Livre : Descartes au Pays du Qi Gong – Admettre l’invisible

12 Mar, 2023
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Difficile de se retrouver après avoir, durant des siècles, regardé dans des directions si différentes. Difficile, mais pas impossible. Voici l’idée principale portée par Henri Tsiang dans cet essai “Descartes au Pays du QI Gong – Les neurosciences et les arts énergétiques taoïstes” préfacé par Cyrille Javary et paru chez InterÉditions.


Un mot sur l’auteur, né en 1937 à Shangaï, avant un périple qui a conduit Henri Tsiang en France où il a mené une brillante carrière de biologiste. Chercheur à l’Institut Pasteur, il y a notamment dirigé le département de lutte contre la rage. Ce n’est qu’au terme de ce parcours professionnel qu’il s’initie au Qi Gong, et se découvre une vocation de “passeur” entre la culture de son pays natal et celle qui l’entoure. Son point de vue est principalement celui d’une conscience occidentale, revisitant l’histoire des connaissances, vécue de façon si différente en Chine et en Occident.

L’Occident tout d’abord, où l’on dissèque (au sens propre comme au figuré), on quantifie et on resserre toujours davantage la focale sur un organe, un tissu, une cellule… Le biologiste ne renie pas Pasteur et l’impact des développements scientifiques sur les maladies et la démographie. Mais il relève aussi les limites de cette approche: séparer le corps de l’esprit, héritage de Descartes et rejeter “aux oubliettes du charlatanisme (…) tout un pan de connaissance intuitive et empirique”, conséquence d’une application rigide de l’exigence expérimentale de Claude Bernard.

En Asie, au contraire, la pensée taoïste privilégie la vision large, de l’infiniment grand à l’infiniment petit, l’Homme entre Ciel et Terre, sujet d’une incessante communication invisible, avec le Qi pour véhicule. Dans ce monde, l’efficacité ressentie d’une pratique, le Qi Gong en l’occurrence, compte davantage que la logique ou la méthode de démonstration.

Les résonances  avec un patrimoine commun aux pratiques taoïstes

Voici pour le tableau du fossé intellectuel entre les deux mondes. L’auteur s’emploie à y esquisser des passerelles, à partir des savoirs scientifiques de la sphère occidentale. Plasticité neuronale, concept d’homéostasie, rôle des fascias, des neurones du système digestif, du “petit cerveau du cœur”… nombre de découvertes résonnent avec les lois de la médecine traditionnelle chinoise (MTC) et éclairent partiellement ses réalités invisibles : Qi, méridiens, rôle des émotions, communication subtile entre organes.

Au-delà de cette dimension théorique, l’auteur aborde l’expérience concrète du Qi Gong, qu’il enseigne également. Celle-ci nous parle directement à nous, praticiens de Shiatsu. Non agir, écoute intérieure, respiration, sensation du Qi… font partie d’un patrimoine partagé par les différentes disciplines énergétiques taoïstes. Il nous invite à la confiance dans cette part d’invisible qui accompagne notre pratique et lui donne toute sa profondeur.

Nous avons tenté de faire des corrélations et non de produire des preuves scientifiques” précise l’auteur à la fin de son ouvrage. L’enjeu à ce stade, n’est pas de valider la MTC par les méthodes occidentales, mais d’inviter à un dialogue pour que chacun “envisage une autre représentation de l’humain.” Selon lui,  la présence croissante de scientifiques chinois dans les laboratoires des Etats-Unis, et dans une moindre mesure en Europe, ouvre la voie à une approche plus ouverte à ces dimensions  encore largement insaisissables.

Un livre de “passeur”

La grande qualité de cet essai est d’être doublement un livre de “passeur”, d’une civilisation à l’autre d’abord, et également en direction des non initiés, catégorie dans laquelle je me range. S’il est plutôt précis dans sa description des mécanismes neurologiques, Henri Tsiang veille à demeurer accessible, ce qui s’explique aussi par le fait qu’il s’éloigne de son domaine d’expertise initiale : la biologie. A propos du Qi Gong, l’exercice est plus difficile. Tout ne s’exprime pas, en tous les cas pas dans notre langue. A vouloir doter chaque chapitre d’une composante “Qi Gong” l’auteur n’évite pas la répétition de principes assez basiques. Des lecteurs plus initiés jugeront peut-être le propos un peu court. Je n’en fais pas partie et suis ressorti de cette lecture avec le sentiment d’être moins ignorant, et plus libre sans doute d’admettre l’invisible.


Livre :

Descartes au Pays du Qi Gong – Les neurosciences et les arts énergétiques taoïstes” par Henri Tsiang – Préface de Cyrille Javary – InterÉditions – 2022 – 224 pages

François-Olivier Louail

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