Le bassin : évolution anatomique, culturelle et énergétique

8 Sep, 2025
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Le bassin humain est bien plus qu’une simple structure squelettique : c’est un carrefour entre l’anatomie, l’évolution, la sexualité et la médecine énergétique. Les fesses arrondies et proéminentes propres à l’Homo Sapiens sont le résultat d’une adaptation évolutive à la posture debout et ont acquis une forte signification symbolique et sexuelle dans toutes les cultures. Au-delà de ses implications socioculturelles, le bassin joue un rôle essentiel dans les traditions médicales occidentales et orientales. En médecine chinoise, il abrite Ming Men, le Feu de la Vie lié aux méridiens extraordinaires qui façonnent l’ensemble du corps. Le texte examine également comment la posture et le mouvement sont régis par les Qiao Mai, qui harmonisent le Yin et le Yang, les cycles de sommeil et d’éveil, l’activité musculaire et viscérale. Ce système finement réglé, lorsqu’il est bien aligné, permet au Jing de circuler et de nourrir le cerveau — la Mer de la Moelle — favorisant ainsi la santé de tout le corps.


Matière à réflexion

Le bassin entre bipédie et sexualité

La partie de notre corps communément appelée « bassin » a toujours été très appréciée par toutes les cultures développées par l’homme, précisément en raison de son importance dans de nombreux aspects essentiels de la vie culturelle et naturelle.

Lorsque nous parlons de cette région anatomique, à moins d’avoir une connaissance approfondie de l’anatomie, la première association visuelle qui vient souvent à l’esprit est l’arrière du bassin (ce qu’on appelle le « côté B »), où l’on peut observer deux formes arrondies considérées comme inhabituelles par rapport au reste du règne animal.

En effet, bien que tous les autres animaux possèdent des muscles fessiers tout comme le genre Homo, chez notre espèce, ces muscles ont développé une forme et une taille différentes, ce qui fait de nous les gagnants incontestables en matière de fessiers les plus volumineux par rapport à la taille du corps.

Ces particularités sont liées à des caractéristiques osseuses spécifiques qui ont évolué au cours de notre évolution. Associées aux muscles fessiers, ces adaptations nous permettent de nous tenir debout. La position bipède que nous avons atteinte à ce stade de notre évolution (qui se poursuit encore aujourd’hui) a entraîné des changements importants dans certaines caractéristiques physiques. Comme le souligne Desmond Morris dans son essai The Naked Ape, le passage d’une posture quadrupède à une posture bipède a eu pour conséquence de rendre les organes génitaux féminins plus discrets. Il est fort probable que la rondeur et la taille des fesses (qui, dans certaines cultures, sont particulièrement appréciées lorsqu’elles sont volumineuses) aient joué dans notre espèce le rôle d’un signal sexuel alternatif, car elles sont clairement visibles dans la posture debout et étroitement liées aux organes génitaux.

L’accumulation et la répartition des graisses dans cette zone sont fortement influencées par le cycle hormonal, ce qui nous aide à comprendre la grande importance érotique de cette région anatomique.

Une autre caractéristique sexuelle secondaire qui s’est probablement développée en relation avec les changements mentionnés ci-dessus sont les seins féminins. Chez les autres animaux, les mamelons ne gonflent que lorsque les petits naissent et que la glande mammaire se développe. Chez les femmes, cependant, la glande mammaire se développe à la maturité sexuelle.
Il est très probable que la rondeur des seins fasse écho, vue de face, à la rondeur des fesses. Cette caractéristique s’est avérée avantageuse en raison du changement de posture et de l’approche plus frontale avec différents partenaires.

Le revers de notre évolution

D’après ce que nous pouvons comprendre des mécanismes évolutifs, il est probable que la séquence des changements se soit déroulée comme suit :

  • Un changement progressif (probablement favorisé par des mutations aléatoires) dans la position du bassin — et par conséquent des muscles fessiers — a permis à certains individus d’acquérir un avantage sur ceux qui ne présentaient pas ces caractéristiques.
  • Des avantages plus importants se traduisaient par une plus grande probabilité de survie et de transmission de ces traits à la descendance.
  • Une modification conséquente des signaux sexuels, désormais considérés comme attrayants, est apparue en réponse à la nouvelle posture debout.

L’inclinaison du bassin est révélatrice de la force du Yang des Reins et est étroitement liée à la sexualité. En général, une lordose lombaire plus prononcée tend à caractériser les femmes dont le Yang des Reins est plus fort et plus expressif, associé à une plus grande vitalité sexuelle. À l’inverse, une personne qui tient son bassin comme si elle avait la queue entre les jambes exprimera souvent une sexualité moins intense et généralement un Yang des Reins moins actif.

La forme arrondie des fesses, et le fait que cette forme soit propre à l’être humain, n’ont pas échappé à nos ancêtres, qui ont identifié cette caractéristique comme étant exclusivement humaine. Ils ont donc attribué son absence au diable, souvent considéré comme un être sans fesses. Conscient de ce manque et envieux de l’humanité, le diable ne pouvait supporter la vue de fesses nues. De cette croyance est née la coutume superstitieuse de montrer ses fesses nues pour éloigner le mal et repousser le diable.

De Ming Men au nœud primitif : le Feu de la Vie

Bien sûr, le bassin n’est pas uniquement constitué des fesses, aussi fascinantes soient-elles, mais plutôt d’un véritable bassin ou réceptacle de fluides, composé des os iliaques, du pubis et du sacrum. Cette structure est conçue pour contenir des éléments précieux et, dans le monde de la médecine orientale, elle renferme le Feu Ming Men, source de la vie elle-même.

Les trois cavités et les Méridiens Extraordinaires

Pour établir une comparaison, nous pourrions assimiler Ming Men à une structure embryonnaire occupant un emplacement similaire : le nœud de Hensen ou nœud primitif. Cette structure apparaît dans la ligne primitive, qui formera plus tard la notochorde, précurseur du système nerveux central — ou Du Mai, sur lequel le point Ming Men est toujours identifié, au niveau L2-L3.
Le nœud primitif guide les cellules embryonnaires vers leur destination appropriée, tout comme le Ming Men ordonne le développement de l’ensemble de la structure corporelle sur la base d’un Ming ou « mandat ». De cette structure émergent les vaisseaux extraordinaires de première génération :

  • Chong Mai
  • Dai Mai
  • Ren Mai
  • Du Mai

Ces quatre vaisseaux extraordinaires de première génération forment le tronc, avec ses organes et toutes les structures associées. Au sein de cette structure, trois cavités principales sont ensuite identifiées, qui, dans la médecine chinoise classique, sont connues sous le nom de « cavités osseuses » et sont associées à l’organe curieux Os (Gu). Les six organes curieux (Os, Utérus, Vésicule Biliaire, Vaisseaux, Cerveau, Moelle) sont ceux qui assurent la circulation et le mouvement du Jing et sont les plus sujets à la transformation au cours des processus évolutifs. En particulier, les Os et le Cerveau sont ceux qui changent le plus.

Les trois cavités osseuses dans la médecine orientale et l’organe curieux Os (GU骨)

Dans la médecine chinoise classique, les trois principales cavités du corps humain – le bassin, le thorax et le crâne – ne sont pas seulement des contenants anatomiques, mais de véritables centres énergétiques profondément liés aux trois trésors : Jing, Qi et Shen.

Bassin – en relation avec le Dan Tian inférieur

C’est le siège du Jing, l’essence vitale. Il intervient dans les processus reproductifs et l’ancrage énergétique. Le point Ming Men (VG4) est fondamental pour l’alimentation et la chaleur qui soutiennent cette cavité.

Thorax – en relation avec le Dan Tian moyen

Centre du Qi, l’énergie vitale circulante. Il est lié à la respiration et à la digestion. Les points Shu antérieurs, en particulier ceux du méridien du Rein (Rn22-Rn27), régulent l’équilibre énergétique de la cavité thoracique.

Crâne – en relation avec le Dan Tian supérieur

Siège de Shen, l’esprit ou l’âme. Il est lié à la conscience, à l’intuition et à la clarté mentale. Les points de la Fenêtre du Ciel harmonisent l’énergie crânienne et favorisent la communication entre le Corps et l’Esprit.

L’interconnexion et le rôle du Du Mai

Les trois cavités sont reliées le long de la colonne vertébrale par le méridien Du Mai, qui représente un axe énergétique vertical. Les points VG4 (Ming Men) et VG14 sont de véritables centres énergétiques qui maintiennent l’intégrité du système structurel en influençant la lordose cervicale (VG14) et lombaire (VG4), les régions dynamiques de la colonne vertébrale qui régissent la relation spatiale entre les trois cavités.

L’organe curieux : les Os (Gu 骨)

Dans ce cadre, les Os sont considérés comme l’un des organes curieux, car ils stockent le Jing et protègent les cavités où résident les énergies fondamentales. Les Os ne sont pas des éléments inertes, mais des structures vivantes et résonnantes qui reflètent les qualités les plus profondes de l’individu.

Alignement postural

Les trois cavités s’alignent grâce à la colonne vertébrale, et cet alignement permet une circulation optimale du Jing pour nourrir la Mer des moelles, c’est-à-dire le cerveau. À ce propos, il convient de mentionner une étude scientifique qui a mis en évidence le fait que le système squelettique dispose d’un mécanisme de transmission de fluide sous-périosté qui aide à réguler la pression articulaire. (Pitkin, M. R. (2024). Modélisation de l’effet de la conductivité de la pression hydrostatique sous-périostée entre les articulations sur la diminution des charges de contact sur le cartilage et de l’effet du soulagement myofascial dans le traitement des points gâchettes : la théorie du squelette flottant.)

Une fois le tronc formé, nous assistons à l’émergence des membres à partir de la cavité délimitée par les quatre vaisseaux de première génération. La formation des membres correspond au développement des vaisseaux extraordinaires de deuxième génération. Ceux-ci sont :

  • Yin et Yang Qiao Mai
  • Yin et Yang Wei Mai

Ces Vaisseaux Merveilleux sont en partie très similaires et en partie très différents des vaisseaux extraordinaires de première génération. Jeffrey Yuen les décrit comme des structures à mi-chemin entre les fonctions des Vaisseaux Extraordinaires de première génération et celles des méridiens primaires. En particulier, les Qiao Mai sont décrits comme les Luo de tous les Yin et Yang.

Compte tenu de leur relation étroite avec les membres, nous pouvons considérer la deuxième génération, et en particulier les Qiao Mai, qui sont fortement reliés au talon et le relient à l’œil (V1), comme des structures fondamentales dans la régulation de l’alignement postural des trois cavités osseuses.

Talons, regard et posture : un équilibre délicat

Lorsque nous parlons d’alignement, il est important de souligner que nous ne faisons pas référence à un alignement « correct » ou « idéal », mais plutôt à une flexibilité d’alignement qui empêche la stagnation. L’alignement est soumis à toute une série de facteurs individuels, tant structurels (différences anatomiques) que fonctionnels (par exemple, le fait d’être droitier ou gaucher), qui rendent impossible un corps parfaitement symétrique et aligné.
Notre objectif est de veiller à ce que l’alignement reste aussi élastique et adaptable que possible. C’est, à mon avis, le concept moderne de « posture correcte ».

Plusieurs articles fournissent des preuves d’une relation fonctionnelle entre la position de la cheville et la tension ou la relaxation des muscles pelviens.
De nombreuses références soulignent également l’importance cruciale de la relation entre les pieds/chevilles et les yeux pour optimiser la coordination de la posture debout.

Pour en revenir à l’Os curieux et aux changements qu’il a subis au cours de l’évolution, nous pouvons identifier certaines transformations importantes qui ont permis notre changement de posture :

Le gros orteil a changé de position et a acquis une fonction propulsive.

  • Un changement dans l’orientation des os iliaques et du col fémoral a modifié l’effet de levier disponible pour les muscles fessiers, permettant une action plus efficace en position debout.
  • La présence d’une ou deux vertèbres lombaires supplémentaires (certaines personnes ont six vertèbres lombaires au lieu de cinq) par rapport aux singes a contribué à une lordose lombaire plus efficace pour la répartition du poids en position debout.
  • Le talon est devenu plus large et mieux adapté pour supporter le poids.

L’utilisation du feu et la forme de notre crâne

À ces changements dans le bas du corps, il faut ajouter des changements tout aussi importants dans le haut du corps :

  • L’utilisation du feu pour cuire les aliments a permis une réduction de la taille de la mâchoire tout en favorisant l’expansion crânienne.
  • Le cerveau a pu se développer grâce à cette augmentation de la capacité crânienne et, surtout, grâce à une plus grande disponibilité des nutriments provenant des aliments cuits.

Le développement du cerveau et la capacité progressive à utiliser les mains sont associés à un Shen plus actif.
Le contrôle des orifices sensoriels et des mains, utilisés pour manipuler le monde, est rendu possible par le contrôle du cou, régi par VG14, et par la coordination œil-main, que nous pouvons comprendre en considérant l’union fonctionnelle entre les points Ting des méridiens Yang des membres supérieurs et la zone E8-VB13, qui rassemble ces méridiens musculaires.

Le bassin et le développement de l’enfant

Au fur et à mesure que l’enfant grandit, il apprend d’abord à gérer la lordose cervicale et à orienter ses orifices sensoriels. Ensuite, il essaie de les atteindre, apprenant à coordonner ses yeux et ses mains afin de saisir des objets et de les introduire dans son monde par la bouche.

Cependant, lorsque l’objet désiré est trop éloigné, il faut une plus grande volonté pour s’en approcher. VG4 fournit cette force directement à partir des reins, aidant à activer les méridiens musculaires des membres inférieurs, qui fournissent la force propulsive nécessaire pour rapprocher l’enfant de son objectif, d’abord en rampant, puis en marchant à quatre pattes, et enfin en se levant pour libérer les mains et porter le jouet.
Cette progression permet la formation et le contrôle progressifs de la lordose lombaire (VG4).

Une connexion fonctionnelle se développe alors pour gérer la posture verticale entre les méridiens musculaires des membres inférieurs et la tête. Les points Ting des méridiens Yang se coordonnent avec la zone IG18, formant une connexion pied-œil.

D’autres connexions qui favorisent la coordination de la posture droite comprennent :

  • et les points Ting des méridiens Yin des membres supérieurs avec les points thoraciques VB22-23.
  • les points Ting des méridiens Yin des jambes avec les points pelviens antérieurs (VC2-7),

Yin et Yang Qiao en tant que chefs d’orchestre

Pour coordonner tout cela, deux vaisseaux extraordinaires sont utilisés, également appelés Vaisseaux du talon qui relient le talon au V1, parcourant les canaux Yang pour coordonner tous les méridiens Yang et les canaux Yin pour coordonner tous les méridiens Yin et les fonctions Yin, telles que le péristaltisme des organes internes, qui doivent être pris en compte pour gérer la posture.

Ces structures sont Yin et Yang Qiao, qui deviennent ainsi responsables de la coordination de tout Yang et tout Yin.

  • Yang Qiao coordonne les aspects dynamiques du système musculo-squelettique, ainsi que la régulation des rythmes d’éveil et de cortisol en réponse à la lumière. Il est important pour coordonner la circulation du Wei Qi pendant la phase d’éveil.
  • Yin Qiao, quant à lui, coordonne la posture statique, la relation entre le péristaltisme et le reste du corps, les rythmes nocturnes et le cycle de la mélatonine, facilitant ainsi l’endormissement (R6) et le retour du Wei Qi vers le torse pour favoriser le sommeil (E12).

Le traitement combiné de ces méridiens, associé à une attention particulière portée aux points davantage liés aux cavités osseuses (V61, VB29, IG10, pour ne citer que les plus importants), peut améliorer la relation entre les cavités internes et le système musculaire externe. Cela favorise un alignement souple et adaptable, permettant au Jing de circuler librement pour nourrir la Mer des Moelles (le cerveau), et ainsi soutenir la santé et le bien-être général.

Conclusion : un bassin, plusieurs histoires

Le bassin, qui occupe toujours une place centrale dans notre structure corporelle, notre posture et même notre expression sexuelle, s’avère être une région clé pour comprendre l’évolution, la vitalité et la santé humaines. Il ne s’agit pas seulement d’une base biomécanique, mais aussi d’un carrefour entre les hormones, la posture, la sexualité, l’énergie ancestrale et les connexions neurologiques et symboliques.

Nous avons voyagé du nœud embryonnaire aux méridiens extraordinaires, de la posture droite aux liens entre les talons, les yeux et le désir. Nous avons vu comment l’esthétique des fessiers, souvent réduite à une simple apparence, recèle en réalité tout un récit évolutif et symbolique qui relie l’Orient et l’Occident, la science et le mythe.

Mais que se passe-t-il lorsque cette structure perd sa souplesse, lorsque notre « conteneur » se raidit ou se désaligne ?

Que nous dit aujourd’hui le bassin sur notre santé, nos relations et notre façon d’habiter le monde ?

C’est peut-être à partir du centre que nous devons recommencer, pour rétablir l’équilibre.


Auteur

Luca Pella

Traducteur

Marie Cruysmans

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