Parmi les grandes figures contemporaines de notre discipline, Tsuneo Kaneko senseï est l’un des grands promoteurs du Shiatsu et de l’Anma, dont il est diplômé longtemps, et détient le titre de Docteur en Médecine Orientale. Formé par les plus grands maîtres, dont le Dr Katsusuke Serizawa, il pratique et enseigne ces deux techniques depuis 50 ans en Californie (USA) et auparavant au Japon. Ses premiers professeurs ont été ses parents car ces techniques sont avant tout issues d’une tradition familiale. Grâce aux nombreux échanges que nous avons eus, j’ai pu découvrir une personne d’une grande profondeur philosophique et spirituelle, aspects que je lui ai demandé de développer dans cette interview. Cette interview n’est donc pas seulement un parcours de vie, mais un véritable partage d’une vie dédiée au soin de ses semblables.


Ivan Bel : Bonjour senseï. Tout d’abord, je voudrais vous remercier d’avoir accepté de faire cette interview. J’espère que tout va bien pour vous et votre famille en Californie, pendant cette épidémie de Covid. Pour commencer, pouvez-vous me parler un peu de votre parcours ? Où êtes-vous né ?

DoAnn T. Kaneko : Je suis née dans la ville métropolitaine très moderne de Tokyo.

Quel genre d’enfance avez-vous eu au Japon à cette époque ?

Je suis née juste après la seconde guerre mondiale, en 1947. Beaucoup d’entre nous à Tokyo avaient perdu leur maison et vivaient dans la pauvreté. Nous étions des baby-boomers qui ont dû faire face à un parcours difficile : études supérieures, emploi, mariage ?! La concurrence était rude pour être du côté des gagnants. Le Japon a connu un redressement miraculeux et a réussi à reconstruire ses familles et son économie parce que tout le monde a fait des efforts pour être prospère et heureux.

Mon père était très conservateur et avait une discipline sévère alors que ma mère était douce et gentille avec nous. J’ai grandi dans une maison où d’autres apprentis d’Anma vivaient avec nous.

Le père – Hideo Kaneko – et la mère – Kimie Kaneko -, tous deux debout au milieu. Assis au milieu, Koichian Inoue senseï, leur maître. Ère Showa 14 (1939), le 11 décembre.

Il semble que vous soyez la deuxième génération d’une famille de praticiens Anma. Cela signifie-t-il que vos parents exerçaient déjà cette profession ?

Mon père pratiquait à la fois l’acupuncture et le massage Anma et ma mère pratiquait le massage Anma. Mes deux parents ont eu une éducation limitée dans leur enfance en raison de la pauvreté de la campagne. Ils se sont rencontrés en tant qu’apprentis chez leur professeur, travaillant et vivant ensemble avec d’autres étudiants. Leur professeur s’est occupé d’eux et ils ont ensuite créé une entreprise qui s’est bien développée.

Après le mariage de mes parents, le Japon a perdu la guerre et mon père est rentré sain et sauf. Mes parents ont travaillé dur et ont rapidement réussi à redémarrer la clinique d’Anma et d’acupuncture qu’ils avaient perdue pendant la guerre. C’était une réussite extraordinaire et ils ont agrandi l’entreprise lorsque mon frère et moi étions au collège. Mes parents nous ont donné, à mon frère et à moi, une éducation excellente et pleine d’amour.

Tsuneo Kaneko (à gauche) et son frère Sadao (à droite)

Et vous-même, à quel âge avez-vous commencé à vous intéresser à la thérapie manuelle ?

Je n’ai jamais aimé la profession de mes parents parce que c’était un métier très ancien, désuet qui n’avait rien de moderne. J’aimais la culture occidentale, je regardais souvent la télévision et j’écoutais des stations de musique populaire à la radio. Ces programmes en provenance des États-Unis me procuraient un sentiment de bonheur. J’étais très ouvert, naïf et américanisé.

Mes parents et moi nous nous attendions peut-être à ce que je réussisse mieux dans un autre domaine. J’ai fini par me spécialiser en économie et j’ai obtenu une licence dans ce domaine à l’université de Rikkio, l’une des six grandes universités de l’Ivy League.

Mais pendant l’université, j’ai eu besoin d’avoir un revenu pour partir en voyage pendant les vacances d’été. J’ai trouvé un emploi à temps partiel auprès de mes parents. J’avais environ 19 ans. Ils m’ont appris à réaliser un traitement d’une heure en Anma. Tout ce que j’avais à apprendre, c’était de maîtriser la séquence et de faire en sorte que mes clients se sentent mieux en me fiant à mon instinct, sans connaître vraiment le contexte théorique avancé, ce qui était une façon très efficace d’apprendre à traiter les gens. Je l’apprécie toujours maintenant. Cela s’appelle taitoku (体得) en japonais et signifie arrêter de se poser des questions et apprendre par l’expérience, comme par exemple apprendre à nager sans manuel.

Quelle est l’origine du style familial Anma que vous pratiquez ?

Mes parents ont étudié l’Anma grâce à leur maître Koichian Inoue (こういち庵) qui enseignait le style Sugiyama-ryū Anma en même temps que la pratique de l’acupuncture. Waichi Sugiyama [1] était un célèbre acupuncteur aveugle qui a publié des livres et ouvert son école. Il a inventé un tube de guidage des aiguilles de style japonais, qui rend l’insertion de l’aiguille indolore et plus facile. Ses enseignements Anma ont été poursuivis pendant plus de 400 ans, mais son style particulier s’est peut-être désintégré, car il n’existe plus d’écoles qui l’enseignent aujourd’hui.

DoAnn Kaneko senseï interviewé à la TV japonaise, Tokyo, 1978

Mon père ne m’a pas enseigné d’autres styles mais je me souviens qu’il a mentionné le Yoshida-Ryū[2] et qu’il a dit qu’il utilisait des techniques de coude fortes et que c’était parfois très douloureux. Lorsque nous pétrissons fortement les tissus du corps, cette action forme parfois un tissu supplémentaire appelé momidako (もみだこ). Il s’agit d’un tissu supplémentaire (fibre, fascia) dû à une stimulation excessive. C’est une des raisons pour lesquelles l’Anma a été dénoncé par les spécialistes du Shiatsu car l’Anma applique beaucoup de ces techniques de pétrissage, plus que des techniques de pression. Je fais très attention lorsque j’enseigne et utilise ces techniques de pétrissage à fibres croisées et à fibres rotatives.

Vous avez décidé d’étudier au Toyo Acupuncture College (Toyo Shinkyu Senmon Gakko) [3] et plus tard au SAMRA – University of Oriental Medicine [4] près de Los Angeles. Quelles matières avez-vous étudiées ?

Tout d’abord, j’ai suivi un cursus de 3 ans à plein temps au Toyo Shinkyu Senmon Gakko qui comprenait le massage Anma, le massage occidental, le Shiatsu, l’acupuncture et la moxibustion. Leur programme d’études comportait davantage de médecine occidentale, d’anatomie, de physiologie, de symptomatologie, de pathologie, de traitement occidental, puis de Kanpo (médecine traditionnelle japonaise), MTC, de techniques et de thérapie traditionnelle des méridiens. Il est extrêmement important de comprendre le point de vue occidental sur la maladie et la santé. Nous devons nous présenter à nos patients et à nos étudiants comme des thérapeutes hautement qualifiés en médecine occidentale et orientale. En outre, j’ai suivi un stage avec le Dr Nobuyasu Ishino, un obstétricien, pour apprendre les herbes à la japonaise. C’est l’une des meilleures formations qui soit et elle m’a aidé à préparer et à réussir l’examen national et à recevoir ma licence au Japon.

Kaneko sensei le jour de la cérémonie de remise des prix, Université de SAMRA, CA, USA, 1985.

Ensuite, j’ai suivi un cours pour mon doctorat en médecine orientale et j’ai obtenu mon O.M.D (Oriental Medical Doctor) à l’université des sciences de la santé de SAMRA, en 1983-1984. J’ai appris l’acupuncture auriculaire, l’électro-acupuncture, les exercices thérapeutiques, les principes de la phytothérapie chinoise et les applications cliniques pour l’alcoolisme et la toxicomanie, la dermatologie, la gynécologie, etc. Mon mémoire portait sur les « 9 sortes d’aiguilles » présentées dans le Zhen Jiu Da Cheng (Compendium d’acupuncture et de moxibustion). Cette application des 9 sortes d’aiguilles m’a aidé à comprendre l’importance de prendre soin à la fois de la surface de la peau et des tissus sous la peau dans la thérapie Anma.

Ces écoles sont célèbres, notamment la Toyo Shinkyu Gakko. Son fondateur était Sorei Yanagiya, je crois ? L’avez-vous rencontré ?

Le Grand Maître Sorei Yanagiya (柳谷 素霊 – 1906-1959) était le fondateur du Toyo Shinkyu Senmon Gakko mais il n’était pas vivant lorsque je me suis inscrit. Sa femme était la présidente à l’époque et je l’ai rencontrée. J’ai eu envie d’introduire l’Anma aux Etats-Unis comme il l’avait fait en Europe. Une histoire célèbre raconte qu’il a soigné Pablo Picasso alors qu’il était en voyage pour donner des conférences sur la science de l’acupuncture. J’ai appris ses enseignements par l’intermédiaire de ses disciples qui enseignaient à l’école. L’un d’eux était Hashimoto Senseï, qui m’a enseigné en privé l’Anpuku de Shinsai Ota tel que Maître Yanagiya Senseï l’a présenté dans son manuel d’Anma.

Grand Maître Sorei Yanagiya (柳谷 素霊) – 1906-1959

Quels sont vos souvenirs de cette période en tant qu’étudiant ? Était-elle difficile ?

C’était une période fascinante au Japon avec ma femme. Je continuais à travailler pour mes parents, à m’occuper de notre nouveau-né, Lisa, en plus d’étudier dur à l’école à temps plein. J’ai très bien réussi dans toutes les voies et c’était miraculeux. J’ai réalisé beaucoup de choses car je savais que je retournerais aux États-Unis pour présenter l’Anma, le Shiatsu et d’autres arts de guérison. J’étais également très intéressé par la science occidentale. Il est extrêmement important pour moi d’intégrer la médecine orientale et occidentale et je voulais être capable d’expliquer les termes classiques de la médecine orientale en termes occidentaux. Trois ans, ce n’était pas assez, mais je voulais profiter au maximum de mon séjour au Japon. J’avais toujours envie d’en apprendre davantage. J’ai continué à aller à l’école aux États-Unis et j’ai obtenu mon doctorat à l’université SAMRA, comme je l’ai déjà mentionné.

Je suis retourné à New-York quelques années plus tard après avoir terminé le cours de 3 ans mais je ne pouvais pas utiliser l’acupuncture là-bas, alors je suis retourné en Californie en 1980 et là j’ai pu utiliser toutes mes techniques. Deux ans plus tard, j’ai ouvert mon école, l’école de massage Shiatsu de Californie à Santa Monica.

L’Anma et le Shiatsu de votre école sont largement influencés par le grand professeur Dr Katsusuke Serizawa [5]. Comment définiriez-vous son influence sur ces techniques ? Avez-vous rencontré Serizawa senseï ?

J’ai rencontré le Dr Serizawa dans son bureau et j’ai partagé mon ambition d’introduire le Shiatsu et l’Anma dans le monde occidental. J’ai été très profondément influencé par ses recherches scientifiques sur le massage Anma, le Shiatsu, l’acupuncture et la moxibustion. Sa définition de l’Anma et du Shiatsu a été normalisée par un manuel officiel. C’était une information très importante pour passer l’examen national selon cette définition officiellement autorisée. Il a publié le livre « TSUBO » en anglais. Il était très clair sur l’application de la médecine traditionnelle chinoise du Yin et du Yang, de l’Anma et du Shiatsu, de l’acupuncture et de la moxibustion.

Dr Katsusuke Serizawa (à gauche) and Dr Tsuneo Kaneko (au centre)

Durant vos études il fallait apprendre le massage occidental. À votre avis, cela apporte-t-il un plus par rapport à l’Anma et au Shiatsu ?

Encore une fois, j’aime apprendre la médecine occidentale et le massage médical occidental, comme la technique de massage lymphatique, qui est différente de la nôtre. Lorsque j’ai compris la différence, j’ai été responsabilisé et j’ai ressenti une force dans la compréhension, l’évaluation et la guérison. J’ai constaté qu’il n’y avait pas de conflit, car j’apprécie la médecine occidentale et je pense qu’elle complète la médecine orientale.

Pouvez-vous me dire qui ont été vos principaux professeurs d’acupuncture, d’Anma et de Shiatsu ?

Mes parents ont été mes premiers professeurs. J’apprécie ce qu’ils m’ont appris et je suis reconnaissant d’avoir pu perpétuer la tradition familiale. Maître Yanagiya Sorei n’était plus là lorsque j’étudiais ses enseignements mais ses disciples étaient là, enseignant dans son école.

Il y avait aussi Nobuyasu Ishino (le doyen de Toyo Shinkyu Senmon Gakko), qui était gynécologue et obstétricien dans sa clinique de Koundo à Tokyo. J’ai fait mon stage avec lui et j’ai appris une méthode d’aiguilletage très sensible et délicate, traitant la peau à un niveau superficiel, et j’ai observé son application clinique des herbes. D’autres professeurs étaient Sato senseï qui enseignait la thérapie Shiatsu basée sur les méthodes du Dr Serizawa et Hashimoto senseï qui partageait les techniques anpuku de Shinsai Ota.

Historiquement, quelles sont les principales différences dans la conception de l’Anma et du Shiatsu ? Vous dites que le Shiatsu est une science moderne et l’Anma une science ancienne. Pouvez-vous préciser ?

L’histoire du Shiatsu n’a pas été correctement présentée dans le monde occidental et ma mission est d’éduquer les communautés Shiatsu avec respect et de révéler la vérité sur l’Anma et le Shiatsu en se basant sur la définition du Dr Serizawa. Ses enseignements étaient les seuls à être reconnus et autorisés comme une norme, dans tous les programmes éducatifs de médecine orientale, à l’époque où j’étais étudiant.

Selon sa définition et son champ de pratique, le Shiatsu a été formé fondamentalement et partiellement à partir du principe et de la pratique de la thérapie classique Anma qui a été importée de Chine vers 701 (le gouvernement japonais a établi un système médical et créé un département de santé au titre de docteur Anma).

Le Shiatsu était pratiqué avant le 20e siècle avec la thérapie Anma, la thérapie Doin (Daoyin en chinois) et la méthode Kappo de la pratique du judo (la réanimation et le réveil des judokas qui s’étaient accidentellement évanouis ou blessés pendant la pratique du judo). Mais après le milieu de la période Meiji (1900), la chiropractie, l’ostéopathie et la spondylothérapie ont été importées des États-Unis au Japon et ont influencé la thérapie traditionnelle Anma-Doin. Elles ont également donné naissance à diverses thérapies manuelles, dont la thérapie Shiatsu.

Le Dr Serizawa n’a pas mentionné le nom des fondateurs de chaque style mais il semble qu’il y ait eu des fondateurs inconnus du Shiatsu avant Tamai Tenpeki. Mais le Dr Serizawa a reconnu le style de Maître Namikoshi avec des termes modernes sans les éléments Anma et MTC. Maître Namikoshi a gagné en popularité parce qu’il a introduit des idées et des applications de la médecine occidentale dans son style de Shiatsu.

Avant de m’intéresser à la profession d’Anma et d’acupuncture de mes parents, j’avais l’impression qu’elle était trop vieille et je ne me rendais pas compte de son efficacité scientifique. Les gens du peuple japonais s’intéressaient aux dernières sciences occidentales et au modernisme et je ne faisais pas exception à la règle puisque nous avons appris les sciences à l’école.

C’est ainsi que Namikoshi senseï a répondu aux demandes non exprimées du public en ajoutant la science dans une nouvelle technique. Les gens ont prêté plus d’attention et ont été attirés par le Shiatsu moderne au lieu du vieux Anma. Maître Namikoshi senseï et son fils Toru senseï ont contribué à rendre le Shiatsu très populaire dans le monde. Ils ont mis en place une formation de courte durée qui s’ajoutait à leur cours régulier de licence de deux ans pour les japonais. Ils ont également enseigné un programme de deux mois. On m’a dit que des étrangers ont fréquenté leur école à Tokyo et que ces étudiants ont introduit le Shiatsu dans leur propre pays. Ohashi senseï était l’un des maîtres de Shiatsu les plus talentueux qui ont suivi ce cours.

Tsuneo Kaneko and Tokujiro Namikoshi senseï lors d’une conférence à Toronto, Canada. 1992.

Le fils du grand maître Namikoshi, Toru Namikoshi senseï, a passé 7 ans aux Etats-Unis, introduisant le Shiatsu aux étudiants de la Palmer School of Chiropractic à Davenport (Iowa) selon le Handbook of Healing Sage Techniques. C’est l’exemple exact de la façon dont le Shiatsu scientifique a été introduit dans le monde sans la notion de massothérapie classique Anma.

Techniquement, cela signifie-t-il qu’il existe des différences ? Par exemple, pouvez-vous me dire quelles sont les différences entre la pression Shiatsu et la pression Anma ?

Je respecte les enseignements du Dr Serizawa, dans ses nombreuses publications et je pratique Anma à travers ma forme longue et à travers ma forme courte. Selon la définition du Dr Serizawa, Anma a été développé en même temps que l’acupuncture et la moxibustion en Chine. La thérapie Anma a été mentionnée dans le livre classique de l’Empereur Jaune. An signifie « presser et calmer » l’excès d’énergie (pour réduire l’inflammation, comme les aiguilles d’acupuncture). Ma signifie « apaiser et tonifier » (comme la moxibustion qui améliore la circulation). Ainsi, l’Anma était utilisé pour apporter l’équilibre en appliquant soit une pression soit un apaisement tout en prescrivant les points vitaux appropriés de chaque méridien et les points des 5 éléments. En outre, lorsque vous appuyez sur le point de pression, l’indication de chaque point de pression doit être réalisée.

Démonstration de Shiatsu au salon de la santé organisé par la chambre de commerce de Santa Monica, 1990.

Le poids des techniques de pression dans l’Anma est limité puisqu’il se concentre sur l’apaisement, le pétrissage, le tapotement, la vibration, la secousse, le claquement, la mobilisation des articulations et l’étirement. Alors que selon le Dr Serizawa, le Shiatsu possède de nombreuses techniques de pression sophistiquées. Le Dr Serizawa a répertorié 7 techniques de pression Shiatsu.

  1. La pression ordinaire qui est appliquée pendant 5-7 secondes
  2. La pression rapide, de 2 à 3 secondes. J’appelle cela la pression intermittente
  3. La pression est également appliquée en augmentant la pression en 2 étapes. Vous pouvez également l’augmenter en utilisant une pression en 3 étapes.
  4. Pression continue avec les paumes pendant une minute environ
  5. Technique de succion avec les paumes ou 4 doigts pour saisir la peau.
  6. Pressage avec des techniques vibrantes
  7. Ajustement énergique non chiropratique, mais technique de poussée peu profonde (le long de la colonne vertébrale).

L’Anma n’utilise qu’une technique de pression simple et limitée, mais le Shiatsu en a beaucoup. La technique de manipulation du Shiatsu est basée sur le Kappo du judo (technique de réanimation et de revitalisation dans la pratique du judo) et la méthode classique Doin.

Nous, les Shiatsushi occidentaux, avons peu de connaissances de l’histoire du Shiatsu, et encore moins de l’histoire de l’Anma. La principale raison est que de nombreux ouvrages japonais n’ont pas encore été traduits. Je suppose que cette histoire remonte bien avant le fondateur du Shiatsu, Tenpeki Tamai ?

Comme c’est le cas dans de nombreux domaines de la culture japonaise, le Shiatsu a éclipsé l’Anma en termes de popularité en raison de l’inclusion de concepts médicaux occidentaux modernes. À un moment donné, la thérapie Anma était la thérapie de massage classique la plus authentique de la médecine chinoise. Malheureusement, ceux qui n’ont pas appris ou réalisé l’importance de l’authentique thérapie Anma ont répandu à la place la thérapie Shiatsu, plus moderne, ce qui a été apprécié par Namikoshi Senseï. Après, Masunaga senseï introduisit un peu de MTC et Maître Ohashi a soutenu ces maîtres du Japon. C’est ainsi que les principaux styles de Shiatsu ont pris racine aux Etats-Unis. Anma n’a pas eu beaucoup de chance d’être introduit aux côtés du Shiatsu, en raison du manque d’intérêt et/ou d’un manque de connaissances et de publications en anglais. Les styles de Shiatsu de Tamai Senseï et Namikoshi Senseï ont des bases anatomiques et physiologiques modernes et occidentales solides et accordent moins de valeur à la MTC authentique.

Dr Kaneko, de plus en plus célèbre. Extrait d’un magazine, en 1992.

Il est important de noter que dans les années 50 et 60, il y avait un conflit entre Anma et Shiatsu. Le Shiatsu avait une vision scientifique plus moderne et la valeur authentique de l’Anma classique était en train de se perdre. De nombreux thérapeutes Anma ne valorisaient pas le Kanpo (漢方), l’Anma perdait ainsi sa valeur médicale orientale et devenait plus commercial.

Mais les thérapeutes Shiatsu voulaient faire appel à la valeur thérapeutique des techniques de pression et de leur application.

Il existe un rapport intéressant selon lequel les techniques de tapotement de l’Anma provoquent une accélération des battements cardiaques (système nerveux sympathique) et ne sont pas bonnes pour les problèmes cardiaques, alors que la technique de pression régule efficacement le système nerveux parasympathique et calme le rythme cardiaque.

Intéressant. Si je ne m’abuse, vous êtes l’un des tout premiers praticiens du Shiatsu aux États-Unis. Qui sont les autres enseignants japonais qui ont présenté le Shiatsu au public nord-américain ?

Le livre « The Tappan’s Handbook of Healing Massage Techniques » de Patricia J. Benjamin et Frances M. Tappan (4e édition ; page 315) indique que plusieurs systèmes de thérapie corporelle asiatique ont été introduits en Occident dans les années 1970 par des personnes comme DoAnn T. Kaneko (Santa Monica), Shizuto Masunaga (Tokyo), Shizuko Yamamoto (Boston), Toshiko Phipps (professeur d’école dans le Vermont, impliqué dans la RBTA), et Takashi Nakamura (spa kabuki, à San Francisco, Anma kata), après Tokujiro Namikoshi (Tokyo) et Toru Namikoshi (Palmer School of Chiropractic à Davenport, Iowa 1950-1960 ). À la page 340, il est mentionné qu’au cours des années 1970, un certain nombre d’autres praticiens ont apporté leurs styles de Shiatsu aux États-Unis, notamment DoAnn Kaneko, qui a apporté une forme appelée Anma-Shiatsu, Shizuto Masunaga, qui a développé le Zen Shiatsu, Shizuko Yamamoto, qui a développé le Barefoot Shiatsu et Wataru Ohashi qui a développé l’OhaShiatsu. En 1977, Takashi Nakamura Senseï a introduit officiellement l’Anma traditionnel dans son école de San-Francisco, la Kabuki Shiatsu School of Massage.

Démonstration d’Anpuku au rassemblement AOBTA, San-Francisco, USA, 2005.

Merci pour ces détails clairs. Vous avez donc finalement décidé de créer votre propre style et de l’appeler simplement Anma-Shiatsu. J’imagine qu’il n’a pas dû être facile d’établir ce type de thérapie au début.

Effectivement, pas du tout. Peu de thérapeutes en Shiatsu connaissaient l’Anma et c’était la réalité aux Etats-Unis. Je l’ai accepté, et pourtant j’étais enthousiaste à l’idée d’introduire l’Anma à travers ma Forme Longue, un kata de 60 minutes avec 3 postures et environ 130 points sur les principaux méridiens. Je le distingue également du Shiatsu dans ma Forme Courte de 30 minutes avec uniquement des pressions, des exercices de correction-étirement et une technique de mobilisation articulaire.

Après combien d’années avez-vous commencé à enseigner, puis ouvert votre clinique, le Tao Healing Arts Center à Santa Monica ?

C’est vers 1970 que mes parents m’ont enseigné le kata d’Anma. Pendant mes études à Tokyo, de 1976 à 1979, j’ai commencé à enseigner l’Anma et le Shiatsu sous le nom de IDO (医道) Center (The way of healing) pour les étrangers à Tokyo. À l’époque, la plupart d’entre eux étaient des professeurs d’anglais. Je suis retourné à New York en 1979 et j’y ai ouvert le Tao Healing Arts Center. Puis je me suis installé à Santa Monica, en Californie, et j’ai ouvert l’organisation à but non lucratif Shiatsu Massage School of California en même temps que le Tao Healing Arts Center en 1982.

Photo de classe avec Kaneko senseï, au CenterPoint Massage & Shiatsu Therapy School & Clinic in Minneapolis, 2018. Avec Cari Pelava (à gauche) et Mark Duhamel (à droite)

Je crois savoir que vous êtes l’un des fondateurs de la Fédération américaine de Shiatsu. Comment cela s’est-il produit ? Quel rôle avez-vous joué et avec qui ?

Permettez-moi de vous citer cet extrait du bulletin intérimaire de l’American Oriental Bodywork Therapy Association, hiver 1990.

« L’association a été officiellement constituée en 1990.

Le week-end du 26 et 27 août 1989, les dirigeants des principales associations et écoles américaines de thérapies corporelles orientales se sont réunis à Kerhonset, dans l’État de New York, et ont décidé de créer l’American Oriental Bodywork Therapy Association (AOBTA). L’objectif était de rassembler les praticiens américains de nombreuses thérapies corporelles orientales et de développer des normes éducatives élevées au niveau national. Les représentants des groupes ont accepté de regrouper leurs associations afin de former une nouvelle organisation nationale unifiée capable de représenter et de parler au nom de tous les praticiens des thérapies corporelles orientales. À l’époque, les principaux groupes qui ont accepté de s’unir étaient les suivants :

  • The American Shiatsu Association (ASA)
  • The Midwest Shiatsu Association (MSA)
  • The Shiatsu/Anma Practitioners’ Association (SPA)
  • The Jin Shin Do® Foundation”
Dr DoAnn T. Kaneko démontrant le Shiatsu, en 1992

Nandi (Carl) Dubitsky, directeur de l’éducation, était l’un des trois de mes étudiants qui se sont engagés à en apprendre davantage sur Anma. Il a publié son livre sur Anma avant le mien, mais il est décédé avant moi, ce qui a été une grande perte. Lors de la création de l’AOBTA, je me souviens que le président de l’AOBTA, Steven Schenkman, et Cindy Banker se rencontraient souvent. J’avais déjà fondé l’association SPA, mentionnée précédemment, et nous avons tous amené nos étudiants et thérapeutes aux premières conventions de l’AOBTA. La première était à la Nouvelle-Orléans, la seconde en Arizona. Mais à l’époque, je dirigeais mon école et ma clinique, en plus de mon travail clinique intense, 6 jours par semaine, 7-8 patients par jour, donc je ne pouvais pas rejoindre leur conseil d’administration. En outre, je suivais un programme de doctorat et d’O.M.D. à l’université SAMRA de médecine orientale.

Au cours de votre carrière, vous avez rendu de nombreux services, notamment à la ville de Santa Monica, en aidant à la santé de tous. Mais vous avez aussi fait quelque chose d’un peu fou : suivre Bob Wieland[6] dans sa traversée des USA en fauteuil roulant. Parlez-nous de cette aventure !

L’un de mes diplômés les plus talentueux, Geary Whiting, était très impliqué dans la campagne de Bob et j’ai eu l’occasion de l’assister seulement vers la fin de sa traversée du pays en fauteuil roulant. C’était une chose étonnante à voir. Parfois Bob utilisait uniquement ses bras, sans fauteuil roulant. Il portait son corps avec ses bras et ses poings directement sur le sol. Nous avons travaillé sur ses bras et ses mains avec une autre diplômée, Lissa Hakim. Ce fut une expérience inoubliable !

Bob Wieland est une inspiration pour toutes les personnes handicapées. Il a fait beaucoup de marathons. Ici à New-York en 1982. Puis il a traversé les USA en 3 ans, 8 mois et 6 jours en 1988.

Depuis vos débuts, vous avez donné de nombreuses conférences dans le monde entier, des séminaires et formé des centaines d’étudiants. Avec votre expérience de presque 50 ans, quelle est votre opinion sur le Shiatsu actuel aux USA ?

J’ai beaucoup d’espoir dans l’AOBTA. Ils ont maintenu une haute qualité des standards du travail corporel asiatique, et ont soutenu leurs membres. Le courant principal du Shiatsu et de l’Anma a été guidé par AOBTA grâce à plus de 30 ans de travail en coopération avec des membres engagés pendant une longue période. Je respecte tous les membres majeurs qui ont un grand dévouement pour réglementer et promouvoir la médecine énergétique asiatique auprès du grand public ainsi que pour éduquer les autres membres. J’ai bon espoir de voir la haute qualité et le standard du travail corporel asiatique maintenus par AOBTA alors que de nombreuses variétés de Shiatsu ont été créées. Au début de l’AOBTA, le Shiatsu et l’Anma étaient peu connus. Aujourd’hui, l’histoire est révélée et de plus en plus de thérapeutes suivent le concept d’intégration de ces modalités de guérison comme dans la médecine chinoise. Par exemple, le Qigong, le Daoyin et le Liandan [7] ont été pratiqués dans le cadre de la thérapie Anma en combinaison avec la médecine taoïste de Chine. Ces modalités entrent dans le cadre de la pratique de l’acupuncture. Aujourd’hui, les communautés de Shiatsu sont comme les communautés d’acupuncture aux États-Unis. Les anciennes modalités de guérison asiatiques sont en train de revivre et le travail corporel asiatique, comme celui des thérapeutes Shiatsu et Anma, inclut ces modalités. C’est une ère très excitante pour les industries du massage et du travail corporel.

Tous les présidents précédents de l’AOBTA ont été formidables. Debora Smith et Cindy Banker sont des thérapeutes Shiatsu extraordinaires qui ont fait preuve de détermination dans l’enseignement du Shiatsu. Je les respecte et j’admire leur engagement à travers des décennies de travail bénévole.

Pendant toutes ces années, vous n’avez pas seulement enseigné, vous avez aussi beaucoup étudié et pratiqué. En particulier le Qigong et le Taoïsme.

La guérison n’est pas l’art de soigner les symptômes par des techniques comme l’Anma, le Shiatsu et l’acupuncture. Pour en connaître l’essence, il faut apprendre leur culture et leur philosophie, où l’on trouve souvent des éléments spirituels.

Je me sens très fort, purifié, aimé, protégé et soutenu par mes pratiques disciplinées et spirituelles de chaque jour. Cela me donne une force de vie illimitée. Il s’agit essentiellement de médecine bouddhiste, complétée par le taoïsme et intégrée à la médecine quantique. Je veux aider d’autres guérisseurs et partager mes 9 états d’esprit pour améliorer leurs pratiques spirituelles. Ces deux médecines m’ont inspiré le concept des 7 portes d’or. C’est comme les maîtres du jazz moderne, les danseurs de ballet moderne et les peintres qui ont souvent appris des classiques en premier. En japonais, on dit Onko Shishin (温故知新). J’ai eu beaucoup de chance de recevoir cet Anma traditionnel de mes parents. L’Anma a un profond fond taoïste et j’y ai ajouté une essence de guérison spirituelle bouddhiste. Je tiens à dire qu’il n’est pas nécessaire d’être bouddhiste ou taoïste pour pratiquer l’Anma et le Shiatsu. 

Il est ironique que je sois venu aux États-Unis pour faire l’expérience de la culture américaine, mais que je me sois rendu compte de la valeur de la culture orientale et japonaise. Je me souviens d’un dicton japonais : Todai Moto Kurashi (灯台下暗し 暮らし) qui signifie » vivre dans l’obscurité ou la cécité au pied du phare ». J’ai rencontré de merveilleux programmes de guérison spirituelle pendant mon séjour à New-York, comme l’enseignement du Dr Mishura à l’ashram d’Ananda, l’enseignement zen d’Eido Roshi, l’enseignement macrobiotique de Michio Kushi, l’enseignement du Tai Chi Ch’uan de Da Liu, le Shiatsu de Ohashi senseï et la cérémonie du thé japonais Urasenke dans le bâtiment de l’ONU. Et j’apprécie ces antécédents spirituels qui me donnent la profondeur des arts et je ressens une foi plus forte.

Démonstration de baduanjin qigong à l’université SAMRA, jour de la cérémonie de doctorat, 1985

L’une des choses que vous souhaitez faire est de partager avec la médecine occidentale ce qu’est la véritable essence de la guérison. Vous parlez d’embrasser les sept portes d’or et de s’engager dans le Tenshoku. Je ne suis pas familier avec ces concepts. Auriez-vous l’amabilité de me les expliquer ?

Je crois que la guérison que nous expérimentons fait partie des miracles que l’univers manifeste. Nous devons donc reconnaître, apprécier et embrasser ces miracles de l’univers. C’est l’énergie et le pouvoir de la conscience cosmique. Dans mon paradigme de guérison, je partage 7 précieux miracles de guérison que l’univers manifeste. Ces vérités de l’univers sont là et simultanément dans notre conscience cosmique également.

  • Le pouvoir de l’univers
  • Le pouvoir de la sagesse
  • Le pouvoir de la compassion
  • Le pouvoir de la transformation/du changement (métabolisme)
  • Le pouvoir de la cohérence/continuité (homéostasie)
  • Le pouvoir de l’équilibre
  • Le pouvoir de la spiritualité : Conscience cosmique

J’ai appris et reconnu ce que le Taoïsme et le Bouddhisme m’ont enseigné. Premièrement, le pouvoir du Tenshoku (天職) qui signifie « La tâche qui a été assigné par Dieu ou le Ciel ». Mes parents m’ont transmis cette profession de guérisseur divin et je suis reconnaissant de continuer à travailler pour les personnes qui ont besoin d’aide et à éduquer le grand public sur la guérison et le bonheur.

L’intégration est l’un des concepts les plus importants et mon paradigme de guérison est la cristallisation du Taoïsme, de la médecine bouddhiste, de la médecine ayurvédique et de la guérison quantique. La véritable essence de la guérison se produit lorsque nous parvenons à intégrer le corps, l’esprit et l’âme. La maladie survient lorsque nous avons un corps, un mental et un esprit qui sont comme éclatés.

Ces dernières années, vous avez beaucoup parlé de la notion de bonheur inconditionnel à travers ce que vous appelez les neuf états d’esprit. Pouvez-vous nous expliquer ce que vous entendez par là ?

Notre objectif dans les arts de la guérison est d’aider et de guider les gens à se sentir heureux. Mais souvent, ce type de bonheur est relatif à certaines conditions. Les gens disent : « Si j’ai ceci et cela, je serai heureux« . C’est une erreur. Je veux guider les gens à réaliser un bonheur inconditionnel, même s’ils sont malades, ils peuvent toujours être heureux et être capables de sourire aux autres. Je veux les aider à se réveiller de l’obscurité fondamentale et à vivre leur vie pleine de compassion, de sagesse et de force vitale, en guidant les autres vers le bonheur également. Dans le Bouddhisme, on peut être illuminé à tout moment et en tout lieu lorsqu’on prend conscience de la vérité. Je veux encourager les gens à cultiver la sagesse, la compassion et leur force vitale de Qi pour réaliser le bonheur inconditionnel.  C’est pour cette raison que j’ai mis en place ces neuf mentalités. En parlant d’illumination, si vous servez votre peuple et le rendez heureux en Afrique, vous êtes illuminé. Voici les 9 mentalités :

  1. Esprit d’appréciation 感謝祈り心 (kansha-shin)
  2. Esprit de respiration (pour l’unité avec l’Univers), 呼吸心 (kokyushin)
  3. Esprit bienveillant, 慈悲心 (jihi-shin)
  4. Esprit paisible, 平常心 (heijyo-shin)
  5. Esprit pur, 清浄心(shoujyo-shin) (heijyo-shin)
  6. Esprit souriant et brillant, 微笑み光心 (hohoemi gokoro)
  7. Esprit endurant, 忍耐心 (nintai-shin)
  8. Esprit respectueux, 尊敬心 (sonkei kokoro)
  9. Esprit de bonheur inconditionnel, 絶対幸福心 (zettai kofuku-shi )
DoAnn T. Kaneko sensei. 2019.

Houlà, je vois maintenant que je ne suis loin d’être illuminé, mais merci (rires). Il est clair que votre détermination aujourd’hui est orientée vers l’éducation à la santé, au bonheur et à l’équilibre dans la vie. Par exemple, le stress est une préoccupation pour tout le monde de nos jours. Comment apprenez-vous aux gens à gérer le stress ?

Le stress peut être mauvais, mais il peut aussi être bon. Tout dépend de la façon dont nous l’interprétons. À cause du stress, j’ai plus d’occasions de chanter, de prier, de méditer et de pratiquer la patience, l’espoir et la foi. Le stress nous oblige à avoir une foi résistante. Je peux devenir plus sage et plus fort avec chaque nouveau stress. S’il n’y avait pas de stress, je ne pourrais pas atteindre ce niveau de ma force vitale.

Nous devrions comprendre que lorsque la douleur est inévitable, la souffrance est facultative. Il faut s’éclairer en transformant le poison (le stress) en médicament (la guérison).

Je voudrais terminer par une dernière question plus large, plus philosophique : comment vivre sa vieillesse avec grâce ?

Il est possible de vieillir avec grâce en ralentissant, en arrêtant et en inversant le processus de vieillissement dans certaines zones, tissus et organes, grâce à un entraînement discipliné quotidien au niveau physique. Je dispose de nombreuses modalités de guérison, notamment le chant, la respiration, le Qigong, le Daoyin, le Liandan [7], la moxibustion, le frottement avec un chiffon sec, les aliments médicinaux, etc. Mais au-delà du corps, l’esprit joue un rôle important. Ce qui me vient à l’esprit, c’est de rester « jeune de cœur ». Plus que cela, gardez votre passion et votre esprit pionnier, un style de vie artistique et créatif que vous avez connu à l’adolescence. En outre, vous vous sentez plus jeune en servant et en prenant soin des autres, notamment en aidant les enfants. C’est facile à dire mais il est certain que le bonheur inconditionnel se traduit par la qualité ultime de notre vie. La question n’est pas de vivre plus longtemps, mais de savoir comment nous pouvons vivre pleinement notre vie.

Merci beaucoup pour votre temps et pour votre disponibilité. C’est toujours un grand plaisir de pouvoir échanger avec un maître comme vous. J’espère pouvoir échanger plus souvent avec vous à l’avenir.

Merci beaucoup pour votre patience. Vous avez été très coopératif. J’apprécie votre incroyable Qi et votre humanité. Je prie pour votre Ki et pour qu’il atteigne de nombreuses personnes qui ont besoin d’aide.

Je vous remercie.


Auteur/Traducteur : Ivan BEL


Notes :

  • [1] Waichi Sugiyama (1610-1694) est largement considéré comme le « Père de l’acupuncture japonaise ». Aveugle, il a étudié l’acupuncture mais aussi le massage Anma.
  • [2] Yoshida-ryū (吉田流), l’une des rares traditions de massage Anma qui subsistent au Japon. Pour en savoir plus sur cette école, lire cet article sur le Yotsume dojo.
  • [3] Lire l’histoire de la fondation et de l’histoire de la Toyo Shinkyu Gakko.
  • [4] Pour en savoir plus sur l’Université SAMRA, consulter leur site web.
  • [5] Pour en savoir plus sur le Dr Katsusuke Serizawa, lire ce post de Billy Ristuccia dans le groupe Facebook « History of Shiatsu ».
  • [6] Bob Wieland est un vétéran du Vietnam, blessé pendant la guerre. Il a perdu ses jambes mais pas sa bravoure. Pour en savoir plus sur lui, consulter sa page wiki.
  • [7] Liandan est un exercice qui consiste à manipuler le Dantian dans 4 directions, comme les exercices du plancher pelvien. En déplaçant le Dantian par exemple dans 4 directions, d’avant en arrière, dans le sens des aiguilles d’une montre et dans le sens inverse, dans 4 positions.

Livre :

  • Shiatsu Anma Therapy DoAnn’s Short & Long Forms, AuthorHouse, 2010