développer mon Ki pour diagnostiquer et traiter les patients, je jeûnais 2 jours par semaine et je pratiquais quotidiennement le zazen. Je me consacrais également au Fukukihō (服気法)[i], une des trois techniques de respiration du Qi Gong.

Depuis lors et pendant 30 ans, j’ai poursuivi cette routine quotidienne.

Vous avez fondé la clinique “Akahigedo”, ce qui se traduit par “Pavillon de Barbe Rousse” en 1978. Est-ce en référence au film de 1965 d’Akira Kurosawa et son film Barberousse[ii] ? En quoi ce personnage vous a inspiré ?

Barberousse joué par Toshiro Mifune dans le film d’Akira Kurosawa. Tous praticiens devraient avoir vu au moins une fois ce film magnifique.

Le personnage de “Barbe Rousse” est un médecin de la période d’Edo qui a réellement existé[iii], une sorte de Robin des bois de chez vous. C’est avant tout son attitude, son état d’esprit qui m’a inspiré. La souffrance du patient, si elle n’est pas guérie, devient ma propre souffrance.

Il me faut donc travailler sur moi, à travers la pratique du jeûne par exemple et ma propre détermination pour pouvoir y répondre. C’est la Voie du Bushido.

En quelle année avez-vous créé votre propre style baptisé “Yin Shiatsu” ? Quelles sont les particularités de votre méthode qui le différencie des autres courants existants ?

À 29 ans, dans ce contexte, j’ai pris la décision que si dans l’année je ne parvenais pas à accomplir ma propre Voie par la réalisation d’une technique d’exception, autant me suicider comme l’a fait l’écrivain Mishima[iv].

Cette détermination extrême m’a amené à fonder le Yin Shiatsu tel qu’il existe actuellement. J’ai formalisé une approche différente du Shiatsu existant alors au Japon, permettant notamment de traiter par des points distaux, sans toucher directement les zones affectées ou en reliant les zones du corps par similitude de forme.

Traitement d’un sportif de haut-niveau à la clinique Akagahigedo. (c) Nourit Masson-Sekine

Justement pendant des années vous avez fait des recherches qui ont abouti à une théorie intéressante : la relation triangulaire. Pourriez-vous nous l’expliquer s’il vous plaît ?

Selon moi, les origines du Shiatsu sont très anciennes, bien avant l’ère chrétienne. La théorie de la relation triangulaire, qui est à la base du Yin Shiatsu m’est apparue, comme une inspiration, suite aux pratiques régulières de jeûne et de purification en plein air dont je vous ai parlé.

Cette intuition m’a amené jusqu’à revoir la théorie des méridiens préexistante. C’était très émouvant pour moi, car rien de tout ceci n’était mentionné dans les textes fondateurs tels que le Huangdi Nei Jing par exemple.

Si vous voulez en savoir plus, je vous invite à vous rapprocher de Mehdi et Misako[v] qui résident à Strasbourg et qui ont bénéficié de mon enseignement. Et vous aurez également l’occasion d’approfondir le sujet si je viens en France ou si vous venez vous-même à Tokyo.

Quelle est votre conception de la maladie ?

Ma conception de la maladie vient de la pensée bouddhiste “In Ga Ron” (因果論). Il s’agit de la “Loi de Causalité” ou “Loi de Cause à Effet”, la notion de Karma peut éventuellement en être l’aboutissement. Par cela j’entends qu’une Cause mène à un Effet mais le “En”(縁) entre en jeu dans ce mécanisme. “En” peut se traduire par destin/destinée, par chance/occasion. “En” c’est aussi le bon endroit au bon moment avec la bonne personne. Dans le contexte présent, il s’agit plutôt du choix de l’individu devant des occasions, des opportunités qui s’offrent à lui et qu’il va ou non saisir.

Aussi, la même réflexion peut s’appliquer à la maladie. Il est important lors de l’apparition d’un symptôme d’identifier la cause, la source du problème. Cependant, il est également essentiel de discerner les choix de vie qui ont amené une personne vers un déséquilibre et les choix qui lui permettront de retrouver l’équilibre juste.

Par exemple et en simplifiant, si un patient a un risque d’obésité, il est possible qu’il ait une prédisposition génétique au surpoids. Le choix du patient pour détourner ce qui paraît être une fatalité serait de ne pas s’adonner aux excès alimentaires et de veiller à mieux se sustenter.

On peut trouver une multitude d’autres exemples à ce sujet.

Pour le dire autrement, au cours d’un traitement on se concentre souvent sur les causes et leurs effets symptomatiques. Mais rares sont ceux qui tenteront d’aborder les actes, les motivations et les “pensées négatives” du patient. Agir sur son propre comportement et ses choix de vie, là est la clef, le levier pour modifier son destin.

Pour comprendre ce principe de “En”, il faut avoir conscience de l’existence de notre libre arbitre (自由意志)[vi]. Par cela, j’entends qu’on peut choisir soi-même, avec notre cœur, notre conscience, ce qui est bon ou mauvais, juste ou faux, positif ou négatif pour nous.

Takeuchi senseï. (c) Nourit Masson-Sekine

Votre traitement est pluridisciplinaire : acupuncture, Shiatsu, plantes médicinales, etc. Pourquoi ce choix alors que la plupart des acupuncteurs par exemple se contentent uniquement des aiguilles ?

Beaucoup de patients viennent tous les jours avec des pathologies diverses et variées : dépressions, cancers, eczémas atopiques, asthme, maladies gynécologiques, maladies infantiles…. Les traitements de ces maladies sont donc des défis très sérieux et si l’on ne traite que par une technique : juste avec de l’acupuncture, juste avec du Shiatsu ou juste par des conseils diététiques, cela ne suffit pas toujours. J’adapte le traitement en fonction de ce qui est nécessaire, en fonction des priorités et spécificités de chaque cas.

C’est pour cette raison que l’Akahigedo offre un panel complet de soins. Pour moi, ce qui est important c’est le résultat. Je n’ai aucune excuse si je ne parviens pas à soigner une personne. C’est ma façon de vivre.

Vous êtes un expert reconnu en médecine chinoise et avez invité de nombreux spécialistes chinois du Qigong et de l’acupuncture. Vous avez également fait plusieurs séjours en Chine pour étudier plus profondément ces approches médicales. Par ailleurs, vous avez été formé au Japon, notamment en médecine Kanpo. Selon vous, quelles sont les différences entre les Chinois et les Japonais dans l’approche de la médecine orientale ?

En effet, j’ai été en Chine à de multiples occasions et j’ai été rencontrer de nombreux maîtres proclamés, au Japon également. Je pense malheureusement qu’aujourd’hui, les senseïs Chinois ou Japonais sont en général peu rigoureux… J’ai observé qu’ils sont trop souvent satisfaits du résultat de leurs soins même si le patient n’est pas guéri. La suffisance et le désir de reconnaissance à l’œuvre semblent trop souvent écarter le médecin de ses objectifs initiaux. Daruma (ou Bodhidharma)[vii] disait face à l’empereur Han Wudi[viii] qu’il n’y a aucun mérite à faire le bien si on attend de la reconnaissance en retour.

Il y a pourtant une autre manière de vivre. Je suis intransigeant avec moi-même. Et de ce fait, c’est un défi qui m’incombe de parvenir à soulager celles et ceux qui souffrent, de parvenir à les soigner. C’est pourquoi je traite avec tous les moyens possibles. Vous me considérez peut-être comme un thérapeute quelque peu ennuyeux…

Bien au contraire, je trouve cela passionnant ! Pour en revenir au Qi gong, cet art de l’économie de l’énergie, pourriez-vous nous dire comment il nourrit le praticien de médecine orientale et ce que cela vous apporte dans votre quotidien ?

Quelqu’un qui pratique et vit en tant que praticien de médecine orientale se doit d’apprendre et d’approfondir son Qi Gong. Cela requiert une pratique stricte et ardue qui ne correspond pas forcément à la réalité de notre époque. Bien peu suivent cette voie en se confrontant réellement aux difficultés qu’elle impose. De ce fait, peu d’enseignants prennent la peine de transmettre le vrai Qi Gong, n’est-ce pas ?

Pourtant, l’utilisation du Ki est un outil formidable, dans le diagnostic et le traitement. Le Qi Gong amène à des résultats fabuleux ! Il me permet de percevoir le patient dans la « profondeur de son être » (心の中) et d’entendre la “voix du Ciel” (天の声). Sans réellement le pratiquer, on ne peut pas devenir un bon praticien.

Takeuchi senseï et son maître de Qigong, Shen He Yang. (c) Nourit Masson-Sekine

J’utilise le Qi Gong thérapeutique sur les patients, ce qu’ils dégagent me permet de confirmer ou compléter mon diagnostic. Cela m’informe sur la gravité de l’état du patient, le stade de sa maladie, mais aussi sur son état d’esprit ou sur l’énergie vitale en réserve dans le corps. De ce fait, ces indications peuvent être importantes dans le cas du traitement des cancers, d’Alzheimer, des maladies cardiovasculaires, etc. Le mois dernier, en novembre 2020, nous avons d’ailleurs eu des résultats très encourageants sur 3 patientes atteintes du cancer du sein et 2 patients de plus de 90 ans atteints d’Alzheimer.

Cette clinique est un lieu d’accueil des patients, mais elle est aussi considérée comme un dojo, un lieu de pratique et de formation des thérapeutes. Vous gardez ainsi vivant l’esprit traditionnel qui considère les arts thérapeutiques comme des voies (Do) et non comme des techniques (Jutsu). Dans leur apprentissage, vous semblez porter beaucoup d’attention à la rigueur morale. Quelle est l’implication de cette rigueur dans la formation de vos praticiens ?

La question est difficile… Tout dépend de l’exigence du disciple envers lui-même, de la patientèle qu’il souhaite traiter et du type de thérapeute qu’il souhaite devenir.

Il peut y avoir un décalage entre ce que je lui inculque et ses propres attentes.

Je sais que la voie du Bushido, cette forme traditionnelle, radicale et sacrificielle, peut aujourd’hui être perçue comme du “harcèlement moral” dans le monde contemporain. À l’heure actuelle aucun disciple ne le souhaiterait, je pense…

Alors, je m’adapte, sans abdiquer pour autant et je poursuis tous les jours mon enseignement du mieux que je peux.

Quoi qu’il en soit, c’est également le rôle du thérapeute d’accompagner les patients afin qu’ils acquièrent ce sens moral.

Quelles autres qualités doit avoir un thérapeute selon vous ?

Bien sûr cette question est très importante. À l’origine c’est par l’étude des arts taoïstes que j’ai fait mon apprentissage. C’est une Voie du Cœur d’une grande profondeur et par laquelle on peut développer les qualités requises. Il y a une expression : “Shin Sui no Rō” (新水の労), que l’on peut traduire par : “aller chercher l’eau demande de l’effort”. Ce qui signifie que dans la vie quotidienne, il est important de faire des efforts pour servir autrui. Je demande également aux disciples de savoir mettre de côté leur égo pour pouvoir assimiler mon enseignement, suivre la même voie que moi. Mais l’époque est maintenant bien différente d’il y a même 30 ans. Cela ne fonctionne pas comme avant.

Portrait de Takeuchi senseï en 1986 (c) Nourit Masson-Sekine

Cela dit, il m’arrive moi-même de décider d’aller nettoyer les toilettes publiques et je demande à mes disciples de se joindre à moi. On le fait pour rien. On le fait pour ne pas oublier d’où l’on vient et rester humble. Voilà aussi, pour répondre à votre question, les qualités à entretenir pour laisser la place à l’autre, au patient notamment. Bien sûr nous parlons de rigueur morale, mais rire est aussi important. Je demande aux thérapeutes de savoir incarner un personnage pour qu’il puisse faire rire les patients tout en restant respectueux.

Quels arts martiaux avez-vous étudiés ? Pendant combien de temps ?

J’ai étudié le Kendo, le Iaïdo ainsi que le Karaté d’Okinawa (Goju Ryu) pendant respectivement 3 ans, 10 ans et 20 ans. Je ne me souviens plus clairement du nom des enseignants de l’époque.

Je suis également un pratiquant de kenjutsu, aussi je comprends bien la relation très particulière que l’on peut avoir au sabre. Mais les lecteurs ne sont pas tous dans ce cas. Pourriez-vous me dire quels enseignements vous avez tirés de l’art du sabre. Comment les appliquez-vous dans votre pratique médicale ?

En médecine orientale, on utilise terme “Bōshin” (望診) pour parler du temps d’observation face au patient. Il fait partie des 4 arts du diagnostic : écouter, regarder, demander, toucher. C’est vraiment une technique très importante et qui peut atteindre un niveau quasi divin.

On retrouve des équivalents en Iaï, au travers notamment du concept de “Marobashi” [ix]. Un travail en harmonie avec la nature, libre et sans forme, qui s’adapte à chaque situation. Pour pouvoir l’appliquer, il est important de ne pas avoir d’intention fixée à l’avance et de faire face à chaque situation d’une manière neutre afin de percevoir les changements constants de la personne en face. Là aussi le “Bōshin” est présent.

On peut également parler du “Ai-Nuke” (相秡) que l’on peut traduire par “préservation mutuelle”. Lorsque les adversaires mettent fin à leur rencontre avant même de combattre, par respect envers l’autre et pour la Vie en général.

Ces concepts ont pour point commun la nécessité d’être en harmonie avec la “volonté du Ciel/de l’Univers” (天の意志). Ils sont du domaine de la reconnaissance et de l’acceptation de l’autre. En d’autres termes, c’est par la voie de l’illumination. En intégrant dans notre vie quotidienne les 6 vertus de Bouddha :

  • générosité
  • intégrité
  • discipline
  • patience
  • persévérance
  • et absorption méditative par la connaissance transcendante.
A droite Takeuchi senseï expliquant les points et leur traitement en Yin Shiatsu. (c) Akahigedo

Je parlais auparavant de la maladie, elle peut justement venir de la négligence de ces vertus. Si elles ne sont pas intégrées dans nos valeurs. Des émotions négatives telles que la colère, la cupidité en sont le germe. La pratique du sabre peut donc influencer la pratique médicale au travers de cette dimension éthique et du rapport à soi et à autrui. Elle permet également de garder un ancrage dans le temps et de débarrasser son corps et son esprit du superflu.

J’ai des amis experts en Iaï et en Yabusame[x]. Si vous venez au Japon, je vous les présenterai et vous pourrez en faire l’expérience.

Ce serait avec plaisir ! Vous avez été un adepte de Misogi, la purification du corps par l’eau. Vous pratiquez également la calligraphie qui est un art très exigeant. Ces techniques sont toutes issues de la tradition japonaise. Quelle place cela occupe dans votre vie et dans votre pratique ?

Je ne pratique plus actuellement le Misogi, mais, sous d’autres formes, je pratique tous les jours des exercices de purification du corps et de l’esprit.

Concernant l’art de la calligraphie, il existe depuis longtemps au Japon, mais beaucoup de courants sont seulement des pratiques qui se concentrent sur la technique, sur la performance esthétique.

Beaucoup de calligraphies sont en effet très belles, mais il manque cette dimension du Ki. Je pense qu’il est difficile d’atteindre “l’harmonie de l’âme/esprit » (魂の調和)[xi] par ce biais. La calligraphie qui n’est pas enrichie de cette dynamique ne s’harmonise pas avec l’univers.

Or, la façon dont j’aborde la calligraphie vient de ma pratique du Qi Gong. Elle se fait alors en connexion avec la “Voie du Ciel” (天の道). C’est par cette synergie, par inspiration que les idéogrammes me viennent, je ne sais pas au préalable ce que je vais faire et il m’est même parfois difficile de déchiffrer ce qui en résulte !

Alors, comment arriver à cette harmonie ? Là encore, je pense que la pratique du Qi Gong ouvre cette voie.

Que constatez-vous comme évolution des pathologies au Japon ? En France nous avons vu une nette augmentation des problèmes articulaires et des burn-out. Mais les gens ne veulent plus seulement être soulagés, mais aussi comprendre pourquoi ils ont mal. Est-ce votre cas ?

Les patients japonais ne sont en fait pas bien différents. Le problème pour nombre d’entre eux vient de leur alimentation : les huiles, les graisses et les sucreries qu’ils consomment régulièrement. S’ils n’en prennent pas conscience, on ne peut pas obtenir des résultats satisfaisants.

Ces dernières années, nous retrouvons quasiment toujours les mêmes symptômes relatifs à :

  • Une hyperperméabilité intestinale (“Leaky Guts Syndrome”) ;
  • Une hyperperméabilité de la barrière hémato-encéphalique (“Leaky brain Syndrome”).

C’est très intéressant, merci pour ces informations. En Europe, la dimension énergétique du Shiatsu et des arts du soin sont très en vogue. Selon vous, est-ce que l’utilisation des méridiens et du Ki est la seule chose à connaître pour pouvoir soigner une personne de manière naturelle ?

Je ne pense pas qu’il n’y ait qu’une seule chose.

En dehors des méridiens et du Ki qui sont des notions peu familières pour la majorité des gens, ce qui est important est : ce que la personne dit de ce qu’elle ressent, comment elle pense, la façon dont elle perçoit les choses (心のあり方)[xii]… Tout cela est à prendre en compte.

C’est également vivre avec le respect d’autrui et savoir porter ses erreurs/défauts (恥を知る心)[xiii] comme le faisaient Japonais d’antan. Il y existe des expressions comme :

  • 自らじるという言い方もありま : reconnaissance de ses torts
  • 自らを恐れるという言葉 autocritique
  • 自らを慎むという言葉  : retenue et modération
  • 自らを戒めていく心  : autodiscipline

Je suis constamment conscient que c’est là le moteur du soin.

Panneau de bois à l’entrée de la clinique. (c) Mehdi Abid

Je vais maintenant vous poser une question qui pourrait être simple, mais qui ne l’est pas : selon vous, qu’est-ce qu’un méridien et qu’est-ce que le Ki ?

Je pense que l’on peut faire la comparaison entre ce qui existe dans le corps humain et les réseaux ferroviaires. Les méridiens sont comme les rails du train, le Ki le courant électrique qui le fait fonctionner.

Ce sont des notions qui peuvent être facilement démontrées lors d’un traitement à la clinique. Le corps humain est vraiment extraordinaire…

Pour conclure cet entretien, quels sont les conseils que vous prodiguez à vos étudiants, que doivent-ils faire pour qu’ils arrivent à pratiquer longtemps, pendant des dizaines d’années, sans s’épuiser.

Ressentir de la gratitude est très important.

Il est nécessaire de savoir être reconnaissant et de demander pardon à ses parents. Réfléchissez à ce que vos parents vous ont apporté et ce que vous leur avez donné en retour, quel tort vous avez pu leur causer.

Lorsque vous aurez réalisé tout cela, votre vraie nature/énergie véritable apparaîtra et vous aurez alors toutes les ressources nécessaires pour pratiquer.

(c) Nourit Masson-Sekine

Je terminerai par cette expression, sur laquelle je vous invite à réfléchir :

我以外全て師

Ware igai subete shi

Tout sauf soi est maître

Je vous remercie.

C’est moi qui vous remercie senseï pour votre temps et d’avoir bien voulu répondre à mes questions.

Auteur : Ivan Bel


Remerciements :

Je tiens particulièrement à remercier les personnes suivantes pour m’avoir mis en relation avec Takeuchi senseï, pour avoir parlé avec lui, fait préciser sa pensée, traduit du japonais au français et fourni les photographies :

  • Mehdi Abid
  • Misako Sekine
  • Nourit Masson-Sekine

Notes :

  • [i] Fuku ki-hō (服気法) : littéralement la « technique de l’habit de Ki ».
  • [ii] Pour en savoir plus sur cet excellent film, consultez la fiche sur allociné.
  • [iii] Barberousse…
  • [iv] Yukio Mishima (三島 由紀夫) écrivain japonais né en 1925 et qui fut le dernier japonais à se suicider par seppuku (ouverture du ventre au sabre) en 1970. Il est l’auteur de nombreuses poésies, romans et pieces de théâtre.
  • [v] Mehdi Abid et Misako Sekine sont les représentants du Yin Shiatsu en France. Pour en savoir plus sur Mehdi Abid, lire son interview sur France Shiatsu. Pour en savoir plus sur Misako Sekine, allez sur son site.
  • [vi] Jiyū ishi  (自由意志) : mot à mot « liberté + volonté »
  • [vii] Bodhidharma (sanskrit en devanāgarī : बोधिधर्म « enseignement de sagesse » ; chinois simplifié : 菩提达摩, pútídámó ou 達摩, dámó ; japonais : 達磨, daruma ; c. fin du ve et début du vie siècle), fut le moine bouddhiste persan originaire de l’Inde, qui apporte le dhyāna du mahāyāna, sous le Chan en Chine et le Zen au Japon. L’école Chan prétendant remonter au Bouddha, Bodhidharma est considéré comme son 28e patriarche et comme son premier patriarche chinois. Il est aussi celui qui apporta les arts martiaux indiens en Chine.
  • [viii] Hàn Wǔdì (汉武帝 : -157 à –87 av. J.-C.) est le septième empereur de la dynastie Han de Chine, régnant à partir du 9 mars 141 av. J.-C. et jusqu’à sa mort, soit 54 ans de règne. Il est considéré, avec les empereurs Tang Taizong (dynastie Tang) et Kangxi (dynastie Qing) comme l’un des plus grands empereurs de l’histoire de la Chine.
  • [ix] 丸橋 (Marubashi) pouvant signifier un pont circulaire. Soit peut-être une référence au caractère cyclique de la vie/de l’apprentissage, ou à une unité du temps, passé présent futur se confondant.
  • [x] Le yabusame (流鏑馬) est une technique de tir à l’arc japonaise pratiquée à cheval. L’archer tire des flèches sans pointes (soit sifflantes, soit avec une boule au bout) sur trois cibles de bois et en plein galop.
  • [xi] Tamashī no chōwa (魂の調和) : signifie “l’harmonie de l’âme ».
  • [xii] Kokoro no arikata (心のあり方) : on peut traduire par « le cœur comme il doit être » ou « comment le cœur devrait être ».
  • [xiii] Haji o shiru kokoro (恥を知る心) : Dans le contexte de l’article, cela prend le sens de « avoir conscience de ses défauts/ses erreurs ».
Ouverture de l’académie Shaoyin : un projet innovant au Québec

Ouverture de l’académie Shaoyin : un projet innovant au Québec

Reading Time: 9 minutes

J’ai eu le plaisir de rencontrer Martha au European Shiatsu Congress de Vienne en 2017 et depuis nous sommes devenus de bons amis. Quand elle m’a annoncé récemment qu’elle allait ouvrir sa propre école à Montréal, j’ai tout de suite demandé ce qu’elle comptait faire. Et là, c’est une bonne surprise : elle mise à la fois sur la coopération, les cours en ligne et en présentiel et la collaboration avec des associées. On peut clairement parler d’école Shiatsu 2.0 comme on est appelé à en voir de plus en plus. Une nouvelle génération d’enseignants et d’enseignement arrive. Soutenons-les !


Bonjour Martha, Laura et Sophie. Mais pour les lecteurs pourriez-vous vous présenter toutes les trois chacune à votre tour ?

Martha : Je possède une solide formation qui intègre les connaissances et compétences autant du shiatsu que de l’acupuncture, ce qui me donne une perspective très vaste et personnelle de la médecine classique orientale. De plus, la volonté constante d’évoluer dans ce domaine me stimule à suivre des formations variées et complémentaires dans les deux techniques. Je suis diplômée de l’école Kiné-Concept (2008 et 2009) avec Stéphane Vien, par après j’ai eu la chance de côtoyer d’autres grands maîtres de shiatsu, avec lesquels j’ai pu continuer à perfectionner plusieurs aspects de mon travail. Par ailleurs, j’ai complété la formation en acupuncture en 2015 à Montréal. Depuis, j’ai continué ma formation de perfectionnement avec le soutien de plusieurs professeurs pour développer des compétences dans le traitement des traumatismes, la moxibustion, l’herboristerie japonaise, ainsi que le travail avec les ventouses. J’aime l’enseignement aussi, mais j’aime surtout être assistante des professeurs, puisque ça m’aide à solidifier mes connaissances et les partager avec mes collègues en ayant moins de contraintes de temps et de responsabilités. J’ai déjà été d’abord assistante, puis enseignante dans des cours de shiatsu avec Laura Rasse-Frick, j’ai aussi été assistante dans le stage de fin de programme pour les étudiants d’acupuncture. J’aime aussi promouvoir le Shiatsu et tisser des contacts partout au Québec, au Canada et le monde dans notre belle communauté de shiatsushis.

Laura: Bonjour Ivan, mon nom est Laura. C’est pour aller vers l’autre, par l’entremise du voyage, que j’ai découvert le Shiatsu et la Médecine Orientale. L’Être, qui est au centre de la rencontre, me fait triper (comme on dit au Québec) et motive ma curiosité et mon désir d’approfondir et partager mes connaissances depuis plus de 15 ans! Je suis diplômée de l’institut Kiné-Concept où j’ai suivi une formation de massage suédois cinétique et ensuite deux ans de Shiatsu avec Stéphane Vien. C’est à partir de 2006 que j’ai eu le plaisir de l’assister dans plusieurs cohortes de première et ensuite de deuxième année de Shiatsu. En 2009, j’ai repris le flambeau de l’enseignement des groupes de première année avec lesquels j’ai accumulé plus de 3000h d’enseignement. Je donne également des ateliers de Médecine Orientale à l’école de Qi Gong, Fragments libres et ailleurs. Plus récemment, j’ai eu la chance d’assister Stéphane Vien lors de ses ateliers en Bretagne (2016 et 2018) ainsi qu’à Paris (2017). Ma passion pour cet art m’a amené à suivre une grande variété de formations comme la diététique énergétique et Herbes chinoises enseignées par Mme Ann St-Amant Ac. à l’institut NHC. J’adore accompagner les femmes enceintes, j’ai donc appris le Shiatsu périnatal avec Bianca Thuot et Suzanne Yates. Le Shiatsu Namikoshi avec Yuki Rioux m’a ouvert l’esprit sur d’autres dynamiques de toucher, tout comme la fasciathérapie et d’autres formations connexes. La pratique du Qi Gong s’est installée tout naturellement et colore autant mon Shiatsu que mon enseignement. Aussi, j’ai récemment terminé mes études en Kampo (herboristerie japonaise) auprès de Nigel Dawes. Et maintenant, c’est avec enthousiasme que je plonge dans cette nouvelle aventure avec l’Académie Shao Yin dans le but de partager, encore une fois, mon amour pour cet art.

Sophie : Bonjour Ivan, je m’appelle Sophie. Je suis diplômée en Shiatsu depuis plus de 11 ans et j’ai étudié à la même école que mes précieuses consoeurs et associées. C’est d’ailleurs Laura, assistée par Martha, qui fut ma première professeure et j’ai été séduite par sa façon de transmettre le Shiatsu avec passion, amour et humanité. Cet art merveilleux fut une découverte magistrale pour moi et je me suis tout de suite sentie à ma place dans cet univers. Par la suite, j’ai eu envie de continuer à explorer le domaine du soin énergétique et de la Médecine Orientale. J’ai donc élargi mes connaissances en touchant au Reiki, à la Technique Crânio-Sacrale Holistique, à l’herboristerie et au Qigong médical. Étant une passionnée de chevaux, j’ai également le bonheur de pouvoir pratiquer sur ces êtres magnifiques. Pour moi, l’Académie Shao Yin est une façon géniale de transmettre ces connaissances qui me sont si chères, mais aussi de réunir mes deux parcours professionnels. En effet, ayant préalablement étudié et travaillé en design graphique, je m’occupe de tout le visuel de l’ASY, ainsi que du montage vidéo. Je dois avouer que j’éprouve énormément de plaisir à mettre à profit toutes mes compétences pour ce beau projet.

Vous avez décidé de monter l’Académie Shao Yin à Montréal (Canada). Mais n’y a-t-il pas déjà plein d’écoles de Shiatsu dans cette grande ville du Québec ?

Au Québec il n’y a pas un grand nombre d’écoles francophones de Shiatsu et les programmes existants ne couvrent pas la théorie en profondeur. Du moins, pas selon nos standards et nos souhaits de qualité pour une formation. Laura a enseigné pendant plus de 10 ans dans une de ces écoles. Cependant, dû à des changements administratifs et des divergences dans la vision du programme de shiatsu, elle a décidé de quitter et de commencer ce projet.

Ici, le Shiatsu fait partie de la grande famille de la massothérapie. Ceci a ses bons côtés, comme l’accès à une plus grande clientèle déjà familière avec la thérapie manuelle ainsi que la reconnaissance par les compagnies d’assurance. Par contre, cette association nous limite dans la largeur thérapeutique qu’offre le Shiatsu. De là le rêve d’avoir une école qui comprend, respecte et promeut une meilleure reconnaissance du Shiatsu et de la Médecine Orientale.

Votre formule est intéressante, car vous souhaitez former en Shiatsu mais aussi en médecine chinoise, en présentiel, mais aussi en ligne. Racontez-moi pourquoi ces choix ?

Nous souhaitons bâtir une école de Shiatsu à notre image même si cela requiert beaucoup d’efforts et de temps. Puisqu’avoir un lieu physique pour donner des cours en présentiel s’avérait complexe et qu’il était nécessaire de stimuler l’intérêt pour l’apprentissage du Shiatsu, nous avons choisi de commencer par une plateforme virtuelle comme première phase. La partie en ligne donne accès à un plus vaste public. 

D’autre part, notre expérience nous démontre que les praticiens de Shiatsu ayant approfondi leurs connaissances en médecine orientale ont une meilleure compréhension de l’impact que leur thérapie a sur le corps. C’est pour cela que notre programme de Shiatsu inclut aussi l’étude des théories des 5 éléments, du yin yang, des axes, l’évaluation énergétique par le pouls et la langue, le travail des méridiens et fonctions des tsubo ainsi que la théorie des Zang Fu, entre autres.

Attention ça tourne ! Les cours sont en cours de préparation.

Puisque la réalité du marché actuel au Québec limite le nombre de personnes attirées par la technique du Shiatsu, nous commençons par une introduction de la médecine orientale pour  éveiller l’intérêt envers le Shiatsu et les inviter à l’apprendre avec nous. D’ailleurs, nous débutons avec un cours de base en Médecine Traditionnelle Chinoise s’adressant à des thérapeutes de toutes les branches curieux d’apprendre cette théorie. Dans ce cours, les thérapeutes apprennent à identifier les déséquilibres présents chez leurs receveurs/clients ainsi que certains tsubo et conseils pour mieux accompagner leurs clients et ils sont introduits à certaines manœuvres de Shiatsu.   

Est-ce que l’apprentissage du Shiatsu n’est pas incompatible avec des cours en ligne ?

Nous sommes d’avis que la partie pratique (la bonne posture, la palpation des méridiens et des points, le ressenti, le travail avec et du corps) doit se faire en personne, accompagnée et guidée par un enseignant. 

Par contre, la partie théorique, comme la philosophie des 5 éléments et du Yin Yang, les fonctions des tsubo, les études de cas, etc., sont possibles en ligne. Nous y voyons même un avantage, car l’étudiant peut revisiter autant de fois que nécessaire les informations préenregistrées dans le confort de son foyer. Nous croyons que c’est important d’utiliser les nouvelles technologies pour favoriser l’apprentissage. 

Aussi, pour les personnes habitant des régions éloignées, la formule virtuelle est idéale. Elle donne la chance d’accéder à l’information pour ensuite faire l’intégration de la matière lors d’ateliers pratiques.

Vous développez un programme d’affiliés à votre académie. Pouvez-vous expliquer en quoi cela consiste ?

L’Académie Shao Yin souhaite faire des liens commerciaux avec des entreprises, des écoles et des individus qui œuvrent dans des domaines connexes. L’idée est d’avoir des affiliés qui partagent nos valeurs, qui complémentent nos services et qui veulent promouvoir notre projet.

Pour quelles raisons avez-vous nommé votre académie Shaoyin ? Pourquoi pas Taiyang ou Jueyin ?

Merci pour cette belle question ! Nous avons passé beaucoup de temps à rêver du nom de notre école. Pour t’offrir notre réponse, nous devons visiter la symbolique des axes. En premier lieu, nous sommes 3 femmes, amies et collègues dans ce projet, puis l’axe Rein/Cœur est un axe Yin ! Ensuite, cette ligne représente pour nous quelque chose de profond et de précieux, elle symbolise l’Essence unique de l’Être. Puisqu’elle est la connexion entre le Feu et l’Eau, nous y voyons le lien de la conscience qui vient s’incarner dans la matière pour accomplir sa mission. C’est presque poétique ! C’est donc l’axe Shao Yin qui a conquis nos cœurs et a résonné fort pour ce projet, car, pour chacune d’entre nous, le Shiatsu est notre chemin de vie.

Je vous souhaite bonne chance dans votre développement et bon vent donc à l’académie Shaoyin. Je suis sûr que vous rencontrerez le succès que vous méritez. À bientôt.

Livre : La figura de mio padre : Tokujiro Namikoshi

Livre : La figura de mio padre : Tokujiro Namikoshi

Reading Time: 3 minutes

Que connaît-on vraiment de la vie de Tokujiro Namikoshi ? Finalement assez peu de choses. Il n’existe pas une biographie officielle et c’est bien dommage. Tout ce que l’on raconte sur lui se fait essentiellement de bouche à oreille, mais avec toutes les déformations possibles et imaginables. Pourtant, il existe un moyen d’en savoir un peu plus sur la vie de ce formidable Senseï qui a largement influencé le Shiatsu. Ce moyen c’est ce petit livre publié par les éditions Shiatsu Milano Editore.


Comme beaucoup de gens le savent, je passe beaucoup de temps à chercher des informations sur l’histoire du Shiatsu afin de comprendre comment et pourquoi, qui et dans quel ordre… En voyant mes efforts, Roberto Palasciano et Serena Trotti ont eu la gentille idée de m’envoyer plusieurs livres dont « La figura de moi padre : Tokujiro Namikoshi » et je les en remercie beaucoup. Certes cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu tout un livre directement en italien dans le texte, mais j’ai finalement réussi à tout lire. Ce livre est une compilation de souvenirs de l’actuel président du Shiatsu Namikoshi : Kazutami Namikoshi, le second fils de Tokujiro.

Pour dire la vérité, ce n’est pas la biographie que j’attendais, mais ce petit livre regorge d’informations, d’anecdotes et surtout de photographies, ce qui pour un apprenti historien est une aubaine. Par exemple : on a tous entendu parler du fait que Tokujiro Namikoshi avait soigné sa mère lorsqu’il était enfant, mais on ne l’a jamais vu. Et bien la voici à un âge avancé avec son mari.

(C) Shiatsu Milano Editore

Mais ce qui est le plus intéressant dans ce livre est de mieux comprendre des éléments du parcours de la vie de Tokujiro Namikoshi et notamment le grand nombre de personnes qu’il a croisé et l’incroyable popularité dont il jouissait aussi bien auprès des sumos, des hommes politiques, des maîtres de toutes sortes et du public grâce à l’émission de télévision auxquelles il a participé. Le voici avec son grand ami le maître Izawa qui a participé longtemps en enseignant à l’école Japan Shiatsu College de Tokyo. Cette scène autour d’un verre de saké montre bien la familiarité de leur relation.

(C) Shiatsu Milano Editore

Ce livre soulève aussi bien des questions. Par exemple : qui furent ses maîtres ? Car s’il fut un grand autodidacte, on ne peut imaginer qu’il inventa tout le Shiatsu à lui tout seul. D’ailleurs, on voit sur certaines photos la mention « avec son maître » ou « avec le maître untel ». Il y a là de quoi poursuivre l’enquête. En tous cas ce livre mérite d’être parcouru et j’encourage tous les éditeurs de Shiatsu à poursuivre le recueil de témoignages afin qu’un jour on puisse enfin écrire une histoire complète du Shiatsu.

Tokujiro Namikoshi avant une démonstration de kenjutsu, et devant son maître (de sabre ? de shiatsu ?) (C) Shiatsu Milano Editore

Lien pour commander : La figura de mio padre : Tokujiro Namikoshi, de Kazutami Namikoshi, Shiatsu Milano Editore, nov. 2016.


Auteur : Ivan BEL

Les points Hua Tuo Jia Ji

Les points Hua Tuo Jia Ji

Reading Time: 7 minutes

Connaissez-vous les points Hua Tuo Jia Ji ? Pendant longtemps les enseignants que j’ai croisés confondaient ces points avec la première ligne de la Vessie. Cette confusion est souvent due à une mauvaise connaissance de la médecine orientale (chinoise ou japonaise), mais une fois celle-ci acquise, tout s’éclaire. Toutefois, si ces points sont faciles à utiliser et à localiser, c’est du point de vue anatomique qu’ils révèlent leur intérêt. Suivez le guide.


Un médecin en avance sur son temps

Hua Tuo (華佗) était un médecin qui a vécu en Chine entre 140 et 208 (ces dates ne sont pas tout à fait précises et font toujours l’objet de débats à 4 ou 5 ans près) de notre ère, pendant la dynastie des Han de l’Est, ce qui fait de lui un contemporain et un aîné de l’immense Zhang ZhongJing (150-219). On a connaissance de son existence grâce aux Chroniques des Trois Royaumes (3° siècle) et du Livre des Han postérieurs (5° siècle). Il était originaire du comté de Qiao (譙縣), de la commanderie de Pei (沛郡), qui se trouve dans l’actuel Bozhou, province de l’Anhui. Plus tard il a étudié les classiques chinois dans toute la province de Xu (couvrant des parties des actuelles provinces de Jiangsu et Shandong) et était destiné à des hautes fonctions mandarinales. Mais il préféra la médecine à l’administration. Et il fut brillant !

Ce qui frappe l’esprit des chercheurs en histoire de la médecine chinoise est l’incroyable avance qu’il avait sur ses collègues de la même époque. Il connaissait un nombre faramineux de plantes et ses techniques de diagnostic comme de traitement étaient bien plus performantes que la moyenne. Comme expliquer une telle différence ? Une réponse possible tient dans le fait qu’il exerçait dans la région où se développèrent les premières missions bouddhistes indiennes en Chine. On pense qu’il a étudié non seulement la médecine chinoise de son époque, mais également la médecine ayurvédique. D’ailleurs, son nom même pose question : Hua Tuo combine le nom de famille chinois Hua (華, littéralement « magnifique ; Chine ») avec Tuo (佗 littéralement « bossu » ou 陀 « colline escarpée »), un prénom chinois peu commun. Son nom se prononce grosso modo ghwa-thā en vieux chinois, nom qui pourrait dériver du terme sanskrit agada, qui se traduit par « médecine et toxicologie ». Et cela serait relativement logique, car il était connu pour utiliser deux thérapeutiques où il se démarquait : l’acupuncture et les plantes.

Taoïste par goût, confucéen par devoir, il parcourt les régions nord et centrales de Chine et soigne un grand nombre de personnes. Dix-sept de ses traitements sont recensés dans les ouvrages cités précédemment. Mais il est surtout connu pour avoir été le premier médecin à utiliser un anesthésique pour opérer. Sa recette appelée aujourd’hui mafeisan (麻沸散) signifie littéralement « cannabis, bouillir, médecine sous forme de poudre », soit une poudre bouillie à base de cannabis, qu’il infusait dans du vin et donnait à boire avant d’inciser. Le plus étonnant dans tout cela n’est pas tant la décoction qu’il a inventée, mais le fait qu’il opère, car ce n’était absolument pas dans les habitudes de l’époque. La médecine chinoise des Han est fondée sur la théorie des correspondances. Dans ce cadre conceptuel de la médecine chinoise, un médecin cherche à soulager les maladies en remontant les chaînes de correspondances de l’organe malade à l’organe source où il rétablira l’équilibre fonctionnel, comme on le fait toujours maintenant. Mais lui décide d’aller au plus vite et n’hésite pas à trancher dans les chairs. On peut dire qu’il révolutionne la médecine ancienne. Mais cette manière de procéder est une piste supplémentaire de sa connaissance de l’ayurvéda où depuis longtemps on utilise des drogues, on opère et on suture (Cf. Jivaka Kumārabhŗta, médecin et disciple de Bouddha).

À côté de cela, il a dessiné des planches anatomiques, mis au point des exercices pour le corps (de type daoyin, soit l’ancêtre du qigong). Ce qui frappe chez lui c’est l’originalité de ses traitements et je vous recommande de les lire en anglais si vous en avez l’occasion. Juste un exemple : une femme se fait piquer par un scorpion et n’arrive plus à dormir à cause de la douleur. Il lui conseille de mettre une main dans de l’eau chaude, et elle trouve le sommeil. Comment en est-il arrivé à cette conclusion ? C’est là tout son génie.

Carte des organes internes, attribué à Hua Tuo. (元門脈訣內照圖 – Yuanmen Maijue Neizhao Tu). Imprimé de la dynastie Qing.

Anatomie des points Jia Ji

Alors qu’il n’est mentionné nulle part dans les textes classiques que Hua Tuo ait découvert les points Jia Ji dans le dos (du moins pas à ma connaissance), on voit que son nom est associé à ces points. Ne soyons donc pas plus taoïste que le Tao et reconnaissons-lui la paternité de ces points. Pourquoi ? Parce qu’en tant que chirurgien, il a probablement pu remarquer qu’entre chaque vertèbre il y a une sortie nerveuse et que ces nerfs sont parfaitement rangés dans les espaces entre les apophyses latérales. Par conséquent si on appuie dessus ou que l’on pique ces points, on agit directement sur le système nerveux autonome.

Les caractères sont toujours intéressants pour comprendre le sens de leur action ou de leur utilisation.

  • 夹 (jia) : pincer, presser des deux côtés, mettre au milieu de, entremêler
  • 脊 (ji) : épine dorsale, colonne vertébrale, vertèbre

Ce qui revient à dire « presser des deux côtés entre les vertèbres ». Mais aujourd’hui, ces points sont aussi étudiés du point de vue anatomique et là tout prend sens. Le système nerveux qui se trouve là est pour une grande partie constitué de nerf splanchnique. Le nom grec splankhnon signifie « viscères », donc reliés aux viscères de l’abdomen et du pelvis. Leur action est concomitante avec la circulation splanchnique, c’est-à-dire du sang des viscères, notamment pour créer un afflux sanguin lors de la digestion.

Ainsi, tout s’explique sur la relation entre ces points et les nerfs, et par extension avec les organes. C’est la raison pour laquelle lorsqu’on prend n’importe quelle ligne horizontale du dos, on travaille sur un organe particulier. Cette ligne comporte un point du Vaisseau Gouverneur, puis un Hua Tuo Jiaji, un point de la ligne 1 de Vessie, puis de la ligne 2 de Vessie, et il existe souvent au-delà un point hors méridien qui vient renforcer le travail sur un organe.

Localisation

Les points Hua Tuo Jiaji sont au nombre de 17 de chaque côté, mais les médecins orientaux modernes ont étendu cette dénomination à tous les points situés à 0,5 pouce de la ligne du Vaisseau Gouverneur (bien que certaines sources les places à 1 voire à 1,5 pouces), depuis les cervicales jusqu’aux vertèbres sacrés, car ils possèdent tous une sortie du système nerveux autonome qui va donc agir sur un organe ou un autre. Cela donne donc 28 points de chaque côté, 56 au total. Mais pour être tout à fait honnête, il est difficile de presser correctement sur les 3 premiers tout en haut des cervicales et généralement on utilise les 4 suivants.

Vous pensez ne pas les connaître ? Et pourtant, vous les utilisez déjà. Dans le kata de Namikoshi on traite ceux qui se trouvent le long des cervicales. Ceux qui sont situés sur le sacrum sont en fait déjà sur la ligne 1 de la Vessie, ce sont les trous sacrés et tout le monde les utilise lorsqu’on suit le méridien Vessie.

Cette famille de points nous amène à considérer d’un œil favorable l’étude du système nerveux pour mieux comprendre sur quoi on agit. C’est ce que je vous propose de découvrir dans un prochain article…


Auteur : Ivan BEL

Qui sont les fondateurs de la médecine orientale ?

Qui sont les fondateurs de la médecine orientale ?

Reading Time: 10 minutes

Qu’elle vienne d’Inde, de Chine ou d’ailleurs, la médecine orientale au sens large est le fruit de milliers d’années d’observation, de travail, de tests empiriques et de révélations intérieures. Venant du fin fond de l’histoire de l’humanité, ce que nous en connaissons aujourd’hui est le fruit de l’étude de milliers d’hommes et de femmes qui se sont penchés sur le sujet. Mais que savons-nous d’eux ? Qui étaient-ils ? Comment l’élaboration de cette médecine a-t-elle pu se faire ? Nous n’avons presque aucun indice, aucune certitude, aucune trace historique à part quelques traités récents d’à peine un millénaire alors que l’on sait que les racines en ont 3 à 5000 selon les dires des uns ou des autres. Je n’ai pas plus d’informations que d’autres à ce sujet, mais des intuitions issues de l’histoire, de la méditation, de mes voyages en Asie. Voici comment j’imagine le cours de cette histoire. Je vous emmène loin en arrière…


Contemplation

Tout commence il y a très, très longtemps. Que ce soit en Asie ou ailleurs, des hommes et des femmes furent attirés par le besoin de solitude, de se retirer de la société des Hommes. Peut-être cherchaient-ils à fuir une justice insupportable, à trouver un Dieu, à comprendre qui ils étaient, ou simplement à découvrir de nouveaux territoires. Parfois ce dut être un peu tout ça à la fois. Toujours est-il qu’ils prirent un balluchon et des sandales, éventuellement une lame et un bâton et prirent les chemins, puis les sentiers et enfin s’égarèrent volontairement à l’aventure. Face à une nature mille fois plus présente qu’aujourd’hui, il devait être relativement facile de se retrouver face à l’immensité. Immensité des forêts et des plaines, immensité des déserts et des montagnes, autant de lieux où se perdre corps et âme. Celui qui a déjà marché seul en montagne ou ailleurs comprendra ce sentiment d’écrasement, de domination de la nature, mais aussi de griserie, de liberté, de défi et d’absolu face à la nature. Pour avancer, il faut du courage. Pour continuer à avancer, il faut une volonté terrible qu’il faut aller chercher en soi. Pour cela il faut se creuser, lutter contre ses atavismes, se dépasser et finalement s’abandonner. Marcher n’est pas qu’une action mécanique. Marcher est un cheminement intérieur.

Et dans cette lutte intérieure, dans cet effort continu, la nature vient toujours comme une récompense, une image dont la seule vue est un baume qui touche le cœur, apaise le mental et chante à l’âme. La nature partout, immense, incontournable, ne peut que s’admirer, se contempler. Alors, prit par un étourdissement particulier le marcheur s’arrête, s’installe et contemple. Peut-être choisit-il le plus pratique, une grotte par exemple, ou bien construit-il une cabane, mais il s’installe là où son cœur le mène. Et tous les jours il peut admirer le spectacle de la nature toujours renouvelé, toujours changeant et toujours en équilibre. La contemplation l’amène loin, hors de lui, le remplit de l’écrasante beauté de la nature. Ainsi est née la méditation.

Observation

À force de contempler, l’homme ou la femme ermite fait des observations. Il repère les espaces, les mouvements qui se répètent, les moindres changements. Il en déduit des cycles, il en comprend les rythmes. Immergé nuit et jour dans la nature, la contemplation l’a amené loin de lui, mais l’observation le rapproche de son environnement. Printemps, été, la sève, la croissance, les fleurs, les fruits. Il est tenté de goûter, de découvrir, de tester. Il découvre les goûts, les saveurs, mais aussi les poisons. Combien de ces Hommes sont morts seuls, intoxiqués par une plante… C’est Shen Nong qui, selon la légende chinoise, goûte chaque plante pour en connaître ses propriétés. Automne, hiver, retrait de la sève, chute des feuilles, où trouver à manger ? Sous terre dans les racines par exemple. On distingue les parties de la plante, ses saisons, on mémorise ses effets. Ainsi né la première des médecines : la phytothérapie.

Et si on ne trouve pas ? L’observation des animaux permet d’apprendre beaucoup. Comment ils se déplacent, comment ils cherchent la nourriture et où, comment ils chassent, comment ils s’aiment, leurs forces, leurs faiblesses aussi, mais surtout leurs stratégies d’adaptation. Observer c’est ouvrir le livre infini de la nature, c’est le premier pas vers le savoir. On imite également. Le tigre, le serpent, le singe, la tortue et bien d’autres. Que se passe-t-il si on imite leur marche, leur attaque, leur décontraction, leur naturel, leurs capacités à agir dans leur environnement. Maladroitement on peut imaginer ces ermites tenter l’ébauche de mouvements, juste pour voir ce que ça fait de s’identifier par le corps à un animal. Ainsi né le chamanisme, les danses sacrées, les premiers rituels ainsi que les premières gymnastiques et arts martiaux.

Sensation

Si la contemplation les a emportés loin d’eux dans une espèce de communion avec l’absolu de la nature, et que l’observation les a rapprochés de leur environnement immédiat et leur a permis de distinguer de nombreuses formes et principes, les sensations vont les ramener à leurs corps.

À vivre dans la nature sauvage, on en découvre aussi les exigences et les dangers. Tout d’abord, il faut manger. Pas toujours bien, mais au moins toujours un peu. Parfois il n’y a rien et c’est le jeûne avec ses effets étonnants alors qu’on pense devoir mourir sans nourriture. On apprend l’importance des nourritures. L’air tout d’abord, l’eau ensuite, la nourriture solide enfin. Tout cela provoque des sensations intérieures qu’on écoute, qu’on observe. Mais il y a aussi les dangers du climat, des pluies qui inondent, de la sécheresse et bien sûr des animaux et des insectes. Loin de ses pensées, l’esprit est clair, les sens s’affûtent comme des lames d’un genre nouveau. Un mouvement dans les feuilles, un craquement au sol, la pression de l’air sur la peau, une ride à la surface de l’eau, tout est signe, tout est important. Parfois connaître ces signes fait la différence entre la vie et la mort. Il faut être calme et affûté. La vue s’améliore même la nuit, le goût détecte immédiatement un poison, la peau ressent la moindre texture ou la moindre pression, l’ouïe s’affine, tout devient plus vif, plus présent. Sans pensée, le sixième sens surgit. Mais d’où vient-il ? Que ressent-il ? Comment devient-on conscient à l’avance d’un danger ou d’un voyageur égaré qui passerait par hasard dans le même coin, dans la même vallée, sur la même rivière ?

Si la nature impose des sensations extérieures, le corps en impose d’autres, plus intérieures et non moins intéressantes. La respiration, la digestion, le bruissement du sang dans les artères, le battement du cœur, la transpiration, la défécation, etc. Toutes ces sensations amènent à observer les choses aussi de l’intérieur. Mais comment faire pour voir ce qui est caché en soi ? On se rappelle alors de cette étrange méthode que la contemplation de l’immensité les a amenés à découvrir pour se perdre en elle : la méditation. Mais cette fois-ci c’est pour se perdre en soi. Et surprise ! L’univers intérieur est aussi vaste que celui qui se trouve en dehors. Y aurait-il une relation ? Comment un corps minuscule peut-il être aussi vaste que la nature, que le Ciel, que les étoiles ? Quels sont les effets des saisons sur l’intérieur de mon corps ? Quels sont les effets des plantes ? De la respiration ? Si dedans est un reflet de dehors, quels sont ses mouvements, ses cycles, ses rythmes ? Comment s’organisent-ils ? Et puis-je intervenir et les gouverner ?

Expérimentation

Immobile ou en mouvement, l’ermite est un explorateur du macrocosme et du microcosme. Il n’a pas voulu découvrir tout cela, mais la nature l’a poussé à contempler, son environnement l’a poussé à observer et son corps l’a poussé à ressentir. Maintenant il se questionne, il s’explore, il cherche à comprendre. Il fait des explorations immobiles qui l’amènent loin. Il fait des questionnements qui le poussent loin également. Il fait des expériences qui le passionnent. Son objet d’étude ? Lui. Mais lui dans toutes ses dimensions : le corps, l’esprit, le mental, l’âme, le mouvement qui l’anime, tout est passionnant. Tout devient enquête, tout devient quête.

Que se passe-t-il si on suit son souffle à l’intérieur ? Comme se déroule-t-il ? Et si on le force ? Et si on l’arrête ? Et si on l’inverse ? Quelle est cette sensation de picotement de la peau qui survient et qui donne chaud ? Par où cela passe-t-il ? Si on respire en bougeant ou en faisant des mouvements particuliers, est-ce qu’on améliore cette sensation de chaleur, de picotement ? Devient-on plus souple, plus fort, plus affûté, plus tranquille, plus rapide ? Comment appeler cette sensation de mouvement et de puissance issue de la nature, de la nourriture et de la respiration ? Quels sont les liens, les rapports, les coïncidences ?

L’ermite se fait scientifique, trouve le Prâna, le Qi, le Souffle. Il le vit, le ressent, l’utilise de mieux en mieux et en déduit des lois, des règles, toutes issues de l’expérience directe et non de la mentalisation, toutes issues de son rapport à la nature et non de son imaginaire.

Transmission

Avec les années, la sagesse gagne l’ermite. Il cherche sans cesse, mais se demande parfois s’il ne faut pas tester ce qu’il a découvert dans d’autres environnements. Alors, il est tenté de repartir. Parfois un voyageur qui passe devient son disciple. Parfois il souhaite rester seul dans l’abîme sublime de sa relation à l’Unité. Parfois il retourne vers la société des Hommes. Avec ses cheveux hirsutes, ses habits en guenilles, ses airs bourrus, on l’appelle vagabond, on le traite de crasseux, de mendiant, de pouilleux. Qu’importe ! Ils sont riches de trésors que seules quelques personnes sauront voir en eux. Ils parlent de santé, de vigueur, de lois de la nature qui marquent le corps, lui dictent son comportement, son alimentation, son entretien. Parfois les gens écoutent, parfois les gens se moquent. Qu’importe ! Ils meurent sans oreille pour les écouter, beaucoup sont morts avant lui dans la nature implacable. Que de trésors avons-nous perdu ainsi.

Mais petit à petit ces chercheurs se rencontrent, se comprennent. Certains s’organisent, se réunissent et se désignent entre eux. Ils seront ermites ensemble, moines ensemble, s’appelleront Taoïstes, Brahmanes, Böns et bien d’autres noms encore. Les élèves viennent finalement, enregistrent ce que disent leurs maîtres, partent à leur tour sur la Voie de l’absolu de la nature sur les traces de leurs aînés. Toutefois, ils ne partent plus par hasard. Ils cherchent. Génération après génération les traditions orales se font écrites, les nouvelles découvertes s’ajoutent aux anciennes, les étudiants mettent en pratique et notent les effets, les réactions des gens qui leur demande de l’aide, de les soigner, de ne plus souffrir. La médecine de la nature trouve ses praticiens, ses théoriciens, ses experts et enfin ses chercheurs. Siècle après siècle, millénaire après millénaire, la transmission au goutte à goutte devient ruisseau, puis rivière, sort de son lit et c’est maintenant un fleuve qui irrigue l’humanité tout entière. Combien d’hommes et de femmes, combien de découvertes et combien d’oublis, combien de pertes et combien de trouvailles, pour en arriver à nous aujourd’hui.

Praticiens de Shiatsu, nous savons que notre art vient du Japon, que cet art vient de l’Anma, qui vient de la médecine Kanpo, qui vient de la médecine chinoise, qui vient de ces anciens qui ont tout quitté et se sont retrouvés noyés, perdus dans la nature pour se retrouver. Ces sont nos aînés, nos ancêtres, ceux qui ont permis que la nature enseigne à travers eux et nous ont offert ces trésors inestimables qui sont entre nos mains à présent. Nous sommes tous, que nous le voulions ou non, les fruits d’une transmission, d’une lignée qui court sur des millénaires. C’est là notre force, nos racines, notre profondeur.

Voilà pourquoi nous nous recueillons ; voilà pour qui nous prions.

Aussi à chaque fois que possible, du fond de notre cœur, inclinons-nous trois fois en direction de l’Est, pour les remercier… et poursuivre leur œuvre.


Auteur : Ivan BEL

Les points « Crevasse »

Les points « Crevasse »

Reading Time: 14 minutes

Lors de l’étude du Shiatsu, les points Xi (ou Geki en Japonais) font partie des grands classiques à apprendre par cœur. Toutefois, le sens profond de ces points échappe souvent aux néophytes. La faute en revient aux diverses traductions que l’on donne à cette famille de points particulièrement efficace.


Les points Xi s’écrivent 隙 (xì). Ce mot désigne « la fissure, la crevasse » mais il n’est pas couramment utilisé en chinois. On lui préférera les mots 裂缝 (lièfèng) ou 罅 (xià) qui ont exactement la même signification. Pourquoi alors utiliser ce terme ? Parce qu’il possède un second sens qui signifie « occasion » ou plutôt « occasion favorable ». Cela révèle le potentiel caché du mot. La crevasse n’est pas uniquement le lieu où l’on tombe, mais aussi l’endroit où s’accumulent les choses (ici l’énergie) pour constituer une réserve qui s’avérera une chance en cas de coup dur. Dans les déserts de notre planète, tout est sec et la vie s’est effacée depuis longtemps. Sauf dans les crevasses (je renvoie les lecteurs de SF au magnifique ouvrage de Frank Herbet « Dune », ils comprendront). Partout où une crevasse subsiste, il y a encore un espoir de vie et parfois des réserves salvatrices en eau.

L’eau s’accumule dans les failles, la vie repart.

Il en va de même pour les points qui font partie de cette famille. Les points Crevasse sont aussi connus sous d’autres noms comme « points hérauts, d’accumulation ou points d’urgence ». Tous ces noms sont tout à fait justifiés, même s’ils ne correspondent pas à la traduction littérale, aux vues des résultats que donnent ces points. En effet, on les utilise en cas de pathologie aiguë, quand le cas est sérieux, d’où le terme « urgence ». Leurs effets sont souvent très efficaces, ils mènent une lutte de premier plan contre les symptômes, d’où le terme de « héraut ». Au moyen-âge, le héraut était un officier en arme qui portait les ordres du Prince et déclarait officiellement la guerre. En Japonais le terme « geki » nous renvoie à cette urgence, puisqu’il a aussi le sens de « aigu ». Il s’oppose et complète donc une autre famille de points, les « Raku » que l’on utilise dans les cas de pathologies chroniques.

Effets et utilisations

En énergétique des méridiens, on comprendra que les points Xi sont donc des trous, des fissures ou des ouvertures vers les profondeurs. Dans ces points le Qi et le Sang se rassemblent et s’accumulent en un goulot d’étranglement avant de plonger dans le corps. C’est donc le dernier espoir (la bonne occasion) pour effectuer un traitement, d’autant plus efficace que l’on agit à la fois sur le Qi et le Sang. D’ailleurs, ces points ont la particularité d’arrêter les saignements. Plus précisément, les points Xi des méridiens Yin sont réputés pour agir sur le Sang tandis que ceux des méridiens Yang suppriment les douleurs. Ce sont donc des alliés de premier plan dans nombre de traitements Shiatsu.

La pression sur ces points va libérer l’accumulation d’énergie qui va se déverser avec force dans le méridien. C’est la raison pour laquelle les points Xi sont appréciés, car ils lèvent rapidement les obstructions dans les méridiens et calment la douleur liée au méridien ou à l’organe touché. On l’aura compris, ces points s’utilisent essentiellement lors des phases aiguës d’une pathologie, surtout en cas de plénitude.

Une fois le point activé, le Qi se déverse avec force.

On notera également que parmi les effets récurrents de ces points ils calment le Shen, soit l’Esprit. On pourrait s’étonner de cet effet, mais lorsqu’une pathologie est aiguë, la douleur affole l’Esprit. Voilà pourquoi aussi ces points sont précieux : ils enlèvent la douleur tout en calmant le malade.

Localisation des points Crevasse

Tous les méridiens et tous les Vaisseaux merveilleux, à l’exception notable des Vaisseaux Gouverneur (Du Mai) et Conception (Ren Mai), possèdent un point Xi, ce qui porte leur nombre à 16 au total. Ils se situent toujours dans des endroits profonds de l’anatomie. Mais attention ! Il ne faut pas les confondre avec les points Mer (dans le système des 5 Shu antique). Eux aussi sont profonds, mais ils n’ont aucun rapport. Ceci dit la combinaison entre points Mer et Crevasse doit être intéressante, à tester. Autrement, tous les points Xi sont localisés entre les extrémités des membres et le genou ou le coude, à l’exception du 34 Estomac qui est un petit peu au-dessus du genou. Voyons cela en détail.

Il est important de savoir où se trouve les crevasses, nos points d’urgence.

Poumon : Point de collecte (P6 – Kongzui – 孔最)

  • Infos : Le mot Kong désigne l’énergie de l’air en physiologie chinoise. Nous sommes donc bien sur le méridien du Poumon. Il se trouve 7 pouces avant le point Source (P9) dans le pli du poignet. On peut aussi partir de P5 dans le pli du coude et compter 5 pouces.
  • Effets : il régularise le Qi du Poumon, disperse la chaleur, traite les problèmes de Sang en lien avec les poumons.

Gros Intestin : Courant tiède (GI7 – Wenliu – 溫溜)

  • Infos : Si le mot « Wen » se traduit aujourd’hui par « tiède », son sens premier est nourriture liquide (soupe) que l’on porte à un prisonnier. Quant à Liu, c’est l’eau accumulée qui peut à nouveau s’écouler. En d’autres termes, il s’agit d’un point qui va nourrir le Qi du Gros Intestin et faire couler cette énergie. Il est situé à 5 pouces du point GI5 mieux connu sous le nom de « trou de la tabatière », sur le bord radial de la face dorsale de l’avant-bras. Il est aussi connu sous les noms suivants : tête de serpent, écoulement contrarié, extrémité de l’étang, puits profond ou trou extrême.
  • Effets : il disperse la chaleur, restaure l’énergie du méridien et traite des problèmes aigus du Gros Intestin.

Estomac : Arrête de la colline (E34 – Liangqu – 梁丘)

  • Infos : Seul point Xi qui ne se trouve pas entre une extrémité et un genou (ou un coude), son sens est celui d’un pont au-dessus d’une vallée qui divise. Il faut donc chercher une saillie musculaire et non pas un creux comme c’est souvent le cas pour les points. L’un de ses nombreux noms est « colline des grains », ce qui signifie que cet endroit ressort quand l’estomac prospère. Pour le trouver, il faut remonter de 2 pouces à partir de l’angle supero-externe de la rotule.
  • Effets : Il traite l’Estomac en cas d’urgence, diminue les œdèmes, stimule les Luo et régularise le Foie.

Rate-Pancréas : maladie de la terre (RP8 – Diji – 地機)

  • Infos : On se souvient généralement toute sa vie de ce point si l’on a eu la mauvaise idée d’appuyer dessus un lendemain de soirée bien arrosée. Connu aussi sous les noms de « tamis de la terre, demeure de la Rate ou encore Système terrestre, Diji est un point très sensible aux excès alimentaires. Il se trouve sous le bord interne du tibia, à 5 cun sous le pli du genou.
  • Effets : il fortifie la Rate et augmente le Ying Qi, soigne l’utérus, chasse l’Humidité, régule le Sang, retient le Jing (en cas de pollution nocturne) et dissout les kystes ovariens. Mention spéciale pour sa capacité à arrêter les saignements (règles hémorragiques).

Cœur : Xi du Shaoyin (C6 – Yinxi – 陰郄)

  • Infos : Avec ce point, tout est dans le nom. Il s’agit du point Crevasse du Shaoyin (Cœur-Rein), que l’on surnomme également « Vallon du Yin, Fissure du Yin, Palais des Pierres, passe de libre circulation ». Situé à 0,5 pouce du point Shenmen (C7) dans le pli du poignet, son action sur le Cœur est de premier ordre.
  • Effets : Il soutien et apaise le Cœur, tonifie le Yin, calme le Shen et chasse la dépression.

Intestin Grêle : Nourrir la vieillesse (IG6 – Yangliao – 養老)

  • Infos : Ce point a une action très revitalisante sur les tissus qui vieillissent, car il accroît le Yang (d’où son nom). Mais le mot « Liao » qui signifie vieillard, âgé, donne aussi par extension le sens de vénérable, expérimenté, qui en sait long, qui versé dans. Par expérience, il faut prendre le temps de bien écouter et travailler ce point pour qu’il donne tous ses fruits. On le trouve dans le creux du côté radial juste au-dessus de l’apophyse styloïde du poignet.
  • Effets : il disperse la Chaleur, élimine l’Humidité, revitalise les os, les tendons et les muscles, améliore la vue, facilite la circulation du Qi dans le méridien et calme les doleurs de l’Intestin grêle.

Vessie : la porte précieuse (V63 – Jin men – 金門)

  • Infos : Parmi les points Porte (voir l’article à ce sujet), la Porte précieuse est aussi un point Crevasse, ce qui nous donne une idée de son importance. Aussi appelé « Porte d’Or, pont du défilé ou encore Passe en (forme de) pont », il est le point de départ du Yangwei Mai (Vaisseau Yang de liaison). Pour toutes ses raisons, il est l’un des grands points de traitement d’une puissance telle qu’il est réputé être le point le plus efficace contre l’épilepsie et les convulsions, ce qui en fait donc une porte « précieuse » vers la guérison. On le trouve sur le bord externe du pied, dans un creux  sur le bord intérieur de l’os cuboïde (entre V62 et V64).
  • Effets : Il disperse la Chaleur, ouvre les orifices (dans tous les sens du terme) et calme le Shen provoquant un apaisement général, enfin il soulage les crampes.

Rein : Eau de la fontaine (R5 – Shui quan – 水泉)

  • Infos : Littéralement Shui Quan veut dire « eau » et « fontaine ». Mais il faut comprendre différemment ces deux termes comme étant l’eau qui sort (source) du corps (donc l’urine). Ainsi, on comprend qu’il s’agit d’un point pour traiter les troubles urinaires, d’où son autre nom : syndrome urinaire.  En effet, le R5 est réputé pour s’occuper des pertes d’urine goutte à goutte. Pour avoir une telle force, Shui Quan est également en relation avec le Chong Mai et le Ren Mai. Il est situé sur la face interne et médiale du pied, contre l’os du talon, à 1 pouce sous le célèbre point source du Rein (R3) dans le creux du tendon.
  • Effets : Régularise le Chong Mai (Vaisseau Pénétrant) et le Ren Mai (Vaisseau Conception), dégage le Foyer inférieur, renforce le Foie et le Rein, active le Sang et régularise les règles.

Maitre du Cœur : Porte de la crevasse (MC4 – Ximen – 郄門)

  • Infos : Voici encore un point Porte qui est aussi un point Crevasse. Autres noms : Porte fendue ou Porte aiguë. En d’autres termes, il s’agit d’une porte d’accès aux problèmes en phase aiguë ou en cas de saignement (comme tous les points Xi de type Yin). Placé sur la ligne centrale de l’avant-bras (face interne), on le trouve à 5 pouces du pli du poignet.
  • Effets : Calme le Cœur et le Shen, régule le Sang et le Qi, élimine les stases, arrête le saignement, lève les obstructions du méridien et calme la douleur.

Triple Réchauffeur : Réunion des ancêtres (TR7 – Huizong – 會宗)

  • Infos : Dans la culture chinoise, le culte des ancêtres est l’un des points cardinaux de la société classique. C’est pourquoi ce point possède une symbolique très importante et qu’il est surnommé « détour fondamental ou Réunion essentielle ». Légèrement décalé vers le bord externe du bras (côté petit doigt, face externe) par rapport à la ligne du méridien, il faut pour le visiter faire un détour, comme lorsqu’on va au temple des ancêtres. A 3 pouces du pli externe du poignet, il est décalé donc, d’un pouce par rapport au TR6.
  • Effets : il fait circuler le Qi du méridien, aiguise l’ouïe, ouvre les orifices supérieurs du corps.

Vésicule Biliaire : Colline externe (VB36 – Wai qiu – 外丘)

  • Infos : Face à VB35 (à 1 pouce en avant), à 7 pouces de la malléole externe, situé exactement en avant de la fibula et entre cet os et le muscle du tibial antérieur, VB36 n’est pas l’un des points préférés des étudiants en raison de l’angle qu’il forme dans le méridien. Ceci étant dit, il soulage de manière souveraine les atteintes à la Vésicule Biliaire.
  • Effets : Il fait circuler le Qi dans le méridien, vivifie les Luo et calme le Shen.

Foie : Capitale centrale (F6 – Zhong du – 中都)

  • Infos : Zhongdu est le nom de la capitale de la dynastie des Jin (1115-1234). Mais ce point n’est pas une référence à l’histoire chinoise. Son nom indique l’importance de son rôle, car la capitale a toujours été le centre du pouvoir pour la Chine et le milieu, le centre, représente la place de l’Homme entre Ciel et Terre, ainsi que le centre du monde connu. Ce n’est pas pour rien que la Chine se dit Zhong guo (le pays ou l’empire du Milieu). Ici il faut comprendre que ce « Centre florissant » sert à « établir la connexion entre le haut et le bas ». Sa localisation est le reflet de VB36, puisqu’il est lui aussi à 7 pouces au-dessus de la malléole (interne cette fois), sur le bord de l’os du tibia.
  • Effets : Il régule le Foie et libère ses stagnations, fait donc circuler le Qi, vivifie et nourrit le Sang, arrête les saignements, calme les douleurs.

Vaisseau Yang du Talon : V59 Yang de la cheville (Fu yan – 跗陽)

  • Infos : Nous voilà à présent sur les points Crevasse des Vaisseaux merveilleux. Ce point est aussi traduit par « Yang de l’os du pied », mais le mot « Fu » désigne en fait la cheville, ou plutôt le « cou de pied » et Yang désigne l’énergie qui est au-dessus. Par conséquent, on comprend qu’il se trouve anatomiquement au-dessus de la cheville, à 3 pouces au-dessus de V60, le point qui se trouve dans le creux du tendon d’Achille, côté externe.
  • Effets : soulage les tendons, favorise les articulations, disperse la chaleur de la tête, clarifie les Luo, traite les paralysies.

Vaisseau Yin du Talon : R8 Remettre la lettre (Jiao xin – 交信)

  • Infos : L’autre nom de ce point est « Croiser le messager ». Il est donc le messager du Rein, chargé de soutenir le tonus musculaire de la face interne des muscles. Situé sur la face interne de la jambe, à 2 pouces au-dessus du point Source (R3) dans le creux du tendon d’Achille, et un peu en avant de R7 (dont le rôle est d’envoyer le Qi du Rein vers le haut du corps). Jiao Xin est donc un point qui va remettre de l’énergie Yin là où il faut.
  • Effets : Nourrit et régularise le Foie et le Rein, enrichit la matrice féminine, rafraîchit la Chaleur et l’Humidité, régule la couche du Sang et donc soutien les règles.

Vaisseau Yang de Liaison : VB35 Jonction Yang (Yang jiao – 陽交)

  • Infos : Ce point possède de nombreux surnoms comme « creux osseux de la jambe, méridien Yang distinct ou porte latérale ». Situé 1 pouce en avant de VB36 (qui est aussi un point Xi), on notera l’importance de cette zone de la jambe dans les soins d’urgence. Ce point réunit à la fois le Yangwei Mai et le méridien de la VB, d’où sa fonction de « jonction du Yang ». On le localise à 7 cun au-dessus de la malléole externe.
  • Effets : Il fait circuler l’énergie des méridiens Yang, vivifie les Luo, calme le Shen, soulage les douleurs et apporte un apaisement général.

Vaisseau Yin de Liaison : R9 Construit pour l’hôte (Zhu bin – 築賓)

  • Infos : À 5 pouces au-dessus de R3 (et à seulement  3 pouces de R8 le point Xi du Yinqiao Mai), son nom indique un « homme qui construit des murs en pisé », combiné à « cadeau que l’on fait à un invité ». Ce point est donc un abri, une maison, spécialement construite pour les invités. Mais un autre sens indique « se soumettre à… ». Il faut donc comprendre que le point est un véritable cadeau qui soumet la douleur et soutien le visiteur (nous-mêmes).
  • Effets : Tonifie et régularise Foie et Rein, élimine Chaleur et Humidité, clarifie le Cœur et calme le Shen.

Bonne pratique !


Auteur Ivan Bel 


Sources :

  • Atlas d’acupuncture : 2009, Claudia Focks & Sylviane Burner, éditions Elsevier Masson
  • L’esprit des points : 2010, Philippe Laurent, éditions YouFeng.
  • Atlas d’acupuncture pratique et aide-mémoire du rpaticien : 2018, Alain Dubois, Guy Trédaniel éditeur
Livre : « Cinquième saison » d’Hélène Korn

Livre : « Cinquième saison » d’Hélène Korn

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Alors que les fêtes de fin d’année approchent à grands pas, un livre vient de sortir discrètement, sans faire de bruit, concernant le Shiatsu. Et pourtant, ce livre mérite qu’on s’y arrête et qu’on le découvre. Il s’agit de « Cinquième saison » (les spécialistes apprécieront le titre) d’Hélène Korn, praticienne de longue date en Shiatsu.

J’ai la chance d’avoir croisé plusieurs fois Hélène Korn à Paris, notamment lors d’assemblée générale pour discuter, décider, trancher et faire plein des projets. C’est une femme dynamique, pleine d’entrain, tout à fait capable de structurer, planifier, affirmer son point de vue. Aussi, quelle ne fut pas ma surprise quand j’ai reçu son livre « Cinquième saison » de découvrir un tout autre pan de sa personnalité. Le livre traite bien du Shiatsu et son sous-titre ne laisse pas planer de doute là-dessus puisqu’on peut lire : « Sous le ciel immense du Shiatsu ». Mais la première chose qui frappe est la douceur des textes et leur profondeur.

Imaginez-vous en train de recevoir un Shiatsu de la part d’une femme pleine d’amour, de compréhension et de patience. Ce livre fait exactement le même effet. Les mots sont simples et pourtant ils laissent une trace qui ne s’efface pas tout de suite, mais dure dans l’esprit comme de légères pressions. On se laisse emporter par des chapitres très différents en taille et en style, passant de la poésie au témoignage, de la réflexion à la méditation, c’est un voyage intérieur que nous propose Hélène Korn dans son livre. Et pour un premier livre, on peut dire que c’est une agréable surprise.

De quoi parle « Cinquième saison » ?

C’est la question que je me suis posée pendant les 5 premiers chapitres. Ensuite, on oublie pourquoi on est en train de le lire, on se laisse promener par ses mots sans prétention, comme une barque qui se laisse dériver paresseusement sur un fleuve majestueux. Ce livre parle de Shiatsu, mais du point de vue de l’humain, pas de la technique. Les livres techniques foisonnent, avec moult photos et descriptions, livres sans réelles réflexions qui finalement ne peuvent être que des supports de choses déjà vues. Ici c’est très différent. L’auteure parle des joies et des souffrances, des rencontres et des moments de solitude. Elle partage aussi des réflexions importantes sur le rôle du praticien, l’attente du patient, tout cela avec une douceur qui n’est pas sans donner un léger spleen, mais sans mélancolie… c’est assez intraduisible avec des mots, cela se ressent. Pourtant, ce n’est pas un roman ; plutôt une introspection poétique. À lire ce livre, on ne sait pas où on va, mais ce n’est pas important. L’important c’est le chemin.

Vous allez me dire que vous n’êtes guère plus avancé et ne savez pas si vous allez lire cet ouvrage, mais il faut bien avouer qu’il s’agit d’un ovni dans la littérature de notre art. Et cela fait du bien. Du bien par la douceur, j’insiste, mais c’est vraiment vrai. Du bien par la profondeur des réflexions. Du bien, car vous êtes guidé part une main aimante qui vous montre « Tiens, là, tu vois, il y a ça et ça. Qu’en penses-tu ? ». C’est donc en soi une prouesse narrative et la démonstration d’esprit d’une personne qui mérite d’être mieux connue. De plus, ce livre est également un événement marquant dans notre univers Shiatsu, car il est le premier des Éditions de l’Union, une toute nouvelle maison d’édition entièrement dédiée à notre art. J’y reviendrais plus tard pour vous la présenter.

J’ai lu des dizaines de livres de Shiatsu, ma bibliothèque comporte plus de 200 ouvrages au moins sur le Shiatsu, la médecine orientale, les thérapies manuelles, mais jamais je n’avais croisé cela. Ma curiosité l’emportant, j’ai fini par poser quelques questions à Hélène elle-même.


Ivan Bel : Bonjour Hélène. Comment t’es venu cette idée de livre pour le Shiatsu ? Combien de temps as-tu passé dessus ? Comment s’est passé le processus d’écriture ?

Hélène Korn : Ce livre s’est présenté tout seul, ou presque : j’avais commencé à en écrire un autre, totalement différent, et en écrivant, quelques textes ont émergé. Je les ai fait lire à un ami, puis à Bernard Bouheret et à Jean-Marc Weill, qui m’ont encouragée à continuer sur cette voie.

Le processus d’écriture a parfois été très simple, certains textes sont venus facilement et rapidement, en quelques minutes ou en quelques heures. D’autres m’ont pris plus de temps, parfois des mois. Il m’est arrivé de chercher un mot, de ne pas trouver un enchaînement, ou d’écrire beaucoup puis d’en effacer la moitié, voire de ne rien garder du tout.

Habituellement on trouve des livres techniques, mais là c’est complètement différent, sans être un roman non plus. Comment définirais-tu ce livre ?

Je ne sais pas. Ce livre est fait de réflexions et de digressions sur le shiatsu, sérieuses, poétiques… Je crois en fait que je le définirais comme un espace de liberté.

Les réflexions sont nombreuses. Tu traites surtout de ton ressenti et de ta vision des choses. Que cherches-tu à partager avec le lecteur ?

Partager des émotions, des sensations, des questionnements, une façon de penser notre pratique, notre positionnement en tant que praticiens. Ce qui me touche et la façon dont je le dis peut – ou pas – parler à n’importe quel autre être humain, puisque malgré toutes nos différences, notre nature originelle est la même.

Tu passes d’un style à l’autre, de la description à la réflexion en passant parfois par la poésie. C’est très divers. Pourquoi ce choix ?

Ma réponse va peut-être être décevante, mais ça a moins été un choix que simplement la façon dont les pensées se sont présentées. J’avais aussi au départ rédigé certaines réflexions de façon un peu didactique, et ça ne passait pas, mais alors pas du tout. J’ai dû trouver d’autres façons d’exprimer ce que je voulais dire, quand j’ai pu le faire ; quelques textes sont ainsi passés aux oubliettes.

Ce que j’ai aimé c’est la douceur avec laquelle tu écris tout ça. Parfois les mots sont durs, mais uniquement pour poser un constat, dire un fait. Je pense notamment au passage sur l’ampuku. C’est violent, triste et en même temps tu parles en quelques mots de la réalité de la vie et du praticien témoin de tout ça. Tu parles d’ailleurs du praticien, mais aussi de l’étudiant, des premiers pas comme des années qui passent. C’est un témoignage ?

Je ne l’avais pas vu comme ça, mais d’une certaine façon certainement, en tout cas pour les choses que j’ai vues, vécues ou entendues. J’espère que ça n’est pas que ça, et que ce qui est dit emmène le lecteur au-delà de ma petite personne.

Tu démarres tous tes chapitres par des citations d’auteurs connus. C’est une manière de te relier à la littérature, de donner le ton de tes chapitres ou de témoigner un certain amour des livres ?

Ce sont des citations que j’ai notées au cours de mes lectures, et qui m’ont inspirée, dans la vie, dans mes pratiques. Et qui ont d’une façon ou d’une autre un lien avec le texte qu’elles accompagnent.

Oui j’aime beaucoup lire. Je trouve dans les livres – comme dans les rêves – une extension de la vie, d’autres façons de voir, de dire, de sublimer l’existence. D’apprendre aussi.

On sent tout au long de l’ouvrage, une envie de ramener les praticiens à un niveau plus sensible, plus humble.

Je ne veux ramener personne nulle part ; chacun fait ce qu’il a à faire, selon des causes et des conditions qui lui sont propres.

Cela dit, je crois qu’en tant que praticiens nous avons des responsabilités qui en effet nous obligent à l’humilité : aucune pratique, aucune médecine, aucune personne n’a le pouvoir de tout soigner. Nous pouvons aussi nous tromper, ne pas trouver la bonne solution, ne pas comprendre une situation, etc. Une autre chose qui me semble extrêmement importante est qu’à chaque shiatsu nous entrons dans l’intimité du receveur qui nous fait confiance ; nous devons rester extrêmement vigilants à certaines limites que nous n’avons pas le droit de franchir. Notre receveur doit repartir plus léger qu’il n’est arrivé, et non pas lesté de nos propres projections. Quelles que soient nos qualités, nous ne sommes qu’un vecteur.

Penses-tu qu’aujourd’hui en Shiatsu on ait perdu quelque chose chemin faisant ?

On perd toujours quelque chose en chemin ! Notre innocence, certains rêves, des espoirs, de la sueur… et souvent, paradoxalement, ce à quoi on s’accroche par peur de perdre.

Après la lecture de ton ouvrage, j’ai eu la drôle de sensation d’avoir reçu un Shiatsu mental, car les effets des mots que tu as choisis continuent après la lecture. Comment fais-tu cela ? 🙂

Je ne sais pas quoi répondre…

Je voulais te féliciter au passage d’être la première auteure de la toute nouvelle maison d’édition de l’Union, qui sera entièrement dédiée à notre art et pour ce premier livre qui j’espère en appellera d’autres.

Merci ! Je suis très heureuse d’avoir été éditée par les Éditions de l’Union, avec qui ça a été un plaisir de travailler. J’espère aussi qu’il y aura beaucoup d’autres ouvrages sur le shiatsu à éditer – et pour nous à lire !

Nous faisons un métier magnifique : rares sont les pratiques pour lesquelles on parle de donneur et de receveur, rares aussi celles grâce auxquelles on peut accompagner tous les âges, n’importe où et à tout moment (ou presque), avec rien, sinon notre présence et nos deux mains, et où quelqu’un arrive à la peine et repart – normalement – avec le sourire.
Après toutes ces années de pratique mon étonnement reste intact et toujours renouvelé par la joie et le soulagement qu’il apporte. Un métier magnifique !

Mille mercis pour ce témoignage et bon vent à ton livre.

Merci !


« Cinquième saison : sous le ciel immense du Shiatsu« , Hélène Korn, 2020, Éditions de l’Union.

Prix : 15€ + frais d’envoi.

Commande auprès de l’éditeur : en suivant le lien ici

Réflexions sur le Shiatsu de Tenpeki Tamaï

Réflexions sur le Shiatsu de Tenpeki Tamaï

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De façon simpliste, nous pouvons diviser l’histoire du shiatsu en quelques chapitres et les nommer en corrélation avec les principaux événements historiques. Bien que nous puissions trouver des traces anciennes du Shiatsu dans les formes naissantes du travail corporel japonais, le premier chapitre de l’histoire du Shiatsu est en fait le période d’avant-guerre. C’est à cette époque que le Shiatsu apparaît comme nom désignant une nouvelle thérapie et il culmine en 1939 avec la publication de « Shiatsu Ho », écrit par Tamai Tenpeki. Le chapitre suivant de l’histoire du Shiatsu, le chapitre d’après-guerre, est complètement dominé par Tokujiro Namikoshi. Avec ses réalisations impressionnantes, telles que le traitement des riches et de la clientèle célèbre, la fondation d’une clinique et d’un institut et l’obtention d’une reconnaissance officielle, il n’est pas surprenant que ce chapitre éclipse celui de l’avant-guerre.

Cependant, le chapitre d’avant-guerre est essentiel pour comprendre l’histoire du shiatsu. Je pense que la communauté mondiale du shiatsu n’est pas assez consciente de l’importance des développements de ce chapitre. Première chose à savoir, et sans doute la plus importante : rien de ce qui concerne la période d’avant-guerre n’a filtré hors du Japon.
Tokujiro Namikoshi était conscient de l’importance de la diffusion du shiatsu à l’étranger. Il envoya des maîtres aux Etats-Unis et donna lui-même des cours aux Etats-Unis. Shizuto Masunaga a également donné des cours en dehors du Japon, tant aux États-Unis qu’en Europe. Namikoshi et Masunaga ont tous deux laissé derrière eux des institutions qui ont fidèlement perpétué leur héritage.

Par rapport à Namikoshi et Masunaga, Tamai Tenpeki n’a pas fondé d’école officielle, n’a pas obtenu la reconnaissance officielle, n’a pas voyagé à l’étranger pour enseigner le shiatsu. Mais il a été le premier à écrire un livre qui a fait date dans le domaine du shiatsu. Son héritage est condensé dans son livre « Shiatsu Ho ». Étant donné la diffusion mondiale du shiatsu aujourd’hui, il est vraiment incroyable que le livre de Tenpeki n’ait JAMAIS été traduit en anglais ou dans une autre langue en dehors du japonais. Le livre a été réédité plusieurs fois, mais si vous ne lisez pas le japonais ancien, vous ne saurez peut-être jamais ce qu’était le shiatsu à l’époque de sa création.

« Stephen Brown est né et a grandi au Japon. Il a obtenu son diplôme du Collège central d’acupuncture du Japon à Tokyo en 1983. Après avoir obtenu sa licence de praticien en shiatsu, puis d’acupuncteur, il a étudié le Zen shiatsu à la clinique Masunaga Shizuto de Tokyo. En 1984, il se rend à Pékin, en Chine, pour suivre le cours de formation internationale avancée en acupuncture à l’Académie de médecine traditionnelle chinoise. De retour à Tokyo, il poursuit ses études auprès de professeurs renommés, dont le médecin Manaka Yoshio et Serizawa Katsusuke. Il s’installe à Seattle en 1986 et ouvre son cabinet et commence à enseigner le shiatsu et l’acupuncture au Northwest Institute of Acupuncture and Oriental Medicine. Plus tard, il a enseigné à l’Institut de médecine d’Asie de l’Est de Seattle de 1997 à 2019. Étant de langue maternelle japonaise, il a traduit de nombreux textes sur la médecine orientale et a servi d’interprète dans des séminaires de médecine traditionnelle japonaise. Il a notamment traduit le texte de Shudo Denmei et promeut la thérapie des méridiens de style Shudo ». in NAJOM, volume 27, numéro 79, publié en juillet 2020.

Stephen Brown a accepté le défi de traduire « Shiatsu Ho » en anglais il y a près d’un an. Après avoir jeté un coup d’œil à la dernière édition du livre, il a décidé que près de la moitié du contenu du livre est assez daté et qu’il ne vaut pas la peine de travailler aussi dur pour la traduction en anglais : « Ce serait toute une entreprise que de traduire ce classique du shiatsu. Au début, j’ai envisagé d’écrire un article sur le texte de Tamai pour NAJOM. Mais en y regardant de plus près, j’ai découvert que près de la moitié de ce texte porte sur la médecine occidentale. Il décrit de manière très détaillée l’anatomie, la physiologie et la pathologie occidentales du début du XXe siècle. Bien sûr, une partie de ce texte est dépassée et les lecteurs occidentaux ne recherchent pas de telles informations dans un texte de shiatsu. L’orientation médicale occidentale de Tamai a du sens dans le contexte du Japon des débuts de la modernité qui tente de se légitimer auprès du reste du monde et de rattraper son retard par rapport à la science et à la technologie occidentales. Le public de l’époque aurait été impressionné par la perspective moderne de Tamai appliquée à son approche unique du travail corporel.

Je crois que la vraie valeur du texte de Tamai pour les lecteurs modernes réside dans les parties qui expliquent ses techniques et sa perspective unique du corps humain et du travail de guérison. Je vais donc sauter les sections concernant la médecine occidentale et ne traduire que les parties qui se rapportent spécifiquement au shiatsu et qui partagent mon point de vue à côté de celui-ci ». Stephen Brown in NAJOM, Volume 27, Numéro 79, publié en juillet 2020

J’ai pris la liberté de poster quelques citations des premiers paragraphes traduits pour la première fois en anglais par Stephen Brown. Mon but est de sensibiliser les gens à l’importance du travail que Stephen Brown accomplit ces jours-ci. C’est notre chance d’avoir un aperçu de ce qu’était le shiatsu dans la vision de son fondateur. C’est pourquoi je vous encourage tous à soutenir le travail de Stephen Brown en achetant un article de NAJOM au format PDF. Le prix actuel est de 1 $ par article PDF, c’est un vol total pour la valeur que vous obtenez. C’est très simple : il suffit d’écrire un courriel à [email protected] et de demander les deux articles en PDF. Vous recevrez les articles PDF par e-mail et un autre e-mail avec les instructions de paiement PayPal. Merci !

Petit supplément : l’année dernière, Billy Ristuccia a fourni une première traduction très impressionnante de la table des matières de Shiatsu Ho : https://www.facebook.com/groups/573604910049342/permalink/579630229446810