En Shiatsu il arrive régulièrement que l’on doive traiter le phénomène dit de l’épaule gelée. De son nom scientifique, la capsulite rétractile est une situation de blocage de l’épaule particulièrement douloureux et qui empêche de lever le bras vers le haut. Grâce au Shiatsu, il est possible d’améliorer grandement la situation. Mais la technique ne suffit pas toujours. Explications !
L’épaule gelée, ou capsulite rétractile, est une condition qui entraîne une raideur et une douleur progressive de l’épaule. Elle est due à une inflammation et une contraction de la capsule articulaire, réduisant ainsi l’amplitude de mouvement. Cette pathologie touche plus fréquemment les femmes que les hommes (le rapport est environ 2 fois plus chez les femmes) et ce détail à son importance, comme nous le verrons plus tard. Généralement le pic d’apparition de cette pathologie se fait entre 40 et 60 ans. La prévalence est d’environ 10% de la population.
Si vous avez déjà eu affaire à cette situation avec l’un de vos client.es, vous aurez découvert qu’il n’est ni facile ni simple de traiter ce cas, notamment en raison de la douleur que cela génère pour la personne receveuse. Il faut donc se pencher en détails sur les causes et les facteurs de risque, c’est-à-dire faire un peu d’étiologie.
Principales causes et facteurs de risque
1. Causes primaires (idiopathiques) :
- Dans certains cas, l’épaule gelée apparaît sans cause évidente, souvent chez les personnes entre 40 et 60 ans, avec une légère prédominance féminine.
2. Causes secondaires :
Elles sont liées à des pathologies sous-jacentes ou des traumatismes.
a) Causes mécaniques et post-traumatiques
- Immobilisation prolongée(ex. après une fracture, une chirurgie ou un accident)
- Tendinite de la coiffe des rotateursou autre blessure à l’épaule
- Luxation ou fracture mal rééduquée
b) Causes métaboliques et hormonales
- Diabète (2 à 4 fois plus de risque, évolution souvent plus sévère)
- Hypothyroïdie ou hyperthyroïdie
- Maladies auto-immunes (ex. polyarthrite rhumatoïde)
- Maladies cardiovasculaires (ex. infarctus du myocarde, AVC)
c) Facteurs neurologiques
- Maladie de Parkinson
- AVC avec hémiplégie
Pourquoi cette rétraction ?
On parle de capsulite rétractile parce que la capsule articulaire de l’épaule se rétracte et s’épaissit, ce qui réduit l’espace disponible pour la tête humérale et limite les mouvements.

- Inflammation initiale : La capsule articulaire s’irrite et s’enflamme.
- Fibrose progressive : Avec le temps, les tissus cicatriciels (fibrose) remplacent les tissus normaux, rendant la capsule plus rigide.
- Réduction de l’espace intra-articulaire : La capsule se contracte (rétraction), ce qui bloque l’amplitude de mouvement.
C’est cette rétraction capsulaire qui distingue la capsulite des autres douleurs d’épaule comme la tendinite ou l’arthrose. C’est aussi pourquoi la récupération peut être longue : il faut détendre et assouplir progressivement la capsule.
Une question de temps
Alors tout cela est fort intéressant et nous donne déjà quelques informations utiles. Ce qui est important à savoir c’est qu’il ne s’agit pas d’une situation brève. Ni avant, ni pendant, ni après. Au contraire, la fameuse « épaule gelée » se déroule dans le temps.
Voyons ce qu’en dit la Ligue Suisse contre les rhumatismes :
Le processus inflammatoire progresse pendant plusieurs mois. Au cours de la première phase (une semaine à plusieurs mois), l’épaule est très douloureuse, surtout la nuit. Par la suite, les douleurs diminuent et l’épaule se raidit (pendant plusieurs semaines ou mois), le bras touché ne peut presque plus être tourné ou levé sur le côté. Pendant la troisième phase, la mobilité se rétablit lentement. En moyenne, il faut un an et demi pour que l’épaule retrouve complètement sa mobilité, sans générer de douleur.[1]
Etant donné la longueur du traitement, on imagine bien que les personnes qui en souffrent cherchent des solutions rapides afin de ne pas souffrir sur une si longue durée de temps.
Pour les praticiens de Shiatsu, et autres thérapeutes manuels, il est capital d’être capable de détecter les premiers signes avant l’arrivée de la situation inflammatoire où l’épaule ne pourra plus bouger sans créer une vive douleur.

Signes précoces
Ils existent des signes précoces qui permettent de détecter à l’avance si une capsulite rétractile est en cours de fabrication. Ces signes sont souvent discrets et passent inaperçus, mais les repérer permet d’intervenir plus tôt et de limiter l’évolution vers la rétraction capsulaire.
1. Raideur progressive et insidieuse
Le patient ressent une légère difficulté à bouger son épaule, sans douleur majeure au début.
La rotation externe est souvent la première amplitude limitée (ex. difficulté à se coiffer, à mettre une veste).
2. Douleurs diffuses, nocturnes et non spécifiques
Douleur vague autour de l’épaule, parfois irradiant vers le bras.
Douleur nocturne, surtout en dormant sur l’épaule atteinte.
Aggravation après une période d’inactivité.
3. Sensation de blocage articulaire
Certains patients disent que leur épaule est « coincée » ou « grippée ».
Contrairement à une simple tendinite, l’impression de blocage persiste même au repos.
4. Signes dans la posture et le toucher (approche énergétique et palpatoire)
Diminution subtile de la mobilité passive (même en l’aidant, l’amplitude est réduite).
Palpation : Sensation de tissus plus denses et figés autour de l’articulation.
Shiatsu / MTC : Stagnation du Qi et du Sang dans la zone du Gros Intestin (GI15, GI16), Triple Réchauffeur (TR14) et du Petit Intestin (SI9, SI10).
Que faire dès ces signes précoces ?
Travail en mobilisation douce et techniques de relâchement (Shiatsu, étirements passifs).
Chaleur locale pour assouplir la capsule et éviter la rétraction.
Traitement énergétique pour favoriser la circulation du Qi et du Sang.
Importance du psychosomatisme
Au début de cet article, on a vu que parmi les causes il y a la cause primaire dite « idiopathique ». Une cause idiopathique désigne une origine inconnue ou non déterminée pour une maladie ou un trouble. Cela signifie que, malgré des examens approfondis et des tests, la cause spécifique ne peut pas être identifiée. Le terme est souvent utilisé en médecine pour décrire des conditions où les facteurs sous-jacents restent mystérieux, et il est parfois employé lorsqu’une cause évidente (comme une infection, un traumatisme ou une anomalie génétique) est absente.
Or, c’est le cas, selon mon expérience, d’environ 90% des cas d’épaule gelée. La cause est donc à chercher ailleurs et plus particulièrement dans l’impact psycho-émotionnel des mots. Pour comprendre cela, faisons un petit détour par le mouvement du bras et de la main. Lorsqu’on saisit un objet, même fragile comme un œuf, notre main sait parfaitement la distance, la quantité de pression, pour saisir n’importe quoi sans le briser, ni le lâcher. Dans cette action, la main représente la partie consciente de l’action. En revanche, dans la plupart des situations, nous ne nous apercevons pas que nous soulevons l’omoplate et engageons l’épaule pour avoir plus de distance et de flexibilité pour que la main aille à son but. Nous n’avons pas conscience de ce mouvement d’épaule, et pourtant nous le faisons presque tout le temps. L’épaule représente donc la partie inconsciente de l’action.
Si vous avez une personne dans l’entourage proche qui vous dit pendant une journée entière « ne fait pas si, pas comme ça, mais tu vois bien que tu n’y arrives pas, regarde tu es maladroit.e, laisse moi faire ce serait plus rapide », vous allez très vite vous mettre en colère. Une colère saine qui vous protège de cette invasion verbale. En revanche, si cela dure des années, des décennies, la personne abandonne et enregistre physiquement – c’est tout le principe de la somatisation – cette incapacité à faire quelque chose. Jusqu’à ce que la partie corporelle inconsciente, car cela se joue à ce niveau-là, n’arrive plus à bouger l’épaule. Cette situation est hélas plus communément le fait des hommes sur les femmes que l’inverse.
L’épaule gelée est alors une manifestation somatique d’une oppression vécue sur le long terme, où la personne (souvent une femme) se replie, se contracte et se fige sous l’emprise d’un partenaire rabaissant.
1. Symbolique énergétique et émotionnelle
- Foie bloqué : frustration contenue, colère non exprimée.
- Poumon affaibli : tristesse et perte d’estime de soi.
- Cœur et Péricarde verrouillés : protection contre la souffrance émotionnelle.
- Triple Réchauffeur en tension : difficulté à gérer le stress chronique.
On retrouve l’image de quelqu’un qui s’empêche d’agir, de s’exprimer, de prendre sa place, par peur ou habitude d’être rabaissé(e). L’épaule, qui devrait être mobile et libre, se fige sous le poids de cette oppression.
2. Approche en Shiatsu pour libérer cette emprise
Dans ces cas, le travail ne peut pas être seulement physique, il faut redonner du mouvement au corps et à l’esprit.
Travail énergétique :
- Foie et VB (F3, VB34, VB21) → Libérer la frustration accumulée.
- Poumon (P1, P7) → Travailler sur l’auto-valorisation et l’expression.
- Cœur et Péricarde (C7, MC6) → Ouvrir la cage thoracique et restaurer la confiance.
- GI 4 et E 36 → Renforcement général et ancrage.
- TR5 en pince avec MC6 → réajuste les relations sociales entre l’interne et l’extérieur.
Travail physique et somatique :
- Shiatsu du dos en insistant sur la zone des omoplates (libérer les tensions profondes).
- Mobilisation progressive de l’épaule avec des exercices de respiration et d’automassage.
- Guidance verbale pendant le Shiatsu :
- « Imaginez que vous élargissez votre espace intérieur. »
- « Que voudriez-vous dire, mais que vous n’osez pas ? »
Accompagnement global :
- Encourager à reprendre confiance en leur corps et en leur force intérieure.
- Travailler sur l’affirmation de soi avec des mouvements plus amples et une posture ouverte.
- Parfois, les patients ont besoin d’un accompagnement psychologique en parallèle.
Traitement Shiatsu phase par phase
Vous l’aurez compris à la lecture de ce qui précède, la capsulite rétractile peut se diviser en trois étapes, ou trois phases. Par conséquent, le traitement Shiatsu se doit d’être adapté à chacune de ces phases.
Phase 1 : Inflammation et douleur
🔹 Symptômes : douleur constante, nocturne, raideur naissante.
🔹 Énergie en cause : stagnation du Qi et du Sang, souvent avec Vent-Froid-Humidité (rigidité des tissus).
Traitement Shiatsu :
- Travail sur le méridien du Gros Intestin (GI4, GI10, GI11, GI15, GI16) pour activer la circulation du Sang.
- Triple Réchauffeur (TR5, TR14, TR15) pour libérer la zone scapulaire.
- Points clés : VB21 (relâchement du trapèze), VB 34 (détente des tendons et ligaments).
- Techniques : pression lente et relâchée, mobilisation douce (éviter les manœuvres agressives qui augmenteraient l’inflammation).
- Chaleur locale (Moxa sur GI15, TR14) pour dissiper le Froid et assouplir la capsule.
Phase 2 : Raideur et rétraction capsulaire
🔹 Symptômes : perte d’amplitude, douleur diminuée mais blocage marqué.
🔹 Énergie en cause : Vide de Yang du Rein, Stagnation du Foie, manque de Sang pour nourrir les tissus.
Traitement Shiatsu :
- Renforcement du Rein et du Yang (R3, VG4, V23) pour favoriser la souplesse articulaire.
- Travail sur le Foie (F3, VB34, VB40) pour relâcher les tensions musculo-tendineuses.
- Palpation et pression statique sur la capsule pour libérer les adhérences.
- Techniques de vibrations et percussions légères pour relancer la mobilité.
- Mobilisation active assistée : le patient participe au mouvement pour récupérer l’amplitude.
Phase 3 : Récupération et réouverture de l’amplitude
🔹 Symptômes : récupération progressive de la mobilité avec douleurs résiduelles.
🔹 Énergie en cause : lente reconstitution du Sang et du Qi après la stagnation.
Traitement Shiatsu :
- Pressions profondes et progressives sur la capsule (GI15, TR14, IG9, IG10).
- Travail du méridien du Poumon (P7, P5) car il gouverne les muscles et la peau, favorisant la récupération.
- Élongations et étirements passifs adaptés à l’état du patient.
- Auto-massage conseillé : GI4 et GI10 pour aider à la circulation locale.
Compléments utiles en énergétique et MTC
A ces traitements, on peut ajouter une série de recommandations utiles.
- Traitements : on pense évidemment à de la kiné, notamment pour rééduquer l’épaule après sa libération, mais aussi à l’ostéopathie, la kinésiologie (étude du mouvement), l’acupuncture…
- Ventouses : autre technique utile, les ventouses sur le dos et le côté (Vessie et Triple Réchauffeur) pour libérer la zone scapulaire.
- Moxa sur VG 4 et R 3 si présence de Froid.
- TRE : connu sous le nom de Trauma Release Exercises, cette technique permet de laisser parler le corps et de dégager les mémoires en souffrance qui limites le mouvement.
- Alimentation : il est conseillé de prendre des bouillons riches en collagène, gingembre pour réchauffer le Yang.
- Auto-exercices : mouvements circulaires doux, exercices de Tai Chi ou Qi Gong pour relancer le Qi.
Bonne étude !
[1] A lire sur https://www.ligues-rhumatisme.ch/blog/2016/epaule-gelee-frozen-shoulder
Auteur
- Traitement de l’épaule gelée - 26/01/2026
- France : insomnie, anxiété, angoisse et les 5 fatigues avec Ivan Bel – Auvergne-Rhône-Alpes 13-15 mars 2026 - 13/01/2026
- France : Shiatsu et troubles du cycle menstruel – 28-29 mars 2026 à Toulouse - 12/01/2026
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