Le livre Ampuku de Philippe Vandenabeele est un must have dans sa bibliothèque. Il ravira les historiens, ceux qui cherchent à comprendre les techniques originelles du Shiatsu, les amateurs d’images anciennes et les explorateurs en tout genre. Mais ce livre marque un tournant important pour le Shiatsu occidental : le début de la traduction des livres de référence du Shiatsu japonais.

Il faut savoir que lorsque je fais une critique de livre c’est que je l’ai lu en entier dans le moindre détail. C’est la raison pour laquelle j’écris à ce sujet bien après la parution. Philippe Vandenabeele (lire son interview ici) m’a fait l’amitié de m’envoyer un exemplaire il y a longtemps, mais je n’ai pu le lire que récemment. Et je dois admettre que le plaisir de lire « Ampuku » est à la hauteur de l’attente.

Petit rappel historique

Le Shiatsu n’est pas une création ex nihilo. Il vient du Anma qui était divisé en deux branches : la version classique et médicale appelée Koho Anma et la version populaire réalisée par les aveugles. Avec les siècles le Koho Anma a quasiment disparu, notamment à cause de l’influence de la médecine occidentale. Heureusement, certains praticiens de talent ont voulu faire revivre cette magnifique technique. Au début ils l’ont appelé Happaku ho (technique d’acupression), comme ce fut le cas lorsque Tokujiro Namikoshi ouvrit sa 1re clinique en Hokkaido. Le terme Shiatsu est arrivé plus tard. Au niveau littérature, en faisant très simple, il y a eu trois livres majeurs qu’on désigne habituellement comme étant ceux qui ont fondé le Shiatsu :

  1. Anma Tebiki, écrit en 1799 et publié en 1835, par Fujibayashi Ryohaku
  2. Anpuku Zukai, publié en 1827 (donc le 1er à sortir), par Ota Shinsai
  3. Shiatsu Ryoho, publié en 1939, par Tamai Tenpeki, le livre fondateur du terme Shiatsu

Dans l’ouvrage de Philippe Vandenabeele, ce sont les deux premiers livres qui sont non seulement présentés, mais analysé et Anpuku Zukai est entièrement traduit, page par page. C’est donc un travail de titan (et de fourmi) que ce livre nous propose, car il en faut de la patience pour traduire les tournures de phrases et de pensée du japonais ancien. Mais quel résultat. Tout d’abord, j’ai aimé la mise en page intelligente du livre puis j’ai été capté dès la première page par le récit historique des arts thérapeutiques manuels au Japon dans lequel je n’ai pas trouvé d’erreur, ce qui est hélas trop souvent le cas dans la plupart des livres que je consulte. Rien que pour cela, je vous recommande cet ouvrage.

Image de l’original d’Anpuku Zukai

Structure du livre

Le livre est construit de la manière suivante :

  • Une introduction historique, présentation des classiques littéraires sur le travail Anpuku et pas mal de réflexions et analyses intéressantes de la part de l’auteur.
  • La liste, méridien par méridien, des points utilisés dans l’Anpuku, qui sont finalement assez peu nombreux. Mais là on se régalera des images prises sur de vieux manuels japonais
  • L’explication image par image du livre Anma Tebiki, qui reste plutôt évasif mais l’auteur nous a bien averti avant
  • Et enfin la traduction complète et image par image du livre Anpuku Zukai, en cours de traduction dans le NAJOM

Autant vous dire que ce n’est pas rien, car si l’on peut lire rapidement le texte, en revanche le comprendre et tenter de l’intégrer dans sa pratique est nettement moins facile. Il faudra le voir et le revoir, le lire et le relire pour passer du livre aux mains, de l’intellect à la pratique. Non pas que ce soit très compliqué à lire, mais comme bien souvent avec les Japonais, les explications sont assez elliptiques. Et c’est comme tout dans notre art, il faut du temps.

À la fin du livre, on a toutefois comme un goût de « pas assez ». On aurait aimé plus d’explication pour pouvoir justement faire quelque chose de tout ça. Mais une petite note blanche sur la couverture du livre a attiré mon attention : « Volume 1 ». J’ai demandé à l’auteur ce que cela signifiait et voici sa réponse : « un second volume se prépare pour 2022 sur la mise en pratique des livres portant sur l’Anpuku ». Formidable ! Donc finalement tout est bien qui finira bien dans le prochain volume.

Quoi qu’il en soit, ce livre (pour l’instant en anglais uniquement en attendant la version française et néerlandaise) est devenu immédiatement un incontournable avec celui qui a été publié en italien sur le même sujet (j’en parlerai). N’attendez pas la sortie du prochain volume et enrichissez votre bibliothèque dès maintenant (vous le trouverez à peu près partout en ligne), car il déterre enfin un gros morceau de l’histoire de notre art thérapeutique. Je ne peux qu’appeler de mes vœux à la traduction de davantage de livres japonais sur le Shiatsu ou comme ici, avant même la création du Shiatsu.


Livre :

Ampuku : Abdominal Acupressure. The classics at the heart of Japanese bodywork. Philippe Vandenabeele. Editions Shinzui Bodywork International Institute, Fukuoka, 2020


Auteur : Ivan BEL