Alors que les fêtes de fin d’année approchent à grands pas, un livre vient de sortir discrètement, sans faire de bruit, concernant le Shiatsu. Et pourtant, ce livre mérite qu’on s’y arrête et qu’on le découvre. Il s’agit de “Cinquième saison” (les spécialistes apprécieront le titre) d’Hélène Korn, praticienne de longue date en Shiatsu.

J’ai la chance d’avoir croisé plusieurs fois Hélène Korn à Paris, notamment lors d’assemblée générale pour discuter, décider, trancher et faire plein des projets. C’est une femme dynamique, pleine d’entrain, tout à fait capable de structurer, planifier, affirmer son point de vue. Aussi, quelle ne fut pas ma surprise quand j’ai reçu son livre « Cinquième saison » de découvrir un tout autre pan de sa personnalité. Le livre traite bien du Shiatsu et son sous-titre ne laisse pas planer de doute là-dessus puisqu’on peut lire : « Sous le ciel immense du Shiatsu ». Mais la première chose qui frappe est la douceur des textes et leur profondeur.

Imaginez-vous en train de recevoir un Shiatsu de la part d’une femme pleine d’amour, de compréhension et de patience. Ce livre fait exactement le même effet. Les mots sont simples et pourtant ils laissent une trace qui ne s’efface pas tout de suite, mais dure dans l’esprit comme de légères pressions. On se laisse emporter par des chapitres très différents en taille et en style, passant de la poésie au témoignage, de la réflexion à la méditation, c’est un voyage intérieur que nous propose Hélène Korn dans son livre. Et pour un premier livre, on peut dire que c’est une agréable surprise.

De quoi parle “Cinquième saison” ?

C’est la question que je me suis posée pendant les 5 premiers chapitres. Ensuite, on oublie pourquoi on est en train de le lire, on se laisse promener par ses mots sans prétention, comme une barque qui se laisse dériver paresseusement sur un fleuve majestueux. Ce livre parle de Shiatsu, mais du point de vue de l’humain, pas de la technique. Les livres techniques foisonnent, avec moult photos et descriptions, livres sans réelles réflexions qui finalement ne peuvent être que des supports de choses déjà vues. Ici c’est très différent. L’auteure parle des joies et des souffrances, des rencontres et des moments de solitude. Elle partage aussi des réflexions importantes sur le rôle du praticien, l’attente du patient, tout cela avec une douceur qui n’est pas sans donner un léger spleen, mais sans mélancolie… c’est assez intraduisible avec des mots, cela se ressent. Pourtant, ce n’est pas un roman ; plutôt une introspection poétique. À lire ce livre, on ne sait pas où on va, mais ce n’est pas important. L’important c’est le chemin.

Vous allez me dire que vous n’êtes guère plus avancé et ne savez pas si vous allez lire cet ouvrage, mais il faut bien avouer qu’il s’agit d’un ovni dans la littérature de notre art. Et cela fait du bien. Du bien par la douceur, j’insiste, mais c’est vraiment vrai. Du bien par la profondeur des réflexions. Du bien, car vous êtes guidé part une main aimante qui vous montre « Tiens, là, tu vois, il y a ça et ça. Qu’en penses-tu ? ». C’est donc en soi une prouesse narrative et la démonstration d’esprit d’une personne qui mérite d’être mieux connue. De plus, ce livre est également un événement marquant dans notre univers Shiatsu, car il est le premier des Éditions de l’Union, une toute nouvelle maison d’édition entièrement dédiée à notre art. J’y reviendrais plus tard pour vous la présenter.

J’ai lu des dizaines de livres de Shiatsu, ma bibliothèque comporte plus de 200 ouvrages au moins sur le Shiatsu, la médecine orientale, les thérapies manuelles, mais jamais je n’avais croisé cela. Ma curiosité l’emportant, j’ai fini par poser quelques questions à Hélène elle-même.


Ivan Bel : Bonjour Hélène. Comment t’es venu cette idée de livre pour le Shiatsu ? Combien de temps as-tu passé dessus ? Comment s’est passé le processus d’écriture ?

Hélène Korn : Ce livre s’est présenté tout seul, ou presque : j’avais commencé à en écrire un autre, totalement différent, et en écrivant, quelques textes ont émergé. Je les ai fait lire à un ami, puis à Bernard Bouheret et à Jean-Marc Weill, qui m’ont encouragée à continuer sur cette voie.

Le processus d’écriture a parfois été très simple, certains textes sont venus facilement et rapidement, en quelques minutes ou en quelques heures. D’autres m’ont pris plus de temps, parfois des mois. Il m’est arrivé de chercher un mot, de ne pas trouver un enchaînement, ou d’écrire beaucoup puis d’en effacer la moitié, voire de ne rien garder du tout.

Habituellement on trouve des livres techniques, mais là c’est complètement différent, sans être un roman non plus. Comment définirais-tu ce livre ?

Je ne sais pas. Ce livre est fait de réflexions et de digressions sur le shiatsu, sérieuses, poétiques… Je crois en fait que je le définirais comme un espace de liberté.

Les réflexions sont nombreuses. Tu traites surtout de ton ressenti et de ta vision des choses. Que cherches-tu à partager avec le lecteur ?

Partager des émotions, des sensations, des questionnements, une façon de penser notre pratique, notre positionnement en tant que praticiens. Ce qui me touche et la façon dont je le dis peut – ou pas – parler à n’importe quel autre être humain, puisque malgré toutes nos différences, notre nature originelle est la même.

Tu passes d’un style à l’autre, de la description à la réflexion en passant parfois par la poésie. C’est très divers. Pourquoi ce choix ?

Ma réponse va peut-être être décevante, mais ça a moins été un choix que simplement la façon dont les pensées se sont présentées. J’avais aussi au départ rédigé certaines réflexions de façon un peu didactique, et ça ne passait pas, mais alors pas du tout. J’ai dû trouver d’autres façons d’exprimer ce que je voulais dire, quand j’ai pu le faire ; quelques textes sont ainsi passés aux oubliettes.

Ce que j’ai aimé c’est la douceur avec laquelle tu écris tout ça. Parfois les mots sont durs, mais uniquement pour poser un constat, dire un fait. Je pense notamment au passage sur l’ampuku. C’est violent, triste et en même temps tu parles en quelques mots de la réalité de la vie et du praticien témoin de tout ça. Tu parles d’ailleurs du praticien, mais aussi de l’étudiant, des premiers pas comme des années qui passent. C’est un témoignage ?

Je ne l’avais pas vu comme ça, mais d’une certaine façon certainement, en tout cas pour les choses que j’ai vues, vécues ou entendues. J’espère que ça n’est pas que ça, et que ce qui est dit emmène le lecteur au-delà de ma petite personne.

Tu démarres tous tes chapitres par des citations d’auteurs connus. C’est une manière de te relier à la littérature, de donner le ton de tes chapitres ou de témoigner un certain amour des livres ?

Ce sont des citations que j’ai notées au cours de mes lectures, et qui m’ont inspirée, dans la vie, dans mes pratiques. Et qui ont d’une façon ou d’une autre un lien avec le texte qu’elles accompagnent.

Oui j’aime beaucoup lire. Je trouve dans les livres – comme dans les rêves – une extension de la vie, d’autres façons de voir, de dire, de sublimer l’existence. D’apprendre aussi.

On sent tout au long de l’ouvrage, une envie de ramener les praticiens à un niveau plus sensible, plus humble.

Je ne veux ramener personne nulle part ; chacun fait ce qu’il a à faire, selon des causes et des conditions qui lui sont propres.

Cela dit, je crois qu’en tant que praticiens nous avons des responsabilités qui en effet nous obligent à l’humilité : aucune pratique, aucune médecine, aucune personne n’a le pouvoir de tout soigner. Nous pouvons aussi nous tromper, ne pas trouver la bonne solution, ne pas comprendre une situation, etc. Une autre chose qui me semble extrêmement importante est qu’à chaque shiatsu nous entrons dans l’intimité du receveur qui nous fait confiance ; nous devons rester extrêmement vigilants à certaines limites que nous n’avons pas le droit de franchir. Notre receveur doit repartir plus léger qu’il n’est arrivé, et non pas lesté de nos propres projections. Quelles que soient nos qualités, nous ne sommes qu’un vecteur.

Penses-tu qu’aujourd’hui en Shiatsu on ait perdu quelque chose chemin faisant ?

On perd toujours quelque chose en chemin ! Notre innocence, certains rêves, des espoirs, de la sueur… et souvent, paradoxalement, ce à quoi on s’accroche par peur de perdre.

Après la lecture de ton ouvrage, j’ai eu la drôle de sensation d’avoir reçu un Shiatsu mental, car les effets des mots que tu as choisis continuent après la lecture. Comment fais-tu cela ? 🙂

Je ne sais pas quoi répondre…

Je voulais te féliciter au passage d’être la première auteure de la toute nouvelle maison d’édition de l’Union, qui sera entièrement dédiée à notre art et pour ce premier livre qui j’espère en appellera d’autres.

Merci ! Je suis très heureuse d’avoir été éditée par les Éditions de l’Union, avec qui ça a été un plaisir de travailler. J’espère aussi qu’il y aura beaucoup d’autres ouvrages sur le shiatsu à éditer – et pour nous à lire !

Nous faisons un métier magnifique : rares sont les pratiques pour lesquelles on parle de donneur et de receveur, rares aussi celles grâce auxquelles on peut accompagner tous les âges, n’importe où et à tout moment (ou presque), avec rien, sinon notre présence et nos deux mains, et où quelqu’un arrive à la peine et repart – normalement – avec le sourire.
Après toutes ces années de pratique mon étonnement reste intact et toujours renouvelé par la joie et le soulagement qu’il apporte. Un métier magnifique !

Mille mercis pour ce témoignage et bon vent à ton livre.

Merci !


Cinquième saison : sous le ciel immense du Shiatsu“, Hélène Korn, 2020, Éditions de l’Union.

Prix : 15€ + frais d’envoi.

Commande auprès de l’éditeur : en suivant le lien ici