Les points « Source »

Les points « Source »

Les points « Source » représentent généralement la première famille de points que les étudiants apprennent par cœur. Simple à repérer, ces points sont un classique dans les traitements de base en Shiatsu. Mais à l’étude, il révèle une profondeur tout à fait passionnante qui nous emporte bien plus loin que l’on pourrait le croire au premier abord. Redécouvrez les points Sources et la manière dont ils fonctionnent.


N’importe quel étudiant qui débute l’apprentissage des méridiens apprend le point de départ, celui d’arrivée et entre les deux, le point Source. Pourquoi cette famille de points surgit-elle si rapidement dans l’étude ? Tout d’abord parce que chaque méridien en possède un, sans exception à la règle, ce qui est bien pratique, soit 12 méridiens = 12 points Source. Ensuite, les points Source permettent de ressourcer un méridien, de le réénergiser ainsi que l’organe associé quand celui-ci est à plat, surtout en ce qui concerne ceux situés sur les méridiens Yin (voir plus bas : Utilisation des points Source). Comme une source que l’on débouche, il laisse le Ki remonter à la surface puis s’écouler dans le méridien. D’ailleurs pour désigner le mot source en chinois, il existe deux caractères différents.

  • Le premier 泉 (quán) indique une cavité d’où surgit l’eau.
  • Le second caractère 源 (yuán) reprend le premier caractère et lui ajoute une clé à gauche qui insiste sur l’idée d’écoulement de l’eau à partir de la source. On comprend mieux qu’en cas de Vide, ce point devient rapidement un réflexe de traitement.

Ceci dit, il n’est pas toujours évident de débloquer cette source. Le point Source peut lui aussi devenir « sec » et sans énergie. Il faut donc le stimuler, le tonifier, afin qu’il puisse jouer son rôle, ce qui ne se fait pas toujours sans douleur. Que celui ou celle qui a déjà connu un vide d’énergie important se rappelle dans quel état se trouve le R3 par exemple. Il devient dur comme un caillou et il est douloureux à la pression. C’est pourquoi les points Source reviennent très souvent dans les traitements et l’équilibrage des méridiens entre couple Yin/Yang avec l’aide du point Luo du méridien de polarité opposé (principe de l’hôte et de l’invité). Les praticiens devraient les toucher tous les jours pour vérifier leur état, ce qui permet de s’auto-diagnostiquer assez facilement.

Fonctionnement des points Source

Le plus important à savoir dans l’utilisation des points Source consiste à connaître la différence entre les points des méridiens Yang et ceux des méridiens Yin, car leurs effets ne sont pas les mêmes.

  • Pour les méridiens Yin, les points Source servent à tonifier les organes, à les ressourcer.
  • Sur les méridiens Yang les points Source servent surtout à chasser les facteurs pathogènes.

Selon l’Axe spirituel, les points Source sont à choisir pour traiter des pathologies des organes Yin. Et pour cause, ils sont en relation avec le Ki originel (Yuan Qi). Celui-ci est contenu dans les Reins, stocké notamment dans Qihai (chin.)/Kikai (jap.), le fameux VC6, « Mer de l’énergie ».

Selon le Classique des difficultés, on peut voir au chapitre 2 qu’il existe une petite information complémentaire. Les points MC7 et C7 sont tous les deux les points « Source du Cœur ». Mais cela est dû à la méconnaissance de ces deux organes (cœur et péricarde) qui n’en faisaient qu’un à l’époque de la rédaction de ce classique de médecine chinoise. Il est surtout dit que le Qi originel, situé entre les deux reins, au point Ming Men (chin.)/Meimon (jap.) alias VG4, la « Porte de la Vie » est la racine des 12 méridiens. Le Triple Réchauffeur permet au Qi originel de circuler dans les trois foyers, de se différencier, puis d’aller aux différents organes et enfin à leurs méridiens respectifs. Le Qi ressurgit alors aux points Source. Autrement dit, l’énergie qui vient ressourcer un méridien via son point Source ne sort pas de nulle part. C’est du Yuan Qi.

A savoir : le point Source du Triple Réchauffeur sert d’accélérateur à la distribution de l’énergie dans tout le système des méridiens.

Attention toutefois à ne pas les utiliser tous à la fois chez une personne en état de faiblesse généralisée (burn-out par exemple), car l’effet sera inverse à celui désiré. En gros, s’il n’y a pas suffisamment de Qi dans le corps, notamment dans les Reins, le fait d’appeler plus de Qi sur un point va « brûler » ce point en lui demandant d’agir alors qu’il n’a pas assez de ressources pour cela. C’est un peu comme faire tourner une machine sans huile. Très vite la machine va s’échauffer et finir par brûler. Cela est valable pour tous les points du corps dès que celui-ci est profondément affaibli. Pour remonter correctement l’énergie d’une personne dans ce cas là il faut se référer à la théorie des 6 couches.

Quels sont les véritables points Sources des méridiens Yang ?

Puisque juste avant on a dit que les points Sources des méridiens Yang servent à chasser les éléments pathogènes, ce ne sont donc pas les points qui ressourcent ces méridiens. Mais alors, qui fait le « job » ? C’est le rôle de la famille des 6 points Mers inférieurs, dont le nom Mer devrait nous mettre la puce à l’oreille. Lorsque l’on voit le mot « Mer » dans un atlas d’acupuncture, cela signifie qu’il s’agit d’un point profond comme la Mer, avec des effets de fond, qui contient beaucoup d’énergie. La dénomination « Mer inférieur » indique de surcroit que le point se trouve dans le bas du corps puisque on a traduit « inférieur » au masculin et non pas au féminin ce qui impliquerait que c’est « moindre ». Ce n’est pas le cas, bien au contraire. Ces points sont très puissants.

Ces points sont :

  • Pour l’Estomac : E36 (Zu san li) à 3 cun (une main) de E35 qui est à l’angle externe et inférieur de la rotule, ou bien à 1 cun ext. sous la tubérosité du tibia. Il est aussi le point Mer des 5 Shu Antiques de l’Estomac, donc double effet.
  • Pour le Gros intestin : E37 (Shang Ju xu) à 3 cun (une main) sous E36. Il est aussi un point de la famille dites des 4 Mers. Donc double effet.
  • Pour l’Intestin Grêle : E39 (Xia ju xu) à 3 cun (une main) sous E37. Il est aussi un point de la famille dites des 4 Mers. Donc double effet.
  • Pour le Triple Réchauffeur : V39 (Wei yang) à 1 cun latéral vers l’extérieur du creux poplité (V40)
  • Pour la Vessie : V40 (Wei zhong) au milieu du creux poplité. C’est aussi le point Mer des 5 Shu Antiques de la Vessie, donc double effet.
  • Pour la Vésicule Biliaire : VB34 (Yang ling quan), dans la dépression sous la tête du péroné. Lui aussi point Mer des 5 Shu Antique du TR, donc double effet.

Ces points sont tous bien connus et finalement ne sont pas une si grosse surprise que ça. Tout d’abord on voit bien la puissance de l’Estomac et de la Vessie comme grands distributeurs d’énergie Yang pour presque tous les organes, à l’exception de la VB qui se débrouille toute seule. Ensuite, tous les points sauf celui du TR font partie d’une seconde famille qui porte aussi le mot « Mer », ce qui en dit long sur leur puissance à ressourcer, à nourrir, le méridien.

A présent que nous y voyons plus clair, nous allons pouvoir visiter les points Source selon la tradition, c’est-à-dire en y incluant aussi les points Yang. Mais lorsque vous chercherez à utiliser les points qui ressourcent vraiment les méridiens Yang, vous vous reporterez à la liste des points Mer inférieur. Ainsi vous augmenterez votre action pour redonner la pêche à tous les méridiens sans discrimination.

Localisation des points Source

La règle dit que pour trouver les points « Source », il faut partir des extrémités des membres (doigts et orteils) sans tenir compte du sens de circulation du Qi du méridien. À partir de là, le point « Source » est toujours le 3ème en remontant un méridien Yin et le 4ème en remontant un méridien Yang. Il existe une exception (qui confirme la règle) pour la Vésicule Biliaire où c’est le 5ème point. Ainsi, lorsqu’on connaît par cœur l’emplacement des points sur les méridiens, il est facile de les retrouver en comptant à partir de l’extrémité des membres.

Plus facile encore, la quasi-totalité des points « Source » des méridiens du bras (Shǒu 手) se trouve dans le pli du poignet, face interne comme externe (sauf 4GI et 4IG qui sont un peu décalés). Sur les méridiens de la jambe (Zú 足), ils se répartissent comme suit : deux sur la face interne du pied, deux sur la face externe et deux encore sur le dessus du pied. Sachant tout cela, il n’y a plus qu’à passer à la pratique avec la liste qui suit.

Sommaire des points « Source »

  • Poumon : 9P
  • Gros Intestin : 4GI
  • Estomac : 42E
  • Rate-Pancréas : 3RP
  • Cœur : 7C
  • Intestin grêle : 4IG
  • Vessie : 64V
  • Rein : 3R
  • Maître du cœur : 7MC
  • Triple Réchauffeur : 4TR
  • Vésicule Biliaire : 40VB
  • Foie : 3F

9P : Abîme suprême (Tai yuan)

Infos : Le nom de ce point indique qu’il est profond. C’est l’endroit où l’artère radiale s’enfonce. Son nom ancien est plus clair encore : Taiyuan, ou « Source suprême », qui indique qu’il s’agit de l’endroit où est distribué le Qi. Pour le localiser, il faut aller dans le pli du poignet, sur le trajet du méridien du Poumon, dans un creux juste à côté et vers l’extérieur de l’artère radiale.

Effets : Calme la toux et fluidifie les sécrétions, tonifie le méridien du Poumon, renforce les vaisseaux sanguins.

4GI : Fond de la vallée (He gu)

Infos : Aussi connu sous le nom de Hukou « Bouche du Tigre » (pour indiquer sa force, mais aussi l’espace entre l’index et le pouce), ce point possède à la fois le sens de « s’ajuster, harmoniser » et de « ravin profond, gorge ». Là encore, l’idée de profondeur nous explique qu’il s’agit d’un point « Source », qui va chercher dans les entrailles l’énergie nécessaire au méridien. Il fait également partie des points des 4 barrières.

Effets : Favorise la communication dans les Luo, débloque les nœuds (rôle des 4 barrières), ôte les douleurs, soulage la superficie, élimine le Vent, rectifie le Yang dans la partie supérieure du corps, purifie la Chaleur, éveille le cerveau, lève les problèmes intestinaux, ouvre les orifices, traite les problèmes de la face et de la cavité buccale, élimine le blocage du Sang menstruel.

42E : Battements Yang (Chong yang)

Infos : Ce point possède de nombreux surnoms qui sont tous très significatifs de sa fonction : « réunion du jaillissement, réunion de la source, os réunis, réunion du pli (de flexion de la cheville), réunion de l’énergie Yang », ou tout simplement « cou de pied ». Avec tous ces noms, il est facile de le localiser. En effet, il se trouve sur le cou de pied, à 1,5 pouce sous le 41E, et à côté de l’artère dorsale du pied, entre les métatarses du gros doigt de pied et du second doigt de pied.

Effets : il rétablit la libre circulation du Yang, renforce la Rate, élimine l’Humidité.

3RP : Le grand blanc (Tai bai)

Infos : Évidemment, la traduction de ce point fait penser au requin blanc qui nage dans les eaux froides d’Afrique du Sud, mais il n’a aucun rapport… sauf peut-être la douleur qu’il inflige lorsqu’il ne va pas bien. En réalité, il s’agit d’une mauvaise traduction, car en réalité il faut dire « la grande blanche », qui est le surnom attribué en chinois à la planète Vénus.  Celle-ci est reliée à l’élément Métal et ce point est celui des 5 Shu antiques qui correspond à la Terre, donc qui engendre le Métal. Il a également fonction de point Ben, soit Racine. Il se trouve en arrière du 1er métatarsien, sur le bord interne du pied.

Effets : Tonifie la Rate, traite les diarrhées liées aux états de Vide (de la Rate, de l’Estomac, du Rein)

7C : Porte de l’Esprit (Shen men)

Infos : La Porte de l’Esprit (Shen) est l’un des points les plus connus, car son efficacité pour calmer le mental est très puissante. Mais il est aussi connu sous le nom de Duichong, soit « carrefour des échanges », car il est à la croisée de nombreux aspects de l’énergie, dont le Sang, le Qi et le Shen. On le trouve dans le pli du poignet, côté antérieur, sur le méridien du Cœur.

Effets : Il tonifie le méridien du Cœur, calme le Shen, tonifie le Sang qui ancre le Shen, disperse le feu du Cœur, ouvre les orifices, favorise le sommeil, traite l’épilepsie, arrête les pertes séminales, atténue les pertes de mémoire, traite les règles perturbées par les émotions.

4IG : Os du poignet (Wan gu)

Infos : situé dans la dernière pliure après articulation du 5ème métacarpe, entre chairs rouge & blanche, côté de l’auriculaire. Si ce n’est pas clair pour vous, peut-être que vous pouvez vous dire qu’il est à l’extrémité de la « ligne de cœur », si vous aimez lire les lignes de la main. Le sens original de ce point est assez curieux. « Hou » représentait le personnage qui se tient derrière un prisonnier, prisonnier dont les membres inférieurs étaient attachés. A priori, il s’agit d’un gardien qui accompagne un prisonnier, tout en restant en arrière, et le tient par une corde. Le sens a évolué en « marchant en étirant un fil », puis plus récemment dans l’histoire de la langue chinoise en « arrière, postérieur, derrière ». L’autre mot indique un torrent au fond d’une vallée, ce qui dans le contexte des points « Source » est tout à fait parlant. Mais qui est derrière, caché, mais relié par une corde ? C’est le Vaisseau Gouverneur, dont 3IG est le point Clé, ce qui ne fait que renforcer son rôle de point « Source ».

Effets : il stimule le Taiyang, élimine l’énergie perverse vers l’extérieur, communique avec le Du Mai (VG), traite le haut du dos (point distal), traite l’épilepsie.

64V : Os saillant (Jing gu)

Infos : Cette fois le nom de ce point nous éclaire sur sa localisation, c’est ce qu’on appelle un nom « géographique ».  En l’occurrence, l’os saillant est celui du bord latéral du pied (côté externe). Le point se trouve juste en-dessous et en avant (dans le sens du méridien) de la tubérosité de l’os. Son autre nom est « Os capitale », afin de surligner son importance. Toutefois, on peut s’étonner que le point ne soit pas si profond que ça. Sans doute est-ce l’exception qui confirme la règle ? Ou alors, on se rappellera l’existence des points « Mer inférieure », mais ceci est une autre histoire…

Effets : Il chasse le Vent, disperse la chaleur, améliore la circulation dans le méridien.

3R : Suprême vallée (Tai xi)

Infos : Nous voilà encore une fois en prise avec le terme « suprême ». Lorsque celui-ci apparaît, pensez bien qu’il n’est pas usurpé. Ce terme met l’accent sur l’importance thérapeutique de ce point. Toute personne donc le point « Source » du Rein n’est pas en forme, s’en souvient généralement dès qu’on appuie dessus : celui-ci est dur comme une pierre. De fait, le shiatsushi a l’impression de sentie du gravier sous les doigts, ce qui peut être assez douloureux pour le receveur. Ce point « Source » est d’une grande importance, tout d’abord parce qu’il est celui du Rein, ensuite parce qu’il est le Shu antique qui a la fonction Terre sur ce méridien. La fonction Terre est à mettre en relation avec le Sang et sa fonction « Source » lui donne un dynamisme qui est lié au Feu du Rein. Vous le trouvez dans le creux entre la malléole interne de la cheville et le tendon d’Achille, là où l’on sent battre l’artère tibiale antérieure.

Effets : Il régularise le Chong Mai (Vaisseau Pénétrant) et le Ren Mai (Vaisseau Conception), il tonifie le méridien du Rein, clarifie sa source, contrôle le Feu, rafraîchit le Poumon, arrête les bruits de gorge, nourrit le Yin, tonifie la (bonne) Chaleur utile au corps et élimine l’Humidité.

7MC : Grande colline (Da ling)

Infos : Le point « Source » du Maître du Cœur possède de nombreuses fonctions. Il est lui aussi un point Shu antique avec comme fonction la Terre, il est le point de dispersion (Fils du Feu) et le 4ème des 13 points démons (ou revenants, ou fantômes). Il se trouve au milieu entre le point « Source » du Poumon et celui du Cœur, dans le pli du poignet, entre les deux tendons des fléchisseurs du carpe. Cette place particulière lui confère un rôle particulier que l’on retrouve dans cet autre nom Xinshu (Protecteur du Cœur). Il est là pour protéger son maître (rappelons que le Cœur c’est l’Empereur) et temporiser les émotions en provenance du Poumon.

Effets : il calme l’Esprit (Shen) et le Cœur, il disperse la Chaleur du Cœur, il lève les lourdeurs de l’articulation du poignet.

4TR : Étang de Yang (Yang chi)

Infos : Le point « Source » du Triple Réchauffeur est un cas à part. En effet, le méridien du Triple Réchauffeur n’est pas lié à un organe physique, mais son rôle est de distribuer le Qi de Ming Men («Porte de la Vie ») sur les Trois foyers et par conséquent, à l’ensemble des méridiens. Du coup, le point « Source » booste le Qi dans tous les méridiens et pour cela il lui faut une grande réserve de Yang, d’où son autre nom « Réservoir de Yang ». Mais on ne peut le comparer au Yang Qi vu qu’il propulse le Yuan Qi, c’est pourquoi il se dénomme également « Yang distinct », afin de ne pas le confondre. Il se trouve dans un creux de la face dorsale du poignet, sur le bord ulnaire du tendon de l’extenseur commun des doigts (côté auriculaire donc).

Effets : disperse la Chaleur, renforce les articulations, soulage les tendons, traite la surdité, nourrit les méridiens Yang.

40VB : Grand tertre (Qiu xu)

Infos : Malgré l’absence du mot « grand » dans son nom, ses deux caractères le catégorisent ainsi puisqu’on peut y lire « monticule, coteau, élévation du terrain » et « tertre ». Quand on utilise deux mots pour dire la même chose, c’est que l’on cherche l’emphase. Bref, tout est fait pour qu’anatomiquement vous vous y retrouviez puisque le point est situé juste à côté d’une zone surélevée (la malléole externe de la cheville), dans un creux en dessous et en avant, juste en dehors du tendon de l’extenseur commun des orteils.

Effets : Il purifie la Chaleur du Foie et de la Vésicule Biliaire, il renforce les tendons et les articulations.

3F : Battement extrême (Tai chong)

Infos : Nous finissons la famille des points « Source » par un autre grand classique des traitements en Shiatsu. Son nom précédent était « grand battement », mais cela ne suffisait pas, et de grand nous sommes passés à suprême pour insister sur sa force. Deux sens sont généralement retenus : l’un pour indiquer la proximité de l’artère pédieuse et l’autre pour « grand assaut », ce qui correspond aussi à l’une de ses fonctions qui consiste à faire redescendre le Qi qui assaille le haut du corps. Il est dit aussi qu’il aide le Rein, et pour cause, ce point se trouve juste à la verticale du 1R qui n’est pas un point « Source » mais s’appelle tout de même « Source jaillissante ». Il se trouve sur le dos du pied, en remontant l’espace métatarsien entre les tarses 1 et 2, jusqu’à ce qu’on ne puisse aller plus loin (comme pour 4GI) en raison de la jonction des os. À noter qu’il fait aussi partie des points Shu avec la fonction Terre.

Effets : Il fait circuler le Qi et renforce le méridien du Foie, harmonise le Sang, élimine les convulsions. En dispersion il fait descendre le Qi du Foie qui stagne au vertex (et cause des céphalées) et calme le Yang du Foie.

Bonne pratique !


Auteur : Ivan Bel

La notion de temps en Shiatsu

La notion de temps en Shiatsu

Que ce soit pour apprendre, ressentir, étudier ou pratiquer le Shiatsu, la notion de temps est un facteur indispensable que l’on ne peut compresser. C’est le cas de toutes les Voies (Do), qu’elles soient thérapeutiques, artistiques ou martiales. Car l’Asie nous enseigne que les techniques ne sont pas juste de simples répétitions de gestes, mais un chemin qui mène de soi vers l’autre et revient à soi. C’est ainsi que l’on passe de la technique à l’art et de l’art à la spiritualité. Et pour cela, il faut du temps !


Le temps de l’apprentissage

Les étudiants sont toujours assoiffés de connaissances, de découvertes. Tout nouveau tout beau comme dit le proverbe. Et pour être passé par là, on peut aisément retrouver cette sensation grisante de l’apprentissage de quelque chose de nouveau dès qu’on rencontre un nouvel enseignant, que l’on suit un stage. En Shiatsu cette sensation est d’autant plus forte qu’elle passe non seulement par le cerveau mais aussi par le corps. Les théories et leurs applications, les pressions et les mobilisations, tout cela participe d’un grand plaisir physico-intellectuel qui est jouissif. Et on en voudrait toujours plus, plus souvent, plus vite. Mais ce serait une erreur de suivre nos envies toujours et tout le temps. Il faut aussi savoir prendre son temps.

Dans un cours régulier, au sein d’une école, le rôle de l’enseignant est crucial concernant la gestion du temps. Il se doit d’être le garant du rythme d’apprentissage et de freiner parfois les étudiants en leur apportant des exercices physiques et de ressenti toujours plus fins ou complexes. Cela nécessite du temps, de l’écoute, de la répétition. Pourquoi ? Parce que la plupart du temps en Shiatsu, la leçon est donnée par le corps. Pas par le mental. Les sensations doivent être répétées régulièrement pour devenir une habitude. Puis petit à petit elles infusent dans les muscles, les cellules, jusqu’à ce qu’un jour le cerveau puisse mettre de l’ordre et des mots sur ce que le corps à vécu.

En tant que débutant, on à l’impression que l’on peut faire tout cela très vite. Quel enseignant n’a pas eu un(e) élève plus doué(e) que les autres, capable d’une progression rapide. D’ailleurs, il arrive de recevoir des demandes pour lire plus d’ouvrages, de suivre deux années en une seule, bref d’accélérer le processus. Ce ne serait pas lui rendre service que d’accepter sa demande car on saturerait son cerveau et son corps avec de trop nombreuses informations. Même si c’est frustrant à l’extrême pour certains, il faut suivre pas à pas la Voie du Shiatsu qui apportera ce qu’il faut au bon moment. Mais que l’on accélère le processus d’apprentissage et nous obtenons un(e) étudiant(e) qui croit tout savoir sur tout sans avoir intégré suffisamment de sensations. Au final, cela donne un praticien avec peu d’expérience à ses débuts et qui devra faire face soit au découragement ou à la panique devant la complexité des cas, soit à un ego trop rempli de certitudes.

En regardant ici ou là sur internet on peut trouver des formations « complètes et professionnelles » de Shiatsu en quelques week-ends ou même en deux ans. La tendance générale qui est de fournir des cours sur une durée de 3 années soit + ou – 500h est déjà un peu courte, alors moins que ça semble être une aberration. Demandez à un(e) praticien(ne) avec 20 ans d’expérience s’il a le sentiment de comprendre ou maîtriser tout ce qu’il fait ? Loin de là. Donc croire que l’on peut accélérer le temps d’apprentissage sans en payer les conséquences par la suite est une erreur fondamentale.

Dans notre société où tout va très vite et où il suffit de payer pour se faire livrer ce que l’on veut et donc obtenir tout et n’importe quoi sans effort, on pourrait croire que ce soit le même cas pour les arts asiatiques. Mais si traditionnellement un apprenti restait auprès de son maître une dizaine d’années minimum, c’est qu’il y avait une bonne raison. Le temps pour approfondir l’apprentissage et comprendre les subtilités d’une pensée qui n’est pas la nôtre, ressentir les fluctuations de l’énergie et des tissus corporels nécessite des années et des années. La seule bonne manière d’apprendre est donc toujours de choisir le chemin le plus long, avec patience et humilité. Pas facile…

Le temps de la pratique

Après les études vient le temps de la pratique. Du moins dans notre système d’études occidentales. L’école de Shiatsu Namikoshi de Tokyo par exemple impose les deux à la fois et cumule 2500h de cours et de pratique. Si l’on compare avec le pays européen le plus avancé en nombre d’heures d’études qui est la Suisse avec 850h, il reste encore une différence de 1650h. On comprend le gouffre qui nous sépare des étudiants japonais. Mais bon ! Imaginons que nous soyons malgré tout déjà à peu près compétent à la sortie des études et que nous commencions tout de suite à travailler avec le Shiatsu comme seule activité professionnelle. Je peux vous affirmer que tout reste encore à apprendre.

Tout reste à apprendre car chaque cas qui arrive à soi représente un défi. Bien sûr au bout de plusieurs années on retrouvera des troubles et des déséquilibres récurrents, mais c’est loin d’être une généralité. Ce n’est pas pour rien que les enseignants répètent que les seuls vrais maîtres sont nos patients. Parce que chaque cas est unique et nous enseigne quelque chose, même lorsqu’on pense maîtriser un sujet de base comme les douleurs de dos. Il faut passer au moins 10 ans à répéter les gestes, à poser les intentions, à travailler sa réflexion autour du diagnostic oriental et du traitement avant de se sentir un tant soit peu en confiance. Confiance qui est régulièrement remise en cause avec des nouveaux cas que l’on ne connait pas ou parce que l’on découvre une profondeur inconnue dans un déséquilibre. Par exemple : vous pouvez être bien formé au traitement des douleurs dorsales, vous en faites depuis vos débuts et cela devient une sorte de routine… jusqu’au jour où se présente un cas plus complexe avec problèmes intestinaux, stress émotionnel et protrusion d’un disque vertébral. Votre routine ne tient plus. Il faut chercher et se remettre à étudier.

Les japonais ont une expression pour parler du temps de la pratique : tanren, ou la forge. Ils sont capables de travailler 6 jours par semaine, 8 à 10h par jour, 11 mois et demi par an. Le total des congés dans ce pays est en moyenne de 18 jours. Imaginez-vous maintenant faire du Shiatsu à ce rythme. Cela renforce, oblige à chercher pour s’améliorer, s’économiser énergétiquement, trouver de la force mentale et renforcer son physique pour y arriver. C’est cela la forge. « Mille fois tu remettras ton ouvrage sur le métier » disait-on autrefois. Là, on est bien au-delà des mille fois.

D’ailleurs, amusons-nous à un petit calcul pour comprendre ce que cela représente : 365 j par an – 18 de congés – 52 dimanches = 295 jours ouvrés. A raison de 295 x 8h par jour = 2360h par an. Même si le praticien ne fait pas le plein tout le temps, cela fait tout de même une belle expérience par an. Qui en occident arrive ne serait-ce qu’à 1000h de séance par an ? Ils ne sont pas nombreux les occidentaux à pouvoir le dire. L’expérience peut donc se calculer et on comprend mieux la notion de forge du corps, de l’esprit et du savoir-faire.

Il existe dans le domaine de neurosciences certaines études qui disent que l’on devient un expert en n’importe quoi à partir du moment où l’on dépasse les 10.000h de travail sur un même sujet. Si les Beatles étaient si bons, outre leur génie musical, c’est parce qu’avant d’être connu ils ont joué en Allemagne pendant longtemps dans des bars à musique sur des durées longues et tous les jours ou plutôt toutes les nuits. Ils y ont accumulé une expérience impressionnante, autour des 10.000h. A présent, faites-le calcul .pour savoir si vous avez dépassé les 10.000h de pratique. Cela représente selon votre rythme un minimum de 10 ans de pratique pour les travailleurs intensifs et jusqu’à 15-20 ans pour les autres. Cela ne signifie pas qu’il faut courir et s’épuiser dans le Shiatsu, mais simplement qu’il faut tenir compte de la réalité du temps de pratique avant de s’estimer être « bon ».

Le temps de l’enseignement

On entend parfois des étudiants vouloir enseigner et c’est très louable de leur part. Mais il leur faudra passer par le temps de la forge comme on vient de le voir, avant d’imaginer enseigner. Dans les milieux de l’enseignement (éducation nationale) on dit souvent qu’un professeur doit toujours en savoir 10 fois plus que ce qu’il enseigne. Cela n’est possible que pour les personnes qui ne cessent de se former tout au long de leur vie et accumulent une expérience importante dans leur pratique. Sinon, le risque est grand de ne pas savoir répondre et de manquer d’épaisseur dans les réponses. En Shiatsu cela se voit immédiatement ou se sent au premier contact. Au final, les personnes qui enseignent trop tôt se tire une balle dans le pied. Leurs étudiants sont trop « légers » et non seulement ne savent pas grand-chose mais de plus n’ont pas assez d’expérience corporelle de traitements Shiatsu. C’est la pire publicité qu’un(e) enseignant(e) puisse se faire à lui/elle-même car si une renommée prend des années à se construire, il suffit de très peu de temps pour qu’elle soit démolie.

Enseigner est un art en soi, qui n’a rien à voir avec la maîtrise technique du Shiatsu. Vous pouvez être très bon dans ce que vous faites et complètement nul(le) pour retransmettre votre savoir-faire. Dans notre scolarité nous avons tous croisés ce genre de professeur que l’on a aimé détester. Il faut donc également se former à la pédagogie, à la gestion de groupe, à l’art oratoire, à la dynamique de classe, aux rythmes d’échanges entre théorie et pratique, à l’éthique et la déontologie de l’enseignement, sans oublier quelques notions de gestion bien utiles pour les finances d’une école. Et cela n’a rien à voir avec le Shiatsu qui ne sera « que » le contenu du cours. On peut bien sûr apprendre à enseigner sur le tas, mais cela revient à avoir des étudiants mal formés les premières années. C’est un choix.

Une fois encore, rien ne sert de courir, de se précipiter. Il faut prendre le temps, bien réfléchir, se former et structurer ses cours avant de se lancer. Sans parler d’un énorme travail préalable sur soi. Ce n’est qu’à ce prix que l’on obtient des étudiants qui formeront les futures générations de praticiens qui à leur tour représenteront votre école, votre nom et le Shiatsu tout entier aux yeux du public et des autorités. Le problème, c’est qu’il n’existe pas ou peu de formations pour enseignants de Shiatsu. Il faut donc prendre d’autant plus son temps avant de se déclarer enseignant.

Le temps d’une histoire

Il y a 25 ans, lors d’un de mes voyages en Chine, j’ai sympathisé avec deux bandits, de véritables mafieux, dans le sud du pays. Avec la tombée du soir, nous avions bu quelques verres tandis que défilaient toutes les personnes qui venaient les saluer avant de prendre leur travail : voleurs à la tire, prostituées, vendeurs ambulants, restaurateurs de bords de rue, escrocs en jeux de carte ou de mahjong et j’en passe. En discutant avec eux, je découvris qu’ils étaient tous deux pratiquants de kung-fu depuis au moins 30 ans. Je leur demandais un combat amical et je me retrouvais rapidement sur un petit sentier entre deux rizières face à un homme de petite taille mais bien solide. Il ne lui fallut que 10 secondes pour me propulser à 4 mètres et à me retrouver les fesses dans l’eau d’une rizière. J’éclatais de rire et personne ne perdit la face, du coup la soirée repris de plus belle. Ils me firent ensuite une démonstration de très haut niveau comme celles que l’on peut voir parfois dans les grands festivals d’arts martiaux en Europe et je les félicitais. C’est alors que je demandais s’ils n’avaient jamais songé à enseigner et ouvrir un cours. D’un coup un silence glacial s’installa et je vis leur visage devenir livide. L’un d’eux me répondit avec la voix qui tremblait : « Mais nous ne sommes pas suffisamment formés. Et si notre maître apprenait que nous enseignons sans avoir fini notre formation, je pense qu’il serait capable de nous tuer de ses propres mains ». On pouvait lire la peur sur leur visage.

Cette anecdote nous permet de saisir la différence de perception du temps et du niveau entre un bon praticien/pratiquant en occident et en orient. Et ce n’est pas pour rien que les fédérations de Shiatsu ou d’arts martiaux soutiennent qu’il faut au moins 10 ans de pratique professionnelle avant de pouvoir enseigner, car c’est vraiment un mini-minimum. Il est impossible d’être crédible à moins que ça. Pour ma part j’ajouterais qu’il faut au moins 8 ans de formation en école pour commencer à se sentir légitime dans sa pratique et j’encourage mes étudiants à poursuivre leur parcours dans d’autres écoles. Enfin, en discutant avec de nombreuses personnalités japonaises et occidentales lors des interviews que vous trouverez sur ce blog, tous estiment qu’il faut 20 ans de pratique pour devenir un expert, et 30 à 40 ans pour devenir un enseignant réputé, de ceux qu’un jour on appelle « maître ». Cela nous laisse ainsi le temps de la maturité.

Bonne pratique dans le temps du Shiatsu.


Auteur : Ivan Bel

Interview avec DoAnn T. Kaneko : maître d’Anma et de Shiatsu

Interview avec DoAnn T. Kaneko : maître d’Anma et de Shiatsu

Parmi les grandes figures contemporaines de notre discipline, Tsuneo Kaneko senseï est l’un des grands promoteurs du Shiatsu et de l’Anma, dont il est diplômé longtemps, et détient le titre de Docteur en Médecine Orientale. Formé par les plus grands maîtres, dont le Dr Katsusuke Serizawa, il pratique et enseigne ces deux techniques depuis 50 ans en Californie (USA) et auparavant au Japon. Ses premiers professeurs ont été ses parents car ces techniques sont avant tout issues d’une tradition familiale. Grâce aux nombreux échanges que nous avons eus, j’ai pu découvrir une personne d’une grande profondeur philosophique et spirituelle, aspects que je lui ai demandé de développer dans cette interview. Cette interview n’est donc pas seulement un parcours de vie, mais un véritable partage d’une vie dédiée au soin de ses semblables.


Ivan Bel : Bonjour senseï. Tout d’abord, je voudrais vous remercier d’avoir accepté de faire cette interview. J’espère que tout va bien pour vous et votre famille en Californie, pendant cette épidémie de Covid. Pour commencer, pouvez-vous me parler un peu de votre parcours ? Où êtes-vous né ?

DoAnn T. Kaneko : Je suis née dans la ville métropolitaine très moderne de Tokyo.

Quel genre d’enfance avez-vous eu au Japon à cette époque ?

Je suis née juste après la seconde guerre mondiale, en 1947. Beaucoup d’entre nous à Tokyo avaient perdu leur maison et vivaient dans la pauvreté. Nous étions des baby-boomers qui ont dû faire face à un parcours difficile : études supérieures, emploi, mariage ?! La concurrence était rude pour être du côté des gagnants. Le Japon a connu un redressement miraculeux et a réussi à reconstruire ses familles et son économie parce que tout le monde a fait des efforts pour être prospère et heureux.

Mon père était très conservateur et avait une discipline sévère alors que ma mère était douce et gentille avec nous. J’ai grandi dans une maison où d’autres apprentis d’Anma vivaient avec nous.

Le père – Hideo Kaneko – et la mère – Kimie Kaneko -, tous deux debout au milieu. Assis au milieu, Koichian Inoue senseï, leur maître. Ère Showa 14 (1939), le 11 décembre.

Il semble que vous soyez la deuxième génération d’une famille de praticiens Anma. Cela signifie-t-il que vos parents exerçaient déjà cette profession ?

Mon père pratiquait à la fois l’acupuncture et le massage Anma et ma mère pratiquait le massage Anma. Mes deux parents ont eu une éducation limitée dans leur enfance en raison de la pauvreté de la campagne. Ils se sont rencontrés en tant qu’apprentis chez leur professeur, travaillant et vivant ensemble avec d’autres étudiants. Leur professeur s’est occupé d’eux et ils ont ensuite créé une entreprise qui s’est bien développée.

Après le mariage de mes parents, le Japon a perdu la guerre et mon père est rentré sain et sauf. Mes parents ont travaillé dur et ont rapidement réussi à redémarrer la clinique d’Anma et d’acupuncture qu’ils avaient perdue pendant la guerre. C’était une réussite extraordinaire et ils ont agrandi l’entreprise lorsque mon frère et moi étions au collège. Mes parents nous ont donné, à mon frère et à moi, une éducation excellente et pleine d’amour.

Tsuneo Kaneko (à gauche) et son frère Sadao (à droite)

Et vous-même, à quel âge avez-vous commencé à vous intéresser à la thérapie manuelle ?

Je n’ai jamais aimé la profession de mes parents parce que c’était un métier très ancien, désuet qui n’avait rien de moderne. J’aimais la culture occidentale, je regardais souvent la télévision et j’écoutais des stations de musique populaire à la radio. Ces programmes en provenance des États-Unis me procuraient un sentiment de bonheur. J’étais très ouvert, naïf et américanisé.

Mes parents et moi nous nous attendions peut-être à ce que je réussisse mieux dans un autre domaine. J’ai fini par me spécialiser en économie et j’ai obtenu une licence dans ce domaine à l’université de Rikkio, l’une des six grandes universités de l’Ivy League.

Mais pendant l’université, j’ai eu besoin d’avoir un revenu pour partir en voyage pendant les vacances d’été. J’ai trouvé un emploi à temps partiel auprès de mes parents. J’avais environ 19 ans. Ils m’ont appris à réaliser un traitement d’une heure en Anma. Tout ce que j’avais à apprendre, c’était de maîtriser la séquence et de faire en sorte que mes clients se sentent mieux en me fiant à mon instinct, sans connaître vraiment le contexte théorique avancé, ce qui était une façon très efficace d’apprendre à traiter les gens. Je l’apprécie toujours maintenant. Cela s’appelle taitoku (体得) en japonais et signifie arrêter de se poser des questions et apprendre par l’expérience, comme par exemple apprendre à nager sans manuel.

Quelle est l’origine du style familial Anma que vous pratiquez ?

Mes parents ont étudié l’Anma grâce à leur maître Koichian Inoue (こういち庵) qui enseignait le style Sugiyama-ryū Anma en même temps que la pratique de l’acupuncture. Waichi Sugiyama [1] était un célèbre acupuncteur aveugle qui a publié des livres et ouvert son école. Il a inventé un tube de guidage des aiguilles de style japonais, qui rend l’insertion de l’aiguille indolore et plus facile. Ses enseignements Anma ont été poursuivis pendant plus de 400 ans, mais son style particulier s’est peut-être désintégré, car il n’existe plus d’écoles qui l’enseignent aujourd’hui.

DoAnn Kaneko senseï interviewé à la TV japonaise, Tokyo, 1978

Mon père ne m’a pas enseigné d’autres styles mais je me souviens qu’il a mentionné le Yoshida-Ryū[2] et qu’il a dit qu’il utilisait des techniques de coude fortes et que c’était parfois très douloureux. Lorsque nous pétrissons fortement les tissus du corps, cette action forme parfois un tissu supplémentaire appelé momidako (もみだこ). Il s’agit d’un tissu supplémentaire (fibre, fascia) dû à une stimulation excessive. C’est une des raisons pour lesquelles l’Anma a été dénoncé par les spécialistes du Shiatsu car l’Anma applique beaucoup de ces techniques de pétrissage, plus que des techniques de pression. Je fais très attention lorsque j’enseigne et utilise ces techniques de pétrissage à fibres croisées et à fibres rotatives.

Vous avez décidé d’étudier au Toyo Acupuncture College (Toyo Shinkyu Senmon Gakko) [3] et plus tard au SAMRA – University of Oriental Medicine [4] près de Los Angeles. Quelles matières avez-vous étudiées ?

Tout d’abord, j’ai suivi un cursus de 3 ans à plein temps au Toyo Shinkyu Senmon Gakko qui comprenait le massage Anma, le massage occidental, le Shiatsu, l’acupuncture et la moxibustion. Leur programme d’études comportait davantage de médecine occidentale, d’anatomie, de physiologie, de symptomatologie, de pathologie, de traitement occidental, puis de Kanpo (médecine traditionnelle japonaise), MTC, de techniques et de thérapie traditionnelle des méridiens. Il est extrêmement important de comprendre le point de vue occidental sur la maladie et la santé. Nous devons nous présenter à nos patients et à nos étudiants comme des thérapeutes hautement qualifiés en médecine occidentale et orientale. En outre, j’ai suivi un stage avec le Dr Nobuyasu Ishino, un obstétricien, pour apprendre les herbes à la japonaise. C’est l’une des meilleures formations qui soit et elle m’a aidé à préparer et à réussir l’examen national et à recevoir ma licence au Japon.

Kaneko sensei le jour de la cérémonie de remise des prix, Université de SAMRA, CA, USA, 1985.

Ensuite, j’ai suivi un cours pour mon doctorat en médecine orientale et j’ai obtenu mon O.M.D (Oriental Medical Doctor) à l’université des sciences de la santé de SAMRA, en 1983-1984. J’ai appris l’acupuncture auriculaire, l’électro-acupuncture, les exercices thérapeutiques, les principes de la phytothérapie chinoise et les applications cliniques pour l’alcoolisme et la toxicomanie, la dermatologie, la gynécologie, etc. Mon mémoire portait sur les « 9 sortes d’aiguilles » présentées dans le Zhen Jiu Da Cheng (Compendium d’acupuncture et de moxibustion). Cette application des 9 sortes d’aiguilles m’a aidé à comprendre l’importance de prendre soin à la fois de la surface de la peau et des tissus sous la peau dans la thérapie Anma.

Ces écoles sont célèbres, notamment la Toyo Shinkyu Gakko. Son fondateur était Sorei Yanagiya, je crois ? L’avez-vous rencontré ?

Le Grand Maître Sorei Yanagiya (柳谷 素霊 – 1906-1959) était le fondateur du Toyo Shinkyu Senmon Gakko mais il n’était pas vivant lorsque je me suis inscrit. Sa femme était la présidente à l’époque et je l’ai rencontrée. J’ai eu envie d’introduire l’Anma aux Etats-Unis comme il l’avait fait en Europe. Une histoire célèbre raconte qu’il a soigné Pablo Picasso alors qu’il était en voyage pour donner des conférences sur la science de l’acupuncture. J’ai appris ses enseignements par l’intermédiaire de ses disciples qui enseignaient à l’école. L’un d’eux était Hashimoto Senseï, qui m’a enseigné en privé l’Anpuku de Shinsai Ota tel que Maître Yanagiya Senseï l’a présenté dans son manuel d’Anma.

Grand Maître Sorei Yanagiya (柳谷 素霊) – 1906-1959

Quels sont vos souvenirs de cette période en tant qu’étudiant ? Était-elle difficile ?

C’était une période fascinante au Japon avec ma femme. Je continuais à travailler pour mes parents, à m’occuper de notre nouveau-né, Lisa, en plus d’étudier dur à l’école à temps plein. J’ai très bien réussi dans toutes les voies et c’était miraculeux. J’ai réalisé beaucoup de choses car je savais que je retournerais aux États-Unis pour présenter l’Anma, le Shiatsu et d’autres arts de guérison. J’étais également très intéressé par la science occidentale. Il est extrêmement important pour moi d’intégrer la médecine orientale et occidentale et je voulais être capable d’expliquer les termes classiques de la médecine orientale en termes occidentaux. Trois ans, ce n’était pas assez, mais je voulais profiter au maximum de mon séjour au Japon. J’avais toujours envie d’en apprendre davantage. J’ai continué à aller à l’école aux États-Unis et j’ai obtenu mon doctorat à l’université SAMRA, comme je l’ai déjà mentionné.

Je suis retourné à New-York quelques années plus tard après avoir terminé le cours de 3 ans mais je ne pouvais pas utiliser l’acupuncture là-bas, alors je suis retourné en Californie en 1980 et là j’ai pu utiliser toutes mes techniques. Deux ans plus tard, j’ai ouvert mon école, l’école de massage Shiatsu de Californie à Santa Monica.

L’Anma et le Shiatsu de votre école sont largement influencés par le grand professeur Dr Katsusuke Serizawa [5]. Comment définiriez-vous son influence sur ces techniques ? Avez-vous rencontré Serizawa senseï ?

J’ai rencontré le Dr Serizawa dans son bureau et j’ai partagé mon ambition d’introduire le Shiatsu et l’Anma dans le monde occidental. J’ai été très profondément influencé par ses recherches scientifiques sur le massage Anma, le Shiatsu, l’acupuncture et la moxibustion. Sa définition de l’Anma et du Shiatsu a été normalisée par un manuel officiel. C’était une information très importante pour passer l’examen national selon cette définition officiellement autorisée. Il a publié le livre « TSUBO » en anglais. Il était très clair sur l’application de la médecine traditionnelle chinoise du Yin et du Yang, de l’Anma et du Shiatsu, de l’acupuncture et de la moxibustion.

Dr Katsusuke Serizawa (à gauche) and Dr Tsuneo Kaneko (au centre)

Durant vos études il fallait apprendre le massage occidental. À votre avis, cela apporte-t-il un plus par rapport à l’Anma et au Shiatsu ?

Encore une fois, j’aime apprendre la médecine occidentale et le massage médical occidental, comme la technique de massage lymphatique, qui est différente de la nôtre. Lorsque j’ai compris la différence, j’ai été responsabilisé et j’ai ressenti une force dans la compréhension, l’évaluation et la guérison. J’ai constaté qu’il n’y avait pas de conflit, car j’apprécie la médecine occidentale et je pense qu’elle complète la médecine orientale.

Pouvez-vous me dire qui ont été vos principaux professeurs d’acupuncture, d’Anma et de Shiatsu ?

Mes parents ont été mes premiers professeurs. J’apprécie ce qu’ils m’ont appris et je suis reconnaissant d’avoir pu perpétuer la tradition familiale. Maître Yanagiya Sorei n’était plus là lorsque j’étudiais ses enseignements mais ses disciples étaient là, enseignant dans son école.

Il y avait aussi Nobuyasu Ishino (le doyen de Toyo Shinkyu Senmon Gakko), qui était gynécologue et obstétricien dans sa clinique de Koundo à Tokyo. J’ai fait mon stage avec lui et j’ai appris une méthode d’aiguilletage très sensible et délicate, traitant la peau à un niveau superficiel, et j’ai observé son application clinique des herbes. D’autres professeurs étaient Sato senseï qui enseignait la thérapie Shiatsu basée sur les méthodes du Dr Serizawa et Hashimoto senseï qui partageait les techniques anpuku de Shinsai Ota.

Historiquement, quelles sont les principales différences dans la conception de l’Anma et du Shiatsu ? Vous dites que le Shiatsu est une science moderne et l’Anma une science ancienne. Pouvez-vous préciser ?

L’histoire du Shiatsu n’a pas été correctement présentée dans le monde occidental et ma mission est d’éduquer les communautés Shiatsu avec respect et de révéler la vérité sur l’Anma et le Shiatsu en se basant sur la définition du Dr Serizawa. Ses enseignements étaient les seuls à être reconnus et autorisés comme une norme, dans tous les programmes éducatifs de médecine orientale, à l’époque où j’étais étudiant.

Selon sa définition et son champ de pratique, le Shiatsu a été formé fondamentalement et partiellement à partir du principe et de la pratique de la thérapie classique Anma qui a été importée de Chine vers 701 (le gouvernement japonais a établi un système médical et créé un département de santé au titre de docteur Anma).

Le Shiatsu était pratiqué avant le 20e siècle avec la thérapie Anma, la thérapie Doin (Daoyin en chinois) et la méthode Kappo de la pratique du judo (la réanimation et le réveil des judokas qui s’étaient accidentellement évanouis ou blessés pendant la pratique du judo). Mais après le milieu de la période Meiji (1900), la chiropractie, l’ostéopathie et la spondylothérapie ont été importées des États-Unis au Japon et ont influencé la thérapie traditionnelle Anma-Doin. Elles ont également donné naissance à diverses thérapies manuelles, dont la thérapie Shiatsu.

Le Dr Serizawa n’a pas mentionné le nom des fondateurs de chaque style mais il semble qu’il y ait eu des fondateurs inconnus du Shiatsu avant Tamai Tenpeki. Mais le Dr Serizawa a reconnu le style de Maître Namikoshi avec des termes modernes sans les éléments Anma et MTC. Maître Namikoshi a gagné en popularité parce qu’il a introduit des idées et des applications de la médecine occidentale dans son style de Shiatsu.

Avant de m’intéresser à la profession d’Anma et d’acupuncture de mes parents, j’avais l’impression qu’elle était trop vieille et je ne me rendais pas compte de son efficacité scientifique. Les gens du peuple japonais s’intéressaient aux dernières sciences occidentales et au modernisme et je ne faisais pas exception à la règle puisque nous avons appris les sciences à l’école.

C’est ainsi que Namikoshi senseï a répondu aux demandes non exprimées du public en ajoutant la science dans une nouvelle technique. Les gens ont prêté plus d’attention et ont été attirés par le Shiatsu moderne au lieu du vieux Anma. Maître Namikoshi senseï et son fils Toru senseï ont contribué à rendre le Shiatsu très populaire dans le monde. Ils ont mis en place une formation de courte durée qui s’ajoutait à leur cours régulier de licence de deux ans pour les japonais. Ils ont également enseigné un programme de deux mois. On m’a dit que des étrangers ont fréquenté leur école à Tokyo et que ces étudiants ont introduit le Shiatsu dans leur propre pays. Ohashi senseï était l’un des maîtres de Shiatsu les plus talentueux qui ont suivi ce cours.

Tsuneo Kaneko and Tokujiro Namikoshi senseï lors d’une conférence à Toronto, Canada. 1992.

Le fils du grand maître Namikoshi, Toru Namikoshi senseï, a passé 7 ans aux Etats-Unis, introduisant le Shiatsu aux étudiants de la Palmer School of Chiropractic à Davenport (Iowa) selon le Handbook of Healing Sage Techniques. C’est l’exemple exact de la façon dont le Shiatsu scientifique a été introduit dans le monde sans la notion de massothérapie classique Anma.

Techniquement, cela signifie-t-il qu’il existe des différences ? Par exemple, pouvez-vous me dire quelles sont les différences entre la pression Shiatsu et la pression Anma ?

Je respecte les enseignements du Dr Serizawa, dans ses nombreuses publications et je pratique Anma à travers ma forme longue et à travers ma forme courte. Selon la définition du Dr Serizawa, Anma a été développé en même temps que l’acupuncture et la moxibustion en Chine. La thérapie Anma a été mentionnée dans le livre classique de l’Empereur Jaune. An signifie « presser et calmer » l’excès d’énergie (pour réduire l’inflammation, comme les aiguilles d’acupuncture). Ma signifie « apaiser et tonifier » (comme la moxibustion qui améliore la circulation). Ainsi, l’Anma était utilisé pour apporter l’équilibre en appliquant soit une pression soit un apaisement tout en prescrivant les points vitaux appropriés de chaque méridien et les points des 5 éléments. En outre, lorsque vous appuyez sur le point de pression, l’indication de chaque point de pression doit être réalisée.

Démonstration de Shiatsu au salon de la santé organisé par la chambre de commerce de Santa Monica, 1990.

Le poids des techniques de pression dans l’Anma est limité puisqu’il se concentre sur l’apaisement, le pétrissage, le tapotement, la vibration, la secousse, le claquement, la mobilisation des articulations et l’étirement. Alors que selon le Dr Serizawa, le Shiatsu possède de nombreuses techniques de pression sophistiquées. Le Dr Serizawa a répertorié 7 techniques de pression Shiatsu.

  1. La pression ordinaire qui est appliquée pendant 5-7 secondes
  2. La pression rapide, de 2 à 3 secondes. J’appelle cela la pression intermittente
  3. La pression est également appliquée en augmentant la pression en 2 étapes. Vous pouvez également l’augmenter en utilisant une pression en 3 étapes.
  4. Pression continue avec les paumes pendant une minute environ
  5. Technique de succion avec les paumes ou 4 doigts pour saisir la peau.
  6. Pressage avec des techniques vibrantes
  7. Ajustement énergique non chiropratique, mais technique de poussée peu profonde (le long de la colonne vertébrale).

L’Anma n’utilise qu’une technique de pression simple et limitée, mais le Shiatsu en a beaucoup. La technique de manipulation du Shiatsu est basée sur le Kappo du judo (technique de réanimation et de revitalisation dans la pratique du judo) et la méthode classique Doin.

Nous, les Shiatsushi occidentaux, avons peu de connaissances de l’histoire du Shiatsu, et encore moins de l’histoire de l’Anma. La principale raison est que de nombreux ouvrages japonais n’ont pas encore été traduits. Je suppose que cette histoire remonte bien avant le fondateur du Shiatsu, Tenpeki Tamai ?

Comme c’est le cas dans de nombreux domaines de la culture japonaise, le Shiatsu a éclipsé l’Anma en termes de popularité en raison de l’inclusion de concepts médicaux occidentaux modernes. À un moment donné, la thérapie Anma était la thérapie de massage classique la plus authentique de la médecine chinoise. Malheureusement, ceux qui n’ont pas appris ou réalisé l’importance de l’authentique thérapie Anma ont répandu à la place la thérapie Shiatsu, plus moderne, ce qui a été apprécié par Namikoshi Senseï. Après, Masunaga senseï introduisit un peu de MTC et Maître Ohashi a soutenu ces maîtres du Japon. C’est ainsi que les principaux styles de Shiatsu ont pris racine aux Etats-Unis. Anma n’a pas eu beaucoup de chance d’être introduit aux côtés du Shiatsu, en raison du manque d’intérêt et/ou d’un manque de connaissances et de publications en anglais. Les styles de Shiatsu de Tamai Senseï et Namikoshi Senseï ont des bases anatomiques et physiologiques modernes et occidentales solides et accordent moins de valeur à la MTC authentique.

Dr Kaneko, de plus en plus célèbre. Extrait d’un magazine, en 1992.

Il est important de noter que dans les années 50 et 60, il y avait un conflit entre Anma et Shiatsu. Le Shiatsu avait une vision scientifique plus moderne et la valeur authentique de l’Anma classique était en train de se perdre. De nombreux thérapeutes Anma ne valorisaient pas le Kanpo (漢方), l’Anma perdait ainsi sa valeur médicale orientale et devenait plus commercial.

Mais les thérapeutes Shiatsu voulaient faire appel à la valeur thérapeutique des techniques de pression et de leur application.

Il existe un rapport intéressant selon lequel les techniques de tapotement de l’Anma provoquent une accélération des battements cardiaques (système nerveux sympathique) et ne sont pas bonnes pour les problèmes cardiaques, alors que la technique de pression régule efficacement le système nerveux parasympathique et calme le rythme cardiaque.

Intéressant. Si je ne m’abuse, vous êtes l’un des tout premiers praticiens du Shiatsu aux États-Unis. Qui sont les autres enseignants japonais qui ont présenté le Shiatsu au public nord-américain ?

Le livre « The Tappan’s Handbook of Healing Massage Techniques » de Patricia J. Benjamin et Frances M. Tappan (4e édition ; page 315) indique que plusieurs systèmes de thérapie corporelle asiatique ont été introduits en Occident dans les années 1970 par des personnes comme DoAnn T. Kaneko (Santa Monica), Shizuto Masunaga (Tokyo), Shizuko Yamamoto (Boston), Toshiko Phipps (professeur d’école dans le Vermont, impliqué dans la RBTA), et Takashi Nakamura (spa kabuki, à San Francisco, Anma kata), après Tokujiro Namikoshi (Tokyo) et Toru Namikoshi (Palmer School of Chiropractic à Davenport, Iowa 1950-1960 ). À la page 340, il est mentionné qu’au cours des années 1970, un certain nombre d’autres praticiens ont apporté leurs styles de Shiatsu aux États-Unis, notamment DoAnn Kaneko, qui a apporté une forme appelée Anma-Shiatsu, Shizuto Masunaga, qui a développé le Zen Shiatsu, Shizuko Yamamoto, qui a développé le Barefoot Shiatsu et Wataru Ohashi qui a développé l’OhaShiatsu. En 1977, Takashi Nakamura Senseï a introduit officiellement l’Anma traditionnel dans son école de San-Francisco, la Kabuki Shiatsu School of Massage.

Démonstration d’Anpuku au rassemblement AOBTA, San-Francisco, USA, 2005.

Merci pour ces détails clairs. Vous avez donc finalement décidé de créer votre propre style et de l’appeler simplement Anma-Shiatsu. J’imagine qu’il n’a pas dû être facile d’établir ce type de thérapie au début.

Effectivement, pas du tout. Peu de thérapeutes en Shiatsu connaissaient l’Anma et c’était la réalité aux Etats-Unis. Je l’ai accepté, et pourtant j’étais enthousiaste à l’idée d’introduire l’Anma à travers ma Forme Longue, un kata de 60 minutes avec 3 postures et environ 130 points sur les principaux méridiens. Je le distingue également du Shiatsu dans ma Forme Courte de 30 minutes avec uniquement des pressions, des exercices de correction-étirement et une technique de mobilisation articulaire.

Après combien d’années avez-vous commencé à enseigner, puis ouvert votre clinique, le Tao Healing Arts Center à Santa Monica ?

C’est vers 1970 que mes parents m’ont enseigné le kata d’Anma. Pendant mes études à Tokyo, de 1976 à 1979, j’ai commencé à enseigner l’Anma et le Shiatsu sous le nom de IDO (医道) Center (The way of healing) pour les étrangers à Tokyo. À l’époque, la plupart d’entre eux étaient des professeurs d’anglais. Je suis retourné à New York en 1979 et j’y ai ouvert le Tao Healing Arts Center. Puis je me suis installé à Santa Monica, en Californie, et j’ai ouvert l’organisation à but non lucratif Shiatsu Massage School of California en même temps que le Tao Healing Arts Center en 1982.

Photo de classe avec Kaneko senseï, au CenterPoint Massage & Shiatsu Therapy School & Clinic in Minneapolis, 2018. Avec Cari Pelava (à gauche) et Mark Duhamel (à droite)

Je crois savoir que vous êtes l’un des fondateurs de la Fédération américaine de Shiatsu. Comment cela s’est-il produit ? Quel rôle avez-vous joué et avec qui ?

Permettez-moi de vous citer cet extrait du bulletin intérimaire de l’American Oriental Bodywork Therapy Association, hiver 1990.

« L’association a été officiellement constituée en 1990.

Le week-end du 26 et 27 août 1989, les dirigeants des principales associations et écoles américaines de thérapies corporelles orientales se sont réunis à Kerhonset, dans l’État de New York, et ont décidé de créer l’American Oriental Bodywork Therapy Association (AOBTA). L’objectif était de rassembler les praticiens américains de nombreuses thérapies corporelles orientales et de développer des normes éducatives élevées au niveau national. Les représentants des groupes ont accepté de regrouper leurs associations afin de former une nouvelle organisation nationale unifiée capable de représenter et de parler au nom de tous les praticiens des thérapies corporelles orientales. À l’époque, les principaux groupes qui ont accepté de s’unir étaient les suivants :

  • The American Shiatsu Association (ASA)
  • The Midwest Shiatsu Association (MSA)
  • The Shiatsu/Anma Practitioners’ Association (SPA)
  • The Jin Shin Do® Foundation”
Dr DoAnn T. Kaneko démontrant le Shiatsu, en 1992

Nandi (Carl) Dubitsky, directeur de l’éducation, était l’un des trois de mes étudiants qui se sont engagés à en apprendre davantage sur Anma. Il a publié son livre sur Anma avant le mien, mais il est décédé avant moi, ce qui a été une grande perte. Lors de la création de l’AOBTA, je me souviens que le président de l’AOBTA, Steven Schenkman, et Cindy Banker se rencontraient souvent. J’avais déjà fondé l’association SPA, mentionnée précédemment, et nous avons tous amené nos étudiants et thérapeutes aux premières conventions de l’AOBTA. La première était à la Nouvelle-Orléans, la seconde en Arizona. Mais à l’époque, je dirigeais mon école et ma clinique, en plus de mon travail clinique intense, 6 jours par semaine, 7-8 patients par jour, donc je ne pouvais pas rejoindre leur conseil d’administration. En outre, je suivais un programme de doctorat et d’O.M.D. à l’université SAMRA de médecine orientale.

Au cours de votre carrière, vous avez rendu de nombreux services, notamment à la ville de Santa Monica, en aidant à la santé de tous. Mais vous avez aussi fait quelque chose d’un peu fou : suivre Bob Wieland[6] dans sa traversée des USA en fauteuil roulant. Parlez-nous de cette aventure !

L’un de mes diplômés les plus talentueux, Geary Whiting, était très impliqué dans la campagne de Bob et j’ai eu l’occasion de l’assister seulement vers la fin de sa traversée du pays en fauteuil roulant. C’était une chose étonnante à voir. Parfois Bob utilisait uniquement ses bras, sans fauteuil roulant. Il portait son corps avec ses bras et ses poings directement sur le sol. Nous avons travaillé sur ses bras et ses mains avec une autre diplômée, Lissa Hakim. Ce fut une expérience inoubliable !

Bob Wieland est une inspiration pour toutes les personnes handicapées. Il a fait beaucoup de marathons. Ici à New-York en 1982. Puis il a traversé les USA en 3 ans, 8 mois et 6 jours en 1988.

Depuis vos débuts, vous avez donné de nombreuses conférences dans le monde entier, des séminaires et formé des centaines d’étudiants. Avec votre expérience de presque 50 ans, quelle est votre opinion sur le Shiatsu actuel aux USA ?

J’ai beaucoup d’espoir dans l’AOBTA. Ils ont maintenu une haute qualité des standards du travail corporel asiatique, et ont soutenu leurs membres. Le courant principal du Shiatsu et de l’Anma a été guidé par AOBTA grâce à plus de 30 ans de travail en coopération avec des membres engagés pendant une longue période. Je respecte tous les membres majeurs qui ont un grand dévouement pour réglementer et promouvoir la médecine énergétique asiatique auprès du grand public ainsi que pour éduquer les autres membres. J’ai bon espoir de voir la haute qualité et le standard du travail corporel asiatique maintenus par AOBTA alors que de nombreuses variétés de Shiatsu ont été créées. Au début de l’AOBTA, le Shiatsu et l’Anma étaient peu connus. Aujourd’hui, l’histoire est révélée et de plus en plus de thérapeutes suivent le concept d’intégration de ces modalités de guérison comme dans la médecine chinoise. Par exemple, le Qigong, le Daoyin et le Liandan [7] ont été pratiqués dans le cadre de la thérapie Anma en combinaison avec la médecine taoïste de Chine. Ces modalités entrent dans le cadre de la pratique de l’acupuncture. Aujourd’hui, les communautés de Shiatsu sont comme les communautés d’acupuncture aux États-Unis. Les anciennes modalités de guérison asiatiques sont en train de revivre et le travail corporel asiatique, comme celui des thérapeutes Shiatsu et Anma, inclut ces modalités. C’est une ère très excitante pour les industries du massage et du travail corporel.

Tous les présidents précédents de l’AOBTA ont été formidables. Debora Smith et Cindy Banker sont des thérapeutes Shiatsu extraordinaires qui ont fait preuve de détermination dans l’enseignement du Shiatsu. Je les respecte et j’admire leur engagement à travers des décennies de travail bénévole.

Pendant toutes ces années, vous n’avez pas seulement enseigné, vous avez aussi beaucoup étudié et pratiqué. En particulier le Qigong et le Taoïsme.

La guérison n’est pas l’art de soigner les symptômes par des techniques comme l’Anma, le Shiatsu et l’acupuncture. Pour en connaître l’essence, il faut apprendre leur culture et leur philosophie, où l’on trouve souvent des éléments spirituels.

Je me sens très fort, purifié, aimé, protégé et soutenu par mes pratiques disciplinées et spirituelles de chaque jour. Cela me donne une force de vie illimitée. Il s’agit essentiellement de médecine bouddhiste, complétée par le taoïsme et intégrée à la médecine quantique. Je veux aider d’autres guérisseurs et partager mes 9 états d’esprit pour améliorer leurs pratiques spirituelles. Ces deux médecines m’ont inspiré le concept des 7 portes d’or. C’est comme les maîtres du jazz moderne, les danseurs de ballet moderne et les peintres qui ont souvent appris des classiques en premier. En japonais, on dit Onko Shishin (温故知新). J’ai eu beaucoup de chance de recevoir cet Anma traditionnel de mes parents. L’Anma a un profond fond taoïste et j’y ai ajouté une essence de guérison spirituelle bouddhiste. Je tiens à dire qu’il n’est pas nécessaire d’être bouddhiste ou taoïste pour pratiquer l’Anma et le Shiatsu. 

Il est ironique que je sois venu aux États-Unis pour faire l’expérience de la culture américaine, mais que je me sois rendu compte de la valeur de la culture orientale et japonaise. Je me souviens d’un dicton japonais : Todai Moto Kurashi (灯台下暗し 暮らし) qui signifie » vivre dans l’obscurité ou la cécité au pied du phare ». J’ai rencontré de merveilleux programmes de guérison spirituelle pendant mon séjour à New-York, comme l’enseignement du Dr Mishura à l’ashram d’Ananda, l’enseignement zen d’Eido Roshi, l’enseignement macrobiotique de Michio Kushi, l’enseignement du Tai Chi Ch’uan de Da Liu, le Shiatsu de Ohashi senseï et la cérémonie du thé japonais Urasenke dans le bâtiment de l’ONU. Et j’apprécie ces antécédents spirituels qui me donnent la profondeur des arts et je ressens une foi plus forte.

Démonstration de baduanjin qigong à l’université SAMRA, jour de la cérémonie de doctorat, 1985

L’une des choses que vous souhaitez faire est de partager avec la médecine occidentale ce qu’est la véritable essence de la guérison. Vous parlez d’embrasser les sept portes d’or et de s’engager dans le Tenshoku. Je ne suis pas familier avec ces concepts. Auriez-vous l’amabilité de me les expliquer ?

Je crois que la guérison que nous expérimentons fait partie des miracles que l’univers manifeste. Nous devons donc reconnaître, apprécier et embrasser ces miracles de l’univers. C’est l’énergie et le pouvoir de la conscience cosmique. Dans mon paradigme de guérison, je partage 7 précieux miracles de guérison que l’univers manifeste. Ces vérités de l’univers sont là et simultanément dans notre conscience cosmique également.

  • Le pouvoir de l’univers
  • Le pouvoir de la sagesse
  • Le pouvoir de la compassion
  • Le pouvoir de la transformation/du changement (métabolisme)
  • Le pouvoir de la cohérence/continuité (homéostasie)
  • Le pouvoir de l’équilibre
  • Le pouvoir de la spiritualité : Conscience cosmique

J’ai appris et reconnu ce que le Taoïsme et le Bouddhisme m’ont enseigné. Premièrement, le pouvoir du Tenshoku (天職) qui signifie « La tâche qui a été assigné par Dieu ou le Ciel ». Mes parents m’ont transmis cette profession de guérisseur divin et je suis reconnaissant de continuer à travailler pour les personnes qui ont besoin d’aide et à éduquer le grand public sur la guérison et le bonheur.

L’intégration est l’un des concepts les plus importants et mon paradigme de guérison est la cristallisation du Taoïsme, de la médecine bouddhiste, de la médecine ayurvédique et de la guérison quantique. La véritable essence de la guérison se produit lorsque nous parvenons à intégrer le corps, l’esprit et l’âme. La maladie survient lorsque nous avons un corps, un mental et un esprit qui sont comme éclatés.

Ces dernières années, vous avez beaucoup parlé de la notion de bonheur inconditionnel à travers ce que vous appelez les neuf états d’esprit. Pouvez-vous nous expliquer ce que vous entendez par là ?

Notre objectif dans les arts de la guérison est d’aider et de guider les gens à se sentir heureux. Mais souvent, ce type de bonheur est relatif à certaines conditions. Les gens disent : « Si j’ai ceci et cela, je serai heureux« . C’est une erreur. Je veux guider les gens à réaliser un bonheur inconditionnel, même s’ils sont malades, ils peuvent toujours être heureux et être capables de sourire aux autres. Je veux les aider à se réveiller de l’obscurité fondamentale et à vivre leur vie pleine de compassion, de sagesse et de force vitale, en guidant les autres vers le bonheur également. Dans le Bouddhisme, on peut être illuminé à tout moment et en tout lieu lorsqu’on prend conscience de la vérité. Je veux encourager les gens à cultiver la sagesse, la compassion et leur force vitale de Qi pour réaliser le bonheur inconditionnel.  C’est pour cette raison que j’ai mis en place ces neuf mentalités. En parlant d’illumination, si vous servez votre peuple et le rendez heureux en Afrique, vous êtes illuminé. Voici les 9 mentalités :

  1. Esprit d’appréciation 感謝祈り心 (kansha-shin)
  2. Esprit de respiration (pour l’unité avec l’Univers), 呼吸心 (kokyushin)
  3. Esprit bienveillant, 慈悲心 (jihi-shin)
  4. Esprit paisible, 平常心 (heijyo-shin)
  5. Esprit pur, 清浄心(shoujyo-shin) (heijyo-shin)
  6. Esprit souriant et brillant, 微笑み光心 (hohoemi gokoro)
  7. Esprit endurant, 忍耐心 (nintai-shin)
  8. Esprit respectueux, 尊敬心 (sonkei kokoro)
  9. Esprit de bonheur inconditionnel, 絶対幸福心 (zettai kofuku-shi )
DoAnn T. Kaneko sensei. 2019.

Houlà, je vois maintenant que je ne suis loin d’être illuminé, mais merci (rires). Il est clair que votre détermination aujourd’hui est orientée vers l’éducation à la santé, au bonheur et à l’équilibre dans la vie. Par exemple, le stress est une préoccupation pour tout le monde de nos jours. Comment apprenez-vous aux gens à gérer le stress ?

Le stress peut être mauvais, mais il peut aussi être bon. Tout dépend de la façon dont nous l’interprétons. À cause du stress, j’ai plus d’occasions de chanter, de prier, de méditer et de pratiquer la patience, l’espoir et la foi. Le stress nous oblige à avoir une foi résistante. Je peux devenir plus sage et plus fort avec chaque nouveau stress. S’il n’y avait pas de stress, je ne pourrais pas atteindre ce niveau de ma force vitale.

Nous devrions comprendre que lorsque la douleur est inévitable, la souffrance est facultative. Il faut s’éclairer en transformant le poison (le stress) en médicament (la guérison).

Je voudrais terminer par une dernière question plus large, plus philosophique : comment vivre sa vieillesse avec grâce ?

Il est possible de vieillir avec grâce en ralentissant, en arrêtant et en inversant le processus de vieillissement dans certaines zones, tissus et organes, grâce à un entraînement discipliné quotidien au niveau physique. Je dispose de nombreuses modalités de guérison, notamment le chant, la respiration, le Qigong, le Daoyin, le Liandan [7], la moxibustion, le frottement avec un chiffon sec, les aliments médicinaux, etc. Mais au-delà du corps, l’esprit joue un rôle important. Ce qui me vient à l’esprit, c’est de rester « jeune de cœur ». Plus que cela, gardez votre passion et votre esprit pionnier, un style de vie artistique et créatif que vous avez connu à l’adolescence. En outre, vous vous sentez plus jeune en servant et en prenant soin des autres, notamment en aidant les enfants. C’est facile à dire mais il est certain que le bonheur inconditionnel se traduit par la qualité ultime de notre vie. La question n’est pas de vivre plus longtemps, mais de savoir comment nous pouvons vivre pleinement notre vie.

Merci beaucoup pour votre temps et pour votre disponibilité. C’est toujours un grand plaisir de pouvoir échanger avec un maître comme vous. J’espère pouvoir échanger plus souvent avec vous à l’avenir.

Merci beaucoup pour votre patience. Vous avez été très coopératif. J’apprécie votre incroyable Qi et votre humanité. Je prie pour votre Ki et pour qu’il atteigne de nombreuses personnes qui ont besoin d’aide.

Je vous remercie.


Auteur/Traducteur : Ivan BEL


Notes :

  • [1] Waichi Sugiyama (1610-1694) est largement considéré comme le « Père de l’acupuncture japonaise ». Aveugle, il a étudié l’acupuncture mais aussi le massage Anma.
  • [2] Yoshida-ryū (吉田流), l’une des rares traditions de massage Anma qui subsistent au Japon. Pour en savoir plus sur cette école, lire cet article sur le Yotsume dojo.
  • [3] Lire l’histoire de la fondation et de l’histoire de la Toyo Shinkyu Gakko.
  • [4] Pour en savoir plus sur l’Université SAMRA, consulter leur site web.
  • [5] Pour en savoir plus sur le Dr Katsusuke Serizawa, lire ce post de Billy Ristuccia dans le groupe Facebook « History of Shiatsu ».
  • [6] Bob Wieland est un vétéran du Vietnam, blessé pendant la guerre. Il a perdu ses jambes mais pas sa bravoure. Pour en savoir plus sur lui, consulter sa page wiki.
  • [7] Liandan est un exercice qui consiste à manipuler le Dantian dans 4 directions, comme les exercices du plancher pelvien. En déplaçant le Dantian par exemple dans 4 directions, d’avant en arrière, dans le sens des aiguilles d’une montre et dans le sens inverse, dans 4 positions.

Livre :

  • Shiatsu Anma Therapy DoAnn’s Short & Long Forms, AuthorHouse, 2010
Les points Gui : des démons à combattre ?

Les points Gui : des démons à combattre ?

Il y a fort longtemps, les Asiatiques pensaient que la maladie était le résultat de mauvais esprits qui entraient dans le corps pour l’agiter, le perturber et finalement le rendre fou ou profondément malade. Ce mode de pensée est le fruit du chamanisme qui est la forme ancestrale de la médecine, et ce, dans toutes les parties du monde. Il fallait donc chasser les maladies, aussi bien dans le corps que dans la société d’ailleurs, d’où les cérémonies nombreuses dont le but était de faire fuir les démons à grands coups de bruits, de musiques et de pétards. Ainsi, le corps social comme le corps charnel étaient délivrés des mauvaises influences. Après avoir expliqué les points chamans Líng (灵), voici donc les points à surveiller afin que nul esprit malin ne vienne agiter le Qi.


Académie médicale et exorcisme

Dès 702 après J.-C., l’empereur Mommū (683-707) composa un code où se trouve la première réglementation de la pratique médicale du Japon. Le programme des études et la répartition des spécialités sont calqués sur le modèle chinois. Une académie médicale est créée à la capitale (Fujiwara, dans la province de Yamato) et gérée par la cour et seuls les fils de bonne famille pouvaient y entrer. Mais les provinces apparaissent également des collèges médicaux dont l’entrée y est moins restrictive. Voici la liste des spécialités :

  1. Pharmacie
  2. Massage
  3. Acupuncture
  4. Exorcisme
  5. Art médical

Il est intéressant de noter que si l’art de la pharmacopée, du massage et de l’acupuncture sont déjà bien présents, l’exorcisme fait toujours partie du programme. Et pourtant, en 702, nous sommes déjà bien loin de la proto-médecine chinoise et de ses racines. Mais les concepts anciens ont la vie dure. Les Japonais pensent eux aussi, en raison d’un chamanisme toujours vivace, qu’il faut extirper les mauvais esprits des corps pour faire fuir la maladie. Non seulement cette idée est cohérente avec le chamanisme japonais, mais de plus elle trouve un écho cohérent dans les textes chinois classiques.

En effet, le célèbre médecin Sūn Sīmiǎo 孙思邈 (581 – 682), auteur du Qianjin Yaofang (千金要方) (les « Prescriptions essentielles valant mille onces d’or »[i], a décrit une liste de 13 points qui seraient des points « démons », qu’il faudrait surveiller comme le lait sur le feu. Si ces points deviennent faibles, alors des esprits pourraient s’y installer et semer le désordre au sein de l’équilibre vertueux du Qi droit (Zheng Qi).

Les âmes flottantes

Voyons d’abord ce que signifie le caractère chinois 鬼 (guǐ). Selon Philippe Laurent [ii] qui reste la référence en matière de compréhension des noms des points chinois, il faut regarder l’évolution du caractère dans le temps et les différentes graphies chinoises qui ont fait évoluer ce dernier.

Évolution du caractère à travers l’histoire chinoise

La première partie du caractère indique le caractère 白 (bái) pour « blanc ». Cette clé est importante, car elle nous indique qu’il s’agit de quelque chose de pâle, un peu comme nous dessinons aujourd’hui Casper le petit fantôme, mais aussi comme tout ce qui avait trait autrefois à la terre (dont les personnes inhumées) comme dans le nom du point RP1 隐白 (yǐn bái) ou « Blanc caché ». La seconde partie représente une tête avec une croix, comme dans le caractère du « champ », afin d’exagérer cet aspect du fantôme. En dessous on devine un corps un peu flou, un peu dansant, comme flottant dans l’air. Le petit crochet indique un tourbillon que le souffle des esprits derrière eux (une fenêtre qui se ferme, une porte qui claque…). Finalement, l’image chinoise du fantôme n’est pas bien éloignée de celle que l’on s’en fait en Europe. On remarquera que dans la version simplifiée du chinois moderne (la dernière toute à droite), la clé « blanc » a disparu, mais ce n’est pas très important, puisque le corps du caractère reste le même.

Une Yuki-Onna, une femme des neiges, qui perd et gèle les voyageurs

La traduction la plus simple en français est « fantôme, revenant ». Mais on peut aussi lire dans le dictionnaire les termes de « génie, mânes des morts, démoniaque, perfide, sournois, malicieux ». L’indication est donc très claire : ces esprits ne sont pas bénéfiques. Pourquoi ? Les Chinois rendent depuis toujours un culte fort aux ancêtres. Il ne suffit pas de les enterrer, il faut encore faire les bons rites et les nourrir sur l’autel des ancêtres. Il s’agirait alors des esprits qui n’ont pas reçu les rituels et l’amour de leur descendant. Leurs âmes reviennent alors hanter les vivants.

On en arrive alors à regarder comment se dit le mot « âme » et là, beaucoup de choses s’éclairent : 灵魂 (Línghún) est composé de 2 caractères magnifiques :

  1. Le chaman
  2. Une variante du caractère du revenant, mais avec devant une clé qui soit met l’emphase sur le mot, soit se traduit par « dire, parler » ou encore « nuage, nuée, souffle ». C’est aussi le caractère qui désigne l’esprit du Foie, le fameux Hún. Gardons cela de côté pour l’instant, mais nous y reviendrons dans un prochain article.

L’âme est donc l’esprit qui parle au chaman, parce que celui l’a justement guidé au moment de la mort. Elle n’est pas délaissée et vient communiquer à travers lui via son souffle. L’âme est donc l’opposé du revenant selon cette analyse.

Dernière chose à propos du mot 鬼 (guǐ). Il servait autrefois à désigner les nomades du nord qui venaient depuis la Mongolie pour dévaster les plaines chinoises. Il s’agit donc d’un mot péjoratif qui a été repris ensuite sous le terme de 白鬼 (bái guǐ) pour désigner les blancs qui ont colonisé la Chine à partir du 18° siècle. Ce mot est encore utilisé actuellement. [iii]

Sun Si Miao

Celui qui recensa les points guǐ est l’un de ces grands médecins qui jalonnent l’histoire de la médecine classique chinoise. Sūn Sīmiǎo 孙思邈 (581 – 682) est un médecin et alchimiste taoïste chinois du début de l’époque des Tang, né près de la capitale Chang’an, dans la province du Shanxi. Les taoïstes sont non seulement de fins observateurs de la nature environnementale et humaine, mais aussi les héritiers des chamans proto-historiques. Il existe d’ailleurs toujours un chamanisme taoïste de nos jours. Son ouvrage du Qianjin Yaofang (千金要方) est certainement le plus cité lors du 1er millénaire. En bon taoïste, il s’inscrivait donc dans la tradition qui voyait la maladie comme le résultat de l’agitation des revenants, d’où le grand nombre de talismans et l’utilisation d’incantations, écritures magiques, drogues et fumigations agressives pour débarrasser les malades de leurs démons. Dans les chapitres 29 et 30 de son ouvrage, il explique « Les Interdictions classiques » Jìnjīng (禁记) qui consistent en une série de formules magiques. Il fallait que le praticien contacte les forces surnaturelles pour guérir avec cette incantation : « Je suis responsable du sacrifice au maître céleste ; le Ciel et la Terre m’envoient. Je possède [l’autorité sur] les soldats célestes : 100, 1000, 10 000, 100 000 [soldats] se trouvent à mes côtés et derrière moi. Quel démon ose s’approcher d’ici ! Quel démon ose être présent ! Seul un esprit légitime peut apparaître ici ! Démons maléfiques fuyez ! Déguerpissez vite, vite, c’est un ordre ».

Mais il utilisait également les aiguilles, et c’est finalement grâce à elle qu’il repéra les points qui sont particulièrement agités en présence d’un cas de maladie. Il les regroupa en une famille appelée « les 13 points Gui ».

Sun Si Miao était réputé pour son éthique médicale, soignant les puissants comme les paysans, les riches comme les pauvres, tous les sexes et tous les âges, sans distinction. C’est l’une des raisons qui le rendit si célèbre, car il était aimé de tous. On pourrait être surpris aujourd’hui, car cela semble finalement tout à fait normal pour un médecin, mais il faut se rappeler qu’à l’époque la morale confucéenne faisait une distinction entre les « gens de bien » et les pauvres hères, et il était normal de ne pas considérer tout le monde sur un pied d’égalité. Il n’y a qu’en occident, depuis l’antiquité grecque (soit 1000 ans avant Sun Si Miao), que l’on prêtait le serment d’Hippocrate pour soigner les personnes de toutes conditions.

Les 13 points fantômes/démons

Il est donc temps d’étudier quels sont les points fantômes. Ces points ne vous sont pas inconnus, car vous les utilisez déjà dans votre pratique. La raison est simple : aucun de porte le mot guǐ dans leur nom principal, mais uniquement dans le nom secondaire. Comme si l’histoire médicale chinoise avait voulu cacher ces points pour faire peau neuve. C’est pourquoi il est toujours intéressant de lire au moins une fois dans sa vie tous les noms que possède chaque point.

Nukekubi, littéralement « cou qui se détache ». On voit bien ici comment il rend fou la personne en lui faisant très peur.

Prenons la liste de Sun Si Miao, tel qu’il les édicte dans son traité.

  1. 26VG rén zhōng 人中 (Centre de l’Homme) alias guǐ gōng 鬼 宫 (palais du démon)
  2. 11P shǎo shāng 少商 (jeune marchand) alias guǐ xìn 鬼 信 (confiance du démon)
  3. 1RP yǐn bái 隐白 (blanc caché) alias guǐ lěi 鬼垒 (rempart du démon)
  4. 7MC dà líng 大陵 (grand vallon)alias guǐ xīn 鬼 心 (cœur du démon)
  5. 62 V shēn mài 申脉 (vaisseau d’étirement) guǐ lù鬼 路 (chemin du démon)
  6. 16VG fēng fǔ 风 府 (palais du Vent) alias guǐ zhěn 鬼 枕 (oreiller du démon)
  7. 6E jiá chē 颊 车 (os de la mâchoire) alias guǐ chuáng 鬼 床 (lit du démon)
  8. 24VC chéng jiāng 承浆 (réceptacle de la salive) alias guǐ shì 鬼 市 (marché du démon)
  9. 5MC jiān shǐ 间使 (intervalle d’usage) alias guǐ lù 鬼 路 (caverne du démon)
  10. 23VG shàng xīng 上星 (étoile supérieure) alias guǐ táng 鬼堂 (hall du démon)
  11. 1RM huì yīn 会阴 (réunion des Yin) alias guǐ cáng 鬼 藏 (dépôt du démon)
  12. 11GI qū chí 曲池 (courbe de l’étang) alias guǐ tuǐ 鬼 腿 (jambe du démon)
  13. Hors méridien hǎi quán 海 泉 (source de la mer) alias guǐ fēng 鬼 封 (frontière du démon)

Tous ces points sont intéressants et bien connus car ils servent dans de multiples traitements et on ne peut que reconnaître leur efficacité pour chasser différents troubles. Il y a trois aspects intriguant toutefois et un autre qui est assez clair.

  • Cette liste n’a pas été ordonnée n’importe comment. Un esprit occidental aurait classé tous les points du Vaisseau Gouverneur ensemble par exemple, mais ce n’est pas le cas. Quelle est la raison qui a présidé l’ordre de cette liste ? C’est difficile à comprendre… Pourtant, il est dit dans les classiques de piquer toujours avec la même aiguille dans l’ordre exact où ils sont disposés. Il y a donc bien une raison sous-jacente
  • Les points possédant le mot « fantôme » ne s’arrêtent pourtant pas là. 10GI, 36E, 20VG et 22VG l’ont également [iv], alors pourquoi ne sont-ils pas dans cette liste de Sun Si Miao ? Là encore, pas d’explication.
  • En revanche, lorsque l’on regarde la nature de ces points on peut compter 6 points Yin et 6 Yang. Ici on retrouve le souci constant de l’équilibre entre les deux forces fondamentales de l’univers.

Effets des points de Sun Si Miao

Si la liste des 13 points de Sun Si Miao est célèbre et qu’on peut la retrouver facilement un peu partout sur internet, en revanche personne ne semble s’intéresser à leurs effets thérapeutiques. C’est pourtant la clé la plus importante qui soit pour comprendre la raison d’être de cette famille de points censés terrasser les démons.

Sans chercher trop loin, voyons ce qu’ils font :

  1. 26VG : fait retrouver ses esprits, ouvre les sens, calme le Vent, réveille le Shen, facilite la circulation dans le méridien (évanouissement, épilepsie, apoplexie, psychose, déviation de la bouche, troubles psychiques et psychosomatiques…)
  2. 11P : chasse le Vent et la chaleur du Poumon, fait retrouver ses esprits, ouvre les sens (troubles respiratoires, fièvre, évanouissement, épilepsie, apoplexie, psychose…)
  3. 1RP : aide à contenir le Sang dans les vaisseaux, dissipe les flatulences, fortifie le Sang et la Rate (insomnie, cauchemars, règles irrégulières, ballonnements, maladie mentale…)
  4. 7MC : calme le Cœur, le Shen et les douleurs, apporte un apaisement général (palpitations nerveuses, épilepsie, psychose, trouble de la bouche, troubles psychiques, insomnie, cauchemars, hystérie…)
  5. 62V : calme les douleurs, soulage les crampes, facilite la circulation dans le méridien (épilepsie, vertiges, étourdissements, troubles psychiques et psychosomatiques, du sommeil, céphalées occipitales…)
  6. 16VG : fait retrouver ses esprits, calme les crampes, ouvre les sens, dissipe le Vent (apoplexie, agitation, psychose, rhinite, migraine cervicale violente…)
  7. 6E : dissipe le Vent et la chaleur, soulage les douleurs, facilite la circulation dans le méridien (névralgie du trijumeau, paralysie faciale, troubles de la bouche…)
  8. 24VC : facilite la circulation dans le méridien, calme les douleurs (paralysie faciale, déviation de la bouche, gingivite, pulpite…)
  9. 5MC : ouvre la poitrine, calme les douleurs, le Cœur et le Shen (évanouissement, syncope, épilepsie, psychose, troubles psychiques…)
  10. 23VG : calme le Shen et les douleurs, ouvres les orifices supérieurs, fortifie le cerveau (saignement du nez, apoplexie, douleurs des yeux, vertiges, troubles psychiques et psychosomatiques…)
  11. 1VC : prolapsus utérin, troubles menstruels, troubles psychiques et psychosomatiques…)
  12. 11GI : élimine l’humidité, dissipe le Vent et la chaleur, soulage les douleurs ; apaise les démangeaisons…)
  13. H.M. Hǎi quán : élimine la chaleur, réduit l’enflure, favorise la production de Liquides Organiques (lourdeur et enflure de la langue, troubles de la soif, des mictions et vomissements, épilepsie et troubles maniaques…) [v]

Une simple lecture des effets et des préconisations de cette liste de points nous permet rapidement de comprendre de quoi il s’agit. La plupart des points ont des effets contre l’un des pires tableaux pathologiques qui soient, le Vent-chaleur accompagné de douleurs. Ils sont presque tous recommandés dans les cas de maladies psychiques et psychosomatiques avec les troubles qui les accompagnent. À présent, mettons-nous dans la peau d’un ancien chinois d’il y a 3000 ans. En voyant de l’épilepsie, de l’apoplexie soudaine, une crise de démence, un visage tordu par une paralysie faciale, de l’agitation, il ne pouvait pas y avoir de compréhension moderne de ces troubles, la psychanalyse n’ayant pas été inventée. Cela ne pouvait donc qu’être l’action d’esprits malins qui venaient agiter la personne de l’intérieur. Nous sommes donc en plein sujet du traitement des désordres psy selon la médecine chinoise. Il n’y a nul démon derrière tout cela et aucun besoin d’exorcisme. En revanche, l’utilisation de ces 13 points sera hautement bénéfique à toutes les personnes qui souffrent de ces troubles. C’est pourquoi il est très intéressant de les connaître et de les ajouter à sa besace.

Bonne pratique

Auteur : Ivan BEL


Notes :

  • [i] « Prescriptions d’acupuncture valant mille onces d’or : Traité d’acupuncture de Sun Simiao du VIIe siècle », traduction par Catherine Despeux, éditions Guy Trédaniel, 1992
  • [ii] L’esprit des points, Philippe Laurent, éditions You Feng, 2010
  • [iii] Je renvoie également le lecteur vers l’excellent film « Guizi lai le » (de Wen Jiang, 2000), mal traduit par « Les démons à ma porte » qui parle des démons qui sont de retour, soit les Japonais pendant la guerre d’occupation.
  • [iv] Réflexion issue de l’excellent mémoire d’Anne-Sophie Guillonnet « Sur le chemin des Gui », Centre Imhotep, 2008.
  • [v] Traité d’acupuncture : points hors méridiens, Shing-Pok Chin, éditions Phu-Xuan, 2010
Les points du Vent

Les points du Vent

Parmi les différents facteurs climatiques qui agressent le corps, il y a le Vent. Froid, chaud, humide, ou sec, le Vent aime s’associer à d’autres facteurs pour mieux perturber le corps. Qui n’a jamais ressenti à l’automne ou au printemps un petit vent froid désagréable qui vient immédiatement crisper la nuque ? C’est un grand classique que nous devons apprendre à combattre. Heureusement la nature est bien faites et il existe un grand nombre de points qui combattent le Vent.


Le Vent est l’énergie climatique du printemps, il est lié à l’Élément Bois. Pourquoi redire cette évidence ? Parce que cela signifie que les organes liés au Bois vont être particulièrement touché par cette agression. Mais comme le corps est souvent bien couvert, ce sont surtout les points à découvert qui vont souffrir du Vent, notamment ceux de la tête. Et sur la tête il y a la Vésicule Biliaire. Gardons ça de côté dans un coin de notre mémoire.

Ensuite, comme dit en introduction, le Vent crispe rapidement la nuque, ce qui affecte et la Vessie et le Vaisseau Gouverneur. Cette crispation est d’ailleurs à l’origine des céphalées occipitales. On garde à nouveau dans un coin de notre mémoire ces deux méridiens supplémentaires.

Lorsqu’on observe la nature on s’aperçoit vite que le Vent agite la surface de l’eau. Et que dire de la mer qui se met à grossir et faire de puissantes vagues. On note donc que le Vent agite en bougeant rapidement. Ce sont deux des symptômes typiques d’une attaque du Vent. Mais parmi nos méridiens, la Voie des eaux (Triple Réchauffeur) sera donc l’un des méridiens touchés. Nous voilà avec un méridien de plus.

On n’oubliera pas que nous respirons tout le temps, donc le premier organe touché sera le Poumon. Le Vent commence toujours par agresser le Poumon et la peau. Comme le Poumon est lié au Gros Intestin, le voici aussi embarqué dans cette histoire. Comptabilisons donc deux méridiens de plus.

Enfin, il y a des méridiens sensibles à tous les changements climatiques ou perturbations en tous genre, ce sont l’Estomac et l’Intestin Grêle. D’ailleurs un coup de Vent-froid sur le ventre provoque rapidement une diarrhée, car il n’y a pas beaucoup de protection entre les intestins et l’extérieur, c’est l’une de leur particularité.

Ce petit exercice de comptabilité permet de comprendre rapidement quels sont les méridiens qui vont souffrir du Vent et par conséquent, ceux qui vont mettre au point une stratégie de défense. Ce sont sur ces méridiens que nous allons trouver les points les plus importants pour combattre le Vent.

Son mouvement est permanent, changeant et crée de l’agitation. Le Vent est de nature Yang. Le Vent Externe pénètre le corps par sa surface et s’installe dans l’espace compris entre la peau et les muscles. Il perturbe la circulation du Wei Qi et s’oppose aux mouvements du Qi du Poumon perturbant ses fonctions de descente et de diffusion des Liquides Organiques. Le Vent affecte les méridiens VB et Foie au niveau de la tête et du cou et créé des déviations de la face. Un Vent Interne naît d’un déséquilibre du Foie ou de la chaleur extrême lors d’une fièvre.

Les effets du Vent

Pourquoi combattre le Vent ? Parce que c’est l’un des tableaux pathologiques les plus pénibles à ressentir. Les douleurs changent souvent d’endroit dans le corps et cela, rapidement. Un coup dans la nuque, puis quelques heures plus tard dans l’épaule pour finir ailleurs. Le Vent se déplace, entrainant des douleurs erratiques.

Autre aspect pénible, le Vent agite le corps : on peut voir des tremblements réflexes types frissons ou les mains qui n’arrivent plus à se tenir immobiles. Mais il agite aussi l’esprit dans la foulée. On sait que dans tous les pays ou régions ou le vent souffle pendant des jours, les gens sont sur les nerfs et le taux des crimes augmentent significativement. Il faut avoir connu le vent de l’autan ou du mistral en France pour comprendre cela.

Le Vent agite l’eau on l’a dit, mais l’assèche aussi. Laissez votre linge dehors par un jour de vent et il sera vite sec. C’est la même chose dans le corps. Par conséquent il agite les Liquides Organiques, ce qui n’est jamais bon vu que l’intérieur du corps est un milieu humide.

Mais comment le Vent arrive-t-il à agresser les méridiens et les organes ? En faisant une attaque répétée sur la peau qui liée au Poumon. C’est une attaque de notre Wei Qi, le Ki défensif du corps. Si celui-ci n’est pas assez fort, alors les routes sont ouvertes pour une attaque plus profonde du corps énergétique et physique. C’est ainsi que l’on passe d’un Vent externe à un Vent interne. Ce dernier va choisir comme cible favorite la VB et finir dans le Foie. A partir de là, les ennuis sérieux commencent.

On distingue les symptômes externes et internes comme suit :

  • Type Externe : Crainte du froid ou du vent, éternuements, toux, nez qui coule. Fièvre, raideur occipitale. Irritation de la gorge. Présence ou non de transpiration. Céphalées avec le Vent. Pouls Flottant en surface.
  • Type Interne : Crainte du froid ou du vent mais les causes sont l’agression du Foie. Chaleur extrême qui engendre le Vent. Montée du Yang du Foie qui se transforme en Vent du Foie. Vide de Sang du Foie ou du Yin du Foie qui engendre le Vent (Vide). Tics, tremblements nerveux. Sensations vertigineuses intenses. Vertiges et engourdissement. Langue avec une tendance à partir sur le côté lorsqu’on la tire. Cas graves : convulsions, inconsciences, hémiplégie, déviation de la bouche. Plus fréquent chez les personnes âgées.

En conclusion, le Vent crée de l’agitation, perturbe l’énergie, le Sang, le psychisme, le Yin. Il est donc capital de connaitre les points qui aident à le chasser du corps.

Sommaire des Points

Description des Points

LIEQUE (Rupture d’alignement) P7

Infos : Point d’ouverture du Vaisseau Conception, Point Luo, Point de Commande de la tête.

Effet : Chasse le Vent Externe de la tête, régule le Qi du Poumon, calme la toux et l’asthme

Combinaisons classiques :

Chaleur du Poumon et de l’Estomac avec toux et céphalée : P7, GI4, E8, E36.

  •  Vent Froid sur la nuque : P7, GI4, V10, V11.
  •  Invasion de Vent Froid sur fond de sinusite chronique : P7, GI4, GI20, E2, E3, E40 en dispersion.
  •  Vent Froid avec écoulement nasal : P7, GI4, GI20, V2.
  •  Vent Froid comme un rhume avec toux aiguë, crachats blancs et prédominance des frissons : P7, GI4, V13, VC22 en dispersion.
  •  Invasion de Vent : P7 en cas de rhume, rhinite allergique, sinusite.
  •  Grippe : P7, GI 4, V10, V11, VG16 en dispersion.
  •  Toux due à un Vent Froid Externe : P7, GI4, V11, V13 en dispersion.
  •  Vent Sécheresse avec toux sèche aiguë, gorge et nez secs, pas forcément de signes de Chaleur : P7, GI4 en dispersion, P5, R6 en tonification.

YUJI (Région du poisson) P10

Infos : Point Shu antique Ruisseau Feu.

Effet : Chasse l’attaque externe du Vent Froid, disperse le Feu de la gorge et du Poumon

Combinaisons classiques :

  •  Vent froid avec toux et douleur à la gorge liée à la chaleur du poumon : P10, V13, GI4.
  •  Vent Chaleur et Chaleur du Poumon : P10, P11.

SHAOSHANG (Jeune marchand) P11

Infos : Point Shu antique Puits Bois, Point Démon.

Effet : Contre le Vent Chaleur et Chaleur Poumon, point de réanimation

Combinaison classique :

  • Vent chaleur comme les oreillons, amygdalite, eczéma, insolation : P11, GI4, GI18, IG17 en dispersion.

SHANGYANG (Métal Yang) GI1

Infos : Point Shu antique Puits Métal, point Racine

Effet : Élimine le Vent Chaleur du YangMing

Combinaisons classiques :

  • Dans le cas d’une grippe avec fièvre sans transpiration, mal de gorge : GI1, GI4, IG17, VG14 en dispersion.
  • Chasse aussi le Vent Externe lors d’une conjonctivite, une arthrite de la main et de l’épaule : GI1, GI4, V62 en dispersion, V2, VB1 en harmonisation.

SANJIAN (Troisième intervalle) GI3

Infos : Point Rivière Shu Bois.

Effet : Élimine le Vent Chaleur en cas d’inflammation oculaire aiguë.

Combinaison classique :

  • Maladie chronique due à un Vent Froid : IG3, VE62 en Harmonisation ou Moxa.

HEGU (Fond de la vallée) GI4

Infos : Point Source, Point Commande visage, Point Abortif.

Effet : Libère la surface et chasse le vent froid externe, ôte les douleurs, ouvre les orifices, éveille le cerveau, évacue la chaleur intestinale.

Combinaisons classiques :

  • Céphalées liées au vent froid avec vertiges : GI4, VG14, VB20,Tai Yang.
  • Élimine le Vent Externe : GI4, P7 en dispersion ou GI4, R7 pour calmer une transpiration ou GI4, P7, TR5.
  • Pour calmer l’hyperactivité du Yang du Foie et le Vent Interne : GI4, F3 en cas d’hypertension avec sensations vertigineuses, céphalées, et conduite agressive. Ajouter VG20, R1 en cas d’hypertension grave et aiguë.
  • Vent Externe avec bronchite aiguë : GI4, P7, V13, E36 en dispersion.
  • Vent Chaleur comme une rhinite allergique : GI4, GI20.
  • Vent Chaleur avec troubles dermatologiques : GI4, GI11, VB20, VB31.
  • Vent Froid avec rhinite aiguë, mucus clair, éternuements, prédominance des frissons : GI4, GI20, P7, V11, V13 en dispersion, V2 en harmonisation.
  • Vent Chaleur avec rhinite aiguë, gorge et yeux douloureux et démangeaisons, signes de Chaleur : GI4, GI20, P7, TR5, GI11 en dispersion, V2 en harmonisation.

YANGXI (Torrent de Yang) GI5

Infos : Point Shu antique Fleuve Feu.

Effet : Élimine un Vent Chaleur, facilite la circulation

Combinaison classique :

  • Arthrite du poignet : GI5, P7.

QUCHI (Etang de la courbe) GI11

Infos : Point Shu antique Mer Terre, Point Démon.

Effets : régularise l’Estomac et le Gros Intestin, libère la surface, fait circuler le Sang, assouplit les articulations et chasse le Vent.

Combinaisons classiques :

  • GI11 et E36 chassent le vent de tout le corps.
  • Ajouter VG14 et VB20 contre le blocage des méridiens par le vent froid avec douleur.

JIANYU (Articulation de l’épaule) GI15

Infos : point de croisement avec le YangQiaoMai, avec le Coeur, la Vessie et le Luo de l’Intestin Grêle

Effet : Chasse le Vent des 4 membres, trait les Bi (rhumatismes) de l’épaule, améliore les paralysie

Combinaison classique :

  • Obstruction et douleur à la face antérieure du membre supérieur : GI15, GI11, GI4.

YINGXIANG (Accueil des parfums) GI20

Infos : Point de Réunion du YangMing

Effet : Son action principale est de dégager le nez. Élimine le Vent et la Chaleur.

Combinaisons classiques :

  • En cas de Vent Chaleur : GI20, TR5, GI11 en dispersion.
  • En cas de Vent Froid : GI20, V10, V13 en dispersion ou Moxa.
  • Vent Froid avec lèvres gercées et douleur de la face : GI20, GI4, E4, VB20 en dispersion
  • Vent Froid avec raideur du cou et de l’épaule : GI20, GI4, GI18.

TOUWEI (Liaison de la tête) E8

Infos : point de croisement avec l’Estomac et le YangWeiMai

Effet : Chasse le Vent et le Froid, traite la céphalée, calme les vertiges, traite les paralysies faciales.

Combinaison classique :

  • Vent chaleur qui monte avec migraine ou céphalée : E8, VB20, P7, GI4.
  • Vent Chaleur Humidité avec arthrite temporo-mandibulaire : E8, E6, E7.

ZUSANLI (Trois Li du pied) E36

Infos : Point Shu antique Mer Terre, Point de Commande de l’abdomen, Point abortif, Point Mer inférieur de l’Estomac.

Effet : Chasse le Vent des 4 membres et les douleurs abdominales, harmonise le Sang et le Qi, renforce la Rate et l’Estomac, prévient les infections…

Combinaisons classiques :

  • Blocage du Qi par le froid avec douleur de l’épigastre : E36, VC6, VC12.
  • Vent Chaleur Humidité comme une arthrite du genou : E36, E35.

NEITING (Cour intérieure) E44

Infos : Point Shu antique Ruisseau Eau.

Effet : Traite le Vent Interne avec fièvre et perte de connaissance, rafraîchit la Chaleur/Humidité du YangMing (E/GI), calme la douleur.

Combinaisons classiques :

  • Élimine le Vent Chaleur avec mal de gorge, pharyngite : IG1 et IG17.
  • Vent Chaleur avec amygdalite, mal de gorge, céphalées, saignement de nez, conjonctivite : IG1, V2, V67, TR3, VB1 en harmonisation.
  • Vent Externe et Stagnation de Qi dans la douleur faciale : IG1, IG18.
  • Vent Chaleur avec arthrite temporo-mandibulaire : E 44, E6, E7, GI4 en dispersion.

SHAOCHONG (Jeune/petit assaut) C9

Infos : Point Shu antique Puits Bois, Point de Tonification.

Effets : Élimine le Vent Interne avec fièvre, délire, crise d’épilepsie et perte de connaissance, apaise le Shen, fait circuler le Qi, élimine la chaleur.

QIANGU (Vallée antérieure) IG2

Info : Point Shu antique Ruisseau Eau.

Effet : Élimine le Vent Chaleur dans l’IG, traite les engourdissements de l’auriculaire

Combinaisons classiques :

  • Arthrite de la main avec chaleur et enflure : IG2, IG3, IG5 en dispersion, V66, R6 en tonification.
  • Vent Chaleur avec infection de l’oreille : IG2, IG19.
  • Vent Chaleur avec céphalées et raideur de la nuque : IG2, V66.

HOUXI (Vallon postérieure) IG3

Info : Point d’ouverture du Vaisseau Gouverneur, Point Shu antique Rivière Bois, point de Tonification.

Effet : Traite le Vent, le Vent-Froid ou le Vent-Chaleur, stimule le TaiYang (IG/V), élimne les Xie (pervers) vers l’extérieur, traite le haut du dos, traite l’épilepsie, se couple avec V62.

Combinaisons classiques :

  • Invasion de Vent Froid avec raideur du cou, des épaules et du dos : IG3, IG12, V10, V62. Ajouter V2, V10 si céphalée frontale.
  • Contre fièvre, rhume, grippe : IG3, VG14.
  • Vent Chaleur avec conjonctivite, fièvre, arthrite de la main, du bras, saignement de nez : IG3, IG17, VG14 en dispersion, R6 en tonification.

YANGGU (Vallée du Yang) IG5

Info : Point Shu antique Fleuve Feu, point Racine

Effets : disperse la chaleur, supprime le Vent, favorise la circulation

Combinaison classique :

  • En cas de Vent Chaleur comme les oreillons : IG5, IG17.

BINGFENG (Reçoit le vent) IG12

Info : Traite les problèmes de paresthésie de l’épaule, bras, nuque

Effets : Calme les douleurs, facilite la circulation dans le méridien

Combinaisons classiques :

  • Paresthésie de l’épaule : GI7, IG11, IG12
  • Paresthésie du bras : GI12, IG8, IG12, V41
  • Paresthésie de la nuque : IG12

TIANRONG (Protection céleste) IG17

Info : Point Fenêtre du Ciel, point de croisement avec la Vésicule Biliaire.

Effets : Élimine le Vent Chaleur, supprime le Tan, traite l’oreille qui siffle.

Combinaisons classiques :

  • Vent Chaleur comme un mal de gorge ou enrouement aigu avec rhume ou grippe, signes de Chaleur : IG2, IG17, GI4 en dispersion.
  • Vent Chaleur avec mal de gorge et amygdalite aiguë : IG17, IG1.

ZANZHU (Tenir le bambou) V2

Effets : traite les problèmes des yeux, purifie la chaleur, dégage le nez, soulage les céphalées

Combinaisons classiques :

  • En cas de Vent Froid comme une congestion nasale : V2, V10, V12.
  • Lors d’un Vent Chaleur et Feu du Foie comme une conjonctivite : V2, V18.
  • En cas de Vent Froid ou Vent Chaleur comme une rhinite allergique : V2, V67.
  • Lors d’un Vent Froid et Vide de Qi du Rein comme une conjonctivite : V2, V10, V67.
  • Vent Chaleur avec conjonctivite : V2, VB1 en Harmonisation, VB43, TR3 en dispersion.

TONGTIAN (Aboutissement du ciel) V7

Effets : Élimine les énergies perverses de la surface, traite l’obstruction nasale, chasse le froid des 4 membres, améliore les paralysies.

Combinaisons classiques :

  • Perte de la fonction de diffusion du Poumon avec obstruction nasale : V7, VG23, VB20, GI4.
  • Larmoiement excessif, rhinite, céphalées, paralysie faciale, saignement du nez, sinusite : V2 à harmoniser, V7, V67, IG3 en dispersion.

TIANZHU (Colonne/pilier céleste) V10

Infos : Point Fenêtre du Ciel,

Effets : Chasse le Vent Froid, soulage la nuque, traite la perte d’usage des mains, élimine les céphalées occipitales.

Combinaisons classiques :

  • En cas de Vent Froid avec douleurs du cou et de la tête, congestion nasale et perte de l’odorat, toux, asthme, gorge douloureuse et enflée : V10, V2, IG12.
  • Vent Froid comme courbatures dans le cou et le dos : V10, V60.
  • Invasion de Vent Externe avec éternuements, toux, asthme, gorge douloureuse, courbatures dans les épaules, le cou et le dos, rhume : V2 en tonification, V10 en dispersion ou Moxa, VG23, P7, GI4, GI20 en dispersion.

DAZHU (Grande navette) V11

Infos : Point de Réunion des Os, point de croisement avec l’Intestin Grêle, point Mer des 12 méridiens

Effets : Libère la surface, renforce les Os et chasse le Vent.

Combinaisons classiques :

  • Atteinte par Vent Froid avec montée du Qi rebel, céphalées et vertiges : V11, V10, V60, IG3.
  • En cas de Vent Froid comme une grippe avec courbatures : V11, V12, V13.
  • En cas de Vent Chaleur et Chaleur du Poumon comme une pneumonie : V11, V13.
  • Lors d’un Vent Froid et Vide de Qi du Poumon et du Rein comme un rhume à répétition et guérison lente : V10, V11, V13, V23.

FENGMEN (Porte du vent) V12

Infos : Point Porte, point de croisement avec le Vaisseau Gouverneur.

Effet : Élimine l’invasion du Vent Externe pour les problèmes de nez et de gorge, libère la surface

FEISHU (Point d’assentiment du Poumon) V13

Infos : Point Shu du dos du Poumon

Effets : Chasse le Vent, traite les vides ou les plénitudes du Poumon, réduit la toux e l’asthme.

Combinaisons classiques :

  • Toux liée au vent froid : V13, P7, GI4.
  • Éternuements, irritation de la gorge, douleur dans la partie supérieure du dos : V12, V13, en dispersion ou Moxa,  P7, GI14, VC22 en dispersion.
  • En cas de Vent Chaleur lors d’un rhume ou grippe avec gorge douloureuse et toux sèche : V13, P10, GI4, IG17 en dispersion.
  • Lors d’un Vent Sécheresse avec toux sèche, nez, gorge et bouche secs : V13, P7, GI14 en dispersion, P5, P9, R6 en tonification.

GESHU (Point d’assentiment du diaphragme) V17

Infos : Point de Réunion du Sang.

Effets : En cas de Vent Chaleur et Chaleur du Sang, ouvre la poitrine, régule le Sang et le Qi

Combinaison classique :

  • Urticaire et démangeaisons généralisées : V17, V40, V67.

WEIZHONG (Milieu de l’équilibre) V40

Infos : Point Shu antique Mer Terre, Point de Commande du dos, Point Mer inférieur Vessie.

Effets : Traite le Vent des lombes et de la cuisse, dissout les stases de Sang, soulage les tendons, disperse la chaleur, calme les vomissements et la diarhée.

Combinaison classique :

  • Blocage des méridiens et douleur des lombes, de la fesse et de la cuisse : V40, V54, V57, VB34.

FEIYANG (Vol en s’élevant/Donne des ailes) V58

Infos : Point de communication de la Vessie.

Effets : Combat l’invasion du Vent Externe, calme les douleurs, facilite la circulation

Combinaison classique :

  • Vent externe avec obstruction nasale, céphalées, arthrite des jambes : V58, V2, V10, V12, V62, IG3, GI20 en dispersion.

TONGGU (Fond de la vallée ) V66

Infos : Point Shu antique Ruisseau Eau.

Effet : Chasse le Vent et disperse la chaleur (Externes et Internes) avec fièvre raideur du cou

Combinaison classique :

  • Céphalées, sensations vertigineuses, saignement de nez : V66, GI4, VG14, VG16 en dispersion.

ZHONGCHONG (Jaillissement médian/Milieu d’assaut) MC9

Infos : Point Shu antique Puits Bois, Point de Tonification.

Effets : Élimine le Vent, disperse la chaleur du Cœur, fait circuler le Sang, ouvre les orifices, fait reprendre connaissance.

GUANCHONG (Jaillissement à la passe/Assaut de barrière) TR1

Infos : Point Shu antique Puits Métal.

Effet : chasse le Vent Interne dans des cas de fièvre, insolation ou même une perte de connaissance, disperse la chaleur, réveille le Shen.

Combinaisons classiques :

  • Pour éliminer Vent Chaleur : de TR1 à TR10.
  •  Vent Chaleur avec les lèvres, la bouche et la gorge sèches et douloureuses : TR1, TR4, R6, RP6, E36 en harmonisation.
  •  Vent Chaleur avec arthrite des doigts et de la main : TR1, TR2, TR3, TR4, VB43 en dispersion, R6 en tonification.
  •  Vent Chaleur, Feu du Foie avec conjonctivite : TR1, VB44.
  •  Vent Chaleur avec urticaire : TR10, VB31.
  •  Vent Chaleur avec troubles des yeux et des oreilles : TR1, TR3.
  •  Vent Chaleur avec problèmes de gorge : TR1, TR10.

ZHONGZHU (Liaison centrale/Milieu de la mare) TR3

Infos : Point Shu antique Rivière Bois, Point de Tonification.

Effets : Disperse la chaleur, ouvre les orifices, soulage les tendons et renforce les articulations.

Combinaisons classiques :

  •  Vent Chaleur avec troubles oculaires et céphalées : TR3, TR23.
  •  Vent Chaleur avec mal de gorge ou enrouement aigu avec rhume ou grippe, signes de Chaleur : TR3, TR5, P7, GI4 en dispersion.

WAIGUAN (Barrière externe) TR5

Infos : Point Ouverture V Yang Liaison, Point Luo de Communication.

Effets : élimine la chaleur et calme le Vent.

Combinaisons classiques :

  •  Disperse le Vent Chaleur comme une dans la grippe avec état fébrile et céphalée : TR5, GI4 ou VB20, VG14.
  • TR5 et VB41 en association éliminent le Vent Chaleur et la chaleur du Foie et de la VB et traitent : nausée, hoquets, vomissements, maux de tête, érythème oculaire, obstruction nasale, acouphènes, odontalgie, obstruction de la gorge.
  • Contre le Vent Chaleur comme grippe avec état fébrile et céphalées : TR5, GI4, VB 20, VG14. En cas de Vent Froid ou invasion de Vent aiguë.
  •  Maladie chronique due à un Vent Chaleur : TR5, VB 39 en dispersion.

ZHIGOU (Rigole de dérivation) TR6

Info : Point Shu antique Fleuve Feu, point Racine

Effets : disperse la chaleur du Triple Réchauffeur, ouvre les orifices et chasse les chaud-froid.

Combinaison classique : Vent Chaleur avec urticaire : TR6, TR10.

TIANJING (Puits céleste) TR10

Infos : Point Mer He Terre, Point de dispersion du Feu.

Effets : purifie la chaleur, transforme le Tan

Combinaison classique : Vent Chaleur avec urticaire : TR10, VB31.

YIFENG (Protection/Cache contre le vent) TR17

Infos : Point de croisement avec le Shao Yang du pied, point Fenêtre du Ciel

Effets : disperse la stagnation du Qi et du Sang, chasse le Vent pervers, purifie la chaleur

Combinaisons classiques :

  •  Vent Chaleur avec problèmes d’oreille : TR17, TR1.
  •  Vent Chaleur avec mal de gorge et conjonctivite : TR17, TR2, TR23.

TINGHUI (Réunion de l’ouïe) VB2

Effets : Soigne les problèmes de l’oreille dus notamment à un Vent Froid ou Vent Chaleur, ouvre les orifices

Combinaisons classiques :

  • Vent Froid avec douleur de l’oreille : VB2, VB20 en harmonisation, TR5, GI4 en dispersion.
  • Vent Chaleur avec inflammation de l’oreille et gorge douloureuse : VB2, IG17 en harmonisation, TR5, IG2 en dispersion.

FENGCHI (Étang du vent) VB20

Infos : Point Fenêtre du Ciel.

Effet : Contre le Vent externe, libère la surface, clarifie la tête et les yeux, renforce le cerveau, calme le Shen.

Combinaisons classiques :

  • Attaque par le vent externe avec céphalées et vertiges : VB20, VG14, GI4.
  • Disperse le Vent Froid ou le Vent Chaleur.
  • Vent Chaleur avec eczéma allergique : VB20, VB31, VB44.
  • Vent du Foie avec colère refoulée, tremblements, spasmes et douleurs musculaires : VB20, VB21, VB34, F3 en dispersion.
  • Vent du Foie avec spasmes musculaires, tremblements, vertiges, convulsions, confusion mentale, épilepsie, hémiplégie : VB20, VG20, F3, R1, E40, MC5 en dispersion, RP6, R3, en Tonification, Moxa.

HUANTIAO (Cercle bondissant/Saut de la ceinture) VB30

Infos : point de croisement avec la Vessie

Effet : élimine  le Vent Froid et l’Humidité, renforce les tendons et les articulations.

Combinaison classique :

  • Blocage des méridiens avec douleur des lombes, du genou et de la face externe de la jambe : VB30, VB34, VB39.

FENGSHI (Cité du vent) VB31

Effet : Traite le Vent des lombes et de la cuisse, disperse l’Humidité, vivifie les Luo.

Combinaison classique :

  • Blocage des méridiens et douleur des lombes, de la fesse et de la cuisse. Vent Chaleur avec urticaire : VB31, TR10.

YANGLINGQUAN (Fontaine de la colline de Yang) VB34

Infos : Point Shu Antique Mer Terre, Point Réunion des Tendons.

Effet : Chasse le Vent des 4 membres et décontracte les tendons, élimine les stases et fait circuler le Qi.

Combinaisons classiques :

  • Douleur de la face externe du membre inférieur avec difficulté dans la marche : VB24, VB30, VB39. Calme le Vent du Foie.

XUANZHONG (Cloche suspendue) VB39

Infos : Point Réunion des Moelles.

Effets : purifie la chaleur du Foie et de la VB, renforce le Yang, dynamise les moelles, vivifie les Luo

Combinaison classique :

  • Calme le Vent Interne : VB39, F3.

YAOSHU (Point d’assentiment des lombes) VG2

Infos : Point d’assentiment

Effets : chasse le Vent (interne et externe) et l’Humidité, purifie la chaleur, renforce les lombes et les genoux

YAO YANGGUAN (Barrière Yang des lombes) VG3

Effets : chasse le Froid et l’Humidité, tonifie les Reins, renforce les lombes et les genoux

Combinaison classique :

  • Raideur et douleur de la région sacro-lombaire suite à un Vent Froid Humidité : VG3, VG4, V23, V25, V60 en Harmonisation ou Moxa.

JINSUO (Tendons rétractés) VG8

Effets : traite le Jing Feng (Vent avec convulsions) du Foie, le dos et les lombes douloureux

Combinaison classique :

  •  Réguler le Vent Interne du Foie :VG8, VG9, VG17, F3, V18, V20,V23, R6

SHENDAO (Voie de l’Esprit) VG11

Effets : Traite le Shen, purifie la chaleur, soulage les douleurs du dos et soigne la toux

Combinaison classique :

  • Sensations vertigineuses, céphalées, douleur de la poitrine, irritabilité, agitation, palpitations. En association : VG11, VG20, F3, VB34, R3.

SHENZHU (Pilier du corps) VG12

Effets : Traite les convulsions épileptiques chez l’enfant (une des formes du Vent), soutient le Zhen Qi.

Combinaison classique :

  • Vent froid externe avec des céphalées et raideur de la nuque : V12, VG16, IG3, VE60.

TAODAO (Voie vers la réunion ds Yang) VG13

Effets : calme l’Esprit, libère la superficie, purifie la chaleur et disperse le Vent, soutient le Zhen Qi et chasse le pervers (Xie), régule le Yang. A utiliser en cas de fièvre, de frissons.

Combinaisons classiques :

  •  En cas d’invasion de Vent Externe avec éternuements, nez qui coule, courbatures généralisées, douleurs du cou et de l’occiput, crainte du froid : VG13, VG14, V10, V11, GI4, E36 en dispersion ou Moxa.
  •  En cas d’invasion de Vent-Chaleur avec mal de gorge, fièvre, toux, urticaire ou eczéma : VG14, P7, GI4, V40 en dispersion.

DAZHUI (Grande vertèbre) VG14

Effets : soulage la superficie, calme l’asthme, élimine la chaleur, traite les attaques de Feng Shi Bing (vent/froid/humidité)

Combinaisons classiques :

  • Contrôle le Vent qui monte suite à une fièvre : VG14, VG16.
  • Élimine l’invasion du Vent Externe : VG14, VG15, VG16 ou VG14, VG16, GI4, GI20, P7 en dispersion en cas de rhume avec rhinite et douleur de la nuque.
  • Traite un Vent Interne :VG14, VG20.
  • Vent Chaleur avec fièvre, soif, gorge rouge, sensible et douloureuse, mucus nasal jaune : VG14, TR5, GI11 en dispersion.
  • Vent Chaleur comme le rhume avec toux aiguë, mal de gorge et prédominance de la fièvre : VG14, VC22, P7, GI4, TR5 en dispersion.
  •  Contre une invasion de Vent Froid du Tai Yang : VG14 en Moxa.

YAMEN (Porte du mutisme) VG15

Infos : Point de croisement avec le YangWeiMai, point Mer du Qi

Effets : Disperse le Vent interne, les perturbations de l’esprit. Contre l’invasion du Vent Externe et purifie la chaleur. A utiliser en cas de céphalées et de sensations vertigineuses, de crise d’apoplexie ou d’épilepsie, de séquelles d’une hémiplégie ou de troubles de l’élocution.

Combinaisons classiques :

  • Vent Froid avec céphalée occipitale aiguë, douleurs musculaires dans la nuque et les épaules, rhume ou grippe : VG15, VG14, P7, GI4, V10, V11 en dispersion.
  • Contre une invasion de Vent Froid du TaiYang : VG15 en Moxa.

FENGFU (Palais du vent) VG16

Infos : Point Démon, Point Mer des Moelles, Point Fenêtre du Ciel, point de croisemenet avec le YangQiaoMai et le YangWeiMai.

Effets : traite les maladies du Vent, purifie la chaleur, éclaircit le cerveau

Combinaisons classiques :

  • Vent froid externe avec des céphalées et raideur de la nuque : VG16, V12, IG3, V60. Calme le Shen.
  •  Sensations vertigineuses, douleur du cou, céphalées, confusion mentale et manque de clarté de l’esprit : VG 16, VG20, F3, VB20, VB34 en dispersion et R3 en tonification.
  •  Contre une invasion de Vent Froid du TaiYang : VG16 en Moxa.

BAIHUI (Cent réunions) VG20

Effets : Traite l’apoplexie, disperse le Vent, clame les vertiges

Combinaisons classiques :

  • Réanimation : VG20, VG26, R1, MC8.
  • Contre le Vent Interne et l’hyperactivité du Yang du Foie avec hypertension, céphalées, sensations vertigineuses, acouphènes, AVC et ses séquelles : VG20, VG1, F3, GI4 en dispersion.

XINHUI (Convergence à la fontanelle) VG22

Effets : soulage les vertiges, chasse le Vent, apaise les convulsions infantiles

Combinaison classique :

  • Calme le vent. VG22, C5, TR5, F3, VB20, GI11.

RENZHONG (Milieu de l’Homme) VG26

Infos : Point Démon, point de croisement avec le YangMing, zone de passage du ChongMai et du RenMai.

Effets : point de réanimation, élimine l’obstruction, ranime le cerveau, calme le Shen, purifie la chaleur, traite l’apoplexie.

Combinaisons classiques :

  • Réanimation : VG26, VG20, R1, MC8.
  • Vent Froid avec paralysie faciale : VG26, VC23, E4, E36, GI4, GI20, points locaux.

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Bonus :

VG + Vaisseau Yang Talon.

Chasse le Vent Externe.

Vaisseau de Liaison Yang.

Contre le Vent-Chaleur.

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Sources :

  •  Cours Ryoho Shiatsu de 4ème année. Ivan Bel.
  •  « Vade-mecum de Shiatsu thérapeutique » Bernard Bouheret . Editions Quintessence 1990.
  •  «l’Esprit des points  » Philippe Laurent, Editions YouFeng 2010
  •  www.lartetlavoie.fr « Classification fonctionnelle des points d’acupuncture ».Docteur Marc Barrault. DIU acu-obst. Lille, France.
  •  www.institut-yin-yang.com Institut yin-yang.  Travaux de Zhang Di Fen de l’hôpital de médecine chinoise «  Hu Guo Shi » à Bei Jing. Travaux du professeur Wei Feng Po dans l’utilisation des quatre «  points du Vent ».
  •  www.acupression.fr Anne Cossé
  •  La Revue Française de Médecine Traditionnelle Chinoise . Tran Viet Dzung. 1985 / 108, 28-29.
  •  « Art et pratique de l’acupuncture et de la moxubustion »  Tome 1. p 61 Nguyen Van Nghi, Tran Viet Dzung et Recours Nguyen. Editions NVN.
  •  www.bazante-shiatsu.fr/medecine-chinoise/traitement-des-douleurs
  • «  Shiatsu pour les nuls » . p 243 Synthia Andrews, Bobbi Dempsey et Michel Odoul. FIRST Editions 2009.
  •  « Les tremblements ». Docteur Jean Yves Henry.
  •  « Dictionnaire de médecine énergétique chinoise de A à Z » . Anne Ducasse. P 323, 324, 325.
  •  « Associations de points : la clé du succès en acupuncture ». Jeremy Ross Editions Satas.
  •  « Le diagnostic en Médecine Chinoise »p 943 à 946. Giovanni Maciocia .Editions Satas 2006.
  •  www.fac.zhongyi.net/ Docteur Genming Huang
  •  « Abrégé d’acupuncture ». AGMAR. Collection Fondation Lebherz.

Auteurs : Nathalie Volters et Ivan Bel

Livre : Ampuku – abdominal acupuressure

Livre : Ampuku – abdominal acupuressure

Le livre Ampuku de Philippe Vandenabeele est un must have dans sa bibliothèque. Il ravira les historiens, ceux qui cherchent à comprendre les techniques originelles du Shiatsu, les amateurs d’images anciennes et les explorateurs en tout genre. Mais ce livre marque un tournant important pour le Shiatsu occidental : le début de la traduction des livres de référence du Shiatsu japonais.

Il faut savoir que lorsque je fais une critique de livre c’est que je l’ai lu en entier dans le moindre détail. C’est la raison pour laquelle j’écris à ce sujet bien après la parution. Philippe Vandenabeele (lire son interview ici) m’a fait l’amitié de m’envoyer un exemplaire il y a longtemps, mais je n’ai pu le lire que récemment. Et je dois admettre que le plaisir de lire « Ampuku » est à la hauteur de l’attente.

Petit rappel historique

Le Shiatsu n’est pas une création ex nihilo. Il vient du Anma qui était divisé en deux branches : la version classique et médicale appelée Koho Anma et la version populaire réalisée par les aveugles. Avec les siècles le Koho Anma a quasiment disparu, notamment à cause de l’influence de la médecine occidentale. Heureusement, certains praticiens de talent ont voulu faire revivre cette magnifique technique. Au début ils l’ont appelé Happaku ho (technique d’acupression), comme ce fut le cas lorsque Tokujiro Namikoshi ouvrit sa 1re clinique en Hokkaido. Le terme Shiatsu est arrivé plus tard. Au niveau littérature, en faisant très simple, il y a eu trois livres majeurs qu’on désigne habituellement comme étant ceux qui ont fondé le Shiatsu :

  1. Anma Tebiki, écrit en 1799 et publié en 1835, par Fujibayashi Ryohaku
  2. Anpuku Zukai, publié en 1827 (donc le 1er à sortir), par Ota Shinsai
  3. Shiatsu Ryoho, publié en 1939, par Tamai Tenpeki, le livre fondateur du terme Shiatsu

Dans l’ouvrage de Philippe Vandenabeele, ce sont les deux premiers livres qui sont non seulement présentés, mais analysé et Anpuku Zukai est entièrement traduit, page par page. C’est donc un travail de titan (et de fourmi) que ce livre nous propose, car il en faut de la patience pour traduire les tournures de phrases et de pensée du japonais ancien. Mais quel résultat. Tout d’abord, j’ai aimé la mise en page intelligente du livre puis j’ai été capté dès la première page par le récit historique des arts thérapeutiques manuels au Japon dans lequel je n’ai pas trouvé d’erreur, ce qui est hélas trop souvent le cas dans la plupart des livres que je consulte. Rien que pour cela, je vous recommande cet ouvrage.

Image de l’original d’Anpuku Zukai

Structure du livre

Le livre est construit de la manière suivante :

  • Une introduction historique, présentation des classiques littéraires sur le travail Anpuku et pas mal de réflexions et analyses intéressantes de la part de l’auteur.
  • La liste, méridien par méridien, des points utilisés dans l’Anpuku, qui sont finalement assez peu nombreux. Mais là on se régalera des images prises sur de vieux manuels japonais
  • L’explication image par image du livre Anma Tebiki, qui reste plutôt évasif mais l’auteur nous a bien averti avant
  • Et enfin la traduction complète et image par image du livre Anpuku Zukai, en cours de traduction dans le NAJOM

Autant vous dire que ce n’est pas rien, car si l’on peut lire rapidement le texte, en revanche le comprendre et tenter de l’intégrer dans sa pratique est nettement moins facile. Il faudra le voir et le revoir, le lire et le relire pour passer du livre aux mains, de l’intellect à la pratique. Non pas que ce soit très compliqué à lire, mais comme bien souvent avec les Japonais, les explications sont assez elliptiques. Et c’est comme tout dans notre art, il faut du temps.

À la fin du livre, on a toutefois comme un goût de « pas assez ». On aurait aimé plus d’explication pour pouvoir justement faire quelque chose de tout ça. Mais une petite note blanche sur la couverture du livre a attiré mon attention : « Volume 1 ». J’ai demandé à l’auteur ce que cela signifiait et voici sa réponse : « un second volume se prépare pour 2022 sur la mise en pratique des livres portant sur l’Anpuku ». Formidable ! Donc finalement tout est bien qui finira bien dans le prochain volume.

Quoi qu’il en soit, ce livre (pour l’instant en anglais uniquement en attendant la version française et néerlandaise) est devenu immédiatement un incontournable avec celui qui a été publié en italien sur le même sujet (j’en parlerai). N’attendez pas la sortie du prochain volume et enrichissez votre bibliothèque dès maintenant (vous le trouverez à peu près partout en ligne), car il déterre enfin un gros morceau de l’histoire de notre art thérapeutique. Je ne peux qu’appeler de mes vœux à la traduction de davantage de livres japonais sur le Shiatsu ou comme ici, avant même la création du Shiatsu.


Livre :

Ampuku : Abdominal Acupressure. The classics at the heart of Japanese bodywork. Philippe Vandenabeele. Editions Shinzui Bodywork International Institute, Fukuoka, 2020


Auteur : Ivan BEL

Traitement de la migraine hormonale en Shiatsu

Traitement de la migraine hormonale en Shiatsu

Alors que le traitement des céphalées et migraines (frontale, oculaire, latérale, occipitale et à l’apex) est un grand classique du Shiatsu thérapeutique, celui de la migraine hormonale chez les femmes reste un sujet peu débattu et difficile à traiter. C’est pourtant l’un des cas parmi les plus récurrents dans une carrière de praticien de Shiatsu vu que 80% de la patientèle est généralement féminin. Pour ne pas rester bloqué sur ce sujet, voici quelques conseils de traitements.


Au cours de la vie d’une femme, il n’est pas rare de souffrir de migraine menstruelle, dont le nom scientifique est « migraine cataméniale ». Et pour celles dont c’est le cas à chaque cycle féminin, on peut clairement parler de calvaire à vivre, car elles vivent dans la crainte anticipative de leurs propres règles. En tant que praticien de Shiatsu, je recommande à tout le monde de se former constamment sur tous les troubles féminins. Honnêtement, on ne peut pas simplement rester les bras croisés et espérer que ça passe, ce serait indigne de notre profession. Voyons donc ce qu’en dit la médecine occidentale.

Une histoire d’hormone

De façon générale, la maladie migraineuse est liée à des dysfonctionnements neurovasculaires, qui apparaissent sous l’influence de facteurs génétiques, environnementaux et parfois émotionnels. Chez la femme, il s’agit d’une chute drastique d’une hormone particulière : l’œstradiol endogène. Cette hormone sert à maintenir les caractères sexuels secondaires chez la femme. Comme la plupart des hormones, elle est dérivée par une action métabolique du cholestérol via la testostérone. Savoir cela est intéressant, car il dénote de l’importance du cholestérol et des rondeurs chez les femmes, ainsi qu’un peu de testostérone, pour vivre harmonieusement du point de vue hormonal. En effet, le cholestérol (ainsi que l’œstrogène) sont des briques de base pour la construction d’une très grande partie des hormones que l’on fabrique. Les femmes maigres seront donc un public cible pour la migraine menstruelle, mais elles ne sont pas les seules. En effet, on retrouve cette hormone en version synthétique dans les AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens) et dans certains produits d’élevage. La distribution massive de ces médicaments et de l’élevage intensif vont se retrouver dans l’urine, puis dans les eaux courantes. Au point que la directive-cadre sur l’eau en France oblige à surveiller le taux d’oestradiol dans l’eau potable. Par conséquent les femmes rondes et même les hommes peuvent également être touchés par cette hormone qui devient alors un perturbateur endocrinien.

Il existe deux formes de migraine cataméniale.

  • La forme pure, qui ne se déclenche que pendant les menstruations. Selon les statistiques, on trouve entre 5 à 25% de cas
  • La forme aggravée par un terrain déjà migraineux en dehors des règles, soit de 20 à 60% des femmes, là aussi les stats sont assez floues.

La vision de la médecine orientale

Si l’on s’en tient au livre de Maciocia « Gynécologie et obstétrique » on peut lire dans l’étiologie que les causes sont un excès d’activité physique qui lèse la Rate et produit un Vide de Qi et de Sang, et des tensions émotionnelles qui fait stagner le Qi du Foie et peut créer des montées de Yang ou de Feu du Foie vers la tête. Autre possibilité, un Vide de Sang du Foie. Le Sang s’accumule alors dans le Baozi (Utérus) et ne circule pas bien au moment des règles ce qui affecte également le Vaisseau Pénétrant (Chong Mai).

De mon expérience clinique, on a toujours intérêt à :

  1. À demander comment sont les règles et ce sont passés les accouchements s’il y en a eu. On trouve quasiment tout le temps un moment où la personne a perdu beaucoup de Sang, soit lors d’un accouchement, d’une opération lourde ou des règles très abondantes.
  2. Vérifier l’alimentation, notamment la qualité de l’eau et tout ce qui affecte le Foie (épices, alcool, etc.).
  3. On trouve effectivement bien souvent un tableau émotionnel qu’il est bon de traiter en parallèle.
  4. Tout comme dans la migraine latérale, la Vésicule Biliaire est bien souvent en jeu également.
  5. Pour les praticiens les plus avancés, pensez également au vieux Sang, O-ketsu et aux techniques d’Ampuku ou de Qineizang pour le chasser de l’Utérus. Attention, ces techniques ne sont pas anodines, il faut y être formé.

Traitements à envisager

Il ne faut pas être devin pour comprendre que la question tourne autour du Sang, ce qui est logique lorsqu’on parle des règles. On trouve quatre grands tableaux pathologiques pour la migraine :

  1. Le Vide de Sang (du Foie, du Cœur). Il faut donc nourrir le Sang de ces organes + la Rate.
  2. Le Feu du Foie (qui monte à la tête). On draine le Feu, nourrit le Yin et il est bon de penser à chasser le Vent qui vient souvent semer la zizanie dans le Foie, cela ne fait pas de mal.
  3. La montée de Yang du Foie (vers la tête toujours). On soumet le Yang du Foie, et on nourrit son Yin et son Sang
  4. La stagnation du Sang (du Foie donc). On combine le méridien Foie et le Vaisseau Pénétrant et on ouvre les points Luo.

Mais rappelez-vous que le Shiatsu n’est pas l’acupuncture. On ne peut donc pas juste appuyer sur des points et espérer que ça fonctionne. Comme le disait maître Kawada : « L’être humain n’est pas une machine. Il ne suffit pas d’appuyer sur des boutons ». Il est donc capital de passer par du massage des organes (ici surtout le Foie), les méridiens, les grands éléments et de savoir créer un traitement thérapeutique adapté au Shiatsu. Et cela, ça s’apprend, notamment auprès des écoles de l’UFPST qui enseignent les pathologies dans leur cursus, car cela n’est pas simple, surtout dans le cas présent.

Mon petit truc pour vous aider : je recommande souvent un drainage du Foie au printemps notamment, à l’aide de solution buvable à base d’artichaut, de radis noir et chardon marie, en parallèle du traitement. La détoxification du Foie une fois par an si on ne contrôle pas son alimentation est toujours une bonne idée. Mais drainage du Foie uniquement. Ne pas combiner avec un drainage du Rein en même temps comme le vendent certaines marques, car cela fatigue l’organisme inutilement. Lorsqu’on draine un organe, il est toujours bon d’avoir les autres en soutien.

Bonne pratique.


Auteur : Ivan Bel

Hua Tuo jia ji (suite) et les points Bei Shu

Hua Tuo jia ji (suite) et les points Bei Shu

Nous avons vu dans l’article précédent l’origine des Hua Tuo jia ji, ces points de traitements qui servent grandement en Shiatsu. Nous allons approfondir leur compréhension, car ils n’ont pas le même mécanisme que la 1re chaîne de Vessie mais sont bien en relation. Voyons cela de plus près en suivant la piste anatomique.


Pour rappel, nous avons dit que cette famille de points se situe à 0,5 cun de l’apophyse dorsale des vertèbres, soit à un pouce de distance de la ligne Vessie 1. Cette distance devrait en soi déjà permettre de ne pas les confondre. Mais c’est l’anatomie qui va nous permettre de mieux comprendre leur positionnement.

Un peu d’anatomie ne fait jamais de mal

Tout le long de la colonne vertébrale, entre chaque vertèbre, on trouve une sortie nerveuse appelée le foramen intervertébral. Là sortent les nerfs spinaux, autrement dit ils sortent de l’épine dorsale. Ces nerfs sortent directement de la moelle épinière contenue et protégée par les vertèbres. Il y a 28 nerfs spinaux de chaque côté. Mais selon l’endroit où ils se situent, ils se construisent différemment.

En ce qui concerne les nerfs cervicaux et les nerfs sacrés, ainsi que le nerf coccygien, ils vont rapidement fusionner pour former un plexus nerveux. Un plexus nerveux est un lieu où les nerfs se rejoignent, communiquent et forment une anastomose avec des tissus ou un/des organe(s). L’anastomose est l’équivalent du mot « agrafé », c’est donc une réunion de plusieurs tissus, nerfs, mais ce phénomène est surtout très courant dans le système sanguin.

Avant d’aller plus loin, il faut également savoir qu’un nerf spinal se divise rapidement en plusieurs branches. La branche ventrale ou antérieure et la branche dorsale ou postérieure. Seule la branche ventrale plonge dans les tissus et fusionne dans un plexus.

Les plexus nerveux issus de la colonne

Nous avons de nombreux plexus dans le corps humain. Voyons uniquement ceux qui viennent des nerfs spinaux.

  • 1. Le plexus cervical : les nerfs C1 à C4 fusionnent pour former un centre de commande qui va actionner la plupart des muscles antérieurs du cou. Ils innervent également la peau de la moitié latérale et inférieure de la tête, l’avant du cou ainsi qu’une petite partie des épaules et de l’avant du thorax. Enfin il intervient dans la fonction de descente du diaphragme, et donc permet la respiration, ce qui n’est pas rien.
  • 2. Le plexus brachial : situé à l’arrière de la région axillaire et à la base du cou, ce plexus réunit les nerfs C5 à C8 (attention, il y a 7 cervicales, mais 8 nerfs cervicaux), ainsi que celui de la T1. Le plexus brachial est composé de trois tronc. Au 1er tronc c’est la fusion de C5 et C6, au second C7 est tout seul et au 3ème c’est la fusion de C8 à T1. Ils commandent l’omoplate, le muscle dentelé antérieur, les muscles scalènes essentiels à la mobilité du cou, le 1er nerf intercostal en T1, enfin la peau et les muscles des pectoraux et de la cage thoracique et des bras. Mais pour pouvoir commander aux mains, les trois troncs se divisent à nouveau et refusionnent en anastomose pour donner tous les nerfs (dits terminaux) de la main : musculocutané, médian, ulnaire, radial et axillaire qui permettent tous les mouvements et toutes les sensibilités du bras et de la main.
Illustration du plexus brachial
  • 3. Le plexus lombal : c’est là que les choses deviennent intéressantes. Nous sommes passés du haut du corps directement à la partie basse pour trouver le plexus nerveux suivant. Ce qui nous donne à penser sur les nerfs thoraciques que nous verrons ensuite… Encore une fois, ce sont les branches ventrales qui fusionnent, de L1 à L4 avec une branche de la T12 pour donner un petit coup de main. Ils servent à l’innervation de la paroi abdominale, des organes génitaux et des membres inférieurs. Évidemment en chemin vers les orteils ils se passent quelques transformations qui donnent lieu à des nerfs terminaux : nerf obturateur (pour tous les adducteurs et le muscle pectiné) et le nerf fémoral (pectiné aussi, iliaque, quadriceps) … on va s’arrêter là.
  • 4. Le plexus sacral : dernier plexus issu des nerfs spinaux, il réunit les nerfs de L5 à S4, avec une branche supplémentaire provenant de L4. Ceci nous permet de comprendre que tous les plexus communiquent aussi entre eux grâce à nerf de jonction. Ici c’est l’innervation des muscles fessiers, du carré fémoral et de l’obturateur interne. Les nerfs terminaux le nerf sciatique que l’on connaît bien, le fibulaire commun et le nerf tibial.
  • 5. Sachez qu’il existe d’autres plexus nerveux que nous ne verrons pas en détail : le plexus pudendal ou honteux (S2 à S4) pour les muscles anaux. Le plexus coccygien (S4 à Cx1) innerve le périnée.

Ce qui est intéressant d’observer ici c’est que les plexus du haut comme du bas permettent de mutualiser les nerfs spinaux ventraux pour servir de véritables postes de commande à des parties entières du corps.

On notera au passage que ce sont surtout des nerfs moteurs, donc reliés au système orthosympathique. En effet, sauf trouble particulier, votre bras ne bouge pas sans votre consentement, pas plus que vos jambes ou votre cou. Seul le diaphragme possède une double connexion qui permet de laisser la respiration en mode automatique ou bien de ralentir ou accélérer le rythme respiratoire. Le diaphragme est donc membre des deux clubs nerveux les plus en vue qui soient : l’ortho et le parasympathique.

Enfin on n’observera qu’aucun de ces nerfs ne font partie des points Hua Tuo jia ji historiques qui sont au nombre de 17. Ils ont été ajoutés par la suite par les médecins acupuncteurs modernes. Pourquoi ? Probablement parce que le fameux médecin Hua Tuo ne pouvait peut-être pas démêler la complexité des anastomoses et des embranchements terminaux avec les outils de son époque. Qui sait ? En revanche, cela lui fut nettement plus facile de suivre les nerfs thoraciques.

Quid des nerfs thoraciques ?

Les nerfs thoraciques ont décidé de fonctionner différemment. En effet, ils ne fusionnent pas en plexus. Il existe autant de nerfs intercostaux qu’il y a de côtes, soit 11 paires en tout. Toutefois, les 6 premiers ne quittent pas les espaces intercostaux et cheminent horizontalement. En revanche les 7 suivants font la même chose puis cheminent en oblique (en avant et vers le bas) vers la paroi abdominale et latérale. Comme point de repère anatomique, sachez que le nerf T11 fini sous l’ombilic.

Le point commun des nerfs thoraciques est d’irriguer les muscles intercostaux, les subcostaux et les élévateurs des côtes. Ceux de la première équipe (de T1 à T6) innervent aussi les muscles dentelés, les droits et les obliques, ce qui est toujours bon à savoir lorsqu’on cherche à débloquer les tensions musculaires du dos. Nul besoin de faire toute la chaîne de Hua Tuo, ceux-là suffisent. Ceux de la seconde équipe (de T7 à T11) font de même, mais innervent en plus l’abdomen.

Sans doute certains d’entre vous seront déçus de ne pas voir de relations entre les nerfs et les organes, ce qui pourrait mettre à mal la théorie des points Yu ou Bei Shu. Car oui, tous les nerfs sont reliés à des muscles, donc à l’appareil moteur volontaire dirigé par le système orthosympathique. Mais attendez ! Le meilleur est pour tout de suite.

Le tronc sympathique

Hua Tuo qui vivait un siècle après J.-C. ne s’était pas trompé. Les 17 points qu’il a identifié et nommé Jia ji appartiennent en réalité au tronc sympathique et non aux nerfs intercostaux. A la sortie de chaque nerf spinal, il se trouve sur l’apophyse transverse et très près de l’apophyse dorsale (à 0,5 cun donc) un ganglion nerveux. Il y’en a 22 de chaque côté (un peu plus que les points classiques, d’où la volonté d’extension des médecins modernes) et ils se divisent en :

Les ganglions du tronc sympathique situés sur la ligne blanche
  • 3 cervicaux
  • 11 thoraciques
  • 4 lombaires
  • 4 sacrées

Cela ressemble déjà plus à quelque chose que nous connaissons. Mieux encore, tous ces ganglions sont reliés entre eux par un chemin nerveux du système nerveux autonome (parasympathique). Par conséquent, tous les ganglions forment une chaîne le long du corps vertébral exactement là où l’on situe les Hua Tuo jia ji. Conclusion : chaque ganglion est en relation avec tout le système nerveux spinal.

Mais voici le plus beau : ces ganglions envoient des messages non seulement aux nerfs intercostaux (donc au système moteur), mais aussi (via le tronc spinal) aux nerfs splanchniques. Ces nerfs se rejoignent à l’avant du rachis et de l’aorte pour former de nouveaux plexus qui sont tous en relation avec les organes. Ces nerfs vont former des plexus supplémentaires qui sont tous innervés par les fibres issues du tronc sympathique ainsi que des fibres parasympathiques issues du nerf vague et du splanchnique pelvien. Voici la liste :

  • Le cœliaque (ou solaire)
  • Les mésentériques supérieur, intermédiaire et inférieur
  • L’hypogastrique supérieur et inférieur

Distinction des Hua Tuo jia ji et des points Bei Shu

Je sais c’est compliqué, et moi-même je dois avouer avoir longtemps réfléchi à cette question sans trouver de réponse satisfaisante en dehors de la différence d’emplacement bien évidemment. Alors, quand on ne sait pas, on demande à des personnes plus avancées que soi.

J’ai commencé par en parler avec Bernard Bouheret[i], professeur parisien bien connu de Shiatsu. Voici ce qu’il me dit :

« Les points Hua Tuo sont situés sur le corps vertébral à 0,5 cun de l’apophyse dorsale, ils sont nettement plus faciles à presser en Shiatsu, car leur structure est stable. En revanche, les points Bei Shu qui communiquent donc aux muscles via le système nerveux intercostal, sont situés sur la 1re chaîne du méridien de la Vessie à l’articulation de l’apophyse transverse et de la côte (à 1,5 cun donc). Et puisqu’il s’agit d’une articulation, ils sont moins stables à la pression. Un acupuncteur ne s’inquiétera pas de cette différence, mais un shiatsushi doit en tenir compte ».

Voilà qui est plus clair. Mais touche-t-on directement le nerf lorsqu’on appuie sur un Bei Shu. J’ai demandé des précisions à Alexandre Noël, enseignant d’anatomie à l’École de Shiatsu Thérapeutique de Paris[ii]. Il m’a répondu entre autres que :

« La racine postérieure (ou dorsale) sensitive du nerf est cachée derrière la lame vertébrale ». Donc aucune chance qu’on le touche directement en appuyant sur un Bei Shu, mais indirectement. Ainsi, on aura un effet via la pression Shiatsu et donc sur l’organe qui lui est relié. Rappelons que dans cet article nous parlons d’anatomie et non d’énergie.

Mais comme j’aime bien creuser, je me suis alors tourné vers Jean-Sylvain Prot[iii], professeur d’acupuncture très intéressant dans ses écrits comme dans ses cours, notamment pour sa défense d’une médecine chinoise véritablement classique et bien loin de ce que nous en connaissons via les livres de MTC. Dans un de ses articles intitulé « Points Shu dorsaux et points Mu antérieurs », il y a de la poudre à gratter le cerveau qui nous oblige à aller plus loin dans notre compréhension de ces points. Voici l’extrait de son article qui pose question :

« Ces points [les Bei Shu] sont tous sous-cutanés. Ils sont à la verticale des vertèbres sans rapports nerveux directs avec celles-ci, car l’innervation du derme ne correspond pas à celui de la vertèbre sous-jacente, sauf pour les premières dorsales.

La vertèbre sert simplement de repère à la projection au niveau du derme, d’une dysfonction viscérale.

La relation peut devenir néanmoins structurelle. En effet, la dysfonction de la région Bei Shu en surface, si elle persiste, va progressivement modifier le tissu conjonctif, devenir fibrose et affecter la vertèbre en profondeur.

Cette relation entre la surface et la profondeur donne ainsi toute la valeur aux techniques sur les fascias utilisées en ostéopathie, qui à partir de la zone sous-cutanée en regard des vertèbres, envisage une régulation des dysfonctions affectant les organes.

De la surface à la profondeur, on peut réaliser une harmonisation entre la structure vertébrale et la fonction viscérale ».

Les points Bei Shu seraient donc également des zones de projection des organes au niveau cutané. Intrigué, j’en discute directement avec l’auteur et il me confie :

« Les travaux du docteur Henri Jarricot[iv] ont permis de définir, au niveau thoraco-abdominal, des relations fiables entre les organes et des territoires cutanés.

Lorsqu’un organe est en dysfonction, il exprime au niveau cutané une dermalgie (épaississement du derme et douleur révélée à la palpation) sur un dermatome.

Cette objectivation d’épaississement de la peau et de douleur révélée sont un moyen simple et merveilleux de ressentir les dysfonctions projetées au niveau du derme par les viscères.

Le dermatome est défini comme le territoire cutané dépendant d’une racine nerveuse rachidienne postérieure, c’est un territoire uniquement sensitif.

L’innervation sympathique des viscères provient des racines nerveuses des vertèbres allant de T2 à L2.

Les dermatomes, en relation avec les vertèbres de T2 à L2, se distribuent sur le tronc d’arrière en avant, obliques en bas et en ceinture.

Au niveau des premières vertèbres thoraciques, il y a concordance entre les vertèbres et les dermatomes, mais plus on descend sur la colonne, plus on observe un décalage.

Le bas du dermatome T10 se définit horizontalement à la verticale des vertèbres L1/L2. Le dermatome T11 se termine, lui, horizontalement à la verticale des vertèbres L3/L4. Le dermatome T12 suit les crêtes iliaques et se termine horizontalement à la verticale de l’interligne articulaire de L5/S1.

Les points Bei Shu mettent en relation le tissu sous-cutané avec les organes. Ils expriment en surface, à l’aplomb d’une vertèbre, la qualité de l’organe situé en profondeur. Ces points sont sous-cutanés, en surface. Ils sont à la verticale des vertèbres sans rapports nerveux directs avec celles-ci, car l’innervation du derme ne correspond pas à celui de la vertèbre sous-jacente, sauf pour les premières dorsales.

Nous voyons avec les dermalgies thoraco-abdominales du docteur Henri Jarricot, le rapport juste qui existe entre les vertèbres et la projection des organes sur le derme. Pour les points Shu la vertèbre sert de repère à la projection au niveau du derme d’une dysfonction de l’organe ».

Conclusion : quand on cherche, on trouve ! Et parfois cela nous sort de notre zone de confort, et c’est précisément cela qui est passionnant dans cette étude sans fin du corps et de la médecine orientale ! Nous voilà avec une vision très intéressante et quelque peu nouvelle (en tout cas pour moi qui vous écris) des Bei Shu. Mais au moins, une chose est limpide : les Bei Shu et les Hua Tuo jia ji n’ont décidément rien à voir même si les deux possèdent un effet sur les organes.

Bonne pratique !


Auteur : Ivan Bel

Remerciements chaleureux à : Alexandre Noël, Bernard Bouheret et Jean-Sylvain Prot pour m’avoir aidé dans cette enquête aux frontières de l’anatomie et de la médecine chinoise.


Notes :

Interview de Nobuyuki Takeuchi : fondateur du Yin Shiatsu

Interview de Nobuyuki Takeuchi : fondateur du Yin Shiatsu

Encore assez peu connu en Europe, le Yin Shiatsu commence à se faire un nom. Mais à l’origine de ce nom il y a un homme et pas des moindres : Nobuyuki Takeuchi senseï. On peut facilement penser à lui comme étant un samouraï des temps modernes, intransigeant sur le comportement, l’engagement et l’étude, valeurs qu’il applique en premier lieu à lui-même. Mais les propos qu’il tient dans cette interview sonneront juste à tous les praticiens qui se sont engagés dans le Voie du Shiatsu. Rencontre avec un maître, dans tous les sens du terme.


Ivan Bel : Bonjour senseï. Merci d’avoir accepté notre invitation pour cette interview. De quelle région du Japon et de quel milieu êtes-vous originaire ?

Nobuyuki Takeuchi : Je suis né dans la préfecture de Fukushima, au lieu-dit de Yoshimaruyama. J’ai grandi dans une famille paysanne et j’étais le cadet d’une fratrie de 3 fils.

À quel moment de votre vie vous êtes-vous intéressé aux arts thérapeutiques ?

C’est vers l’âge de 18 ans. À cette époque j’avais entrepris l’étude des arts taoïstes notamment au travers de la pensée du Lao-Tseu et du Tchouang-Tseu.

Vous avez été initié à la pharmacopée, à la médecine Kanpo et à l’acupuncture ? Quels souvenirs gardez-vous de ces années d’apprentissage ?

C’est à cette même période que j’ai commencé à étudier auprès de mon oncle. C’était quelqu’un d’admirable. Cependant, mon affinité avec la pensée taoïste m’amenait à remettre en cause le Shiatsu tel qu’il existait.

Dans l’objectif de développer mon Ki pour diagnostiquer et traiter les patients, je jeûnais 2 jours par semaine et je pratiquais quotidiennement le zazen. Je me consacrais également au Fukukihō (服気法)[i], une des trois techniques de respiration du Qi Gong.

Depuis lors et pendant 30 ans, j’ai poursuivi cette routine quotidienne.

Vous avez fondé la clinique “Akahigedo”, ce qui se traduit par “Pavillon de Barbe Rousse” en 1978. Est-ce en référence au film de 1965 d’Akira Kurosawa et son film Barberousse[ii] ? En quoi ce personnage vous a inspiré ?

Barberousse joué par Toshiro Mifune dans le film d’Akira Kurosawa. Tous praticiens devraient avoir vu au moins une fois ce film magnifique.

Le personnage de “Barbe Rousse” est un médecin de la période d’Edo qui a réellement existé[iii], une sorte de Robin des bois de chez vous. C’est avant tout son attitude, son état d’esprit qui m’a inspiré. La souffrance du patient, si elle n’est pas guérie, devient ma propre souffrance.

Il me faut donc travailler sur moi, à travers la pratique du jeûne par exemple et ma propre détermination pour pouvoir y répondre. C’est la Voie du Bushido.

En quelle année avez-vous créé votre propre style baptisé “Yin Shiatsu” ? Quelles sont les particularités de votre méthode qui le différencie des autres courants existants ?

À 29 ans, dans ce contexte, j’ai pris la décision que si dans l’année je ne parvenais pas à accomplir ma propre Voie par la réalisation d’une technique d’exception, autant me suicider comme l’a fait l’écrivain Mishima[iv].

Cette détermination extrême m’a amené à fonder le Yin Shiatsu tel qu’il existe actuellement. J’ai formalisé une approche différente du Shiatsu existant alors au Japon, permettant notamment de traiter par des points distaux, sans toucher directement les zones affectées ou en reliant les zones du corps par similitude de forme.

Traitement d’un sportif de haut-niveau à la clinique Akagahigedo. (c) Nourit Masson-Sekine

Justement pendant des années vous avez fait des recherches qui ont abouti à une théorie intéressante : la relation triangulaire. Pourriez-vous nous l’expliquer s’il vous plaît ?

Selon moi, les origines du Shiatsu sont très anciennes, bien avant l’ère chrétienne. La théorie de la relation triangulaire, qui est à la base du Yin Shiatsu m’est apparue, comme une inspiration, suite aux pratiques régulières de jeûne et de purification en plein air dont je vous ai parlé.

Cette intuition m’a amené jusqu’à revoir la théorie des méridiens préexistante. C’était très émouvant pour moi, car rien de tout ceci n’était mentionné dans les textes fondateurs tels que le Huangdi Nei Jing par exemple.

Si vous voulez en savoir plus, je vous invite à vous rapprocher de Mehdi et Misako[v] qui résident à Strasbourg et qui ont bénéficié de mon enseignement. Et vous aurez également l’occasion d’approfondir le sujet si je viens en France ou si vous venez vous-même à Tokyo.

Quelle est votre conception de la maladie ?

Ma conception de la maladie vient de la pensée bouddhiste “In Ga Ron” (因果論). Il s’agit de la “Loi de Causalité” ou “Loi de Cause à Effet”, la notion de Karma peut éventuellement en être l’aboutissement. Par cela j’entends qu’une Cause mène à un Effet mais le “En”(縁) entre en jeu dans ce mécanisme. “En” peut se traduire par destin/destinée, par chance/occasion. “En” c’est aussi le bon endroit au bon moment avec la bonne personne. Dans le contexte présent, il s’agit plutôt du choix de l’individu devant des occasions, des opportunités qui s’offrent à lui et qu’il va ou non saisir.

Aussi, la même réflexion peut s’appliquer à la maladie. Il est important lors de l’apparition d’un symptôme d’identifier la cause, la source du problème. Cependant, il est également essentiel de discerner les choix de vie qui ont amené une personne vers un déséquilibre et les choix qui lui permettront de retrouver l’équilibre juste.

Par exemple et en simplifiant, si un patient a un risque d’obésité, il est possible qu’il ait une prédisposition génétique au surpoids. Le choix du patient pour détourner ce qui paraît être une fatalité serait de ne pas s’adonner aux excès alimentaires et de veiller à mieux se sustenter.

On peut trouver une multitude d’autres exemples à ce sujet.

Pour le dire autrement, au cours d’un traitement on se concentre souvent sur les causes et leurs effets symptomatiques. Mais rares sont ceux qui tenteront d’aborder les actes, les motivations et les “pensées négatives” du patient. Agir sur son propre comportement et ses choix de vie, là est la clef, le levier pour modifier son destin.

Pour comprendre ce principe de “En”, il faut avoir conscience de l’existence de notre libre arbitre (自由意志)[vi]. Par cela, j’entends qu’on peut choisir soi-même, avec notre cœur, notre conscience, ce qui est bon ou mauvais, juste ou faux, positif ou négatif pour nous.

Takeuchi senseï. (c) Nourit Masson-Sekine

Votre traitement est pluridisciplinaire : acupuncture, Shiatsu, plantes médicinales, etc. Pourquoi ce choix alors que la plupart des acupuncteurs par exemple se contentent uniquement des aiguilles ?

Beaucoup de patients viennent tous les jours avec des pathologies diverses et variées : dépressions, cancers, eczémas atopiques, asthme, maladies gynécologiques, maladies infantiles…. Les traitements de ces maladies sont donc des défis très sérieux et si l’on ne traite que par une technique : juste avec de l’acupuncture, juste avec du Shiatsu ou juste par des conseils diététiques, cela ne suffit pas toujours. J’adapte le traitement en fonction de ce qui est nécessaire, en fonction des priorités et spécificités de chaque cas.

C’est pour cette raison que l’Akahigedo offre un panel complet de soins. Pour moi, ce qui est important c’est le résultat. Je n’ai aucune excuse si je ne parviens pas à soigner une personne. C’est ma façon de vivre.

Vous êtes un expert reconnu en médecine chinoise et avez invité de nombreux spécialistes chinois du Qigong et de l’acupuncture. Vous avez également fait plusieurs séjours en Chine pour étudier plus profondément ces approches médicales. Par ailleurs, vous avez été formé au Japon, notamment en médecine Kanpo. Selon vous, quelles sont les différences entre les Chinois et les Japonais dans l’approche de la médecine orientale ?

En effet, j’ai été en Chine à de multiples occasions et j’ai été rencontrer de nombreux maîtres proclamés, au Japon également. Je pense malheureusement qu’aujourd’hui, les senseïs Chinois ou Japonais sont en général peu rigoureux… J’ai observé qu’ils sont trop souvent satisfaits du résultat de leurs soins même si le patient n’est pas guéri. La suffisance et le désir de reconnaissance à l’œuvre semblent trop souvent écarter le médecin de ses objectifs initiaux. Daruma (ou Bodhidharma)[vii] disait face à l’empereur Han Wudi[viii] qu’il n’y a aucun mérite à faire le bien si on attend de la reconnaissance en retour.

Il y a pourtant une autre manière de vivre. Je suis intransigeant avec moi-même. Et de ce fait, c’est un défi qui m’incombe de parvenir à soulager celles et ceux qui souffrent, de parvenir à les soigner. C’est pourquoi je traite avec tous les moyens possibles. Vous me considérez peut-être comme un thérapeute quelque peu ennuyeux…

Bien au contraire, je trouve cela passionnant ! Pour en revenir au Qi gong, cet art de l’économie de l’énergie, pourriez-vous nous dire comment il nourrit le praticien de médecine orientale et ce que cela vous apporte dans votre quotidien ?

Quelqu’un qui pratique et vit en tant que praticien de médecine orientale se doit d’apprendre et d’approfondir son Qi Gong. Cela requiert une pratique stricte et ardue qui ne correspond pas forcément à la réalité de notre époque. Bien peu suivent cette voie en se confrontant réellement aux difficultés qu’elle impose. De ce fait, peu d’enseignants prennent la peine de transmettre le vrai Qi Gong, n’est-ce pas ?

Pourtant, l’utilisation du Ki est un outil formidable, dans le diagnostic et le traitement. Le Qi Gong amène à des résultats fabuleux ! Il me permet de percevoir le patient dans la « profondeur de son être » (心の中) et d’entendre la “voix du Ciel” (天の声). Sans réellement le pratiquer, on ne peut pas devenir un bon praticien.

Takeuchi senseï et son maître de Qigong, Shen He Yang. (c) Nourit Masson-Sekine

J’utilise le Qi Gong thérapeutique sur les patients, ce qu’ils dégagent me permet de confirmer ou compléter mon diagnostic. Cela m’informe sur la gravité de l’état du patient, le stade de sa maladie, mais aussi sur son état d’esprit ou sur l’énergie vitale en réserve dans le corps. De ce fait, ces indications peuvent être importantes dans le cas du traitement des cancers, d’Alzheimer, des maladies cardiovasculaires, etc. Le mois dernier, en novembre 2020, nous avons d’ailleurs eu des résultats très encourageants sur 3 patientes atteintes du cancer du sein et 2 patients de plus de 90 ans atteints d’Alzheimer.

Cette clinique est un lieu d’accueil des patients, mais elle est aussi considérée comme un dojo, un lieu de pratique et de formation des thérapeutes. Vous gardez ainsi vivant l’esprit traditionnel qui considère les arts thérapeutiques comme des voies (Do) et non comme des techniques (Jutsu). Dans leur apprentissage, vous semblez porter beaucoup d’attention à la rigueur morale. Quelle est l’implication de cette rigueur dans la formation de vos praticiens ?

La question est difficile… Tout dépend de l’exigence du disciple envers lui-même, de la patientèle qu’il souhaite traiter et du type de thérapeute qu’il souhaite devenir.

Il peut y avoir un décalage entre ce que je lui inculque et ses propres attentes.

Je sais que la voie du Bushido, cette forme traditionnelle, radicale et sacrificielle, peut aujourd’hui être perçue comme du “harcèlement moral” dans le monde contemporain. À l’heure actuelle aucun disciple ne le souhaiterait, je pense…

Alors, je m’adapte, sans abdiquer pour autant et je poursuis tous les jours mon enseignement du mieux que je peux.

Quoi qu’il en soit, c’est également le rôle du thérapeute d’accompagner les patients afin qu’ils acquièrent ce sens moral.

Quelles autres qualités doit avoir un thérapeute selon vous ?

Bien sûr cette question est très importante. À l’origine c’est par l’étude des arts taoïstes que j’ai fait mon apprentissage. C’est une Voie du Cœur d’une grande profondeur et par laquelle on peut développer les qualités requises. Il y a une expression : “Shin Sui no Rō” (新水の労), que l’on peut traduire par : “aller chercher l’eau demande de l’effort”. Ce qui signifie que dans la vie quotidienne, il est important de faire des efforts pour servir autrui. Je demande également aux disciples de savoir mettre de côté leur égo pour pouvoir assimiler mon enseignement, suivre la même voie que moi. Mais l’époque est maintenant bien différente d’il y a même 30 ans. Cela ne fonctionne pas comme avant.

Portrait de Takeuchi senseï en 1986 (c) Nourit Masson-Sekine

Cela dit, il m’arrive moi-même de décider d’aller nettoyer les toilettes publiques et je demande à mes disciples de se joindre à moi. On le fait pour rien. On le fait pour ne pas oublier d’où l’on vient et rester humble. Voilà aussi, pour répondre à votre question, les qualités à entretenir pour laisser la place à l’autre, au patient notamment. Bien sûr nous parlons de rigueur morale, mais rire est aussi important. Je demande aux thérapeutes de savoir incarner un personnage pour qu’il puisse faire rire les patients tout en restant respectueux.

Quels arts martiaux avez-vous étudiés ? Pendant combien de temps ?

J’ai étudié le Kendo, le Iaïdo ainsi que le Karaté d’Okinawa (Goju Ryu) pendant respectivement 3 ans, 10 ans et 20 ans. Je ne me souviens plus clairement du nom des enseignants de l’époque.

Je suis également un pratiquant de kenjutsu, aussi je comprends bien la relation très particulière que l’on peut avoir au sabre. Mais les lecteurs ne sont pas tous dans ce cas. Pourriez-vous me dire quels enseignements vous avez tirés de l’art du sabre. Comment les appliquez-vous dans votre pratique médicale ?

En médecine orientale, on utilise terme “Bōshin” (望診) pour parler du temps d’observation face au patient. Il fait partie des 4 arts du diagnostic : écouter, regarder, demander, toucher. C’est vraiment une technique très importante et qui peut atteindre un niveau quasi divin.

On retrouve des équivalents en Iaï, au travers notamment du concept de “Marobashi” [ix]. Un travail en harmonie avec la nature, libre et sans forme, qui s’adapte à chaque situation. Pour pouvoir l’appliquer, il est important de ne pas avoir d’intention fixée à l’avance et de faire face à chaque situation d’une manière neutre afin de percevoir les changements constants de la personne en face. Là aussi le “Bōshin” est présent.

On peut également parler du “Ai-Nuke” (相秡) que l’on peut traduire par “préservation mutuelle”. Lorsque les adversaires mettent fin à leur rencontre avant même de combattre, par respect envers l’autre et pour la Vie en général.

Ces concepts ont pour point commun la nécessité d’être en harmonie avec la “volonté du Ciel/de l’Univers” (天の意志). Ils sont du domaine de la reconnaissance et de l’acceptation de l’autre. En d’autres termes, c’est par la voie de l’illumination. En intégrant dans notre vie quotidienne les 6 vertus de Bouddha :

  • générosité
  • intégrité
  • discipline
  • patience
  • persévérance
  • et absorption méditative par la connaissance transcendante.
A droite Takeuchi senseï expliquant les points et leur traitement en Yin Shiatsu. (c) Akahigedo

Je parlais auparavant de la maladie, elle peut justement venir de la négligence de ces vertus. Si elles ne sont pas intégrées dans nos valeurs. Des émotions négatives telles que la colère, la cupidité en sont le germe. La pratique du sabre peut donc influencer la pratique médicale au travers de cette dimension éthique et du rapport à soi et à autrui. Elle permet également de garder un ancrage dans le temps et de débarrasser son corps et son esprit du superflu.

J’ai des amis experts en Iaï et en Yabusame[x]. Si vous venez au Japon, je vous les présenterai et vous pourrez en faire l’expérience.

Ce serait avec plaisir ! Vous avez été un adepte de Misogi, la purification du corps par l’eau. Vous pratiquez également la calligraphie qui est un art très exigeant. Ces techniques sont toutes issues de la tradition japonaise. Quelle place cela occupe dans votre vie et dans votre pratique ?

Je ne pratique plus actuellement le Misogi, mais, sous d’autres formes, je pratique tous les jours des exercices de purification du corps et de l’esprit.

Concernant l’art de la calligraphie, il existe depuis longtemps au Japon, mais beaucoup de courants sont seulement des pratiques qui se concentrent sur la technique, sur la performance esthétique.

Beaucoup de calligraphies sont en effet très belles, mais il manque cette dimension du Ki. Je pense qu’il est difficile d’atteindre “l’harmonie de l’âme/esprit » (魂の調和)[xi] par ce biais. La calligraphie qui n’est pas enrichie de cette dynamique ne s’harmonise pas avec l’univers.

Or, la façon dont j’aborde la calligraphie vient de ma pratique du Qi Gong. Elle se fait alors en connexion avec la “Voie du Ciel” (天の道). C’est par cette synergie, par inspiration que les idéogrammes me viennent, je ne sais pas au préalable ce que je vais faire et il m’est même parfois difficile de déchiffrer ce qui en résulte !

Alors, comment arriver à cette harmonie ? Là encore, je pense que la pratique du Qi Gong ouvre cette voie.

Que constatez-vous comme évolution des pathologies au Japon ? En France nous avons vu une nette augmentation des problèmes articulaires et des burn-out. Mais les gens ne veulent plus seulement être soulagés, mais aussi comprendre pourquoi ils ont mal. Est-ce votre cas ?

Les patients japonais ne sont en fait pas bien différents. Le problème pour nombre d’entre eux vient de leur alimentation : les huiles, les graisses et les sucreries qu’ils consomment régulièrement. S’ils n’en prennent pas conscience, on ne peut pas obtenir des résultats satisfaisants.

Ces dernières années, nous retrouvons quasiment toujours les mêmes symptômes relatifs à :

  • Une hyperperméabilité intestinale (“Leaky Guts Syndrome”) ;
  • Une hyperperméabilité de la barrière hémato-encéphalique (“Leaky brain Syndrome”).

C’est très intéressant, merci pour ces informations. En Europe, la dimension énergétique du Shiatsu et des arts du soin sont très en vogue. Selon vous, est-ce que l’utilisation des méridiens et du Ki est la seule chose à connaître pour pouvoir soigner une personne de manière naturelle ?

Je ne pense pas qu’il n’y ait qu’une seule chose.

En dehors des méridiens et du Ki qui sont des notions peu familières pour la majorité des gens, ce qui est important est : ce que la personne dit de ce qu’elle ressent, comment elle pense, la façon dont elle perçoit les choses (心のあり方)[xii]… Tout cela est à prendre en compte.

C’est également vivre avec le respect d’autrui et savoir porter ses erreurs/défauts (恥を知る心)[xiii] comme le faisaient Japonais d’antan. Il y existe des expressions comme :

  • 自らじるという言い方もありま : reconnaissance de ses torts
  • 自らを恐れるという言葉 autocritique
  • 自らを慎むという言葉  : retenue et modération
  • 自らを戒めていく心  : autodiscipline

Je suis constamment conscient que c’est là le moteur du soin.

Panneau de bois à l’entrée de la clinique. (c) Mehdi Abid

Je vais maintenant vous poser une question qui pourrait être simple, mais qui ne l’est pas : selon vous, qu’est-ce qu’un méridien et qu’est-ce que le Ki ?

Je pense que l’on peut faire la comparaison entre ce qui existe dans le corps humain et les réseaux ferroviaires. Les méridiens sont comme les rails du train, le Ki le courant électrique qui le fait fonctionner.

Ce sont des notions qui peuvent être facilement démontrées lors d’un traitement à la clinique. Le corps humain est vraiment extraordinaire…

Pour conclure cet entretien, quels sont les conseils que vous prodiguez à vos étudiants, que doivent-ils faire pour qu’ils arrivent à pratiquer longtemps, pendant des dizaines d’années, sans s’épuiser.

Ressentir de la gratitude est très important.

Il est nécessaire de savoir être reconnaissant et de demander pardon à ses parents. Réfléchissez à ce que vos parents vous ont apporté et ce que vous leur avez donné en retour, quel tort vous avez pu leur causer.

Lorsque vous aurez réalisé tout cela, votre vraie nature/énergie véritable apparaîtra et vous aurez alors toutes les ressources nécessaires pour pratiquer.

(c) Nourit Masson-Sekine

Je terminerai par cette expression, sur laquelle je vous invite à réfléchir :

我以外全て師

Ware igai subete shi

Tout sauf soi est maître

Je vous remercie.

C’est moi qui vous remercie senseï pour votre temps et d’avoir bien voulu répondre à mes questions.

Auteur : Ivan Bel


Remerciements :

Je tiens particulièrement à remercier les personnes suivantes pour m’avoir mis en relation avec Takeuchi senseï, pour avoir parlé avec lui, fait préciser sa pensée, traduit du japonais au français et fourni les photographies :

  • Mehdi Abid
  • Misako Sekine
  • Nourit Masson-Sekine

Notes :

  • [i] Fuku ki-hō (服気法) : littéralement la « technique de l’habit de Ki ».
  • [ii] Pour en savoir plus sur cet excellent film, consultez la fiche sur allociné.
  • [iii] Barberousse…
  • [iv] Yukio Mishima (三島 由紀夫) écrivain japonais né en 1925 et qui fut le dernier japonais à se suicider par seppuku (ouverture du ventre au sabre) en 1970. Il est l’auteur de nombreuses poésies, romans et pieces de théâtre.
  • [v] Mehdi Abid et Misako Sekine sont les représentants du Yin Shiatsu en France. Pour en savoir plus sur Mehdi Abid, lire son interview sur France Shiatsu. Pour en savoir plus sur Misako Sekine, allez sur son site.
  • [vi] Jiyū ishi  (自由意志) : mot à mot « liberté + volonté »
  • [vii] Bodhidharma (sanskrit en devanāgarī : बोधिधर्म « enseignement de sagesse » ; chinois simplifié : 菩提达摩, pútídámó ou 達摩, dámó ; japonais : 達磨, daruma ; c. fin du ve et début du vie siècle), fut le moine bouddhiste persan originaire de l’Inde, qui apporte le dhyāna du mahāyāna, sous le Chan en Chine et le Zen au Japon. L’école Chan prétendant remonter au Bouddha, Bodhidharma est considéré comme son 28e patriarche et comme son premier patriarche chinois. Il est aussi celui qui apporta les arts martiaux indiens en Chine.
  • [viii] Hàn Wǔdì (汉武帝 : -157 à –87 av. J.-C.) est le septième empereur de la dynastie Han de Chine, régnant à partir du 9 mars 141 av. J.-C. et jusqu’à sa mort, soit 54 ans de règne. Il est considéré, avec les empereurs Tang Taizong (dynastie Tang) et Kangxi (dynastie Qing) comme l’un des plus grands empereurs de l’histoire de la Chine.
  • [ix] 丸橋 (Marubashi) pouvant signifier un pont circulaire. Soit peut-être une référence au caractère cyclique de la vie/de l’apprentissage, ou à une unité du temps, passé présent futur se confondant.
  • [x] Le yabusame (流鏑馬) est une technique de tir à l’arc japonaise pratiquée à cheval. L’archer tire des flèches sans pointes (soit sifflantes, soit avec une boule au bout) sur trois cibles de bois et en plein galop.
  • [xi] Tamashī no chōwa (魂の調和) : signifie “l’harmonie de l’âme ».
  • [xii] Kokoro no arikata (心のあり方) : on peut traduire par « le cœur comme il doit être » ou « comment le cœur devrait être ».
  • [xiii] Haji o shiru kokoro (恥を知る心) : Dans le contexte de l’article, cela prend le sens de « avoir conscience de ses défauts/ses erreurs ».
Ouverture de l’académie Shaoyin : un projet innovant au Québec

Ouverture de l’académie Shaoyin : un projet innovant au Québec

J’ai eu le plaisir de rencontrer Martha au European Shiatsu Congress de Vienne en 2017 et depuis nous sommes devenus de bons amis. Quand elle m’a annoncé récemment qu’elle allait ouvrir sa propre école à Montréal, j’ai tout de suite demandé ce qu’elle comptait faire. Et là, c’est une bonne surprise : elle mise à la fois sur la coopération, les cours en ligne et en présentiel et la collaboration avec des associées. On peut clairement parler d’école Shiatsu 2.0 comme on est appelé à en voir de plus en plus. Une nouvelle génération d’enseignants et d’enseignement arrive. Soutenons-les !


Bonjour Martha, Laura et Sophie. Mais pour les lecteurs pourriez-vous vous présenter toutes les trois chacune à votre tour ?

Martha : Je possède une solide formation qui intègre les connaissances et compétences autant du shiatsu que de l’acupuncture, ce qui me donne une perspective très vaste et personnelle de la médecine classique orientale. De plus, la volonté constante d’évoluer dans ce domaine me stimule à suivre des formations variées et complémentaires dans les deux techniques. Je suis diplômée de l’école Kiné-Concept (2008 et 2009) avec Stéphane Vien, par après j’ai eu la chance de côtoyer d’autres grands maîtres de shiatsu, avec lesquels j’ai pu continuer à perfectionner plusieurs aspects de mon travail. Par ailleurs, j’ai complété la formation en acupuncture en 2015 à Montréal. Depuis, j’ai continué ma formation de perfectionnement avec le soutien de plusieurs professeurs pour développer des compétences dans le traitement des traumatismes, la moxibustion, l’herboristerie japonaise, ainsi que le travail avec les ventouses. J’aime l’enseignement aussi, mais j’aime surtout être assistante des professeurs, puisque ça m’aide à solidifier mes connaissances et les partager avec mes collègues en ayant moins de contraintes de temps et de responsabilités. J’ai déjà été d’abord assistante, puis enseignante dans des cours de shiatsu avec Laura Rasse-Frick, j’ai aussi été assistante dans le stage de fin de programme pour les étudiants d’acupuncture. J’aime aussi promouvoir le Shiatsu et tisser des contacts partout au Québec, au Canada et le monde dans notre belle communauté de shiatsushis.

Laura: Bonjour Ivan, mon nom est Laura. C’est pour aller vers l’autre, par l’entremise du voyage, que j’ai découvert le Shiatsu et la Médecine Orientale. L’Être, qui est au centre de la rencontre, me fait triper (comme on dit au Québec) et motive ma curiosité et mon désir d’approfondir et partager mes connaissances depuis plus de 15 ans! Je suis diplômée de l’institut Kiné-Concept où j’ai suivi une formation de massage suédois cinétique et ensuite deux ans de Shiatsu avec Stéphane Vien. C’est à partir de 2006 que j’ai eu le plaisir de l’assister dans plusieurs cohortes de première et ensuite de deuxième année de Shiatsu. En 2009, j’ai repris le flambeau de l’enseignement des groupes de première année avec lesquels j’ai accumulé plus de 3000h d’enseignement. Je donne également des ateliers de Médecine Orientale à l’école de Qi Gong, Fragments libres et ailleurs. Plus récemment, j’ai eu la chance d’assister Stéphane Vien lors de ses ateliers en Bretagne (2016 et 2018) ainsi qu’à Paris (2017). Ma passion pour cet art m’a amené à suivre une grande variété de formations comme la diététique énergétique et Herbes chinoises enseignées par Mme Ann St-Amant Ac. à l’institut NHC. J’adore accompagner les femmes enceintes, j’ai donc appris le Shiatsu périnatal avec Bianca Thuot et Suzanne Yates. Le Shiatsu Namikoshi avec Yuki Rioux m’a ouvert l’esprit sur d’autres dynamiques de toucher, tout comme la fasciathérapie et d’autres formations connexes. La pratique du Qi Gong s’est installée tout naturellement et colore autant mon Shiatsu que mon enseignement. Aussi, j’ai récemment terminé mes études en Kampo (herboristerie japonaise) auprès de Nigel Dawes. Et maintenant, c’est avec enthousiasme que je plonge dans cette nouvelle aventure avec l’Académie Shao Yin dans le but de partager, encore une fois, mon amour pour cet art.

Sophie : Bonjour Ivan, je m’appelle Sophie. Je suis diplômée en Shiatsu depuis plus de 11 ans et j’ai étudié à la même école que mes précieuses consoeurs et associées. C’est d’ailleurs Laura, assistée par Martha, qui fut ma première professeure et j’ai été séduite par sa façon de transmettre le Shiatsu avec passion, amour et humanité. Cet art merveilleux fut une découverte magistrale pour moi et je me suis tout de suite sentie à ma place dans cet univers. Par la suite, j’ai eu envie de continuer à explorer le domaine du soin énergétique et de la Médecine Orientale. J’ai donc élargi mes connaissances en touchant au Reiki, à la Technique Crânio-Sacrale Holistique, à l’herboristerie et au Qigong médical. Étant une passionnée de chevaux, j’ai également le bonheur de pouvoir pratiquer sur ces êtres magnifiques. Pour moi, l’Académie Shao Yin est une façon géniale de transmettre ces connaissances qui me sont si chères, mais aussi de réunir mes deux parcours professionnels. En effet, ayant préalablement étudié et travaillé en design graphique, je m’occupe de tout le visuel de l’ASY, ainsi que du montage vidéo. Je dois avouer que j’éprouve énormément de plaisir à mettre à profit toutes mes compétences pour ce beau projet.

Vous avez décidé de monter l’Académie Shao Yin à Montréal (Canada). Mais n’y a-t-il pas déjà plein d’écoles de Shiatsu dans cette grande ville du Québec ?

Au Québec il n’y a pas un grand nombre d’écoles francophones de Shiatsu et les programmes existants ne couvrent pas la théorie en profondeur. Du moins, pas selon nos standards et nos souhaits de qualité pour une formation. Laura a enseigné pendant plus de 10 ans dans une de ces écoles. Cependant, dû à des changements administratifs et des divergences dans la vision du programme de shiatsu, elle a décidé de quitter et de commencer ce projet.

Ici, le Shiatsu fait partie de la grande famille de la massothérapie. Ceci a ses bons côtés, comme l’accès à une plus grande clientèle déjà familière avec la thérapie manuelle ainsi que la reconnaissance par les compagnies d’assurance. Par contre, cette association nous limite dans la largeur thérapeutique qu’offre le Shiatsu. De là le rêve d’avoir une école qui comprend, respecte et promeut une meilleure reconnaissance du Shiatsu et de la Médecine Orientale.

Votre formule est intéressante, car vous souhaitez former en Shiatsu mais aussi en médecine chinoise, en présentiel, mais aussi en ligne. Racontez-moi pourquoi ces choix ?

Nous souhaitons bâtir une école de Shiatsu à notre image même si cela requiert beaucoup d’efforts et de temps. Puisqu’avoir un lieu physique pour donner des cours en présentiel s’avérait complexe et qu’il était nécessaire de stimuler l’intérêt pour l’apprentissage du Shiatsu, nous avons choisi de commencer par une plateforme virtuelle comme première phase. La partie en ligne donne accès à un plus vaste public. 

D’autre part, notre expérience nous démontre que les praticiens de Shiatsu ayant approfondi leurs connaissances en médecine orientale ont une meilleure compréhension de l’impact que leur thérapie a sur le corps. C’est pour cela que notre programme de Shiatsu inclut aussi l’étude des théories des 5 éléments, du yin yang, des axes, l’évaluation énergétique par le pouls et la langue, le travail des méridiens et fonctions des tsubo ainsi que la théorie des Zang Fu, entre autres.

Attention ça tourne ! Les cours sont en cours de préparation.

Puisque la réalité du marché actuel au Québec limite le nombre de personnes attirées par la technique du Shiatsu, nous commençons par une introduction de la médecine orientale pour  éveiller l’intérêt envers le Shiatsu et les inviter à l’apprendre avec nous. D’ailleurs, nous débutons avec un cours de base en Médecine Traditionnelle Chinoise s’adressant à des thérapeutes de toutes les branches curieux d’apprendre cette théorie. Dans ce cours, les thérapeutes apprennent à identifier les déséquilibres présents chez leurs receveurs/clients ainsi que certains tsubo et conseils pour mieux accompagner leurs clients et ils sont introduits à certaines manœuvres de Shiatsu.   

Est-ce que l’apprentissage du Shiatsu n’est pas incompatible avec des cours en ligne ?

Nous sommes d’avis que la partie pratique (la bonne posture, la palpation des méridiens et des points, le ressenti, le travail avec et du corps) doit se faire en personne, accompagnée et guidée par un enseignant. 

Par contre, la partie théorique, comme la philosophie des 5 éléments et du Yin Yang, les fonctions des tsubo, les études de cas, etc., sont possibles en ligne. Nous y voyons même un avantage, car l’étudiant peut revisiter autant de fois que nécessaire les informations préenregistrées dans le confort de son foyer. Nous croyons que c’est important d’utiliser les nouvelles technologies pour favoriser l’apprentissage. 

Aussi, pour les personnes habitant des régions éloignées, la formule virtuelle est idéale. Elle donne la chance d’accéder à l’information pour ensuite faire l’intégration de la matière lors d’ateliers pratiques.

Vous développez un programme d’affiliés à votre académie. Pouvez-vous expliquer en quoi cela consiste ?

L’Académie Shao Yin souhaite faire des liens commerciaux avec des entreprises, des écoles et des individus qui œuvrent dans des domaines connexes. L’idée est d’avoir des affiliés qui partagent nos valeurs, qui complémentent nos services et qui veulent promouvoir notre projet.

Pour quelles raisons avez-vous nommé votre académie Shaoyin ? Pourquoi pas Taiyang ou Jueyin ?

Merci pour cette belle question ! Nous avons passé beaucoup de temps à rêver du nom de notre école. Pour t’offrir notre réponse, nous devons visiter la symbolique des axes. En premier lieu, nous sommes 3 femmes, amies et collègues dans ce projet, puis l’axe Rein/Cœur est un axe Yin ! Ensuite, cette ligne représente pour nous quelque chose de profond et de précieux, elle symbolise l’Essence unique de l’Être. Puisqu’elle est la connexion entre le Feu et l’Eau, nous y voyons le lien de la conscience qui vient s’incarner dans la matière pour accomplir sa mission. C’est presque poétique ! C’est donc l’axe Shao Yin qui a conquis nos cœurs et a résonné fort pour ce projet, car, pour chacune d’entre nous, le Shiatsu est notre chemin de vie.

Je vous souhaite bonne chance dans votre développement et bon vent donc à l’académie Shaoyin. Je suis sûr que vous rencontrerez le succès que vous méritez. À bientôt.