L’un des membres originel de l’équipe d’Iokaï Tokyo, proche collaborateur de Shizuto Masunaga, enseigne le Shiatsu Iokai en Europe depuis 40 ans : Kazunori Sasaki Senseï. Il partage ce que son maître lui a transmis, une passion et un profond intérêt pour le shiatsu des méridiens. Dans cette rare interview, un grand maître du Shiatsu parle de ses recherches et de ses années de partage de l’esprit Iokaï en Europe.


Ivan Bel : Cher Sasaki Senseï, je suis très heureux que vous ayez accepté de faire cette interview. En fouillant l’Internet, j’ai réalisé qu’il y a peu d’informations que l’on puisse trouver concernant votre parcours ou votre carrière. J’espère que vous voudrez bien parler un peu de vous-même.

Kazunori Sasaki : Depuis bien des années, j’ai surtout évolué au sein de l’Académie de Shiatsu Iokaï avec des disciples proches comme Thierry Camagie, Christine Breton et d’autres assistants dans différents pays européens. Cela a été des échanges d’une grande richesse et j’ai été très attaché à ce mode traditionnel de transmission, de cœur à cœur. Au Japon on l’appelle « I Shin den Shin » [I], ce qui signifie « Différents cœurs ne deviennent qu’un ». J’ai profité du privilège d’agir ainsi avec eux, avec les enseignants, les praticiens et avec tous mes étudiants, et ce, depuis de nombreuses années. Néanmoins, je suis content de répondre à vos questions et de saisir cette opportunité grâce à Palle Dyrvall qui va clarifier mon langage anglo-japonais et transcrire cette interview. 

Ma première question va vous faire revivre votre enfance. D’où venez-vous et où êtes-vous né ?

Je suis né à Yokohama en 1947, dans une famille ordinaire et traditionnelle. A cette époque le Japon n’était pas le pays développé et moderne qu’il est aujourd’hui. Le processus pour devenir une société moderne avait juste démarré. Beaucoup d’enfants sont nés à ce moment-là, il y a eu un baby-boom après la guerre et je me souviens qu’il y avait beaucoup d’enfants dans chaque classe à l’école. 

Lorsque vous étiez enfant ou adolescent, portiez-vous déjà un intérêt aux soins ?

Quand j’étais à l’école élémentaire, un garçon de ma classe avait un handicap physique, il souffrait d’hémiplégie infantile. Je le protégeais du harcèlement dont il était victime de la part des autres enfants. Nous sommes devenus de bons amis et son père, qui était acupuncteur, m’a pris sous son aile. Ma mère faisait également de la moxibustion à la maison et cela m’intéressait. Cet homme, tout comme ma mère, m’a beaucoup influencé. 

Aiguilles Tei Shin fabriquées pour Kazunori Sasaki Senseï par un artisan spécialisé au Japon dans les années 70. (C) K. Sasaki – (Voir le commentaire photo n°1 à la fin de l’interview)

Pratiquiez-vous des arts martiaux ?

Il y avait de nombreux dojos à Yokohama, avec toutes sortes d’arts martiaux et généralement les enfants pratiquaient les arts martiaux. Mais nous n’avions pas beaucoup d’argent, aussi je ne pouvais pas suivre ces cours. J’ai alors appris en jouant avec les autres enfants. C’est plus tard, lorsque j’ai fait quatre ans d’académie militaire que j’ai étudié les arts martiaux très intensivement. 

J’ai lu qu’avant de pratiquer le Shiatsu, vous aviez pratiqué une technique encore inconnue en Occident : le « Neeshin Ryoho ». Où avez-vous appris cette technique et en quoi cela consiste-t-il ?

Lami d’un oncle pratiquait cette technique et il me l’a apprise. La médecine alternative n’était pas quelque chose de rare ou spécial à cette époque, c’était même très commun. Le mot lui-même « Neeshin Ryoho » vient de Netsu, qui veut dire « chaleur » et Shin qui signifie « aiguille ». Ryoho veut simplement dire « méthode de traitement ». L’outil utilisé était constitué d’espèces de roues à aiguilles attachées à un manche. Il y avait de multiples roues et chacune d’entre elles avait de nombreuses dents très pointues. Cette méthode était essentiellement utilisée comme traitement à domicile et il était dit que cela aidait le système lymphatique, pour stimuler une bonne circulation. Mais c’était aussi un outil de diagnostic. On chauffait électriquement la roulette pour ensuite l’utiliser sur certaines zones du corps. C’est assez commun en acupuncture d’utiliser la moxibustion pour chauffer les aiguilles, mais le Neeshin Ryoho est différent et techniquement, ce n’est pas simple. Le praticien doit utiliser des serviettes humides pour contrôler rapidement la température des roulettes car il est essentiel qu’elle soit parfaite. Il peut alors observer la douleur ou l’absence de douleur ainsi que les réactions de la peau, essentiellement les différentes tonalités de rouge mais aussi l’absence de couleur. Ainsi, en utilisant cette technique, petit à petit, pas à pas, j’ai également commencé à utiliser mes mains pour les traitements.

Outil de Neeshin Ryoho (C) K. Sasaki

Très intéressant. Cela veut dire que vous aviez déjà appris les trajets des méridiens. Qu’avez-vous ressenti quand vous avez découvert les méridiens ?

Ce fut à travers l’interaction avec les patients, dans le processus de vouloir comprendre les patients et leurs symptômes que j’ai mieux pris connaissance des méridiens. Mais de là à sentir quelque chose au contact des méridiens, ce fut un long chemin. Pour pouvoir sentir les méridiens, on doit être libre de soi-même, de ses attentes, idées et projections. Je ne connaissais pas encore profondément ce sujet et je n’étais pas libre de moi-même à cette époque. Ce n’est que bien plus tard avec les années de pratiques que j’ai découvert la sensation des méridiens. 

Il semble que vous ayez également été attiré très tôt par la spiritualité. Comment cela a-t-il commencé ?

Peut-être alors qu’on est encore enfant, on n’utilise pas le mot spiritualité, ou on ne pense pas à la pratique comme étant spirituelle. Ma mère était bouddhiste, alors j’ai grandi avec cette pratique. Je me souviens que cette atmosphère puissante m’attirait beaucoup. J’étais sensible à cela en tant qu’enfant et je me suis aperçu qu’il existait un pouvoir invisible qui devenait visible dans le monde. J’étais intéressé par la vérité qui se cachait derrière le monde ainsi que dans la vérité qui se trouvait derrière d’autres choses que je voyais. Par exemple, j’étais intéressé également par la force invisible qui se trouve dans l’électronique.

Alliez-vous au temple ou lisiez-vous des livres particuliers ?

 Peut-être que le bouddhisme est différent du christianisme en cela que l’histoire de Bouddha est très accessible à l’esprit d’un enfant. Son histoire m’inspirait par son développement progressif depuis l’enfance jusqu’à son éveil à sa vraie nature [II]. Peut-être est-ce différent qu’en Occident ; pour moi cela ne sortait pas d’un temple ou d’un livre. J’étais curieux à ce sujet alors que je grandissais dans cette société et cet environnement-là. 

En 1972, Kazunori Sasaki Senseï a parcouru l’Inde à vélo à la recherche du Bouddha. (C) K. Sasaki

À un certain moment, votre quête pour la spiritualité vous a emmené en Inde. Qu’y cherchiez-vous ?

Lorsque j’étais jeune, il n’y avait pas beaucoup de télévision, et même s’il y en eu davantage après la guerre, il n’y en avait toujours que très peu avant que je ne sois adolescent. Alors, j’écoutais beaucoup la radio et cela stimulait mon imagination. Par exemple, j’écoutais l’histoire de « Les Misérables » et je me souviens de ma fascination pour Jean Valjean [III]. Il était fort et courageux, généreux avec les pauvres et son cœur plein de bonté. Ce genre d’histoires m’intéressait beaucoup lorsque j’étais enfant. Il était une sorte de Robin des Bois, il volait aux riches pour donner aux pauvres. C’est probablement l’une des raisons qui m’a amené en Inde. J’avais observé que la société indienne n’était pas honnête et juste, qu’il n’y avait pas de réelle égalité entre les pauvres et les riches. Et aussi, et ceci était la raison principale, je voulais rencontrer Bouddha. Je suis bouddhiste, et comme Bouddha venait de l’Inde, je voulais aller là-bas. Selon la légende, Bouddha est né en tant que prince, puis a quitté son palais et rejoint les mendiants et les pauvres. Je voulais comprendre le principe de la vie conformément à cette histoire, en vivant la vie quotidienne des simples gens. 

Kazunori Sasaki (à gauche) participant à un projet de recherche agricole à Mysore, Inde 1972. (C) K. Sasaki (commentaire photo n°2)

Que cherchiez-vous exactement ?

J’étais en quête d’un esprit libre, peut-être un peu comme celui d’un enfant, un esprit qui n’aurait pas encore été formaté par la société. Je voulais voir ce qu’un esprit libre serait. 

Y avez-vous fait des rencontres importantes ?

On fait toujours des rencontres importantes. En Orient, un arbre est un maître et la nature est le fondement de cette culture. Vous pouvez apprendre beaucoup d’un arbre, d’une fleur ou du vent. La manière de voir la vie dépend de chaque personne mais aussi de la culture dans laquelle elle a grandi. 

Kazunori Sasaki Senseï (à gauche) avec Swami Gitananda à l’Ashram d’Ananda à Pondichéry, Inde, 1980. (C) K. Sasaki
(Commentaires photo n°3 & 4)

À votre avis, y a-t-il un lien entre la spiritualité et le travail avec les méridiens ? Est-ce que la spiritualité aide à mieux comprendre la notion de Ki ?

Pour moi c’est évident qu’il existe un lien entre l’intimité avec la vérité de notre être, avec le sacré et avec la perception du soi-disant monde qui nous entoure. Je ne considère pas le Ki et l’Esprit comme étant séparé. Lorsque nous agissons, nous agissons de l’intérieur ce qui implique notre Ki, lequel est lié à nos organes et à l’Esprit qui se trouve dans les profondeurs de notre être. Le réseau des méridiens est un système de fonctions invisibles qui fait le lien entre les organes et notre activité humaine. Si l’organisme n’est pas en bonne santé, nous ne pouvons percevoir correctement notre environnement et alors nous ne savons pas quoi faire et comment agir. C’est pourquoi les organes doivent être en bonne condition pour agir correctement avec notre environnement et toutes les conditions présentes à un moment donné. Concernant la compréhension du Ki : Ki est global et sans détail particulier. Même une pierre possède du Ki. Mais une pierre a aussi un esprit, tout comme une montagne ou une rivière a un esprit. Une montagne n’est pas une rivière et une rivière n’est pas une montagne, mais tous les deux viennent du Ki. C’est comme la question de l’œuf ou de la poule (rires) on ne saura jamais qui de l’esprit ou du Ki est arrivé le premier. 

Finalement, à quel moment avez-vous découvert le Shiatsu ?

Quand j’étais jeune, une approche très basique du Shiatsu existait dans la vie quotidienne. On appelait ça « Teate » [IV], et c’est l’origine même du Shiatsu. J’ai découvert le Shiatsu professionnel bien plus tard, mais fondamentalement je l’ai appris dès l’enfance. Quand ma mère ne se sentait pas bien elle me demandait de lui faire du Teate et elle me guidait sur la manière d’utiliser mes mains. Cela me rendait très heureux et tout cela était très intime et proche de moi dans ma vie. Je suivais aussi ma mère quand elle allait recevoir des traitements professionnels, et de cette manière j’ai eu une compréhension de base des méridiens. Plus tard, lorsque j’ai étudié l’électronique et que j’appris son fonctionnement, je l’ai mis en relation avec la fonction conductive des méridiens. Cela me semblait être du bon sens. J’ai réalisé que c’était différent de la transmission du Ki dans le corps humain, mais j’ai appris plus à ce sujet bien plus tard avec ce que cela comprenait de spirituel. 

Avez-vous passé votre diplôme à l’école Namikoshi avant de suivre Masunaga ? En quelle année était-ce ?

Oui bien sûr, j’ai passé ma licence professionnelle à Tokyo. Afin de devenir un professionnel au Japon, on doit le faire, et c’est la même chose pour tout travail professionnel. Si vous souhaitez par exemple devenir peintre professionnel, vous avez besoin d’une licence. C’est comme pour conduire une voiture, vous avez besoin d’un permis de conduire. Même Masunaga a eu sa licence au Nippon Shiatsu School (NDR : mieux connu en anglais sous l’acronyme JSC pour Japan Shiatsu College), car il n’était pas médecin, aussi avait-il besoin d’une licence également. Je dois vérifier, mais je pense que j’ai eu la mienne en 1975. 

Kazunori Sasaki Senseï travaillant à la clinique Ueno / Iokaï en 1978. (C) K. Sasaki (commentaire photo n°5)

Pourriez-vous nous raconter votre première rencontre avec Masunaga ? Vous en souvenez-vous ?

Je suivais les cours à l’école Iokaï tandis que je faisais mes études pour la licence professionnelle. Vous voyez, Masunaga Senseï n’était pas mon professeur au Nippon Shiatsu School, il avait déjà quitté l’école à cette époque, après y avoir enseigné 10 ans. Je me souviens avoir été très inspiré par la manière dont il exprimait sa vision des méridiens en connexion avec la psychologie. Aucun autre enseignant ne parlait en même temps de psychologie et des troubles physiques. Pour quelqu’un intéressé par la compréhension de la maladie, c’était vraiment passionnant. Une personne est importante et intéressante en fonction de vos propres intérêts. Réfléchir et essayer de comprendre les enseignements de Masunaga m’a beaucoup aidé à cette époque. Mon intérêt pour le Shiatsu n’était pas seulement celui d’une approche physique, aussi rencontrer Masunaga fut comme rencontrer un esprit éclairé. Tout comme Masunaga, j’étais bouddhiste. Aussi, j’étais déjà intéressé par le non-visible, le non-manifesté. Cela dit, ce n’était pas toujours facile de comprendre Masunaga lorsqu’il se référait à Mu et Ku [V]. Je me souviens de ses conférences à l’époque comme d’un concentré de psychologie, médecine orientale, le tout lié avec le Bouddhisme zen. 

Shizuto Masunaga Senseï donnant une conférence au Shinkyu Acupuncture and Moxibustion College, Tokyo en 1976/77 (C) K. Sasaki (commentaire photo n°6)

Quel genre d’homme était-il ?

 Masunaga Senseï était particulier dans le sens où il utilisait beaucoup d’idées et de concepts abstraits pour expliquer sa recherche et ses explorations du Shiatsu. Il était très théorique. En dehors de son travail, c’était un homme simple et modeste, rien de spécial. Mais si quelqu’un s’intéresse à la même chose que vous et a aussi beaucoup d’expérience, il devient forcément spécial pour vous. 

Comment enseignait-il ? Était-ce difficile d’être son étudiant ?

Au Japon cela marche comme ça : si voulez étudier avec quelqu’un, c’est parce que vous le voulez et parce que vous avez du respect pour cet enseignant. Alors, on écoute, c’est tout. Également, les étudiants payent, alors l’enseignant transmet gentiment. Il parlait beaucoup et j’écoutais. Mais tout était très intéressant. Masunaga découvrait souvent ce qui l’intéressait alors qu’il était en train d’enseigner, et passait d’une non-compréhension à une compréhension spontanée en enseignant. Soudainement, des solutions aux questions précédentes apparaissaient, par exemple en lisant à voix haute ses vieux articles, ce qui était une chose qu’il faisait. Il y avait aussi beaucoup de personnes passionnantes qui passaient, et parmi elles des professeurs et des praticiens de médecine orientale. On pouvait clairement sentir que Masunaga cherchait activement avec ses étudiants. C’était ça l’esprit au Iokaï. Tout était très transparent et évident d’une certaine manière, et je ressentais beaucoup de joie et de satisfaction à être dans cette ambiance. Nous étions vraiment dans la recherche d’un sujet très profond. 

Kazunori Sasaki assistant son Senseï lors de la conférence du Shinkyu College, Tokyo 1976/77 (C) K. Sasaki (commentaire photo n°7)

Comment se déroulaient les cours ? Étaient-ils organisés comme aujourd’hui ou est-ce que Masunaga enseignait en suivant son intuition ?

Les cours étaient organisés pratiquement de la même manière que ceux d’Iokaï en Europe [VI]. Le premier module correspondait aux cours de base pour apprendre les katas, le second module était un cours sur les méridiens et le troisième était le cours sur le diagnostic. Il n’y avait pas de quatrième module au Japon, ni de cours pour aborder des études de cas. Cela a été nécessaire de l’ajouter en Europe vu que nous ne travaillons pas de la même manière, dans une clinique, comme le faisait Masunaga. J’ai donc ajouté ce quatrième module au programme en Europe, sinon cela aurait été difficile pour les étudiants de comprendre les applications pratiques du Shiatsu, sans étude de cas. 

En restant de nombreuses années aux côtés de Masunaga, vous êtes devenu son assistant. Peu de personnes sont restées aussi longtemps avec Masunaga.

J’ai travaillé cinq années à plein temps dans la clinique Iokaï. Je faisais aussi partie du personnel de l’équipe et comme je parlais un peu anglais et que j’étais une personne accommodante qui acceptait tout, je suis resté longtemps et suis devenu proche de Masunaga. Tous les autres avaient un autre lieu de pratique, souvent une pièce chez eux où il recevait leurs propres clients. La plupart des praticiens venaient une à deux fois par semaine à Iokaï. Je me souviens que 40% du montant des honoraires revenait à la clinique et 60% allait aux praticiens. J’étais sur place tous les jours, même les dimanches et pendant les vacances, sauf peut-être un jour ou deux dans le mois. 

Kazunori Sasaki démontre le diagnostic du Hara lors de la conférence de 1976/77 au Shinkyu College. (C) K. Sasaki

C’est très impressionnant. La seule personne que je connaisse qui soit restée aussi longtemps à Iokaï est Akinobu Kishi. C’est bien ça ?

Kishi n’était plus à Iokaï depuis un bon moment déjà. Il a pratiqué à la façon de Masunaga au début, mais après un temps il n’a plus fait plus de Shiatsu Iokaï, mais il a pratiqué à sa propre manière. Il a développé son propre style. Sa famille faisait partie d’une secte religieuse, Ten Ri Kyo, ce qui signifie « Thérapie Céleste ». Il a grandi dans cette secte et était influencé par elle et par d’autres méthodes comme le Reiki et d’autres approches plus « magiques ». Il n’était pas très intéressé par les méridiens. Pendant au moins une année, il venait une fois par semaine, je m’en souviens, les mercredis. Masunaga ne contrôlait pas trop qui venait et quelle méthode les praticiens utilisaient, certains faisaient même de la chiropraxie ou de l’ostéopathie dans la clinique. Mais je ne veux pas en dire plus sur Kishi et Masunaga, car je ne sais pas la vérité. 

Avez-vous étudié ou travaillé ensemble lorsqu’il venait ?

Nous n’avons jamais étudié ensemble, mais je le connaissais, car pendant un moment il venait à la clinique de Ginza une fois par semaine, c’est l’une des branches de Iokaï. Il y avait trois cliniques à cette époque-là : Ginza, qui était dans une rue très chère de la ville, puis Ueno et Shinjuku [VII]. Peut-être que parfois il était à Iokaï tandis que j’étais dans une autre clinique, c’est possible. À ce propos, plus tard Shinjuku fut fermée et il ne resta que les deux autres cliniques. 

Kishi a développé son propre style, le Seiki Soho, mais vous êtes resté fidèle au style Iokaï. Pourquoi ?

Oui Kishi a développé son propre style il y a bien longtemps, mais j’ai trouvé ma vérité dans le but du Iokaï qui signifie « Association du Roi de la médecine ». L’ancien sutra de l’Ekottara âgama”, quatrième partie des “Agama Sûtra”, qui contient I.O [VIII] correspond à l’idéal qu’avait Masunaga, tout comme son attitude vis-à-vis de la maladie. Lorsqu’il est tombé dessus pour la première fois il a été inspiré et a décidé de l’utiliser comme nom pour son approche. Dans le sutra ils parlent d’un être éveillé comme Bouddha ou Jésus. Mais à notre niveau, nous essayons de comprendre ce que cela veut dire d’être un roi de la médecine. Et bien que Masunaga fut notre guide, ce but était bien au-dessus de lui, bien au-dessus de tout et c’est toujours le cas. Et voilà pourquoi je suis resté : je voulais étudier ce sujet profond qu’est la maladie chez l’humain. J’essaye de comprendre, j’évolue dans mes capacités, j’enseigne et je donne des traitements, et je le ferai jusqu’à la fin et même cette vie ne sera probablement pas suffisante. 

Kazunori Sasaki Senseï lors d’un atelier APOS (Associazione Professionale Operatori e Insengnanti Shiatsu) Italie 1986. (C) K. Sasaki

Vos paroles sont très inspirantes, merci. De nombreuses personnes sont passées par Iokaï pendant toutes ces années où vous étiez là. Je suis sûre que vous avez rencontré beaucoup de celles qui sont devenues des personnalités du monde du Shiatsu. Je vais vous citer quelques noms et peut-être vous pourriez me dire vos souvenirs à leurs sujets : Wataru Ohashi, Susuma Kimura, Katsusuke Serizawa, Shizuko Yamamoto, Yuichi Kawada, Izawa Tadashi.

Ohashi est venu en visite plusieurs fois à Iokaï. Il vivait en Amérique et aidait à présenter Masunaga là-bas et, comme vous le savez probablement, il a traduit le livre Zen Shiatsu. Il a aussi organisé quelques ateliers en Amérique pour d’autres enseignants comme Namikoshi. Mais Ohashi n’a jamais fait partie du staff de Iokaï. 

Kimura a fait partie de l’équipe Iokaï pendant plusieurs années, je pense qu’il venait deux fois par semaine à la clinique. Nous étions tous les deux membres de l’équipe, mais nous n’avons pas vraiment passé de temps ensemble. Les Japonais sont des gens très occupés par leur travail quand ils sont au travail. Je me souviens qu’il parlait un bon anglais et qu’il enseignait parfois en privé à des étrangers. 

Katsusuke Serizawa était un professeur d’université, il avait une position importante dans la médecine orientale et dans la société en général. Il était bien au-dessus de Masunaga. Il était médecin en médecine occidentale et était internationalement célèbre. En raison de sa position et de ses connaissances, il a attiré beaucoup d’intérêt et de légitimité à l’acupuncture. Bien qu’il ne l’ait pas été, il aurait pu être un enseignant de Masunaga. Il ne faisait également pas partie de Iokaï. 

J’ai rencontré Shizuko Yamamoto à Londres, mais elle ne faisait pas de Shiatsu Iokaï. Elle pratiquait le Shiatsu aux pieds nus, quelque chose qui ne me correspondait pas du tout. 

Yuichi Kawada n’a jamais été à Iokaï, mais il a étudié avec Masunaga à la Nippon Shiatsu School. Masunaga enseignait la psychologie en lien avec le Shiatsu, mais il ne pouvait pas enseigner les méridiens dans la Nippon Shiatsu School parce que c’était la classe d’Izawa. 

Izawa Tadashi avait une incroyable connaissance des méridiens classiques d’acupuncture et je crois que Masunaga a beaucoup appris de ses discussions avec Izawa. Ce n’est que lorsqu’il a quitté la Nippon Shiatsu School que Masunaga a pu enseigner sa propre vision des méridiens et sa manière de faire les traitements. 

Une autre personne dont je me souviens bien à Iokaï était Kono. Elle a suivi Masunaga depuis les tous débuts de Iokaï et elle était en charge de l’enseignement des cours de bases. Ce n’était pas une personne très théorique, elle avait une approche très « normale » du Shiatsu, qui était parfaite pour les débutants.

Kazunori Sasaki étudie le diagnostic oriental avec le docteur Ling à l’hôpital universitaire de médecine traditionnelle chinoise Longhua de Shanghai, 1987 (C) K. Sasaki

Est-ce que votre pratique vous a amené à voyager ?

 Je suis un homme japonais et je ne voyage pas juste pour mon plaisir, mais pour la recherche. J’ai été en Chine pour étudier la médecine orientale et leur manière de faire le diagnostic. J’ai aussi un peu étudié les herbes médicinales là-bas. J’ai étudié le Taichi en Thaïlande et ensuite à Taïwan. En Inde j’ai pratiqué le Yoga. Je voulais expérimenter les Nadi et le ressenti des méridiens dans ces pratiques. 

Kazunori Sasaki Senseï (au milieu) étudie le Tai Chi avec le maître Yang (à droite). Parc Lumpini, Bangkok 1978, (C) K. Sasaki

Comment en êtes-vous venu à rester en France après tout ?

Simplement parce que j’ai rencontré ma femme et qu’elle était française ; elle aurait été d’un autre pays j’aurais probablement fini par habiter dans un autre pays. 

J’imagine qu’être japonais et faire du Shiatsu en France dans les années 80 ne devait pas être facile. Comment c’était à vos débuts et où travailliez-vous alors ?

Oui, personne ne connaissait le Shiatsu à cette époque aussi c’était souvent assez difficile de le présenter. Là où j’allais pour des séminaires, il y avait généralement une demande pour faire des séances privées de Shiatsu. Puis quelqu’un qui possédait un centre de Yoga en Italie m’a apporté beaucoup de patients, c’est là que j’ai donné le plus de Shiatsu à ce moment-là.  Plus tard, cela a suivi en France et dans d’autres endroits. C’est généralement le processus habituel pour que les choses se développent. Certains de ceux qui avaient reçu des séances privées souhaitaient organiser des petits groupes d’études pour étudier davantage le Shiatsu. Ils ont alors voulu me suivre pour étudier avec moi dans d’autres lieux. 

Kazunori Sasaki Senseï lors du Symposium Shiatsu de Berlin an 2000, (C) K. Sasaki

Au début vous avez collaboré quelque temps avec Yuichi Kawada. Après il s’est installé en Belgique où il a fondé le Yoseido Shiatsu. Pouvez-vous me parler de cette période ?

Yuichi Kawada m’avait demandé de venir en Europe. Il avait assisté au stage à Paris que Jean-Michel Sarraute avait organisé pour Masunaga en 1979. Okabe, l’un des participants du stage, lui avait dit que j’étais l’assistant de Masunaga. Il y avait aussi une autre personne qui me l’avait demandé, mais l’invitation de Kawada est l’une des raisons de ma venue en Europe. Comme vous l’avez dit, nous avons collaboré pendant un temps, mais si vous voulez en savoir plus sur lui et le développement du Yoseido Shiatsu il vaut mieux que vous le lui demandiez. 

Après Yuichi Kawada,, Thierry Camagie (à gauche) est devenu le vice-président de l’EISA. Ici avec Kazunori Sasaki Senseï à Six-four-les-Plages en 1994. (C) T. Camagie

Finalement, le succès arrivant, vous avez créé l’Association Iokaï Shiatsu Europe (AISE). Comment cela s’est-il passé ? Quels sont les pays qui font désormais partie de l’AISE ?

Au début j’ai du aller dans huit pays européens environ. Tout d’abord, ce fut la Hollande et après la France, la Suisse, la Belgique, le Luxembourg, l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie. Ils sont maintenant tous membres de l’AISE, sauf l’Italie pour le moment, mais ils vont revenir, bientôt j’espère.Chaque pays possède une académie avec une politique légèrement différente, qui dépend des lois et des niveaux de reconnaissance dont le Shiatsu bénéficie dans chaque pays. Nous avons comme point commun la qualité de l’enseignement. La main est la même dans tous les pays et l’esprit aussi. La main avec l’esprit est une caractéristique de l’être humain. Un chien, un cochon ou un oiseau ont également cinq doigts, mais ils ne peuvent pas les utiliser de la même manière. Nous sommes tous profondément intéressés dans l’idée fondamentale du Iokaï. Nous avons également une bonne communication au travers de l’AISE, et chaque pays a un responsable qui aide pour cette communication commune. 

Kazunori Sasaki Senseï lors d’un séminaire de base pour enseignant, aux Granges, Valais, Suisse 2017 (C) T. Gaebler

Aujourd’hui vous avez enseigné à des milliers d’étudiants et vous avez aussi formé des douzaines d’enseignants. Le seul que je connaisse bien est Palle Dyrvall à Bruxelles. Pourriez-vous me donner les noms des professeurs importants de votre organisation ?

Eloise Sewell a fondé l’école Iokaï à Amsterdam il y a plus de 30 ans déjà. Norbert grote Beverborg a maintenant pris la direction pour la Hollande. Hagen Vogel a lancé le Shiatsu Iokaï en Allemagne et par la suite c’est Tilman Gaebler qui a pris la relève. Il enseigne depuis la fin des années 80. La France est grand pays et il y a de nombreux enseignants. C’est Anne-Marie Delabre qui a démarré la première école Iokaï. Après il y a Thierry Camagie à Marseille et Christine Breton à Paris qui ont été les principales figures de Iokaï France. En Belgique ce fut Yuichi Kawada et moi qui avons démarré, puis Odile Varnat a repris et maintenant c’est Palle Dyrvall qui est le professeur principal. Odile Varnat était aussi au Luxembourg et désormais c’est Adela Garçia. En Autriche Hugo Somme a démarré et maintenant c’est Michael Budha qui a repris. En Suisse il y a beaucoup de professeurs. Juliette Pillet était là au début et après Nicole Jalil-Demierre a été l’enseignante principale pendant de nombreuses années. Maintenant Richard Émery de Sion est le président. Nous faisons d’ailleurs un nouveau site pour l’AISE, et vous serez bientôt capable de voir tous les professeurs, si cela vous intéresse. 

Eloïse Sewell enseignant à l’école Iokai en Hollande, 2014 (C) I. van Mill

Chaque année je participe avec beaucoup d’intérêt à de nombreux stages dans tous les styles de Shiatsu. Ce qui me surprend quand j’assiste à un cours de Shiatsu Iokaï quelque part dans le monde est qu’il semble chaque fois différent. On dirait qu’il y a autant de façon de pratiquer le Shiatsu Iokaï qu’il y a d’écoles. Comment cela se fait-il ?

 Probablement parce que votre expérience ne vient pas d’une école reconnue par l’AISE. Si c’était le cas, votre question n’aurait pas été la même. Je crois que votre erreur vient de la confusion qui existe entre le Zen Shiatsu et le Iokaï Shiatsu. Beaucoup d’écoles utilisent le nom de Masunaga à travers le nom de Zen Shiatsu, mais Masunaga n’a jamais donné ce nom à sa méthode [IX]. Alors oui, cela nous dérange vraiment un peu parce que beaucoup de gens font la même erreur que vous. 

Kazunori Sasaki Senseï lors d’un atelier de praticien au Onkodo Dojo Paris 2015.

Ah, je comprends mieux maintenant, merci pour cet éclaircissement. Pourrions-nous parler un peu de votre Shiatsu. Vous avez déclaré que les méridiens sont bien plus que de simples canaux de transport du Ki. Pourriez-vous m’expliquer ceci ?

Dans l’ancienne approche orientale, les méridiens sont décrits comme des fonctions qui incluent à la fois les aspects physiques et psychologiques de l’Homme, un corps/esprit sans séparation. C’est l’approche de base du Iokaï. Je dirais que les choses deviennent de plus en plus claires lorsque vous passez du temps en leur compagnie, pour autant que vous soyez sincèrement désireux de comprendre. J’ai passé une bonne partie de ma vie à essayer de comprendre les personnes et leurs plaintes via la perspective des méridiens. Cela m’a beaucoup appris, mais je ne sais toujours pas si j’ai une réponse claire à ce que sont les méridiens. Les méridiens forment un sujet et un aspect de la vie très profond. C’est difficile pour moi de parler de ce sujet en quelques mots.

Si je comprends bien, les méridiens sont des fonctions biologiques, énergétiques, physiques et émotionnelles.  Si c’est bien le cas, alors un bon praticien doit être capable d’agir sur tous ces aspects de l’être humain. Est-ce bien cela ?

Il me semble que vous séparez les choses. Mais qu’est-ce qu’un être humain ? Est-il divisé ? Celui qui a une vie possède à la fois un esprit et un corps. L’un n’est pas l’autre, mais on ne peut avoir l’un sans l’autre. Nous étudions que le corps a beaucoup de types d’énergie et que l’esprit en a aussi et que lorsqu’elles fonctionnent toutes harmonieusement la vie semble légère et facile. Si une rupture perturbe cette harmonie, un stress ou quelque chose de cette sorte, alors la conséquence est que l’homme souffre. Parfois, on peut aider cela avec le Shiatsu, mais parfois cette rupture provient de la source, de l’ADN, alors on ne peut pas aider. 

Kazunori Sasaki Senseï faisant le diagnostic et le traitement du cou. Argentine 2006. (C) K. Sasaki

Je me passionne pour le traitement des problèmes psychologiques à l’aide du Shiatsu, même si c’est souvent assez difficile. Comment faites-vous avec ce type de troubles ? Faites-vous simplement un équilibrage du Yin/Yang et des Cinq éléments ou utilisez-vous une autre méthode ?

 La question en soi est simple, mais ce n’est pas facile de donner une réponse générale. Chaque cas est différent ; le traitement dépend toujours de la personne et de la condition dans laquelle elle ou il se trouve. Comme je viens de le dire, le corps/esprit s’harmonise d’une manière très délicate. Si vous êtes en bonne condition et que vous marchez dehors dans un champ en sentant le vent sur votre visage, cela peut être très agréable. Mais si vous n’êtes pas en bonne condition, le même vent peut vous perturber physiquement et psychologiquement, vous ne vous sentez alors plus en paix dans ce vent. C’est ainsi que l’on apprend sur le corps et la psychologie dans l’ancienne approche orientale. Nous étudions de nombreux textes anciens au Iokaï, nous étudions tout cela selon différents angles et nous essayons de comprendre. Je peux aussi ajouter quelque chose concernant la moralité. Nous avons des idées différentes de ce qui est bien ou de ce qui est mal dans les différents groupes ou sociétés humaines. Et les gens souffrent à cause de leurs croyances en ce qui est bien ou mal. Nous sommes conditionnés par nos cultures, nos éducations, par les règles et les lois de la société, et c’est également important d’étudier ces sujets afin de comprendre pourquoi les gens souffrent. Pourtant nous ne pouvons pas tout apprendre à ces sujets dans les livres de psychologie ou de médecine orientale. Nous devons observer la vie.

Dans la culture japonaise, on ne parle beaucoup des sentiments. Comment font les praticiens pour comprendre que les difficultés d’une personne peuvent être d’origine psycho-émotionnelle ?

Traditionnellement, nous croyons que le mental et le physique ont la même source ; ils sont tous deux l’expression du Ki, dont l’origine se trouve dans les organes internes. Ce Ki dépend et est en interaction avec notre activité de vie, avec la génétique et avec le contexte culturel, comme je viens de l’expliquer. Pratiquement, c’est à l’aide du diagnostic que j’essaye de comprendre quelle est la source de la distorsion. C’est pourquoi l’étude du diagnostic est au cœur du Shiatsu Iokaï. 

Avec l’expérience que vous avez maintenant des Japonais et des Européens, quelles sont les principales différences que vous rencontrez dans les traitements Shiatsu que vous faites ?

Tout d’abord, le traitement dépend toujours de la personne, mais quand la culture est différente, les gens aussi sont différents. C’est une donnée dont il faut tenir compte et c’est aussi un défi. Lorsque je suis arrivé en Europe, je me souviens avoir vraiment étudié le corps européen et la culture européenne également, afin de comprendre les gens qui venaient me voir. Mais à présent, je ne sais pas trop comment l’exprimer avec des mots. 

Kazunori Sasaki Senseï travaillant à Iokaï en 1976. (C) K. Sasaki

Si je compte bien, cela fait maintenant 50 ans que vous faites du Shiatsu. On peut parler d’une vie entièrement dédiée à cet art. Quelles sont les grandes leçons que le Shiatsu vous a enseignées ?

 Je le répète à nouveau : Iokaï signifie Association du Roi de la Médecine. Et le maître ou ce roi de la médecine connaît la vraie nature de la maladie. Il sait comment surgit la maladie et comment la prévenir. Il sait comment gérer la maladie et il sait comment empêcher les gens de tomber malade. Il étudie ses propres maladies et celles des autres, et il essaye de comprendre. La question de ce qu’est la maladie est une vaste question. Ce que j’ai appris c’est que la maladie fait partie de la vie. Et il y a des parties de la vie que l’on aime, et d’autres moins. La plupart du temps nous n’aimons pas tomber malade, mais la maladie nous aide souvent à découvrir qui nous sommes . Et c’est le rêve de chacun de découvrir sa vraie nature.

Kazunori Sasaki Senseï lors d’un atelier de praticiens au Onkodo Dojo Paris mars 2020. (C) P. Joubert

Pour terminer cette interview, quel avis donneriez-vous à ceux ou celles qui s’engagent sur la voie du Shiatsu ?

Très basiquement, le Shiatsu c’est du Teate. Te désigne la « main », tandis que Ate veut dire « au bon moment, au bon endroit ». Cela renvoie à l’instinct de base qui consiste à mettre la main sur un corps blessé. C’est un toucher doux qui peut aider les autres personnes et peut vous aider aussi. Lorsqu’une personne en difficulté vient vous voir et que vous pouvez lui apporter la paix à travers le toucher, c’est très beau. Oui, j’ai passé toute ma vie à pratiquer, mais à quel niveau de réussite j’en suis aujourd’hui, cela reste un point interrogation. Je n’ai que deux mains, mais j’ai été chanceux de rencontrer de nombreuses et magnifiques personnes, spirituellement connectées, qui se sont entraidées sur ce chemin. Cela nous a fait beaucoup de mains pour aider les gens. Je fais le vœu que nous continuions à développer cet art du toucher dans notre société et dans le monde entier. Iokaï n’est pas une entreprise privée ; c’est une association commune dans le but d’enquêter sur les maladies humaines. Les personnes avec une approche humble et spirituelle sont vraiment les bienvenues. 

Je vous remercie beaucoup pour m’avoir accordé de votre temps précieux. Merci Senseï.

Kazunori Sasaki Senseï entouré de membres de l’EISA lors d’une classe de professeurs méridiens à Paris 2018. (C) M. Kubiliute

Informations :

L’association AISE pays par pays :

Notes :

  • [I] « I Shin den shin » est une expression très courante dans les arts japonais, quels qu’ils soient, pour désigner un enseignement de maître à élève, de cœur à cœur.
  • [II] Dans le Bouddhisme, ce qui est nommé « la vraie nature de l’Homme » correspond au fait de quitter le monde de Maya (en hindou), celui des illusions. Pour en savoir plus, lire « L’enseignement du Bouddha », Walpola Rahula, aux éditions Sagesses, 1956.
  • [III] « Les Misérables » de Victor Hugo. Cela ne doit pas surprendre le lecteur, car depuis l’ère Meiji le Japon a toujours été très intéressé par la culture occidentale, tout comme les occidentaux par la culture japonaise.
  • [IV] « Teate » est le plus ancien nom pour désigner le toucher et ses techniques au Japon. On estime à environ 2000 ans l’utilisation de ce nom.
  • [V] « Mu et Ku » sont deux notions fondamentales de la pensée orientale, assez proches l’une de l’autre . Elles ont été reprises par Masunaga dans son Shiatsu Iokaï. Pour bien les comprendre, lire « Shiatsu et médecine orientale », Shizuto Masunaga, éditions Le Courrier du Livre, 2017. Vous pouvez également lire l’interview d’Eiji Mino qui en parle.
  • [VI] Les cours étaient organisés de différentes manières selon qu’il s’agissait d’étudiants occidentaux ou japonais. Les étudiants occidentaux ne restaient que très rarement au-delà de 3 mois, la durée d’un visa touristique. Ils apprenaient les katas et les trajets des méridiens et les praticiens japonais diplômés de la Nippon Shiatsu School suivaient surtout les cours de méridiens et le diagnostic selon l’approche de Masunaga.
  • [VII] Ginza, Ueno et Shinjuku sont des noms de quartiers de Tokyo.
  • [VIII] “Ekottara âgama”, quatrième partie des “Agama-Sûtra”, le Bouddha enseigne que le “Roi” – “O” – de la “médecine” – “I” -, est celui qui : connaît bien les maladies, en connaît les causes, s’emploie à les soigner, connaît bien les traitements appropriés et les met en pratique, pour faire en sorte qu’elles ne reviennent pas.
  • [IX] En réalité c’est Ohashi qui a traduit le livre « Shiatsu » de Masunaga et l’a renommé « Zen Shiatsu ». Nombres d’écoles ont repris à leur compte le nom de Zen Shiatsu pour affirmer leur appartenance à Masunaga, sans pour autant avoir suivi le cursus du Iokaï. Pour en savoir plus au sujet de la traduction du livre et connaître la réaction de Masunaga, lire l’interview d’Ohashi qui parle de ce sujet.

Commentaires photos :

  • 1- Ces aiguilles faites à la main sont conçues sur le modèle du troisième des neuf types d’aiguilles d’acupuncture dont les formes, les tailles et leur champs d’utilisations sont décrits dans le classique dans le Ling Shu faisant partie du Classique de l’Empereur Jaune. Le troisième type, appelé « aiguilles Tei Shin » est décrit comme ayant « une tête aiguisée comme un grain de millet » et à « ne pas être utilisé pour pénétrer dans les muscles, ce qui pourrait causer des dommages à l’énergie ».

Avec S.Tejima, un ami et collègue de Iokaï, Kazunori Sasaki Senseï a exploré l’utilisation de ces aiguilles en accord avec les descriptions du Ling Shu. Aiguilles : a) aluminum & b) argent. Ces deux aiguilles ont des têtes complètement rondes et sont utilisées pour la tonification lorsque le Kyo est vaste et large. c) Cette aiguille d’argent est conique et est utilisée pour la sédation. d) aiguille d’or pour la tonification. e) aiguille d’argent, tonifie moins que l’or mais plus que le cuivre. f) encore une aiguille d’argent mais d’un style différent pour la sédation. g) & h) aiguilles de cuivre. i) aiguilles à laisser un long moment en place en utilisant du scotch en papier. j) parfois un fil (mélange d’argent et de cuivre) est utilisé pour connecter, mais généralement c’est le corps du praticien qui fait la jonction entre deux aiguilles. Les poignées de cuir servent à avoir le contact le plus juste. Pour Sasaki Senseï, l’utilisation de ces aiguilles fut un processus d’approfondissement de la compréhension des méridiens et de recherche sur les façons d’ influencer la circulation du Ki/Ketsu. C’est également ainsi qu’il a découvert combien il est important d’utiliser ses mains pour traiter ces canaux si sensibles. L’acupuncture japonaise et le Shiatsu Iokaï utilise les méridiens de manière similaire bien que la plupart des praticiens de Shiatsu au Japon ne considèrent pas les méridiens mais ont une approche symptomatique des points de pression.

  • 2- Dans sa quête de Bouddha, Sasaki Senseï s’est senti appelé par le besoin d’aider les pauvres en Inde. Ici il rejoint un ami japonais qui dirigeait un projet de recherche agricole pour protéger les champs de riz en Inde du sud.
  • 3- En 1980, juste avant de voyager en Europe, Sasaki Senseï a étudié avec le Dr. Swami Gitananda, médecin et yogi qui enseignait le Yoga et les anciens concepts philosophique et spirituels en combinaison avec les principes de la médecine occidentale.
  • 4- Les cours de Yoga de Swami Gitananda apportèrent santé, bien-être et aidèrent Sasaki Senseï à une compréhension plus intime des canaux des Nadis et des chakras.
  • 5- La Clinique de Ueno fut la première clinique Iokaï et c’est là qu’il était présent, sauf lorsqu’il faisait d’occasionnelles visites aux deux autres cliniques. C’était très petit avec peu d’espace entre les futons, parfois pas plus de 30 cm. Avec les affaires des patients tout autour, cela devenait vite compliqué, mais la concentration et l’ambiance était toujours très bonnes. Sasaki Senseï chérissait ces moments avec Masunaga Senseï car il était très présent, toujours en train de chercher ensemble au sujet des méridiens, des branches secondaires et du diagnostic, qu’il vérifierait généralement avant et après chaque traitement.
  • 6- Shizuto Masunaga Senseï avait acheté un nouvel appareil photo sur le chemin de cette conférence, en 1976/77. Il voulait documenter cet événement au prestigieux Collège Shinkyu d’acupuncture et de moxibustion de Tokyo.
  • 7- Shizuto Masunaga Senseï en train d’enseigner tandis que Kazunori Sasaki prépare la présentation suivante en compagnie de l’organisateur de l’événement.