Le français a beau être sa troisième langue- après l’allemand, l’anglais-, elle s’exprime dans un phrasé remarquable, précis, bienveillant et déterminé. Irene Nolte est coach holistique et shiatsushi (on peut la découvrir aussi dans cet épisode du podcast), son cabinet se trouvant à Bruxelles. Dans une autre vie, elle défendait les droits humains au niveau international. C’est un burn-out qui va changer sa vie et lui faire découvrir le pouvoir millénaire du Shiatsu et sa force de transformation. Formée également à l’EFT1, à la Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC) et aux constellations systémiques, elle a mis au point une méthode de cheminement vers la guérison autour de la théorie des Cinq éléments-mouvements de la MTC. Rencontre passionnante à l’occasion de la sortie de son ouvrage, encore édité en anglais « A healing map, how the Five Elements restored my Health and purpose for living ».
Agathe Lagarrigue : Irène, en lisant « A Healing Map », votre livre, est présenté comme une biographie et un mode d’emploi. On y trouve effectivement tout votre parcours, photos familiales à l’appui mais aussi un guide descriptif de chaque mouvement de l’énergie, les symptômes et pistes de guérison. Quel est le but de cet ouvrage ?
Irène Nolte : Je voulais déjà que ce savoir de la Médecine Traditionnelle Chinoise soit accessible à tout le monde. Je donne beaucoup de formations sur l’introduction à la MTC, les Cinq éléments et aussi la prévention à l’épuisement professionnel – le burn out – via les Cinq éléments. Très souvent mes élèves, les participants, me disaient que c’était fascinant et qu’ils avaient envie d’en apprendre d’avantage sur le sujet. Je possède pas mal de livres sur la thématique et je trouvais que beaucoup de ces livres étaient écrits par des hommes dans les années 80. J’avais cette impression que d’une certaine manière ils s’étaient approprié ce savoir et que surtout ils ne rendaient pas du tout accessible ce sujet. Effectivement cette théorie est parfois tellement compliquée, presque mystique, qu’elle peut être utilisée comme outil de pouvoir. D’où mon souhait de justement la démocratiser et la rendre très pratique et terre à terre pour que tout le monde ait, comme le titre l’indique, une carte qui relie les symptômes et les directions de guérison avec la théorie d’une manière qui donne envie sans entamer des études de 5 ans sur la Médecine traditionnelle Chinoise.

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Quelles ont été les grandes étapes de votre parcours qui ont été marquantes et t’ont conduite au Shiatsu ?
Il y a deux aspects qui m’ont conduit au Shiatsu il y a vingt ans. Premièrement un besoin absolu. J’étais vraiment dans une phase de ma vie dans laquelle j’étais très mal, j’avais des crises de panique, je souffrais d’insomnie, je faisais un burn-out comme on dit maintenant, un épuisement professionnel…. Et j’avais aussi un questionnement beaucoup plus profond qui s’ajoutait. D’un côté il y avait donc ce besoin mais il y avait aussi quelque chose qui m’a vraiment motivée. A cette crise profonde, existentielle même, s’est ajouté le hasard car lors d’un festival j’ai soudainement découvert le Shiatsu et ça m’a tellement parlé, cela m’a tellement éblouie, comme une intervention divine, qui n’était pas du tout planifiée ni attendue. Je ne savais même pas que cela existait ! Et donc l’un s’est greffé à l’autre : un besoin profond qui venait d’un grand vide… Je n’ai pas envie de dire perte de sens car j’étais vraiment bien lancée dans mon cheminement dans le monde politique mais c’était un vide intérieur, un questionnement qui a crée un terrain très fertile pour que cette petite semence de Shiatsu vienne pousser là-dedans…pour utiliser une métaphore…
Tu évoques la réconciliation comme indispensable pour la guérison. Pourquoi cela te semble d’un point de vue énergétique si important?
Pour y répondre de manière personnelle, j’ai découvert le monde du Shiatsu et le monde de la guérison dans un moment où je travaillais justement la question de la réconciliation au niveau politique notamment dans le conflit et le génocide qui se sont produits au Rwanda. Et l’ironie c’est que la vie à ce moment-là même m’a menée sur un autre chemin, une autre quête vers la réconciliation, celle avec moi-même et avec ma famille. Des parties intérieures de moi-même. Je pense que la guérison et la réconciliation vont main dans la main. Dans le Shiatsu par exemple, nous connectons des parties que l’on pourrait avoir oubliées dans notre corps. Je crois que c’est en recréant cette connexion plus énergétique entre ces différentes parties du corps, de l’âme, de l’esprit de nos émotions, que là se passe la guérison. Et je pense que c’est la même chose pour la société ou le travail intrafamilial ou intra social. Pour finir, le travail est toujours de recréer le lien là où il a été abimé et supprimé. C’est l’idée de réparer le flux du Ki pour que l’énergie circule de nouveau. Que ce soit au niveau cellulaire, sociétal ou planétaire, c’est le même processus. La réconciliation pour moi est une quête spirituelle en fait. C’est de nous reconnecter à la croyance qu’il y a quelque chose de plus grand qui peut nous guider au quotidien ou dans des moments de souffrance et de s’ouvrir justement à cette voie. C’est ça aussi pour moi la réconciliation.
Quel est la place de Tom Monte dans ton parcours ?
C’est un professeur de Médecine traditionnelle Chinoise, de macrobiotique et de quête spirituelle qui vit aux Etats-Unis. J’ai fait mes études de Shiatsu en Angleterre pendant trois ans. En revenant en Belgique, je me suis reconnectée au monde macrobiotique et c’est là que j’ai rencontré Tom qui a l’époque donnait des cours en Belgique. Je me suis inscrite à une de ses formations et de là est née une amitié et une relation professionnelle très forte.
De quelle manière tu utilises la macrobiotique2 dans ton travail à l’heure actuelle?
Dans les conseils alimentaires que je donne : quand les personnes ont des symptômes physiques ou émotionnels, je donne des recommandations sur l’alimentation macrobiotique. Dans les formations aussi. Je donne un cours basé sur mon livre, Healing Map. Tous les élèves utilisent le livre pour également les conseils d’hygiène de vie qui sont basés sur la macrobiotique.
Concernant votre parcours, au bout de combien de temps avez-vous considéré que vous aviez tous les outils pour pouvoir exercer ? A quel moment il faut avoir confiance et croire à ce que l’on est capable déjà de transmettre ?
C’est une question très personnelle, du chemin de chacun. Pour moi, ce qui est certain c’est que ma quête a du aller beaucoup plus loin que le Shiatsu et la MTC. Ce fut une fois que j’eu fini mes études de constellations systémiques3. Je me suis rendue compte dans mon travail de l’importance de l’aspect intergénérationnel. J’avais besoin de pouvoir offrir ça aux gens. Il y avait donc le coaching, l’EFT, la MTC et aussi les constellations systémiques. Et une fois que j’ai eu tous ces outils, pour moi, il y a eu comme un soulagement car je sentais que la quête était terminée. Je vais toujours suivre des formations mais ma quête initiale est terminée.
Pouvez-vous nous en dire plus sur les constellations systémiques qui ont l’air passionnantes ?
Oui, c’est comme le Shiatsu. Le Shiatsu nous construit de manière intérieure, cela chamboule la vie. En Constellation, c’est la même chose, il faut apprendre à lire le silence dans une pièce qui nous informe d’une dynamique dans le groupe ou dans la Constellation. J’aime donné les ateliers de Constellation car chacun est un voyage, en fait. Tu as le groupe devant toi et chaque personne peut poser sa problématique.
Quels sont les problématiques que vous rencontrez le plus chez les femmes?
J’ai les mêmes clients qui viennent pour le Shiatsu et les Constellations. Mais une des questions principales qui se pose beaucoup est celle de la confiance. Retrouver la confiance dans le couple, envers les autres. Ce n’est pas un hasard : j’attire beaucoup de femmes qui sont très autonomes qui mènent leur vie et qui souvent souhaitent reprendre confiance de manière globale.
Il y a selon vous plus un problème de relation à l’autre plus que de problèmes féminins ?
Oui tout à fait : confiance en son ou sa partenaire, au travail, à soi-même par exemple si elle ont fait une carrière professionnelle. Pour donner un exemple, j’avais une policière lors des constellations. C’était une personne très sensible qui ne retrouvait plus du tout sa place au sein de son travail. Non pas parce qu’elle ne l’aimait pas mais parce qu’elle était entourée d’hommes qui lui montraient qu’elle était trop Yin. La question était vraiment pour elle de savoir où était sa place et si elle avait encore un avenir au sein de la Police.

Vous décrivez dans votre ouvrage une société qui met à mal l’individu et le microcosme qu’il représente. Quelle est la place du Shiatsu dans les maux contemporains ?
Je trouve que le Shiatsu occupe une place principale, vraiment cruciale dans le sens où comme vous l’avez dit, on est de plus en plus séparé du macrocosme, de plus en plus d’interactions sont réglées par des algorythmes. Tout ça est vraiment la recette parfaite pour énormément de solitude, énormément de souffrance pour l’individu. Je suis frappée quand je vois pas exemple les jeunes, cette génération « Covid » comme on dit, qui a été enfermée dans leur foyer pendant de longs mois. Les pratiques comme le Shiatsu aident à se reconnecter, à ne pas avoir peur du toucher. Surtout apprendre à toucher de manière bienveillante, à nous reconnecter à notre corps, à une sagesse plus ancienne et de créer tout à fait autre chose.
Est-ce que vous avez une manière de procéder ? Proposez-vous d’abord un Shiatsu par exemple ? C’est du sur mesure à chaque fois j’imagine ?
C’est du sur mesure à chaque fois. Si la personne est complètement dépassée émotionnellement, je propose l’EFT ou un Shiatsu. Mais parfois si les gens connaissent déjà la Constellation, ils le demandent en premier. Donc je laisse aussi la possibilité à la personne de choisir.
Qu’est-ce qui vous manquait pour avoir eu envie de créer votre propre approche ?
Je donne des formations depuis de nombreuses années mais cela fait un an que je forme des gens à travers ma propre approche à Bruxelles. Je crois que c’est cette envie de décryptage de quelque chose qui semblait tellement compliqué, la MTC, mais qui est si simple. Ce qui m’a manqué dans mes propres études, c’est la simplification. Et je voulais montrer aux gens que cela a tellement de sens pour moi. J’ai changé toute ma vie par rapport à cette carte, ce principe des Cinq éléments ! Je ne comprend pas pourquoi cela ne fait pas partie de notre savoir quotidien en fait. Cela devrait être enseigné à l’école ! C’est fondamental, je trouve.
Comment cela se fait que la place du Shiatsu soit aussi disparate en Europe ou même aux Etats-Unis ? Vous qui êtes à Bruxelles au cœur de l’Europe, que pensez-vous qu’il faudrait pour rendre sa juste place au Shiatsu en tant que pratique millénaire efficiente…
C’est une question que je me suis souvent posée : pourquoi le Shiatsu n’est pas plus présent ? J’ai développé ma propre théorie à partir du monde des Constellations. Je ne sais pas si elle tient ! Mais c’est vrai que le Shiatsu a quand même surgi au Japon quand le pays était dans une quête identitaire, quand il a rejeté les vieilles pratiques pour un monde plus moderne en fait. C’est ainsi qu’est né le mouvement Namikoshi par exemple. Je me demande s’il n’y a pas une base énergétique un peu instable, je ne sais pas si c’est le mot. C’est comme si le Shiatsu invitait tout le monde qui le pratique à questionner sa propre identité. Et de là on peut dire que c’est plus une voie du questionnement. Est-ce que cela a du sens ce que je viens de dire ? (Elle rit).
Oui, je trouve que cela a du sens et en même temps je me dis que les racines sont si profondes… Pourquoi cette discipline qui a une si grande force a néanmoins autant de mal à s’installer. Au niveau européen on a encore du mal à l’implanter quand même… sauf en Autriche, en Suisse ?
Justement je pense que les pays comme l’Autriche avec le diplôme EQF (European Qualification Framework) encouragent à ce que cela avance et c’est justement à ce niveau que la Fédération européenne de Shiatsu (FES) œuvre pour que ce système EQF soit reconnu beaucoup plus. Peut-être le Shiatsu restera toujours une petite merveille silencieuse (elle rit). Je n’arrive pas à répondre à cette question en fait : pourquoi le Shiatsu n’a pas une place plus proéminente. Bon, du côté des praticiens, il y a des réponses pratiques : la formation dure trois ans, elle est trop chère, il y a l’impératif financier… Après je crois qu’il y a aussi une grande disparité entre les écoles et les approches. Et donc là peut-être quelque chose se perd. Concernant l’installation du praticien, c’est difficile à temps plein car c’est très physique, surtout en temps que femme, il faut être très yang car c’est intense. Par exemple en acupuncture, le praticien pose les aiguilles et souvent quitte la pièce pour travailler sur d’autres personnes en même temps. En Shiatsu, on reste en pleine présence avec l’autre personne pour au minimum une heure. Il faut avoir l’énergie pour…
Que faites-vous pour conserver l’équilibre, si chèrement acquis et si instable…
Pour moi, une façon de retrouver mon énergie c’est le fait d’avoir plein de pratiques différentes. Cette diversité-là me nourrit profondément. Et j’adore. J’alterne le toucher, le silence, le ressenti… C’est splendide. J’enseigne aussi énormément et c’est ma plus grande passion. J’enchaîne ainsi les cours, l’écriture, et les différentes approches de guérison…
Quelle est la prochaine étape ?
Je propose la formation Healing Map de manière plus internationale pour des praticiens, des thérapeutes, des coaches. L’objectif a toujours été d’en faire un livre et une formation. Avec Tom Monte, on va sûrement faire une partie de la formation ensemble en ligne pour que ce soir accessible partout dans le monde. J’ai aussi d’autres projets notamment de passer un mois dans un éco village au Portugal pour suivre une formation, car l’aspect communautaire et la dynamique de groupe m’intéressent vraiment. C’est plus donc une question de guérison au niveau politique et sociétal. Il s’agit donc d’une formation d’un mois sur la vie communautaire : les résolutions de conflits, la communication non violente, la création de communauté et sa structure. Je trouve que si on parle de l’aspect holistique, il faut prendre tout en compte, ce qui guérit et réconcilie, en individuel et en groupe.

Eternelle élève donc !
Oui tout à fait. J’ai aussi déjà mon prochain livre en tête. Ce sera cette fois tout à fait différent. Ce sera autour du décès, de la mort et de l’accompagnement spirituel d’une personne en fin de vie.
Vous présentez d’ailleurs tout changement, toute crise comme un process, une alchimie qui nous transforme ?
Une crise nous permet de nous entraîner nous-mêmes car c’est un moment d’opportunité. En Occident, on se dit que les problèmes que l’on rencontre, on ne devrait pas les avoir. Il faut changer cette façon de voir : une crise peut créer une ouverture dans nos vie, en nous-mêmes pour créer un changement qui est essentiel dans chaque étape de la vie.
Merci Irene pour ces belles analyses et pour cet entretien.
Merci beaucoup à toi !
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- L’Emotional Freedom Techniques, abrégée en EFT, est une « pratique psycho-corporelle et énergétique » fondée aux États-Unis en 1993 par un ingénieur américain du nom de Gary Craig. ↩︎
- La macrobiotique est une philosophie alimentaire qui repose sur les principes que l’aliment est un soin en lui-même. Elle mise sur des aliments de saison et locaux, l’équilibre Yin et Yang de l’alimentation, les méthodes des cuissons adéquates, la suppression des protéines animales, des produits transformés notamment. L’alimentation macrobiotique a été importée en France dans les années cinquante depuis le Japon par Georges Ohsawa ↩︎
- Elle a suivi une formation en constellations systémiques pendant quatre ans en Allemagne. « Les constellations systémiques offrent l’occasion d’explorer la dynamique qui se cache derrière les difficultés personnelles d’une manière nouvelle. Une constellation crée une sorte de carte vivante d’une question personnelle, familiale ou relationnelle et offre une nouvelle perspective sur des défis complexes, durables ou apparemment insolubles ». Consultez son site internet pour plus de précisions irenenolte.com. ↩︎








